‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 19 sur 73 · LA DÉFENSE DES FRONTIÈRES · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DES FRONTIÈRES

loyal soldat de l'ancienne armée, se maintenait en Cerdagne avec 3,000 hommes seulement. Mais l'armée de Ricardos faisait des progrès en Roussillon, s'emparait de Villefranche (3 août), et s'avançait jusqu'il TAgly. Les généraux se succédaient du côté français, tous plus malheureux ou incapables les uns que les autres. Dagobert lui-même ne put conjurer la fortune, non plus que le représentant Fabre, qui partout s'exposait le premier au feu, comme un autre Merlin de Thionville. Ricardos s'installa solidement au camp de Boulon, sur le Tech, et y défia tous les efforts des Français. La Union *les vainquit à Céret (26 novembre), et Courten les battit à son tour à Villelongue (7 décembre). Les Espagnols s'emparèrent de Collioure, de Saint Elne et de Port-Vendres. Les Français étaient dans le désarroi : le représentant Fabre s'était fait tuer à Collioure ; le général Delatre, coupable d'avoir fui, fut conduit à l'échafLUid ; tous les corps se rejetèrent" en désordre vers Perpignan. Mais le Comité de salut public, victorieux partout ailleurs, ne tarda pas à faire converger sur cette frontière de nombreux renforts. Aux Pyrénées-Occidentales, Espagnols et Français se tinrent sur la défensive et se retranchèrent des deux côtés.

Ainsi se termina la glorieuse lutte pour la frontière. La République avait partout triomphé de ses ennemis, sauf sur les Pyrénées. Elle était en partie redevable de ses succès aux divisions, à la faiblesse et à l'ineptie de la coalition : Brunswick et Cobourg, Wurmser et le duc d'York avaient mieux travaillé pour les sans-culottes que pour leurs maîtres : chacun d'eux avait joué sa partie en négligeant de fiiire le jeu du voisin ; de là ces efforts décousus, ces marches hésitantes, ces séparations inopportunes et cette persistance singulière à se faire écraser en détail. Une suite aussi étrange de bévues chez les alliés diminue le merveilleux de la résistance de 93. Mais il ne faut pas oublier que la République était travaillée par une terrible crise intérieure qui semblait devoir la livrer sans défense

aux coups de ses ennemis, que Tanarchie était partout, jusqu'au mois d'août, dans le gouvernement comme dans l'armée, que les défenseurs les plus loyaux du sol national ne s'entendaient pas entre eux, et qu'un Etat d'une moins puissante vitalité, dans un pareil désordre, eût cent fois péri sous les coups d'adversaires plus hésitants encore que Cobourg. T.e merveilleux n'est pas tant dans la victoire que dans l'organisation de la victoire, et c'est pourquoi la gloire de Carnol l'emporte en 1793 sur celle de Hoche et de Jourdan.

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