‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 21 sur 73 · LYON, TOULON ET LA VENDÉE · texte numérisé non relu

LYON, TOULON ET LA VENDÉE

Les Toulonnais aimèrent mieux livrer leur port et leur arsenal à l'ennemi. Le capitaine de vaisseau d'ïmbert s'était emparé de l'autorité dans la ville; de concert avec la majeure partie de la flotte, il livra l'entrée de Toulon a l'amiral anglais Hood (27 août). Pour se concilier les Toulonnais, l'amiral prit possession de la ville et du port au nom de Louis XVIl ; il se hâta de débarquer des troupes alliées : 16,000 Anglais, Espagnols et Napolitains garnirent les remparts et les forts. Pour la première fois, les coalisés avaient en France une solide base d'opérations. Par malheur pour eux, elle était située trop

loin du centre.

Malgré cet éloignement, la perte de Toulon était un coup s^ensible pour le Comité de salut public. De même que Lyon révolté menaçait la ligne d'opérations de l'armée des Alpes, Toulon aux mains des Anglais menaçait d'une manière plus pressante encore la ligne d'opérations de l'armée du Yar. Aux premières nouvelles, Carteaux avait hâté sa marche. Mais il était trop faible pour triompher à lui seul de la ville rebelle : il se contenta de l'observer vers l'ouest, aux gorges d'Ollioures : de son coté, Lapoype, détaché de l'armée du Yar, s'installait vers l'est, à Solies, avec 3,000 hommes. Il eût été facile aux alliés d'écraser ce chétif cordon de troupes. Les alliés ne firent aucune tentative importante. Ce fut leur inaction en septembre et en octobre qui décida du sort de Toulon. Les Anglais avaient, en s'emparant de la place, l'arrière-pensée de s'y établir en maîtres : aussi ne tolérèrent-ils ni l'intervention de leurs alliés Piémontais ou Esfjagnols dans les affaires de Toulon, ni la venue de celui qui s'intitulait « le Régent de France », le comte de Provence. Les Toulonnais^patriotes virent avec indignation et colère que l'amiral Hood prétendait travailler uniquement pour les intérêts anglais ; les Espagnols partisans de la monarchie absolue s'aperçurent de la prédilection des Anglais pour les constitutionnels. Tous ces tiraillements empêchèrent les alliés de songer à l'offensive. Ils se contentèrent de

fortifier les abords de Toulon et de les transformer en un vaste camp retranché.

Pendant que les alliés attendaient dans leurs lignes 1 attaque des républicains, le nombre de ceux-ci augmentait peu à peu autour de Toulon, par l'efTet des décrets de réquisition et des détachements opérés à l'armée du Var. Toutefois la faiblesse du commandement était telle, que pendant longtemps aucun plan d'ensemble ne fut élaboré. Des lignes ennemies aux lignes républicaines étaient échangés sans résultat des bombes et des boulets. Au milieu d'octobre Carteaux était remplacé par Doppet, sans que le siège fît un pas de plus. A la fin de novembre seulement, la situation changea. Dugommier fut mis h la tête de l'armée de Toulon ; il reçut les instructions du Comité; le chef de l'artillerie, le général du Teil, reçut les conseils du chef de bataillon Napoléon Bonaparte. Celui-ci vit le point faible de la défense des alliés : leurs communications avec la rade extérieure pouvaient être iasément menacées; il était certain qu'au jour où ils se verraient sur le point d'être cernés dans la place, ils l'évacueraient sans attendre l'attaque de vive force.

Conformément à ce plan, une attaque fut résolue à l'ouest de Toulon sur le fort de l'Éguillette, que les Anglais appelaient le Petit-Gibraltar ; en même temps, une fausse attaque devait être tentée sur le fort Faron. Les canons de du Teil bombardèrent et ruinèrent la redoute de l'Eguillette ; le chef de l'artillerie espérait forcer les alliés à l'évacuer, lorsque dans la nuit du 10 au 17 décembre les commissaires de la Convention Robespierre jeune, Salicetti et Fréron enlevèrent la redoute de vive force. L'attaque sur Faron échouait au même instant. Mais le résultat principal était acquis. Les Anglais se sentirent trop menacés dans Toulon pour songera garder la place. Le 18 décembre, ils évacuèrent les forts, sauf le fort de Lamalgue. La nuit suivante, ils abandonnèrent Lamalgue et la ville ; Sidney Smith mit le feu à la plupart des vaisseaux contenus dans la Darse ; quatre mille

Page 1