‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 25 sur 73 · LYON, TOULON ET LA VENDÉE · texte numérisé non relu

LYON, TOULON ET LA VENDÉE

Bellay, se présentèrent devant Saumur (9 juin), en chassèrent les républicains, s'emparèrent du château ; des représentants du peuple étaient entraînés dans la fuite. Ainsi les brigands fermaient l'une après l'autre les avenues de la Vendée, du « pays conquis », comme l'appelaient leurs proclamations.

A la faveur de ces heureuses expéditions et de la confiance qu'elles entretenaient chez les paysans, les bandes isolées apprenaient h s'unir; elles se dodelinaient un commencement d'organisation sous leurs chefs régionaux. Les groupements du Nord s'appelaient l'armée d'Anjou : ils obéissaient plus volontiers à Bonchamp et à Lescure ; les gens des Manges et presque tous les groupes du Bocage formaient la grande armée, qui obéit dès les premières semaines aux directions du futur généralissime d'Elbée ; les Maraichins formaient une troisième armée qui n'obéissait qu'à Charette ; celui-ci opérait pour son compte ; il ne se joignit réellement aux autres que pour le grand coup tenté sur Nantes. Châtillon-sur-Sèvre, au cœur du a pays conquis », était le point de rassemblement ordinaire. Quand il y avait un coup à faire, les paysans étaient prévenus chez eux par des émissaires ou par leurs prêtres; ils emportaient des vivres et partaient pour le point de concentration ; le coup fait, chacun revenait chez soi. Aussi les républicains ne savaient où frapper ces armées brigandes qui s'évaporaient comme une funiée, et ne paraissaient que pour porter un coup soudain là où on les attendait le moins.

Dès la fin de mai, l'insurrection changeait de caractère. Après la prise de P^)ntenay fut créé un Conseil supérieur, où l'abbé Bernier eut une grande influence. Dans la proclamation du 27 mai, le plan de restauration monarchicpie lut avoué hautement. Les chefs songèrent à s'entendre avec l'Lurope : ils Tauraient fait plus^ vite, si les chefs de la Coalition avaient compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer de la Vendée, et si les républicains n'avaient pas barré le chemin de la côte aux royalistes.

Le fanatisme des paysans fut surexcité par les prédications d'un faux évéquc d'Agra, agent d'une mystification politico-religieuse qui fait peu d'honneur à ses auteurs. Les chefs résolurent de tenter une grande entreprise, le siège de Nantes, pour s'emparer des débouchés de la Loire et des communications avec la Bretagne. Après la prise de Saumur, la « grande armée » se dirigea sur Nantes par la rive droite de la Loire, occupa Angers, et, en approchant de Nantes, écrasa à Nort le bataillon du ferblantier fleuris. Pendant ce temps, Charette s'approchait de Pont-Rousseau sur la rive gauche. Les Nantais ne s'abandonnèrent pas. Le général Canclaux et le maire Baco rivalisèrent d'ardeur pour organiser la résistance. Les Vendéens firent une furieuse attaque sur les routes de Paris et de Rennes (29 juin) ; ils furent reçus de pied ferme et repoussés après une bataille d'une journée ; Cathelineau tomba frappé à mort ; Charette échoua vers Pont-Rousseau. Les royalistes vaincus rentrèrent en Vendée.

Malgré la défense victorieuse de Nantes, l'insurrection subsistait tout entière. Le « pays conquis » n'était pas entamé ; les Vendéens, pour la première fois, se donnèrent un généralissime, d'Elbée (19 juillet), et plus que jamais furent les maîtres chez eux. Pourtant le Comité de salut public avait voulu agir énergiquement : il avait envoyé à Niort Lauzun, l'ex-duc de Biron ; il lui expédia 3,000 hommes tirés de l'armée des Pyrénées, 12,000 venant du Nord, 10,000 volontaires parisiens, ^lais Biron se débattit à Niort au milieu d'un désordre inouï : il avait une poussière d'armées, des fractions de GO corps différents, 10,000 hommes à peine en état de combattre ; il était contrecarré par le conseil de représentants et de généraux hébertistes établi à Saumur. La lutte entre Niort et Saumur paralysa les républicains. Saumur l'emporta, parce que Biron était un ci-devant : on l'accusa d'incapacité et de trahison ; on lui reprocha de ne pas agir assez vite. Quelques échecs subis par les colonnes

Vallaux. 4

républicaines, sans que Biron en fût responsable, achevèrent de perdre l'infortuné général : son subordonné Westerniann, après une course impétueuse jusqu'à Chàtillon, se fit surprendre et écraser ; les divisions de Saumur, sous Santerre etBourbotte, marchèrent en désordre vers Cholet et furent dispersées à Vihiers (17 juillet). Déjà Biron était démissionnaire ; rappelé à Paris, il fut mis en accusation, condamné et guillotiné le 31 décembre. Les honteux échecs des républicains au centre de la Vendée étaient à peine compensés par leurs succès vers les Sables, sur la cote, et vers Luçon dans la plaine. A

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