‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 30 sur 73 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sommaire. — La nouvelle armée française. — Plan d'ofTensive de Carnot — Plan desaihés. — Campagne de 1794. — Prise de Landrecies. — Tenlalives sur la Sambre. — L'armée du Nord ; bataille de Tourcoin- (18 mai) — Iltx)-I6de (13-14 juin). — Prise d'Ypres (17 juin). — L'arméc^de SambrcUl- Meuse : Jourdan. — Siè-e de Cbaricroi. — Bataille de Fleurus (.M; juin) — Jonction des armées républicaines. — Conquête des Pavs-Bas. — La lutte sur le Rhm : Kaiserslaulern. — Retraite des An-lo-llollàndais vers le Nord • Boxtel (14 septembre). — Retraite des Autrichiens vers le Rhin : bataille de la Roér (-2 octobre). — Conquête de la Hollande (novembre 179'i-janvier 17lir»)

— Les armées révolutionnaires à la fin de 171)4. — La i,-uerre sur les Pyrénées .^ viclolresdeDu-ommier et de Péri-non stirles Pyrénées Orientales (1 794) de Monecy sur les Pyrénées Occidentales (17<):.). - Guerre sur les Alpes' Bonaparte; le camp de Saorgîo (1794) ; lutte sur la rivière de Gênes, bataille de Loano (179a). — Campagne de 17!)5 sur le Rhin. — Trahison de Piche-ru

— Manheim et Heidclberg (•20-24 septembre). — Victoires de Clcrfavt (octobrenovembre). — Intérieur : Quiberon et Pile d'Yeu. "

L'elTort tumultueux de 93 avait fait craquer les cadri op étroits de l'ancienne armée. A sa place s'élevait ur

'es trop étroits de l'ancienne armée. A sa place s'élevait une force nouvelle et formidable, disciplinée et mise en œuvre par le Comité de salut public. La révolution militaire s'achevait avec les premières semaines de 1794: l'armée de la réquisition permanente succédait à l'ancienne armée royale unie aux volontaires ; elle allait se mesurer avec les soldats de métier de la vieille Europe. Les décrets du 23 août 1793 avaient fait aflLuer dans les camps une masse énorme de recrues. Ces soldats de nouvelle levée n'avaient point l'esprit turbulent des anciens volontaires, car sur l'armée comme sur la nation pesait une autorité puissante, qui prit de suite les mesures

propres a éviter tout désordre, La Convention reprit le décret de l'amalgame, l'ordonna à nouveau (22 novembre), et en prescrivit encore l'exécution générale le 8 janvier 1794. Elle décida que les régiments, nommés désormais demi-brigades, seraient formés de 3 bataillons, 2 de volontaires ou de réquisitionnés, 1 de soldats de ligne. Ces derniers quittèrent leur uniforme blanc, dernier souvenir de l'ancienne armée, interdit sous peine de mort dès le 29 août, et prirent l'habit bleu des volontaires. Le gouvernement ne recula devant aucune dépense pour organiser et armer ses soldats : tout comme les citoyens, les ressources et l'argent dii pays étaient en réquisition permanente ; les dépenses de la guerre s'élevèrent à 180 millions par mois, ce qui revient encore à 120, en tenant compte de la dépréciation des assignats ; les fabriques d'armes livrèrent jusqu'à 1,000 fusils par jour ; la science fut mise à contribution : on trouva rnoyen d'obtenir une grande quantité de salpêtre en lessivant les murailles humides ; on mit en service le télégraphe aérien de Chappe ; on expérimenta à Fleurus l'aérostation militaire. Onze armées actives, comprenant près de 800,000 hommes s'échelonnaient sur les cotes et sur les frontières. La suppression du ministère de la guerre (18 avril) assura l'unité de direction entre les mains du Comité de salut public.

Le « Système des opérations de la campagne )), conçu par Carnot et approuvé par le Comité reposait sur l'offensive. (( La défensive nous déshonore et nous tue », s'écriait Carnot en songeant à l'impossibilité de faire vivre de telles masses armées sur le territoire national, et surtout sur les provinces frontières ; « nous voidons finir cette année, écrivait-il à Pichegru (21 ventôse, an II) ; il nous faut une guerre des plus ofTensives, des plus vigoureuses; c'est tout perdre que de ne pas avancer rapidement, que de ne pas écraser jusqu'au dernier de nos ennemis d'ici à trois mois, car ce serait à recommencer l'année prochaine, ce serait périr de faim et

d'épuisement », prédiction qui faillit se réaliser en l'an III, malgré tous les succès. Il résolut de porter le gros des forces républicaines sur la frontière du Xord, où il pensait trouver l'occasion d'abattre à la fois les deux rivales détestées, l'Angleterre et l'Autriche : contre la première, larmée du Nord devait conquérir la Flandre occidentale et préparer le passage en Angleterre auquel songeaient Carnot et le Comité, comme plus tard y songèrent le Directoire et Bonaparte ; contre la seconde, l'armée des Ardennes devait attaquer sur la Sambre, aidée par une diversion de l'armée de la Moselle vers Namur et Liège. L'idée de cette diversion est la première origine du plan d'attaque en grande masse sur la Sambre par les armées des Ardennes et de la Moselle réunies. C'étaient donc les deux ailes qui devaient agir, en laissant le centre faible et dégarni. Sur le vaste champ de bataille de la frontière du Nord, comme sur l'étroit plateau de Wattignies, Carnot poursuivait obstinément son idée favorite d'une double attaque sur les flancs de l'ennemi. 11 est fort heureux pour les Français que le plan de Carnot se soit un peu modifié dans la suite, et que son idée première de l'attaque de la Sambre par l'armée des Ardennes ait donné naissance à l'armée de Sambre- et-Meu se.

Quant aux alliés, ils songèrent un instant à être audacieux, parce qu'ils avaient vu l'audace réussir à leurs ennemis. Disposant de 150,000 hommes sur la frontière du Nord, — la gauche sous Kaunitz à Charleroi, le centre à Valenciennes et au Quesnov, sous le généralissime Cobourg, la droite de Tournay l\ Ypres sous Clerfavt, — ils étaient en mesure de porter aux Français des coups redoutables. Mack proposa de prendre Landrecies et de marcher directement sur Paris. Les alliés seraient aidés par une diversion en Vendée et par l'appui de l'armée prussienne de Mœllendorlî, sur leur gauche, vers la Meuse. Ce plan aurait été excellent un an plus tôt : il arrivait trop tard au commencement de 179 i, quand la

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grande Vendée était écrasée et que la Prusse ne manifestait que dégoût pour la guerre, quand la France n'était plus le pays désemparé et ouvert à l'invasion qu'elle était en 93. Les propositions de Mack ne servent qu'à prouver la lenteur des vues de cette coalition toujours en retard « d'une idée, d'une année ou d'une armée ». Bientôt il fallut renoncer au secours de l'armée prussienne. Malgré le traité de subsides conclu le 14 avril entre l'Angleten-e et la cour de Berlin, Mœllendorlî; sur les ordres de cette dernière, se refusa à quitter le Palatinat.

Cependant Cobourg, stimulé par la présence de François II, se trouva en mesure de prendre l'ollensive avant les républicains. Le 16 avril, l'armée alliée, réunie dans les plaines du Cateau, se porta sur Landrecies et investit cette place. Le commandant de l'armée du Nord, Pichegru, essaya de la délivrer par un mouvement général sur toute la ligne. Sur la droite. Charbonnier avec deux divisions de l'armée des Ardennes, et Desjardins, avec une division de l'armée du Nord, — premier noyau de l'armée de la Sambre —, se portèrent sur Beaumont. Au centre, une attaque directe était tentée par la division de Cambrai contre le gros de l'armée alliée. Le duc d'York écrasa cette division à Troisville (26 avril), et la rejeta derrière l'Escaut dans un horrible désordre. Cette défaite décida du sort de Landrecies qui, le 30 avril, ouvrit ses portes à Cobourg. Les Impériaux avaient leur « pré carré » au centre môme de la ligne française, entre Escaut et Sambre.

Tandis que les Français étaient réduits au centre à une défensive malheureuse, leur gauche commençait en Flandre l'exécution du plan de Carnot. Souham et Moreau marchèrent avec 50,000 hommes sur Menin et Courtray qu'ils bloquèrent. Clerfayt, avec ses 18,000 Autrichiens, accourut à Mouscron et se fit battre (29 avril) ; l'armée du Nord s'empara de Menin, malgré la défense héroïque d'une poignée d'IIanovriens. Cobourg, inquiet pour sa droite, s'arrêta à Landrecies au lieu de marcher de l'avant, Vallalx. K

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déclara qu'une guerre ofTensive était impossible, et détacha le duc d'York vers Tournav au secours de Clerlayt. Sans l'attendre, celui-ci recommença Tattaque et fut encore repoussé à Courtray (Il mai).

Les premières nouvelles du Nord déterminèrent Carnot h préciser ses vues. Elles le fortifièrent dans son idée d'agir sur les deux ailes. Il considéra la perte de Landrecies comme un malheur facik'ment réparable, puisqu'il ne pouvait venir i\ l'esprit des Autrichiens d'en profiter pour tenter une invasion. Déjà 15,000 hommes de l'armée du Rhin remplaçaient l'armée de la Moselle dans ses positions, et celle-ci était amenée par Jourdan vers la Meuse, à travers le l^uxendjourg, pour tenter une diversion contre Namur et Liège. Sur la Sambre, les divisions de Charbonnier et de Desjardins furent renforcées de deux autres divisions venues du centre, et formèrent un total de 50,000 hommes, à qui mission était donnée de passer la Sandjre pour opérer sur la gauche ennemie. Kntre la Lvs et D^scaut, Carnot renforça Moreau et Souham avec la division Bonneau, détachée aussi du centre. Le centre était entièrement dégarni.

Dans la double alta(|ue projetée par Carnot, en face d'un ennemi qui dans son incertitude se cramponnait à chaque pouce de terrain et voulait couvrir tous les débouchés des Pays-Bas ii la fois, le succès devait dépendre de Là-propos et de l'ensemble de roflensive.

Malheureusement les premiers coups furent portés sur la Sambre avec autant de vigueur (jue de maladresse. (Charbonnier et Desjardins étaient des médiocres : ils avaient en sous-ordre de vrais talents qu'ils comprimaient, tels que Marceau et Kleber ; ils étaient plus effrayés que stimulés par les deux représentants Saint- Just et Lebas, surtout par le premier qui se posait en Spartiate, et prétendait surmonter tous les obstacles avec son aveugle énergie ; leurs soldats étaient encore une foule peu aguerrie et mal organisée. Aussi vinrent-ils se briser contre les baïonnettes des Autrichiens de Kaunitz.

CONQUÊTE DES FRONTIÈRES NATtJRELLÈS 75

Le 10 mai eut lieu à Thuin le premier passao-c de la Sambre. Les Autrichiens ne le défendirent ni à ce moment ni jamais. Mais dès la première attaque sérieuse de leurs positions, les Français furent repoussés, laissèrent sur la place 4,000 hommes et 12 canons, et repassèrent la Sambre (12 mai). Saint-Just ordonna un deuxième passao-e le 20, dans le même ordre que précédemment, et les Français eurent le même sort : les Autrichiens profitèrent de leur dispersion pour les attaquer avec avantage, et l'armée ne repassa en ordre sur la rive droite de la Sambre que grâce aux efforts de Kleber (23 mai . Saint-Just n'en voulut pas avoir le démenti. A toutes les objections il ne répondit qu'une chose : « Il faut demain une victoire à la République : choisissez entre un siège et une bataille. ». Les républicains passèrent donc la Sambre le 26 à Marchienne. Les grenadiers de Marceau, sans pain depuis quarante-huit heures, refusèrent de marcher. Saint-Just furieux s'en prit aux généraux et ordonna la mort de tous ceux qui ne bivouaqueraient pas à la tête de leurs troupes. Jusque-là, le passage de la Sambre n'avait pas eu d'objectif stratégique bien déterminé : on lui en donna un, la prise de Charleroi. On fit donc le 29 une nouvelle tentative: Charleroi fut investi; mais, au bout de trois jours, les Français étaient encore rejetés sur la rive droite. Après quatre tentatives, l'armée républicaine sur la Sambre était au même point qu'à l'ouverture de la campagne. La fureur entêtée de Saint-Just n'avait servi à rien.

Cobourg s'inquiétait peu de ces tentatives désordonnées, auxquelles les troupes de Kaunitz suffisaient à parer: il n'avait d'yeux et d'attention que pour les succès de Souham et de Moreau entre la Lys et l'Escaut. Ceux-ci avaient repoussé Clerfayt, et, dans leur marche vers le nord, présentaient le fianc droit à l'armée impériale. Le généralissime autrichien, conseillé par Mack, conçut la pensée de les assaillir de tous les cotés à la fois, en prenant Tourcoing pour objectif de sa marche concentrique.

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Il porta donc ses 6*2,000 hommes sur l'Escaut, vers Tournay, et ordonna aux Ilanovriens de marcher le 17 mai sur

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