‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 47 sur 73 · Voir la carte 6, p · texte numérisé non relu

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net. Joubert, parti de Paris en promettant formellement la victoire, ne se résigna pas h reculer sans bi ûler une amorce. Il se berça de Fespoir que l'ennemi se retirerait ; il laissa ses troupes dans leurs formations de cantonnement, sur les bastions naturels formés par les hauteurs de Novi. Le 15 août, au point du jour, les Autrichiens de Kray et les Russes de Souworof se lançaient à l'assaut du Monte-Rotondo et de Novi. Leur attaque fit oublier à Joubert toutes ses perplexités : il établissait contre eux la première ligne de ses tirailleurs, lorsqu'il tomba frappé à mort. Les Français hésitèrent un instant, atterrés de ce coup ; mais Moreau prit le commandement; aidé de Pérignon et de Saint-Cyr, il raflermit ses bataillons, tira tout le profit possible des fortes positions qu'il occupait, et résista aux Austro-Russes avec avantage, favorisé par les fausses conceptions de SouAvorof, qui s'obstinait à ne pas comprendre l'importance de Novi et ne faisait rien pour attirer à lui les divisions de Mêlas. Au bout de huit heures de lutte, les Français repoussaient toujours les Austro-Russes sur les pentes, lorsque Mêlas parut soudain sur la droite des républicains. Il s'était mis en marche de son propre mouvement ; il n'avait reçu qu'à moitié chemin l'ordre de Souworof de tomber sur les Français, car le général russe n'avait compris que fort tard la véritable situation de son adversaire. Les troupes de Moreau ne purent résister au choc des troupes fraîches de Mêlas : elles cédèrent Novi à la double attaque conduite sur leur front et sur leur flanc droit; elles essayèrent de se retirer par Gavi, mais les charges réitérées des Autrichiens les mirent dans un extrême désordre; elles laissèrent dans les sentiers des montagnes leurs bagages et leur artillerie. Les Français évacuèrent de nouveau le revers septentrional de l'Apennin ; Moreau fit retraite sur Cènes. La bataille de Novi était décisive. Gagnée pai' Souworof grâce aux

Autrichiens, elle alfermissait en Italie la domination des alliés.

Ce fut il peu près tout l'avantage que ceux-ci en retirèrent. Souworof s'arrêta sur la route de Gênes, car il n'était nullement tenté de livrer cette ville aux Autrichiens. D'autre part, il craignait les tentatives de Championnet dans les Alpes ; il était inquiet de la réapparition des Français sur le Saint-Gothard, ce même 15 août, cil il triomphait à Novi ; il se contenta provisoirement de la reddition de Tortone, promise pour le 1 1 septembre à moins d'un secours. Enfin, le 27 août, il reçut communication du grand plan élaboré à Vienne pour la substitution des Russes aux Autrichiens en Suisse, mouvement qui devait être le prélude de l'invasion de la France par la Franche-Gomté.

Il était de plus en plus manifeste que le problème de la guerre se posait en Suisse et sur le Rhin.

Après les premières batailles de Zurich, ^lasséna demeura longtemps inactif, malgré les invitations pressantes du Directoire, car il se jugeait d'abord incapable de combattre sans renforts Tarmée de l'aichiduc Charles. L'inaction de celui-ci finit par lui inspirer l'idée de reprendre les petits cantons et le Saint-Gothard, qu'il avait abandonnés en mai pour se concentrer autour de Zurich. 11 confia à Locourbe le soin d'occuper, le 1 4 août, le Muttenthal et la vallée de la Reuss ; h Gudin et à Turreau celui d'enlever, le 15, les cols de la Furka et du Grimsel. Ces opérations, conduites avec vigueur et adresse, réussirent complètement. Les Français ressaisirent lu route du Saint-Gothard jusqu'à Airolo, la vallée du Rhin jusqu'à Ilanz. De nouveau, ils possédaient les avenues de la Suisse vers Tltalie. C'était une très heureuse préface aux entreprises méditées par Masséna, un premier coup porté aux plans delà coalition.

Ces plans, débattus plusieurs mois durant entre Londres, Vienne et Pétersl)ourg, avaient enfin été arrêtés. L'Autriche désirait depuis longtemps reporter ses troupes sur les bords du Rhin moyen, car elle craignait l'entrée des Français dans l'Empire. C'était à regret qu'elle avait

laissé Charles s'engager en Suisse, et elle avait hâte de le rappeler en Allemagne. L'Angleterre, qui avait des vues semblables, amena la Russie à consentir au remplacement de l'armée de Charles par celle de Souworof. Déjà le corps russe de Korsakof avait été dirigé vers la Suisse ; on calculait qu'après l'arrivée de Souworof, le nombre des Russes introduits en Suisse serait égal à celui des Autrichiens enlevés.

Mais il y avait, dans l'ordre transmis à Charles, le 31 juillet, une ambiguïté qui eut de graves conséquences. Le corps de Korsakof n'était pas encore en Suisse : Charles crut avoir ordre de quitter la Suisse pour l'Allemagne dès l'arrivée de ces troupes russes, sans attendre qu'elles fussent renforcées. C'était précisément le point faible du nouveau plan : les Français ne seraient-ils pas tentés de profiter de ces remplacements successifs pour tomber en Suisse sur les alliés désorganisés?

Dès l'arrivée de Korsakof à Zurich, le 12 août, commencèrent les plaintes et les récriminations entre Russes et Autrichiens. A la première notification du plan de campagne et du prochain départ de Charles, Korsakof, homme borné et violent, se crut sacrifié et même trahi. Pour supprimer toute cause de discorde, l'archiduc essaya, le 17, d'enfoncer vers Deltingen, sur l'Aar, les lignes de Masséna. Cette entreprise, mal conçue et mal exécutée, échoua complètement. D'un autre coté, Charles apprit que les Français passaient le Rhin et menaçaient Philipsbourg(26 août). 11 résolut alors de ne pas différer plus longtemps son départ pour l'Allemagne. Cependant il sentait que Korsakof et ses 20,000 Russes allaient être livrés aux coups de Masséna. Il se décida à laisser au général russe le corps autrichien de llotze, placé sur la Linth, tandis que Korsakof occupait Zurich et les bords du lac. L'armée alliée en Suisse n'en fut pas moins affaiblie de 10,000 hommes après le départ de Charles, même après la jonction d'un nouveau corps russe, commandé par Delferden. Le \'' septembre, Charles quitta

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Zurich pour rAllemagnc. En même temps, Souworof se préparait h abandonner l'Italie pour la Suisse. Korsakof saurait-il garder les conquêtes des alliés jusqu'à l'arrivée de Souworof? Souworof lui-même pourrait-il s'établir en Suisse ? Sur ces deux questions, la coalition jouait toutes ses victoires passées et tout son avenir.

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