‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 55 sur 73 · CHAPITRE \II · texte numérisé non relu

CHAPITRE \II

Sommaire. — La guerre delà Péninsule. — Invasion ilu Portugal (1807). — Le guel-apens de Bavonne. — Le roi Joseph. -— Médina del Rio-Seco (14 juillet 1808). — Capitulation de Baylen (il juillet), de Cintra {'M) août;. — Naiwléon en Espagne. - Victoires d'Espinosa, de Hurgos (lO novembre\ de Tudela (•2:5 novembre). — Entrée dans Madrid (4 décembre). — Retraite des Anglais à la Corogne janvier 18U<J). — Départ de Napoléon. — Caractères delà guerre d'Espagne : les armées régulières, les guérillas, les sièges. — Cruautés. — Faiblesse (les Français : les jalousies et la division du commandement. — Victoires de Medellin et de Ciudad-Real (-27-28 mars 1809).— Soult en Portugal.

— Welleslev (Wellington) et les Anglais — Soult surpris a Porto (12 mai).

— Welleslev en Espagne. — Bataille de Talavcra (27-28 juillet). — Victoire d'Ocana (19 novembre . — Concpiète de l'Andalousie. — Les décrets du 8 février 1810. — L'armée de Portugal et Masséna. — Invasion du Portugal.

— Busaco (-27 septembre). — Torres Vedras. — Retraite de Masséna. — Wellington et Masséna : bataille de Fuenlès d'Onoro (:!-') mai 1811). — Beresford et Soult : bataille d'AIbnera (Ki mai;. — Marmont et l'armée de Portugal. — Garde de la frontière. — Conquête de Valence (janvier 181 '2). — Prise de Ciudad-Rodrigo et de Badajoz par les Anglais — Marche de Wellington sur Salamanrpie ; bataille des Arapiles (ii juillet) ; Wellington à Madrid. — Concentration des armées d'Espagne ; siège de Burgos ; retraite des Anglais. — La déroute de Russie. — Campagne de 181:'.; olTensive de Wellington ; bataille de Vitloria (21 juin\ — Les Français sur les Pvrénées. — Sucliet en Catalogne. — Prise de Pampelune efde Sainl-Sébasiicn par Wellington (juilletoctobre). — Les li::;nes de la Nive ; l'invasion de la France.

11 semblait qu'après Tllsili, aucune puissance au monde ne fût capable de résister à la grande armée. En deux ans elle avait écrasé l'Autriche, la Prusse et la Russie, et avec elles les meilleures troupes du continent. Elle trouva pourtant un obstacle qu'elle ne put briser du premier coup, et contre lequel son énergie s'usa peu à peu : ce

fut le soulèvement populaire de l'Espagne et du Portugal, aidé par les Anglais.

Lorsque Napoléon, entraîné par les nécessités du blocus continental, médita de se rendre maître du Portugal par un coup de force, et de l'Espagne par la ruse, il ne mesura pas la gravité de ses tentatives. Ce grand entraîneur de soldats connaissait trop peu les hommes et avait trop de mépris pour les forces morales : il crut qu'il lui serait aussi facile d'absorber l'Espagne, nation morte en apparence, que d'annexer le royaume de Naples. A ses yeux, c'était une occupation à faire, non une conquête à entreprendre. Il se trouva qu'une fois le gouvernement espagnol abattu, le gouvernement portugais en fuite, les armées régulières dispersées, une lutte imprévue commença entre la grande armée et tout un peuple favorisé par ses sierras, ses rochers, la rigueur de son climat et 1 infertilité de son sol ; il se trouva aussi que cette insurrection, favorisée par les Anglais, fournit à ces derniers le moyen longtemps cherché par eux de se loger sur le continent et d'y lutter contre Napoléon.

C^est d'abord sur le Portugal que tombèrent les coups de l Empereur. Au traité de Fontainebleau, il en promit la moitié à l'Espagne, pourvu que celle-ci accordât aux troupes françaises libre passage sur son territoire. Napoléon faisait coup double : il conquérait le Portugal et commençait en Espagne une occupation sournoise. Tel était son mépris pour la force militaire de la péninsule, qu'il n'envoya en Portugal qu'un corps de 20,000 conscrits commandé par Junot, auquel il recommanda seulement d'aller vite. Le 17 octobre 1807, Junot pénétra en Espagne, et le 12 novembre, dépassant Salamanque, il entra en Portugal. En exécuteur ponctuel des ordres de l'Empereur, il marcha fort vite et laissa en route les trois quarts de ses jeunes troupes. iMais il arriva au but : la maison de 13ragance fut frappée de terreur à l'arrivée des 5,000 soldats hâves et exténués de Junot; le gouvernement portugais s'enfuit au Brésil ; Junot entra dans

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Lisbonne (30 novembre}. Cependant, sous prétexte de le couvrir, de nouveaux corps entraient en Espagne : d'abord vint Dupont; après Dupont vint Moncey ; après Moncey Duhesme, si bien qu'en pleine paix, dans un pavs allié, 80,000 Fi-ancais occupaient sans coup férir, au début de 1808, toutes les provinces du nord.

Cette prise de possession, d'autant plus menaçante qu'elle était pacifique, l'impopularité du premier ministre, le prince de la Paix, les querelles intérieures de la famille royale, tout contribuait h inquiéter le peuple espagnol et à hâter les événements. Le 19 mars 1808 éclata la révolution d'Aranjuez. Le prince de la Paix faillit être tué ; le roi Charles IV' dut abdiquer ; on proclama roi le prince des Asturies sous le nom de Ferdinand YII. Pendant ce temps les troupes françaises se glissaient toujours vers le centre de l' Espagne, et Murât, placé à leur tète, entrait le 23 mars dans Madrid. La confusion était extrême. Le moment parut ftivorable à Napoléon pour détrôner les Bourbons d'Espagne. Il fit venir à Rayonne (20 avril) le jeune roi Ferdinand, et bientôt après le vieux roi Charles IV, sous prétexte de régler leurs différends. Dès qu'il les eut tous deux en son pouvoir, il obtint facilement l'abdication de Charles IV et extorqua celle de Ferdinand VIL Puis il appela de Naples son frère Joseph ; il lui donna la couronne qu'il venait d'escamoter. Le tour était joué.

Mais le peuple espagnol n'en prit pas son parti. Dès le 2 mai éclatait ii Madrid une insurrection formidable que Murât dut noyer dans le sang. A la nouvelle des événements de Bayonne, la fureur saisit tous les Espagnols, depuis le Madrilène jusqu'au dernier paysan du plus misérable village; partout se formèrent des juntes insurrectionnelles ; chaque province, chaque canton et même chaque bourg lutta pour son compte ; prêtres et moines fanatisèrent cette immense Vendée au nom du Christ et du roi. En peu de jours, des Asturies à Cadix, toute la population était en armes au nom de Ferdinand Vil, et

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L'ESl>AGNE ET LE PORTUGAL (I808-!8I3)

les divisions françaises, peu nombreuses, isolées, composées de recrues, eurent à soutenir une lutte de tous les instants.

De Bayonne à Madrid, il fallut frayer les armes à la main une route à Joseph. Celui-ci, à peine entré en Espagne (9 juillet), vit s'opposer à sa marche une armée de ses prétendus sujets. Elle comprenait 25,000 hommes commandés par Blake et don Gregorio de la Cuesta. Comme force combattante en rase campagne, ces troupes ne valaient rien ; leur enthousiasme ne remplaçait pas l'expéiience militaire qui leur manquait : Bessières les écrasa à Médina del Rio Seco (14 juillet), et les dispersa sur tous les chemins de la Vieille-Castille. Cette victoire permit à Joseph de faire son entrée dans Madrid. Mais à peine était il installé depuis huit jours dans sa capitale, qu'il en sortit plus vite qu'il n'était entré, à la nouvelle du désastre de Bavlen.

Pendant que Bessières marchait sur Madrid, les divisions françaises entrées avant lui en Espagne avaient continué, sur l'ordre de Napoléon, de marcher en diverses directions pour soumettre les provinces à l'autorité de Joseph. Parmi ces divisions, celles de Dupont, qui s'avançaient vers l'Andalousie, étaient les plus éloignées et par conséquent les plus exposées aux coups de l'insurrection. Elles étaient composées de 20,000 soldats, presque tous très jeunes. Dupont traversa les défilés de Despena-Perros, entra en Andalousie, courut sur Cordoue et la mit au pillage. Mais il n'osa pas aller plus loin : Séville, capitale de l'Andalousie, où s'était installée la junte centrale, était protégée par l'armée de Castanos, qui contenait les meilleures troupes de l'Espagne. Dès le P'- juin, Dupont recula jusqu'à Andujar. 35,000 Espagnols s'amassèrent autour d'Andujar ; ils fermèrent les défilés derrière le corps de Dupont ; celui-ci fut séparé de son lieutenant Vedel ; réduit à 11,000 hommes, il fut forcé de capituler à Baylen (21 juillet) ; il eut la faiblesse de laisser englober dans sa capitulation Vedel, qui pou-

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vait s'échapper, et Vedel eut la faiblesse plus grande encore de rendre ses armes. C'était le premier grand échec subi par Napoléon, et la jactance castillane se vanta d'avoir écrasé les vainqueurs de l'Europe, quoiqu'il n'y eût à Baylen que des généraux pillards, infidèles h leur devoir, et des conscrits inexpérimentés. Du coup, Joseph quitta Madrid ; toutes les tioupes françaises refluèrent vers TKbre ; l'insurrection reconquit les trois quarts de l'Espagne.

La honteuse capitulation de Baylen fut suivie d'un événement du même genre en Portugal. Toutefois, dans ce dernier cas, il ny eut pas défaillance, comme à Baylen ; il y eut impuissance complète. Si Junot avait conquis Lisbonne, il était hors d'état de s'y maintenir contre un ennemi sérieux. Cet ennemi se présenta au moment où l'insurrection espagnole coupait à Junot ses communications avec la France. Les Anglais avaient résolu d'arracher le Portugal à Napoléon. I^e 1^'' août 1808 débarqua, à l'embouchure du Mondego, une petite armée commandée par Arthur Wellesley, le futur duc de Wellington. Quoique Junot ne fût pas en force, il courut aux Anglais et essaya de les jeter à la mer à Vimeiro (21 août). Battu, rejeté sur Lisbonne, il ne pouvait tenir : il conclut avec les Anglais la convention de Cintra (30 août); ses troupes furent fidèlement ramenées en France sur les vaisseaux ennemis, tandis que les soldats de Dupont étaient retenus prisonniers par les Espagnols. Le Portugal était perdu ; l'Angleterre, qui nous en chassait, décida encore d'unir étroitement sa cause à celle des insurgés espagnols. Désormais les Français avaient affaire, non seulement à la fureur d'indépendance d'un peuple entier, mais aux forces de leurs plus anciens et de leurs plus irréconciliables ennemis.

Après Baylen et après Cintra, Napoléon dut reconnaître qu'il n'annexerait pas la Péninsule comme un duché allemand ou un marquisat italien. Mais il conserva de grandes illusions sur la durée et la consistance de

L'ESPVr.NE ET LE l^ORTUGAL (1808-1813)

l'insurrection; il crut qu'une apparition de lui et de son armée suffirait à réparer tout ce que la lâcheté de Du-

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