‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 64 sur 73 · Voir carte IG, p · texte numérisé non relu

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^ hommes h peine étaient en Belgique ; il n'y avait rien sur la frontière du Jura, que les alliés attaquèrent en violant la neutralité suisse ; en Italie, l'armée du prince Eugène tenait tête aux Autrichiens sans concourir h la défense générale; aux Pyrénées, Soult cédait du terrain à Wellington. Non seulement le grand empire s'était écroulé, mais les frontières de la France révolutionnaire cédaient sous la pression formidable de 500,000 ennemis.

Cette France si longtemps victorieuse, succombant sous le poids de ses anciennes victoires comme sous celui de ses récentes défaites, appauvrie et désarmée, n'avait plus la réserve d'énergie nécessaire contre l'invasion. Napoléon avait de toutes façons abusé d'elle. Ce grand joueur avait prodigué au hasard de ses batailles une douzaine de générations; autour de lui, loin de lui, jusque dans les hameaux, il avait habitué tout le monde à la morne passivité ; il avait brisé les forces phvsiques et morales de la nation ; il avait même émoussé à force de triomphes l'instinct militaire et l'orgueil de la victoire. Il avait ruirié l'armée en se servant trop d'elle, comme il avait affaibli la nation en la réduisant à n'être que la pourvoyeuse de l'armée. Ses troupes détruites, il en appelait à la nation, mais la nation ne pouvait plus répondre à son appel avec l'ardeur invincible de 92. Elle mit encore au service de son ancienne idole le sang de ses enfants, et la seule force morale qui leur restât, la résignation. Ce n'était pas assez pour triompher des armées coalisées.

Les alliés n'avaient pas une idée exacte de cette situation. Croyant la France moins épuisée qu'elle ne l'était, ils ne s'avancèrent après la bataille de Leipzig, qu'avec une grande lenteur, comme s'ils eussent redouté le passage de la frontière du Rhin, de même que Wellington avait redouté le passage des Pyrrénées. Ils étaient loin de se douter qu'une luarche audacieuse sur Paris, en décembre 1813, se fut faite aussi aisément qu'une prome-

nade militaire. Le 21 décembre, l'armée de ScWrzemberg passa le Rhin au pont de Bîde, en violant la

neutralité suisse; le 1" janvier 1814, les troupes de Bliicher passèrent de même entre Mayence et Cologne. Quant à Tarmée de Bernadotte, elle fit un long circuit

par le Hanovre et la Hollande avant d'entrer sur le territoire français, car son chef tenait avant tout à ne pas se compromettre. Les deux anciennes armées de Bohème et de Silésie étaient donc, aux premiers jours de la campagne, seules destinées à la conquête de Paris. En Suisse, pénétrait le corps de Bubna, destiné à enlever Genève et Lyon.

Pour repousser l'invasion. Napoléon avait multiplié, depuis son retour à Paris, les sénatus-consultes et les décrets. Les circonstances étaient si désespérées que, dans ses rappels des dernières classes, il avait dû remonter jusqu'à celle de Tan XI (1803), tout en appelant aussi la conscription de 1815. Il avait constitué de nouvelles cohortes de gardes nationaux; il rappelait des soldats d'Espagne ; il comptait tirer par ces moyens 500,000 hommes de la France épuisée. Par malheur, les décrets impériaux ne furent exécutés qu'à demi. Malgré le répit de deux mois laissé à Napoléon après Leipzig, le temps manquait, non seulement pour instruire les conscrits, mais encore pour les réunir. A la disette d'hommes s'ajoutait une pénurie encore plus alarmante d'argent, d'habits, d'armes et de matériel ; les conscrits qui arrivaient dans les dépôts n'étaient équipés qu'à demi ou pas du tout ; beaucoup rejoignaient l'armée en blouse et en sabots ; ces «Marie-Louise », comme on les nommait, si peu nombreux et si peu instruits, n'étaient en face des énormes forces coalisées qu'une pitoyable chair à canon, malgré leur courage et leur dévouement. Comme à Leipzig, la seule poussée des masses ennemies devait broyer l'Empereur et ses lambeaux d'armée. Mais Napoléon, après avoir cru si longtemps à sa bonne étoile, s'insurgea jusqu'à la dernière heure contre l'étoile contraire : il se crut capable de reconquérir son ascendant par la seule force de son génie, avec l'aide insuffisante de quelques vieux soldats et de quelques conscrits. Son énergie, surexcitée par le péril, ne recula pas devant la disproportion accablante des forces, à laquelle il pensa remé-

LES CAMPAGNES DES AllMÉES FRANÇAISES

dier par la rapidité de ses mouvements, l'emploi sagacc de ses moyens, la promptitude à profiter de la moindre division chez l'ennemi, les facilités nouvelles qu'il rencontrait en man(puvrant, comme au début de sa carrière, avec de petits effectifs et des cadres éprouvés. Aussi la campagne de 1814 rappela-t-elle les premiers triomphes de Bonaparte en 179(3 : ce fut une brillante féerie militaire où Napoléon s'entoura pour la dernière fois du prestige des victoires foudroyantes ; mais le résultat final n'en fut pas changé, et il ne pouvait l'être par aucune puissance au monde.

L'armée de Schwarzemberg, forte de 200,000 hommes, et celle de Bliicher, qui en avait 50,000, s'avancèrent en France, la première par Besançon, Langres et Chaumont; la seconde par la Lorraine, Yassy et Saint-Dizier. Elles visaient à se réunir, avant de marcher sur Paris par les routes de la Marne et de la Seine. Elles replièrent sans peine devant elles les petits corps de Victor, de Xey et de Marmont, placés sur la frontière, et masquèrent les places fortes. Jusqu'au 27 janvier, elles couvrirent de leurs masses, sans résistance, la Lorraine et la Bourgogne. Déjà elles étaient sur les limites du bassin de Paris, à l'entrée de la Champagne. Le 27, Bliicher se portait de Yassy sur Brienne avec 30,000 hommes pour joindre Schwarzemberg, arrivé à Bar-sur-Aube. Entre eux et Paris était à Troyes un corps de 15,000 hommes, commandé par Mortier, A (Ihalons se formait un autre rassemblement de 40,000 hommes avec les troupes de Yictor, de Xey, de Marmont et de Macdonald. C'est à la tête de cette poignée d'hommes que Napoléon vint se placer (25 janvier). Il disposait donc de 55,000 hommes à l'ouverture de la campagne. Les Marie-Louise qui arrivèrent de jour en jour par petits groupes, ne doublèrent même pas ce chiffre, car dans les meilleurs moments l'armée impériale ne comprit pas plus de 90,000 combattants.

Napoléon, au premier coup d'œil jeté sur la carte, se

décida, quoiqu'il fut déjà bien tard, à joindre Blùcher, le moins fort de ses adversaires, et à l'empêcher de se réunir avec Schwarzemberg. Il marcha droit de Chàlons sur Saint-Dizier, et de Saint-Dizier sur Brienne, par d'affreux chemins de traverse, et il arriva assez à temps dans la vallée de l'Aube pour rejoindre à Brienne les 30,000 hommes de Bliicher (29 janvier). Après un vif combat, les Prussiens étaient rejetés hors de Brienne sur la route de Bar-sur-Aube. Mais au lieu de les empêcher de se réunir avec Schwarzemberg, Napoléon les poussait sur ce dernier. Ses 40,000 hommes allaient avoir sur les bras, s'ils restaient à Brienne, une masse de 200,000 coalisés. Cependant l'Empereur ne se retira point, préoccupé par ridée de demeurer entre les deux vallées de la Marne et de la Seine, qui devaient être les deux lignes d'opérations des alliés. Loin d'évacuer sa conquête, il s'établit audacieusement dans la grande plaine de l'Aube, à la Rothière, et sur les collines des environs de Brienne. Cette témérité lui coûta cher. Les masses autrichiennes s'étaient ébranlées et avaient quitté Bar-sur-Aube au secours de Blucher. Le 1^'' février, 150,000 ennemis fondirent sur les positions françaises de la Rothière et de Chaumenil, les débordèrent par les deux ailes et essayèrent de jeter Napoléon dans l'Aube. La Rothière, disputée avec vncre, prise et reprise, resta après une lutte de 12 heures aux mains des coalisés. Les Français perdirent 54 canons et 10,000 hommes. Napoléon battit en retraite le 2 et le 3 février sur Troyes. C'était un malheureux début: une fois de plus le "^nombre avait triomphé; la bataille de la Rothière semblait ouvrir toute grande aux coalisés la route de Paris. L'Aube était abandonnée, Troyes le fut aussi, et le 6 février, la petite armée française se retirait jusqu'à Nogcnt-sur-Seine.

Pendant que Napoléon était forcé de livrer les avenues de la Champagne à ses ennemis, ceux-ci étaient tout à la joie de leur triomphe, qu'ils prenaient pour la victoire suprême et décisive. Croyant n'avoir plus rien à redouter,

ils se divisèrent pour vivre plus à l'aise. Ils reformèrent deux masses, l'armée de Schwarzemberg marchant sur Paris par la Seine, Tarmée de Bliicher y marchant par la Marne. La première était assez forte pour affronter Napoléon à quatre contre un. La seconde alla se compléter du côté de (Ihillons avec les corps de York, de Kleist et de Kapzéwisclî. Bliicher marcha impétueusement de l'avant. H pensait bien arriver sous Paris avant le processionnel Sclnvarzemberg, et à cette gloire rêvée il sacrifia tout, jusqu'aux soins les plus élémentaires de sécurité. Du 4 au 7 février, il se porta sur la route de Chillons à Meaux, par Montmirail, en refoulant jusque sur la rive droite de la Marne le petit corps de Macdonald. Bientôt les colonnes de l'armée de Silésie s'étendirent démesurément en longueur. Le 9 février, York était en tète avec 18,000 hommes, près de Château-Thierry, Sacken avec 20,000 hommes à Montmirail, le Russe Olsoufjew avec 6,000 hommes à Champauherl, et Bliicher avec 18,000 hommes arrivait à peine à Etoges. Cette dispersion servait à souhait les desseins de Napoléon.

De Nogent-sur-Seine, depuis le 6 février, Napoléon suivait avec attention les mouvements de l'armée de Silésie. Dès le 7, il dirigea le corps de Marmont sur Sézanne, vers les approches de l'ennemi. Pour lui, il attendit à Nogent que Bliicher se fût irrémédiablement compromis. Le 9, jugeant que les choses étaient au point, il rejoignit Marmont h Sézanne. Il avait laissé sur la Seine les corps de Victor et d'Oudinot, et n'avait avec lui que 25,000 hommes. La route de Sézanne à Epernay qu'il suivait le conduisait sur le flanc gauche de l'armée ennemie, droit à Champaubert, vers les Russes d'Olsoufjew. Le 10 février, les Français traversent le Petit-Morin et attaquent Champaubert. Les Russes absolument surpris se défendent comme ils peuvent : mais ils sont chassés de Champaubert, rejetés sur le bois du Désert, dispersés, tués ou pris ; Olsoufjew rend son épée. Par ce coup hardi, l'armée de Silésie est coupée en deux. Napoléon peut

fondre à droite sur Bliicher, ou à gauche sur les lieutenants de Bliicher. Il aime mieux s'en prendre à ces derniers, car il espère les cerner entre lui et Macdonald. Il laisse Marmont h Champaubert pour contenir les efforts de Bliicher, et marche sur les troupes de Sacken à Montmirail (Il février). Sacken se défend vaillamment, mais lui aussi est écrasé, séparé de son collègue York qui ne montre que ses têtes de colonne sur la route de Chateau-ïhierry. Les troupes de Sacken, rejetées dans le Petit-Morin, perdent 8,000 hommes et se dispersent. De suite les Français se précipitent sur le corps de York (12 février). Les Prussiens de York, fusillés, mitraillés dans les rues de Château-Thierry, sont battus à leur tour, rejetés en désordre au delà de la Marne, avec une perte de 3,000 hommes. Les communications rétablies d'une rive à l'autre de la rivière, le corps de York dispersé. Napoléon fait volte-face contre Bliicher. Celui-ci s'avançait le 13 d'Etoges sur Montmirail, et Marmont reculait devant lui pas à pas. Le 14, h la sortie de Yauchamps, les Prussiens sont assaillis par les troupes de Marmont et de Napoléon réunies. Bliicher plie devant elles, mais il ne réussit pas à faire une retraite imposante. Ses troupes sont entamées par des charges furieuses de la cavalerie de Grouchy à Fromentières ; Marmont les suit jusqu'au milieu de la nuit et leur tue encore du monde à Etoges. De l'armée de Silésie il ne reste que des débris dispersés sur les deux rives de la Marne.

En cinq jours et quatre batailles, Napoléon a mis hors de cause pour quelque temps un de ses adversaires. Sans perdre une minute, il se retourne contre l'armée de Bohème. Schwarzemberg avait forcé à Bray le passage de la Seine, et continuait à repousser sans peine les faibles corps de Victor et d'Oudinot. Le 14 février, l'armée de Bohème était dispersée dans la Brie, le corps de Witgenstein h Provins, Wrède à Nangis, les Wurtembergeois à Montereau, les réserves entre Bray et Nogent. Napoléon aurait pu renouveler la manœuvre qui lui avait

si bien réussi contre Bliicher, en tombant de Vauchanips sur le flanc droit de rarmée de Bohème. Il aima mieux rejoindre Oudinot et Victor pour attaquer l'ennemi de front. Le 14 et le 15 février, avec une merveilleuse rapidité, il fit, de Vauchamps sur Meaux et de Meaux sur Guignes, un crochet qui le conduisit aux cantonnements de ses maréchaux. Ayant 00,000 hommes sous la main, il marcha le 17 février de Guignes sur Mormant, culbuta de formant sur Nangis ses ennemis qui étaient comme paralysés par la stupeur, puis, partageant ses troupes en trois colonnes, il ordonna à Oudinot de balayer la route de Nogent, à Macdonald d'en faire autant pour celle de Brav, à Victor de marcher sur Montereau. Oudinot repoussa encore l'ennemi l\ Provins. Macdonald talonna une arrière-garde sur la route de Bray. Victor battit un corps ennemi (17 février) ii Valjouan, sur la route de Montereau, mais il n'exécuta pas les ordres de l'Empereur, qui lui enjoignaient de saisir immédiatement le pont de Montereau. Le 18, Napoléon accourait pour réparer les retards de son lieutenant; il décimait les Wurtembergeois par le feu de son artillerie, sur le plateau de Surville, les précipitait dans Montereau, où les Français entrèrent pèlemèle avec eux, et s'emparait enfin du pont, dont il voulait faire un débouché pour devancer l'armée de Bohème sur la rive gauche de la Seine. Mais Schwarzemberg exécutait avec célérité sa retraite par les ponts de Bray et de Xogent ; il ne se laissa pas devancer ; il replia vivement toute son armée jusqu'à Troyes. Comme le débouché de Montereau était insuffisant, et que les deux autres ne furent que tardivement ouverts, les Français ne passèrent la Seine que le 21 février. Napoléon suivit l'ennemi sur Troyes, par Méry. L'armée de Sclnvarzemberg, arrêtée devant Troyes, semblait vouloir livrer bataille. Napoléon y était tout préparé. Il s'incjuiétait peu des timides mouvements que Bliicher, à peine remis de ses défaites, tentait sur la gauche vers Méry. Mais Schwarzemberg, bien qu'il eut 150,000 hommes contre

70,000, se déroba devant l'action décisive, repassa la Seine (23 février), et se mit en retraite vers Bar-sur- Aube, toujours suivi à la piste par les Français, qui lui enlevaient traînards et prisonniers. L'ennemi, délogé de la ligne de la Seine, fut bientôt aussi délogé de la ligne de l'Aube (26 février). Déjà on parlait, dans l'armée de Bohème, de regagner Chaumont et Langres.

Sans être aussi éclatantes, que les triomphes remportés sur Bliicher, les opérations de Napoléon contre l'armée de Schwarzemberg avaient abouti à enlever aux alliés plus de vingt-cinq lieues de pays. Les alarmes de Schwarzemberg étaient d'autant plus grandes, qu'il recevait la nouvelle d'échecs sérieux subis par l'Autrichien Bubna entre Genève et Lyon. Bubna, après avoir pris Genève, marchait sur Lyon, où Augereau concentrait 28,000 hommes. Mais Bubna fut arrêté dans le Jura. Napoléon prescrivit à Augereau d'en finir avec lui et de se rabattre, par Besançon, sur les communications de Schwarzemberg. C'était l'éventualité qui inquiétait le général autrichien, le coup de théâtre qui eiit peut-être chancela destinée, temporairement.

Toutefois, les nouvelles prospérités de Napoléon étaient circonscrites en Champagne. Sur tous les autres théâtres de la guerre se continuait la lente pression qui ouvrait aux ennemis les frontières françaises.

En Belgique, Maison, qui n'avait que 15,000 hommes, ne pouvait que se retirer pas à pas devant les 30,000 hommes du duc de Saxe-Weimar, soutenus par toute l'armée du Nord ; Anvers, où commandait Carnot, était déjà assiégée. Sur les Pyrénées, Soult, réduit à 50,000 con'scrits, faisait face avec peine aux 80,000 hommes de Wellington. Le 8 janvier, celui-ci emporta les lignes de la Nive. Soult, au lieu de se retirer sur Bordeaux, marqua sa retraite vers les lignes parallèles des gaves; Bayonne fut aussitôt assiégée. Le 27 février, Soult fut encore"^ battu à Orthez ; il se retira sur Mont-de-Marsan, puis sur Toulouse. En Italie, le prince Eugène tenait tête avec peine

si bien réussi contre Blucher, en tombant de Vauchamps sur le flanc droit de Tarmée de Bohème. Il aima mieux rejoindre Oudinot et Victor pour attaquer l'ennemi de front. Le 14 et le 15 février, avec une merveilleuse rapidité, il fit, de Vauchamps sur Meaux et de Meaux sur Guignes, un crochet qui le conduisit aux cantonnements de ses maréchaux. Ayant 60,000 hommes sous la main, il marcha le 17 février de Guignes sur formant, culbuta de Mormant sur Nangis ses ennemis qui étaient comme paralysés par la stupeur, puis, partageant ses troupes en trois colonnes, il ordonna à Oudinot de balayer la route de Nogent, à Macdonald d'en faire autant pour celle de Bray, à Victor de marcher sur Montereau. Oudinot repoussa encore l'ennemi i\ Provins. Macdonald talonna une arrière-garde sur \i\ route de Bray. Victor battit un corps ennemi (17 février) à Valjouan, sur la route de Montereau, mais il n'exécuta pas les ordres de l'Empereur, qui lui enjoignaient de saisir immédiatement le pont de Montereau. Le 18, Napoléon accourait pour réparer les retards de son lieutenant ; il décimait les Wurtembergeois par le feu de son artillerie, sur le plateau de Surville, les précipitait dans Montereau, où les Français entrèrent pèle- mêle avec eux, et s'emparait enfin du pont, dont il voulait faire un débouché pour devancer Tarmée de Bohème sur la rive gauche de la Seine. Mais Schwarzemberg exécutait avec célérité sa retraite par les ponts de Bray et de Xogent ; il ne se laissa pas devancer ; il replia vivement toute son armée jusqu'à Troyes. Comme le débouché de Montereau était insuffisant, et que les deux autres ne furent que tardivement ouverts, les Français ne passèrent la Seine que le 21 février. Napoléon suivit l'ennemi sur Troyes, par Méry. L'armée de Sclnvarzemberg, arrêtée devant Troyes, semblait vouloir livrer bataille. Napoléon y était tout préparé. Il s'incjuiétait peu des timides mouvements que Blucher, à peine remis de ses défaites, tentait sur la gauche vers Méry. Mais Schwarzemberg, bien qu'il eut 150,000 hommes contre

CAMPAGNE DE l^UNCE (1814) 335

70,000, se déroba devant l'action décisive, repassa la Seine (23 février), et se mit en retraite vers Bar-sur- Aube, toujours suivi à la piste par les Français, qui lui enlevaient traînards et prisonniers. L'ennemi, délogé de la ligne de la Seine, fut bientôt aussi délogé de la ligne de l'Aube (26 février). Déjà on parlait, dans l'armée de Bohême, de regagner Chaumont et Langres.

Sans être aussi éclatantes, que les triomphes remportés sur Blucher, les opérations de Napoléon contre l'armée de Schwarzemberg avaient abouti à enlever aux alliés plus de vingt-cinq lieues de pays. Les alarmes de Schwarzemberg étaient d'autant plus grandes, qu'il recevait la nouvelle d'échecs sérieux subis par l'Autrichien Bubna entre Genève et Lyon. Bubna, après avoir pris Genève, marchait sur Lyon, où Augereau concentrait 28,000 hommes. Mais Bubna fut arrêté dans le Jura. Napoléon prescrivit à Augereau d'en finir avec lui et de se rabattre, par Besançon, sur les communications de Schwarzemberg. C'était l'éventualité qui inquiétait le général autrichien, le coup de théâtre qui eût peut-être chan^-é la destinée, temporairement.

Toutefois, les nouvelles prospérités de Napoléon étaient circonscrites en Champagne. Sur tous les autres théâtres de la guerre se continuait la lente pression qui ouvrait aux ennemis les frontières françaises.

En Belgique, Maison, qui n'avait que 15,000 hommes, ne pouvait que se retirer pas à pas devant les 30,000 hommes du duc de Saxe-Weimar, soutenus par toute l'armée du Nord ; Anvers, où commandait Carnot, était déjà assiégée. Sur les Pyrénées, Soult, réduit à 50,000 conscrits, faisait face avec peine aux 80,000 hommes de Wellington. Le 8 janvier, celui-ci emporta les lignes de la Nive. Soult, au lieu de se retirer sur Bordeaux, marqua sa retraite vers les lignes parallèles des gaves; Bayonne fut aussitôt assiégée. Le 27 février, Soult fut encore"^ battu à Orthez ; il se retira sur Mont-de-Marsan, puis sur Toulouse. En Italie, le prince Eugène tenait tête avec peine

336 LES CAMPAG^ÎES DES ARMÉES FRANÇAISES

aux Autrichiens sur TAclige ; Napoléon songea, après la Rothière, à le faire revenir en France, où lui et ses troupes auraient été plus utiles ; mais les succès de Cliampaubert et de Montmirail illusionnèrent l'empereur au point de lui faire croire qu'il pouvait se défendre à la fois en Champagne et sur l'Adige : Eugène resta en Italie.

Cette suite de succès des coalisés sur les frontières éloicrnées ne les empêchait pas de ressentir amèrement ^ leur^ défaites en Champagne. Sous le coup des victoires de Napoléon, ils prirent de graves décisions pendant leur retraite, à Bar-sur-Aube (25 février). Ils convinrent que Bliicher recommencerait sa marche vers Paris par Meaux, et qu'il serait appuyé par les deux corps de Bulow et de Winzingerode, appartenant tous les deux à Tarmée du Nord, et venant le premier de Laon, et le second de Reims: l'armée du Nord entrait donc en scène. Puis, en vue de soutenir Bubna menacé, ils firent entrer en Suisse un nouveau corps autrichien, commandé par le prince de liesse, pour neutraUser les efforts de Tarmée française de Lyon. Ces deux résolutions eurent des résultats immenses. Elles décidèrent du sort de la campagne en faveur des alliés.

Bliicher, qui dans les derniers jours s'était rapproché de Scliwarzemberg pour le soutenir, se mit en mouvement avec sa fougue ordinaire de l'Aube à la Marne (25 février) en inclinant un peu au nord pour joindre les renforts qui lui étaient promis. 11 n'avait devant lui que les troupes de Marmont et de Mortier, qu'il replia aisément. Le 28 février, il passa la Marne à La Ferté-sous- Jouarre. Mortier et Marmont se retirèrent derrièrel'Ourcq,

où ils défièrent, dans la journée du \'' mars, tous les efforts de Bliicher. Celui-ci avait déjà eu la déception de ne trouver sur la rive droite de la Marne ni \\'inzingerode, ni Biilow, et presque tout de suite il eut la terreur d'apprendre qu'il était directement menacé par Napoléon. Napoléon avait arrêté lé 20 février, à Bar-sur-Aube, la poursuite de l'armée de Schwarzemberg, et, laissant sur

CAMPAGJSE DE FRANCE (1814) 337

l'Aube 40,000 hommes commandés par Oudinot et Macdonald, il s'était lancé de Troyes vers la Marne, à la poursuite de l'armée de Silésie, comptant la prendre au piege entre la Marne et l'Ourcq. Mais Blùcher avait rompu le pont de La Ferté-sous-Jouarre ; l'Empereur perdit une journée (2 mars), pour le passage de la Marne ce qui donna à Bliicher le temps d'échapper h la tenaille toute préparée. Pourtant, Napoléon ne désespéra pas de l atteindre. Le 3 et le i mars, pendant que Bliicher faisait une retraite rapide sur l'Aisne, Napoléon, ayant rallie Marmont et Mortier, gagnait rapidement du terrain vers Fismes, en vue d'interdire à Bliicher le seul passage dont il pût se servir, celui de Berry-au-Bac, le passage de Soissons étant intercepté par cette petite place forte. Bliicher, acculé à l'Aisne avec ses troupes désorganisées, allait être forcé de combattre dans les plus mauvaises conditions, lorsque la capitulation de Soissons lui ouvrit un

passao^e (4 mars). . . .

C'étaient les efforts de Biilow et de ^^ inzmgerode qui lui valaient cette porte de sortie inespérée. Ceux-ci, au lieu de joindre tout de suite leur nouveau chef, avaient juoé bon de lui assurer le passage de l'Aisne en prenant Soissons. Le commandant de cette place, vieux soldat sans énergie, avait perdu la tète aux premiers coups de canon. H se rendit au bout de vingt-quatre heures, et fit perdre ainsi à Napoléon tout le fruit de ses manœuvres. Le 5 mars, Bliicher se mit en sûreté au delà de 1 Aisne et battit en retraite vers Laon.

Napoléon, furieux de voir échapper une victoire presque certaine, ne désespéra point encore de porter quelc mes coups terribles à Bliicher, s'il ne parvenait à 1 exterminer. Ayant passé l'Aisne à Berry-au-Bac, il marcha pour devancer Bliicher à Laon. ?^lais le général prussien, devinant les intentions de son adversaire, et voulant de son coté le prendre en flanc dans sa marche sur Laon, dirio-ea 30,000 hommes sur le plateau de Craonne. borce fut à Napoléon de s'arrêter pour les combattre. Il ht

attaquer de front et sur le versant nord le plateau de Craonne (/ mars). Les Russes de Sacken, favorisés par la position, résistèrent avec tant de ténacité que, pendant de longuçîs heures, les Français ne purent prendre pied sur le plateau. Enfin l'artillerie de Drouot rompit les lignes russes ; Bliicher, de son côté, rappela ses alliés vers Laon. Cette action si disputée ne valait à Napoléon aucun trophée nouveau et même aucun avantage, puisque des avant 1 action les alliés se retiraient vers Laon A chaque pas, Napoléon voyait diminuer ses chances et son espoir. Pourtant, avec sa petite armée, il n'hésita pas à suivre vers Laon l'armée de Silésie renforcée, concentrée et devenue presque invincible. '

Bliicher s'était- posté sur la forteresse naturelle de Laon et dans la plaine qui l'entoure. Ses forces, sa position, la faiblesse de larmée impériale, tout l'invitait à temr ferme, et il tint malgré les prévisions de Napoléon. L hmpereur, espérant encore déterminer par une démonstration vigoureuse la retraite de Bliicher, fit attaquer de front les avant-postes de l'armée de Silésie (9 mars), au sud de Laon, et destina le corps de Marmont à exécuter vers I est une opération semblable. Arrivé fort tard, Marmont s était établi h Athies, lorsque dans la nuit du 9 au 10, les Prussiens, par un brusque coup de main, surprirent et dispersèrent son corps d'armée. Malgré ce fâcheux contre-temps. Napoléon tenta une deuxième oITensive contre Laon (10 mars), toujours dans un but d'intimidation plutôt que d attaque véritable. Mais l'intimidation ne réussit point : Bliicher se sentait trop solide i, Laon • les Français échouèrent dans toutes leurs tentatives, perdirent 6,000 hommes et battirent en retraite su boissons.

L'échec de Napoléon devant Laon était la première conséquence du conseil de guerre de 13ar-sur-Aube. Les décisions qu on y avait prises eurent aussi pour résultat d arrêter net le mouvement d'Augereau de Lvon vers le Jura. La nouvelle armée autrichienne du prince de liesse

battit les Français à Poligny (4 mars), et Augereau, décourage, rappela ses régiments vers Lyon. '

De toutes parts l'horizon redevenait sombre. Dès que 1 empereur avait quitté Troyes, Schwarzemberg avait repris 1 ottensive contre les troupes de Macdonald et d'Outinot. Oudinot, complètement battu à Vernonfays, près de Bar-sur-Aube (27 février), se retira sur TroVes, où Macdonald le rejoignit. De Troyes, les Français revinrent a Aogent, puis à Provins, dès le 7 mars. Pour la seconde " fois., Schvvarzemberg était sur la Seine. Heureusement, sa lenteur bien connue permettait de ne pas trop compter les jours. ^

Napoléon ne désespéra pas. Rassuré du côté de Bliicher, qui avait tenu ferme à Laon, mais qui devait être peu tenté de quitter très vite cette position si favorable, 1 Empereur commença par se jeter sur le corps ennemi de Samt-Priest, imprudemment établi à Reims pour les communications des deux grandes armées alliées (13 mars). Ce corps fut complètement détruit. A Reims, Napoléon balança pendant quelques jours sur la conduite a suivre. Enfin, les nouvelles qu'il reçut de Schwarzemberg lui donnèrent l'espoir de l'atteindre, comme en lévrier, en pleine dislocation. Du 11 au 16 mars, Schwarzemberg avait poussé les troupes de Macdonald de Nogent sur Provins et de Provins sur Nangis. A la nouvelle de la bataille de Reims, il s'était arrêté, et, pris de peur à la pensées d'un mouvement de Napoléon sur ses communications, il s'était mis encore une fois en retraite.

L'Empereur, croyant toujours Schwarzemberg ii Nogent, s'était décidé le 17 mars ii tenter de nouveau sa manœuvre favorite. Il marchait droit vers le confluent de l'Aube et de la Seine, pour y lier ses opérations avec celles de Macdonald. Mais l'ennemi ne lui laissa pas le temps d'arriver, car le général autrichien se retira immédiatement au delà de Troyes, entre la Seine et .l'Aube, et, instruit par son expérience récente, il tint tous ses corps dans sa main. Désormais il était hors de propos

d'iittaquer ces 100,000 hommes avec les forces que Napoléon avait avec lui sur l'Aube ; ce n'étaient que 30,000 hommes au plus, car Napoléon avait laissé vers Laon, devant BUicher, les corps de Marmont et de Mortier, et sur la Seine, le corps de Macdonald. Napoléon se décida à faire une tentative qu'il méditait depuis quelque temps : il voulait marcher vers la Lorraine, y rallier les garnisons des places pour fortifier ses faibles corps, entraîner les alliés derrière lui, ou, s'ils s'obstinaient à rester en Champagne, couper leurs communications. Pour exécuter ce plan audacieux, il se mit en marche par les deux rives de l'Aube vers Yitry, et, le 19 mars, il arrivait à Arcissur-Aube.

Mais, ce même 19 mars, Schwarzemberg, ayant un accès d'énergie, du ii son immense supériorité de forces, se décidait à attaquer Napoléon. Le 20 mars, les premières colonnes des alliés tombaient à l'improviste sur les positions françaises d'Arcis et de Torcy, et, dans le premier moment de désordre et d'émoi, arrivaient jusqu'à l'Aube. Napoléon rallia lui-même ses bataillons sous le feu de l'ennemi, et les maintint solidement àTorcy età Arcis. Croyant qu'il n'avait devant lui qu'une fraction de l'armée ennemie, il demeura à Arcis pour l'accabler le lendemain. Mais dès les premiers coups de fusil, le IM mars, il s'aperçut qu'il avait devant lui toute l'armée de Bohème, et ne s'obstina pas davantage à faire lutter ses 27,000 hommes contre 100,000. Les Français se retirèrent par le pont d'Arcis. Les alliés assaillirent cette petite ville de tous les cotés ; on défendit chaque maison et chaque rue ; lorsque l'ennemi en devint maître, le passage de l'Aube était assuré. Quoique la petite armée impériale eût subi de fortes pertes, elle avait tenu en respect pendant deux jours toute l'armée de Schwarzemberg.

Les deux batailles d'Arcis-sur-Aube n'empêchèrent pas Napoléon de se porter du coté de la Lorraine. Le corps de Macdonald le rejoignit avec peine, par une marche périlleuse au nord de l'Aube. Le 23 mars, l'Empereur

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était à Saint-Dizier, au delà de la Marne. Dans cette immense arène, entre la Seine et la Marne, où Napoléon avait manœuvré depuis la Bothière, il ne laissait que les corps de Marmont et de Mortier, qui s'étaient repliés devant BUicher de Laon sur Fismes, de Fismes sur Château-Thierry, et qui s'avançaient de Château-Thierry vers Yitry pour rejoindre l'Empereur. Le 21 mars, ils étaient à Etoges.

Cependant Schwarzemberg avait passé l'Aube le 22 mars, fort peu éclairé sur les desseins de Napoléon et par conséquent incertain des siens propres. Les dépêches enlevées lui firent connaître le plan de l'I^upereur. Fort troublé, il ne songea d'abord qu'à s'unir, pour combattre Napoléon, à Blùcher, qui descendait de Laon sur Chrdons. Le 23 mars, à Pougy, la jonction des deux armées de Bohême et de Silésie était décidée.

Mais d'autres dépêches, plus graves, arrivant directement de Paris au quartier général des alliés, leur dépeignaient l'état des esprits de la manière la plus défavorable au gouvernement de Napoléon. Ces nouvelles s'ajoutant à Tidée que la France et l'Empire étaient dans Paris, et que la capitale une fois prise, toute résistance serait paralysée, déterminèrent le czar Alexandre à convoquer un conseil de guerre à Sompuis (24 mars). Les alliés, malgré les hésitations de Schwarzemberg, décidèrent de négliger les mouvements de Napoléon et de marcher sur Paris. Pour masquer leur nouvelle direction, ils laissèrent un corps de 10,000 hommes sur les bords de la Marne. Le 25 mars, les deux armées du Nord et de Silésie marchèrent sur Paris en une masse de 200,000 hommes. Elles se heurtèrent presque immédiatement aux faibles bataillons de Marmont et de Mortier, à Fère- Champenoise (25 mars). Les troupes des deux maréchaux soutinrent quelque temps le combat, mais sous l'impulsion des masses énormes qui fondaient sur elles, elles se laissèrent gagner par la panique et s'enfuirent en désordre. Le même jour, à quelque distance et au nord de

Fère-Champenoise, quelques milliers de gardes nationaux qui escortaient un convoi résistaient à l'armée de Silésie avec une fermeté héroïque, et plutôt que de se rendre, se faisaient tous tuer. Marmont et Mortier se retirèrent vers Paris ; pour éviter un contact funeste avec l'ennemi, ils firent un détour immense par Provins. C'est seulement le 29 mars qu'ils arrivèrent sous Paris. Jusqu'aux faubourgs de la capitale, les alliés ne rencontrèrent plus d'autre résistance que celle d'un petit corps commandé par Compans, qui leur disputa le terrain pied à pied de Meaux jusqu'à Pantin (27-29 mars . l.e 29 mars au soir, les alliés arrivaient devant Paris.

Paris n'était pas fortifié, et rien n'avait été fait pendant les deux mois de la campagne, ni par Clarke, le ministre de la guerre, ni par le roi Joseph, chef du Conseil de Régence, pour mettre la ville en état de défense. Napoléon lui-même n'avait donné aucun ordre positif. Les forces destinées à défendre la capitale ne comprenaient que les corps de Marmont et de Mortier et quelques milliers de gardes nationaux, en tout 36,000 hommes contre près de 200,000. Dans ces conditions on ne pouvait lutter que pour l'honneur. Une bataille décousue s'engagea le 30 mars, sur le front nord et nord-est de Paris. Marmont s'établit au plateau de Romainville et devant Pantin ; Mortier s'établit dans la plaine, vers le nord, en avant de La Villette et de La Chapelle. Les soldats de Marmont défendirent avec acharnement le plateau et le bois de Romainville, malgré le nombre de leurs ennemis. Lorsque le plateau fut enlevé, Marmont se replia sur Belleville et Ménilmontant, où il tint encore pendant plusieurs heures. Mais au sud, les alliés s'emparaient de (^baronne ; au nord, ils refoulaient Mortier jusqu'aux barrières de Paris, enlevaient Montmartre et insultaient la barrière de Clichy, dont le vieux maréchal Moncey organisait la défense. A quatre heures, Marmont, autorisé par Joseph, entrait en pourparlers pour une capitulation. Dans la nuit, les troupes évacuèrent la ville,

CAMPAGNE DE FRANCE (1814) 3i3

où les alliés firent le 31 mars une entrée triomphale. C était le coup de grâce porté à l'Empire.

Pendant que les événements se précipitaient vers Paris, Napoléon s'était laissé jouer par la tactique des coalisés. Le 2;) mars, ne sachant rien du mouvement vers Paris, mais apprenant que Bar-sur-Aube et Troyes étaient évacués, il projetait d'occuper ces villes pour couper les communications de l'armée de Bohème, et déjà arrivait à Doulevent, lorsque les 10,000 hommes de Wmzingerode, laissés pour l'abuser, se montrèrent du coté de Saint-Dizier. L'Empereur revint, les battit et les dispersa (2G mars). Le lendemain seulement, il apprit la foudroyante nouvelle de la marche sur Paris. Il pensa d'abord à abandonner hi capitale à son sort et à conti-

.., V,» 1V.CF ivii^iai» cLdieiiL eiiires le i^ mars, a la

perte de Lyon, pris par les Autrichiens le 21 mars après la bataille de Limonest. Mais ses maréchaux l'ayant conjuré de tout sacrifier à la défense de Paris, il finit par céder à leurs instances. Il courut sur la capitale, d'abord avec ses soldats, puis en poste par Troyes et Villeneuve-sur-Vanne. Dans la nuit du 30 au 31 mars, il arriva à Fromcnteau, à quatre lieues de Paris. C'est là qu'il apprit la capitulation. Désespéré, il retourna à Fontainebleau, où les débris de son armée le rejoio-nirent les jours suivants. Dans le Midi, Soult livrait à' Wellington, le 10 avril, l'inutile bataille de Toulouse, la dernière.

La lutte était finie. Personne dans la nation et dans l'armée, à l'exception de Napoléon lui-même et de ses fidèles grognards de la vieille garde, n'eut été disposé à la reprendre. Dès le 2 avril, le Sénat servile de l'Empire proclamait la déchéance du maître qu'il avait adulé, et le gouvernement provisoire préparait le retour des Bourbons. Le 5, l'éclatante défection de Marmont enlevait à Napoléon un corps d'armée. L'empereur se décida, le

6 avril, à signer son abdication ; quelques jours plus tard, il acceptait la souveraineté de l'île d'Elbe. Tout de suite il était abandonné sans la moindre pudeur par ses maréchaux, ses généraux, ses ofïiciers, tous pressés de courber l'échiné devant le nouveau maître ; mais les soldats montrèrent aux adieux de Fontainebleau, le 20 avril, qu'ils n'oubliaient pas si vite l'homme qui, malgré ses fautes et ses crimes, semblait emmener avec lui en exil la Révolution vaincue par les rois.

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