‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 66 sur 73 · Voir caries 15, p. 312 et 17, p · texte numérisé non relu

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monarchique et religieux et le nombreux personnel de ces émigrés rentrés qui avaient fait leur éducation militaire à l'armée de Condé, chez les Autrichiens et chez les Anglais. L'ancienne Maison du roi revécut avec ses corps privilégiés. Les trois couleurs furent abolies et remplacées par le drapeau blanc. Une multitude d'olîiciers furent mis en disponibilité avec demi-solde, mesure que nécessitait l'état des finances, mais qui fut appliquée avec la plus maladroite rigueur. On ne ménagea pas les avanies à ceux qui restaient, et les deux ministres de la guerre, Dupont, le vaincu de Baylen, Soult, louché subitement par la grâce royaliste, ouvrant toutes grandes les portes de l'armée aux émigrés, prétendirent les fermer aux fils de la Révolution. Ces mesures soulevèrent de toutes parts une hostilité acharnée contre ces Bourbons imposés par l'étranger, qui prétendaient effacer vingt-cinq ans de travaux et de gloire et replacer l'armée, comme la nation, au point où elles en étaient avant 89. « Je ne crois pas, écrit un officier anglais en 1814, que les Bourbons puissent rester en France six mois après le départ des alliés ».

De Lile d'Elbe, Napoléon suivait avec attention la surexcitation grandissante des esprits. Toutes les nouvelles qu'il recevait s'accordaient sur les maladresses des Bourbons et sur les dispositions du peuple et de l'armée. « Il suffirait, disait un négociant de Marseille, du chapeau de Napoléon planté sur la cote de Provence pour soulever tous les Français ». D'autre part, l'Empereur se sentait fort menacé par certaines machinations qui avaient le Congrès de Vienne pour théâtre : il était question de 1 enlever, de le déporter au loin. Il brusqua le dénouement, quitta l'ile d'Elbe avec les 1,100 fidèles grognards qui l'avaient suivi jusqu'au bout, et débarqua au P-oUe Jouan le 1- mars 1815. Il dit à Cambronne, chargé de précéder la colonne impériale : « ,1e vous confie l'avantgarde de ma plus belle campagne. Je veux arriver à Paris sans qu'un coup de feu soit tiré ». Ses prévisions ne le

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trompèrent pas. A Grenoble, à Lyon, le peuple et les soldats, entraînés par une irrésistible impulsion, acclamèrent leur Empereur. Toutes les troupes envoyées contre lui passèrent de son coté. Le maréchal Xey luimême, après avoir promis à Louis XYIII de ramener Bonaparte dans Uvie cage de fer, déclara « la cause des Bourbons à jamais perdue ». Le soir du 20 mars, Napoléon entrait à Paris, que Louis XVHI avait quitté la veille pour s'enfuir d'abord h Lille, puisa Cand. Toute la Fran^^ accepta l'Empire ; quelques résistances locales fure' vite comprimées ; les hauts dignitaires de l'armée, si prompts à accepter les Bourbons en 1814, se hâtèrent de chanter la palinodie en 1815. Pour rallier tous les fidèles de la Révolution à la cause du nouvel empire. Napoléon accorda par l'Acte additionnel les libertés qu'il avait autrefois abolies.

Mais, s'il était facile de rallier la France au régime impérial, il était impossible de le faire accepter par l'Europe. L'Europe était déterminée à abattre coûte que coûte Napoléon. Déjà, par les déclarations du 13 mars, les souverains réunis au Congrès de Vienne l'avaient mis hors la loi. Le 25 mars était formée une nouvelle coalition. Un million d'hommes se mirent en marche vers les frontières de France. La France entière, comme son Empereur, fut mise hors la communauté européenne. Napoléon eut beau multiplier les déclarations pacifiques : il lui fallut se préparer à une nouvelle et terrible lutte.

Les forces de la France au 20 mars ne comprenaient que 180,000 hommes. Il eût été possible d'organiser une levée en masse comme celle de 93, une immense Jacquerie qui eût peut-être sauvé l'Empire et la France, si Napoléon n'avait eu pour de tels moyens une répulsion invincible. 11 se contenta de tirer de l'armée régulière tout ce qu'elle pouvait donner. Les appels des officiers, des soldats en congé, et de la conscription de 1815 devaient au bout de trois mois lui donner 400,000 hommes disponibles sur les frontières, et derrière eux il armait

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monarchique et religieux et le nombreux personnel de ces émigrés rentrés qui avaient fait leur éducation militaire à l'armée de Condé, chez les Autrichiens et chez les Anglais. L'ancienne Maison du roi revécut avec ses corps privilégiés. Les trois couleurs furent abolies et remplacées par le drapeau blanc. Une nuiltitude d'olïiciers furent mis en disponibilitéavec demi-solde, mesure que nécessitait l'état des finances, mais qui fut appliquée avec la plus maladroite rigueur. On ne ménagea pas les avanies à ceux qui restaient, et les deux ministres de la guerre, Dupont, le vaincu de Baylen, Soult, touché subitement par la grâce royaliste, ouvrant toutes grandes les portes de l'armée aux émigrés, prétendirent les fermer aux fils de la Révolution. Ces mesures soulevèrent de toutes parts une hostilité acharnée contre ces Bourbons imposés par l'étranger, qui prétendaient effacer vingt-cinq ans de travaux et de gloire et replacer l'armée, comme la nation, au point où elles en étaient avant 89. « Je ne crois pas, écrit un oflicier anglais en 1814, que les Bourbons puissent rester en France six mois après le départ des alliés ».

De Lile d'Elbe, Napoléon suivait avec attention la surexcitation grandissante des esprits. Toutes les nouvelles qu'il recevait s'accordaient sur les maladresses des Bourbons et sur lesdispositions du peuple et de l'armée. c( Il sudirait, disait un négociant de Marseille, du chapeau de Napoléon planté sur la cote de Provence pour soulever tous les Français ». D'autre part, l'Empereur se sentait fort menacé par certaines machinations qui avaient le Congrès de Vienne pour théâtre : il était question de 1 enlever, de le déporter au loin. Il brusqua le dénoueit, quitta l'île d'Elbe avec les 1,100 fidèles rrroo-nards

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qui Lavaient suivi jusqu'au bout, et débarqua au golfe Jouan le L' mars 1815. Il dit à Cambronne, chargé de précéder la colonne impériale : « Je vous confie l'avantgarde de ma plus belle campagne. Je veux arriver à Paris sans qu'un coup de feu soit tiré ». Ses prévisions ne le

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trompèrent pas. A Grenoble, à Lyon, le peuple et les soldats, entraînés par une irrésistible impulsion, acclamèrent leur Empereur. Toutes les troupes envoyées contre lui passèrent de son coté. Le maréchal Ney' luimême, après avoir promis à Louis XVHI de ramener Bonaparte dans une cage de fer, déclara « la cause des Bourbons à jamais perdue ». Le soir du 20 mars. Napoléon entrait à Paris, que Louis XYHI avait quitté la veille pour s'enfuir d'abord à Lille, puisa Gand. Toute la France accepta l'Empire : quelques résistances locales furent vite comprimées ; les hauts dignitaires de l'armée, si prompts à accepter les Bourbons en 1814, se hâtèrent de chanter la palinodie en 1815. Pour rallier tous les fidèles de la Bévolution à la cause du nouvel empire. Napoléon accorda par l'Acte additionnel les libertés qu'il avait autrefois abolies.

Mais, s'il était facile de rallier la France au régime impérial, il était impossible de le faire accepter par l'Europe. L'Europe était déterminée à abattre coûte que coûte Napoléon. Déjà, par les déclarations du 13 mars, les souverains réunis au Congrès de Vienne l'avaient mis hors la loi. Le 25 mars était formée une nouvelle coalition. Un million d'hommes se mirent en marche vers les frontières de France. La France entière, comme son Empereur, fut mise hors la communauté européenne. Napoléon eut beau multiplier les déclarations pacifiques : il lui fallut se préparer à une nouvelle et terrible lutte.

Les forces de la France au 20 mars ne comprenaient que 180,000 hommes. Il eût été possible d'organiser une levée en masse comme celle de 93, une immense Jacquerie qui eût peut-être sauvé l'Empire et la France, si Napoléon n'avait eu pour de tels moyens une répulsion invincible. Il se contenta de tirer de Larmée régulière tout ce qu'elle pouvait donner. Les appels des officiers, des soldats en congé, et de la conscription de 1815 devaient au bout de trois mois lui donner 400,000 hommes disponibles sur les frontières, et derrière eux il armait

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200,000 gardes nationaux, 60,000 marins, et faisait fortifier Paris. Il réunissait ainsi assez de forces, sinon pour faire reculer l'Europe entière, au moins pour repousser son premier assaut. Les soldats, exaspérés de l'insolence des étrangers et fanatisés par le retour de leur Empereur, tous Français et presque tous très exercés, étaient capables de lutter un contre deux. Leur enthousiasme se révéla le 1'''' juin, à la cérémonie du (]hamp de Mai. Leurs acclamations rendirent à l'Empereur un peu de la confiance qu'il avait perdue. Malade de corps et d'esprit depuis le 20 mars, épuisé par ses efforts surhumains pour remettre l'armée sur pied, travaillé par la maladie qui devait l'emporter six ans plus tard, Napoléon se sentait décliner.

Pourtant, les défaillances de sa santé, si elles ralentissaient son activité physique, n'altéraient point sa lucidité et son coup d'œil. La France était menacée sur toutes ses frontières et en Vendée. Il était donc nécessaire que Napoléon divisât ses forces et établît un cordon de protection dans l'ouest, ainsi que sur les frontières qu'il voulait se contenter de défendre. Les principales masses des coalisés allaient se présenter sur les frontières du nord et de l'est : en première ligne, les Anglais, les Belges et les Hollandais de Wellington et les Prussiens de Bliicher, en Belgique; en deuxième ligne, sur le Rhin, une armée russe et une armée autrichienne. Napoléon aurait pu, en raison de son infériorité numéri([ue, se tenir sur la défensive et recommencer, appuyé à Paris, la campagne de 1814. Il aima mieux se porter rapidement sur les coalisés établis en Belgique, avant que les Russes et les Autrichiens fussent h portée de les soutenir. Il échelonna sur la frontière du Nord cinq corps commandés par d'Erlon, Reille, Vandamme, Gérard et Lobau, qui, avec la garde commandée par Mortier et la réserve de cavalerie de Grouchy, devaient former une armée de 124,000 hommes, avec 350 bouches à feu. Napoléon résolut d'entrer le 15 juin en Belgique à la tète de cette armée.

Son (( étoile », dont il doutait depuis la campagne de Russie, se montra encore dans les fausses dispositions et dans le manque de prévoyance de ses ennemis. Ceux-ci ne croyaient pas à une offensive française et se préparaient lentement à recommencer l'invasion de 1814. D'après le plan arrêté à Heilbronn entre les souverains et les généraux de la coalition, la campagne devait s'ouvrir vers le l'^'' juillet par une attaque concentrique sur toutes les frontières du nord et d'est. En attendant l'heure fixée, Wellington et Bliicher avaient dispersé leurs troupes dans les Pays-Bas belges. Les cantonnements de l'armée anglaise, forte de 103,000 hommes, armée bigarrée d'Anglais, de Hollandais, de Belges et d'Allemands, s'étendaient de la Lys jusque vers la Sambre, avec Bruxelles pour quartier général; les cantonnements de l'armée prussienne, forte de 1 1 1 ,000 hommes, s'étendaient de Charleroi à Liège. La chaussée de Charleroi h

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Carte n" 17. — Ligny et Waterloo.

Bruxelles était la ligne de jonction visible des armées alliées. Napoléon se décida h concentrer d'une manière aussi rapide et secrète que possible ses troupes sur la

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frontière, en face de cette ligne de jonction, puis à pénétrer en Belgique pour séparer Bliicher et Wellington, ce qui lui donnait des chances de les battre isolément, l'un après l'autre. Le 14 juin au soir, à la suite de marches réglées avec précision, la concentration de l'armée française se fit, avec Beaumont comme centre, de Solre sur Sambre à Philippeville, de façon que chaque corps n'eut pas plus de vingt-cinq h trente kilomètres à faire pour se rendre h l'objectif désigné sur la Sambre, Charleroi. Les ordres de mouvement furent donnés pour le 15, à trois heures du matin. Des h coups et des retards se produisirent dans l'exécution. Yandamme, prévenu très tardivement, ne put conduire son corps à point nommé sur la Sambre. La marche du corps de Gérard fut troublée par la désertion subite de Bourmont, chef de la division de tète, et les soldats, déjà fort portés à soupçonner leurs chefs, conçurent de vives alarmes. Malgré ces contre-temps, Tarmée française refoula sur la Sambre les avant-postes du corps prussien de Zieten ; à midi elle enlevait les ponts de Marchienne et de Charleroi ; après une courte fusillade, les Prussiens, débusqués de Charleroi, étaient rejetés sur la route de Bruxelles et de Namur. Pour compléter la séparation des deux armées ennemies, Napoléon réunit les deux corps de Beille et de d'Erlon sous les ordres de Ney, auquel il prescrivit de suivre la route de Bruxelles et de prendre position au point important des Quatre-Bras. Pour lui, il fit suivre par Grouchy et Yandamme les corps prussiens en retraite du côté de Namur. Les Prussiens, battus et repoussés sur le ruisseau de Gilly, reculèrent jusqu'à Fleurus. L'armée française avait tout l'espace nécessaire pour se déployer sur la rive gauche de la Sambre. De son côté, Ney n'avait exécuté qu'à demi les instructions de Napoléon : arrivé avec trop peu d'hommes aux Quatre-Bras, il n'avait pu s'y loger, et avait dû se contenter d'occuper Frasnes, à quelque distance en arrière.

Cette irruption soudaine avait été annoncée trop tard à

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Bliicher et à \Yellington pour qu'ils pussent se concentrer et combattre les Français sur la rive gauche de la Sambre. Toutefois, Bliicher, plus rapproché, plus ardent aussi, partageant les passions qui animaient son armée, réunit ses divisions en toute hâte pour secourir Zieten. Dans la matinée du 16, il se porta sur Bry, Ligny et Saint-Amand, où il occupa de bonnes positions sur les bords du ruisseau de Ligny. Il obtint de Wellington, non une assurance positive, mais une promesse conditionnelle de secours, subordonnée au cas où \Yellington lui-même ne serait point attaqué. Cela sullit à Blùcher : il s'engafifea à fond contre les Français.

Napoléon, au premier abord, ne croyait pas a une attaque des Prussiens. Il avait fait son plan pour une grande reconnaissance offensive contre eux, vers SombrefTe et Gepibloux, et projetait de marcher ensuite sur Bruxelles. Mais l'approche de Bliicher, loin de le déconcerter, le remplit de joie. Il allait tenir l'armée prussienne tout entière. Avant d'arrêter son plan de bataille, il attendit que les Prussiens eussent dessiné le leur. Yers deux heures après midi seulement, l'armée prussienne et l'armée française occupaient leurs positions de combat, et les intentions de Bliicher devenaient fort claires : c'est alors que le général prussien recevait de Wellington les dernières assurances qui fortifièrent sa résolution. A trois heures, les Français marchèrent sur Saint-Amand et sur Lignv. Tout en faisant sou dispositif de bataille. Napoléon expédiait à Ney l'ordre de rejeter ce qui était devant lui aux Quatre-Bras et de se rabattre sur les derrières des Prussiens ; pour plus de célérité, cet ordre devait être communiqué directement à d'Erlon, quoique celui-ci fut le subordonné de Ney : le corps de d'P>lon, étant plus rapproché de Ligny que Ney lui-même, pourrait, dans la pensée de Napoléon, arriver plustôt sur les communications des Prussiens. Cependant l'attaque de front avait commencé. Les Français enlevèrent Saint- Amand ; les Prussiens le reprirent. A Ligny, centre du

combat, les attaques furieuses de Gérard arrachèrent à Tennemi la moitié du village, mais les Prussiens se maintinrent énergiquement dans Tautre moitié, au delà du ruisseau. Une attaque à fond sur la droite de Bliicher n'eut qu'un succès passager. Les Prussiens tenaient avec une énergie désespérée sur le ruisseau de Ligny ; ils mettaient surtout un soin extrême l\ protéger leur droite, afin de garder des communications ouvertes avec Wellington, duquel ils attendaient toujours des renforts.

Pour briser cette résistance opiniâtre. Napoléon se préparait à lancer la garde sur Lignv, lorsqu'on lui annonça, sur sa gauche, l'approche d'une colonne ennemie. L'invraisemblance de cette nouvelle ne lui apparut pas tout de suite. Il s'arrêta fort troublé, suspendit l'attaque jusqu'à plus ample information. Bientôt il acquit la certitude que cette colonne n'était autre que le corps de d'Erlon, qui se dirigeait sur Ligny, et qui, après s'être montré à quelque distance du champ de bataille, repartit comme il était venu.

Obligé de renoncer à l'espoir de voir Ney et d'Erlon tourner les Prussiens, Napoléon dut se contenter de jeter toute sa réserve sur Ligny, afin de repousser au loin l'armée de Blucher. Cette dernière attaque, faite à sept heures du soir avec un élan irrésistible, décida du sort de la bataille. Le centre ennemi fut complètement enfoncé ; Blucher, désarçonné, égaré au milieu d'un tourbillon de cavaliers, faillit être pris. Les deux ailes de l'armée prussienne firent retraite en assez bon ordre, tout en subissant de cruelles pertes. Les Prussiens avaient perdu 15,000 hommes, les Français 9,000.

C'était un grand succès, mais un succès incomplet. L'armée prussienne était mutilée, elle n'était pas absolument hors de cause, car elle n'avait pas été prise dans l'étau que lui préparait Napoléon.

Le maréchal Ney n'avait pu se trouver au rendezvous qui lui était assigné sur les derrières de l'armée prussienne, parce qu'il avait eu à soutenir aux Quatre-

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Bras l'effort de Wellington. Si Ney avait montré son activité coutumière, il aurait occupé les Quatre-Bras dès le soir du 15, ou au plus tard le matin du 16. Laissé sans instructions précises et pressantes, il ne se hâta point vers les Quatre-Bras, et se flatta toute la matinée de n'avoir pas affaire aux Anglais. A deux heures après midi seulement, il attaqua avec le seul corps de Reille le poste qu'il aurait dû occuper la veille au soir. Il n'y avait encore que 8,000 hommes aux Quatre-Bras. Ils étaient en grand péril, lorsque Wellington accourut, et après lui, coup sur coup, des divisions anglaises se postèrent au carrefour des routes de Bruxelles et de Nivelles, pour les couvrir l'une et l'autre. Ney comptait sur l'arrivée de d'Erlon : mais il n'eut, jusqu'à la fin de la journée, que les troupes deUeilIe. Impuissant à occuper les Quatre-Bras, malgré de furieuses charges de cavalerie, impuissant à exécuter les instructions de Napoléon, il dut se replier sur Frasncs.

Quant au corps de d'Erlon, par suite de malentendus, il fut aussi inutile à Napoléon et à Ney dans cette journée que s'il n'avait pas existé. Lorsque d'Erlon, demeuré fort en arrière de Frasnes, reçut les ordres de l'Empereur, il les comprit mal : il crut devoir se porter vers la gauche de Napoléon, pour la renforcer, au lieu d'exécuter un mouvement tournant. 11 marcha vers Saint- Amand et Ligny, où son approche imprévue causa les vives alarmes que l'on sait. Il allait rejoindre Napoléon, lorsqu'il fut rappelé par des ordres pressants du maréchal Nev, qui, obligé de lutter aux Quatre-Bras avec 15,000 hommes contre 25,000, réclamait instamment son appui. D'Erlon se remit en marche dans la nouvelle direction, mais il n'arriva à Frasnes qu'à la nuit close. Dans ces singuliers contre-temps, tout n'était pas attribuable au hasard : chacun avait quelques reproches à se faire, d'Erlon parce qu'il avait manqué d'initiative, Napoléon parce qu'il n'avait pas donné des instructions précises, le maréchal Ney parce qu'il avait perdu du temps.

Toutefois, si la bataille de Ligny n'avait pas donné les résultats attendus par Napoléon, elle semblait donner satisfaction complète à ses visées premières, qui étaient de séparer Bliicher et Wellington.

Les Prussiens comprenaient que la jonction des deux armées importait plus que le gain d'une bataille. Le 16 au soir, Gneisenau, chef d'état-major de Bliicher, ordonna 1 abandon de la route de Xamur et Liège, et la retraite sur A\ avre, afin de préparer la réunion avec Tarmée anglaise vers Bruxelles. Informé de ce mouvement, Wellington décida que ses troupes se replieraient, dans la journée du 17, des Quatre-Bras sur le plateau de Mont- Saint-Jean, et qu'elles y livreraient bataille le 18, pourvu que Bliicher fut en état de les soutenir.

Ces graves décisions allaient à l'encontre des hypothèses de Napoléon. Celui-ci pensait volontiers que l'armée prussienne, étant hors de combat pour quelques jours, ne pourrait tenter la jonction avec les Anglais avant Bruxelles. Sa trompeuse sécurité et la réorganisation des corps qui avaient combattu l\ Ligny le retinrent immobile le matin du 17. A midi, prenant avec lui le gros de son armée, il marcha vers les Quatre-Bras pour soutenir Ney et déloger les Anglais. Il confia à Grouchy les corps de Vandamme etde Gérard, la cavalerie de Pajol et d'Exelmans, et lui ordonna verbalement de suivre les Prussiens sur Gembloux et de garder le contact avec eux, soit vers Maestricht, s'ils se séparaient de l'armée anglaise, soit vers \\ avre, s'ils préparaient la jonction à Bruxelles' Pour une telle mission, qui demandait de la décision et de 1 initiative, il eût fallu un autre chef que Grouchy bon subordonné, capable seulement de bien exécuter les ordres qu'il recevait. Avec ses :i5,000 hommes, ce maréchal occupa Gembloux, le soir du 17. Au matin du 18 il marcha sur Wavre. Il suivait ponctuellement ses ins-^ tructions.

Pendant ce temps, Napoléon n'avait eu aucune peine à replier les Anglais des Quatre-Bras sur Mont-Saint-Jean.

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