QUÉBEC
Les vieux quartiers. — Une rue provinciale. — La maison aux pigeons. — Ar chitecture militaire. — Les fossés de la citadelle. — Le marché. — La maison du Chien d'Or. — La Terrasse. — L'Université Laval. — L'Instruction publique. — La Bibliothèque. — Les journaux français.
Si l'on veut jouir d'une belle vue d'ensemble de Québec, il faut gravir un abrupt rocher qui se dresse non loin de la cascade de Montmorency. Etrange rencontre! cette ville, capitale des « arpents de neige », prend, de ce point, un aspect oriental. Un voyageur déclare qu'il a cru revoir Alger et ses maisons en amphitliéàtre. Le scintillement des toits recouverts eu tôle étamée remplace l'éclatante blancheur des murailles de la ville africaine. Ce n'est Iciqu'une fugitive impression. Au lieu de la resplendissante mais monotone lumière qui éclaire crûment les villes du soleil, Québec s'enveloppe d'un chatoiement doux, et l'éclat môme de ses toits aveuglants est tempéré par les masses de verdure sombre, qui font le charme de ses promenades.
La ville est bâtie sur une hauteur, entourée d'antiques remparts k créneaux et dominée par une citadelle géante.
Cet air moyen âge, qu'aucune autre cité américaine ne possède, est un des attraits de Québec. C'est un assez saisissant contraste que ce reste de la vieille civilisation européenne debout sur le continent aux villes modernes^ industrielles avant tout, créées pour le commerce et non pour la guerre.
Pour un Américain, Québec est la curiosité de l'Amérique. L'aspect intérieur de la ville fondée par Champlain, ne dément pas cette première sensation. C'est une profusion (( de lourds et bizarres édifices à pignons antédiluviens avec, çà et là, la flèche scintillante d'une église ou les murs sévères et trapus de quelque monastère ». Autour de la ville haute, les maisons de la ville basse grimpent comme à l'assaut, vieilles masures qu'on dirait épuisées par un tel effort incessant, si vieilles d'apparence qu'il est à peine croyable qu'une ville du nouveau monde renferme tant de constructions (( branlantes, vermoulues, moussues, parfois hydropiques et ventrues, parfois maigres et efflanquées, et qui toutes se lézardent, se fendillent, se crevassent, s'effritent, s'émiettent peu à peu sous l'action lente du temps ». C'est quelque chose comme la reproduction de l'ancien quartier des Tanneurs, à Genève, a Mais sur tout cela un ciel presque toujours d'une pureté admirable et à l'horizon, par delà le Saint-Laurent, des paysages montagneux, aux tons bleuâtres d'une exquise finesse. )) Voilà Québec.
(( 0 ma chère vieille cité canadienne, s'écrie avec enthousiasme un habitant de cette Rome du Nouveau-Monde ; ville éminemment fantasque, puisque, par ce temps de
progrès où tout s'uniformise, tu t'obstines quand même à conserver avec un soin jaloux le pittoresque labyrinthe de tes rues effroya})lement pavées, avec les trottoirs casse cou et la calèche de nos aïeux ! Ville bienveillante et hospitalière, aux femmes justement renommées par leur grâce et leur beauté, ville où il fait si bon se laisser vivre! »
Il est facile à un touriste de perdre son temps dans Québec, et môme ceux qui ne sont pas pressés ou qui n'ont pas de but déterminé s'égarent le plus facilement du monde à la poursuite d'un pittoresque incessamment renouvelé. Telle rue est tout à fait engageante à la flânerie, comme celle-ci qui traverse le marché de la ville haute et par d'obliques détours, rue ou succession de rues, conduit à la porte nommée en anglais Hope- Gâte. La plupart des maisons de ce quartier sont de construction basse, à un seul étage, lourdes et épaisses, pierre et brique, les toits coupés par des lucarnes où verdoient des plantes d'appartement. Les portes sont peintes de couleur claire, chacune avec son large bouton de cuivre poli ou son heurtoir massif reluisant au soleil ; une plaque du même métal porte le nom du propriétaire et sa profession, qui est souvent celle d'avocat ou de notaire, car Québec est fort bien pourvu d'hommes de loi.
Chaque maison, outre la porte piétonne, est pourvue d'une immense porte cochère, dans laquelle se découpe encore une autre petite porte. Les seuils sont revêtus d'une toile cirée nette et luisante, et les trottoirs de bois sont fort proprement tenus, ainsi que la chaussée au pavé rude.
On regarde au loin, et l'œil s'attarde : c'est un pan du mur d'enceinte, qui apparaît percé de meurtrières; de place en place, une culasse de canon. Et plus loin encore, un merveilleux plan de paysage se déroule : l'immensité bleue du Saint-Laurent, un coin du village de Beauport couché sur une des berges, une étendue de prairies en pente douce, d'un vert pâle.
Parfois, un peintre s'installe là, sur son pliant, à prendre une exquisse; alors un groupe se forme autour de lui, des enfants, des fillettes blondes, un ruban bleu dans les cheveux, des collégiens dans l'uniforme du petit séminaire ; une jeune femme derrière le rideau de sa fenêtre jette un coup d'oeil furtif sur la scène, et sur le pas de leur porte de vieilles servantes regardent, la main au-dessus des yeux. Quel peintre ne s'arrêterait à prendre un tel croquis : une antique maison avec un balcon fermé de persiennes vertes ; à travers les balustrades un géranium rouge fleurit; au-dessus s'ouvre une lucarne d'oii pend une corde à croc à demi-enroulée sur une poulie, et au-dessus encore, c'est une sorte de pavillon oriental au dôme d'étain reluisant : pittoresque confusion de formes harmonisées au hasard par le temps qui s'y connaît. Cette superposition élève le toit de beaucoup plus haut que les toits voisins, et dans la fraîcheur de la lumière matinale, des pigeons blancs volent autour du dôme, s'abattant de temps à autre jusqu'à la fenêtre du premier étage, roucoulant et semblant faire des grâces à une jeune fille, qui assise là, s'occupe à quelque couture.
A Hope-Gate, le spectacle est bien différent. Cette
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porte est un monument si remarquable d'architecture militaire et si bien conservé, que peu de villes européennes en pourraient montrer d'aussi intéressant. Les lourds piliers de moellons ont été noircis par le temps et la porte, qui n'a probablement pas été fermée une fois en ce siècle, est d'une charpente massive ferrée de clous et de verrous énormes. Les murailles à cet endroit étreignent comme une couronne le sommet de la colline où la ville est bâtie ; une rue dévale de là, en courbes murées, joignant la ville haute à la ville basse, sur l'emplacement de laquelle, en 1775, un étroit sentier de ronde longeait le Saint-Laurent. Depuis cette époque, une large bande de terrain a été gagnée sur le fleuve, et entre l'ancien sentier et les berges, des maisons se sont élevées.
Entre Hope-Gate et les premières maisons de la ville basse, on découvre de ce côté les plus étranges scènes ; c'est un coin d'une intense couleur bohémienne : granges et étables aux toitures affaissées, ateliers aux murs crevés qui s'allongent en groupes désordonnés le long de la montée dans toutes les postures de l'abandon et de la décrépitude ; de légères galeries de bois les mettent en communication avec le second étage des maisons qui s'élèvent de l'autre côté du sentier, et ces galeries suspendues ressemblent à un séchoir en plein vent, couvertes de linges, de vêtements de toute forme ; au-dessous, de vieilles femmes bavardent, des hommes fument, des enfants vagabondent au milieu de toute une basse-cour, que semblent surveiller, du coin de leur œil doux, de gros terre-neuves paresseux.
La place du marché de la ville basse est naturellement un des endroits curieux de Québec. Au milieu des boutiques, et entre deux raugs de baraques en toile, les paysans vendent leurs denrées avec de sobres paroles, prononcées d'un accent à la fois traînard et sifflant. Ça et là, parmi les charrettes, une voiture aux couleurs gaies attire la foule : c'est un charlatan yaiikee, qui débite une drogue américaine vantée dans un boniment d'un français de sa composition, dont l'imprévu fait beaucoup rire les badauds.
Parmi les vieilles maisons disparues, car tout finit par disparaître, même à Québec, un voyageur signalait, il n'y a pas bien des années, la maison du Ghiea d'or, sur l'emplacement de laquelle on a bâti la Poste.
(( Cette maison, célèbre dans les traditions municipales, tirait son nom du-bas relief assez grossièrement sculpté au-dessus de la porte, où l'on voit, en effet, un chien rongeant un ossement et encadré dans l'inscription suivante la première ligne au-dessus du bas-relief, les trois autres en dessous.
JE SVIS VX CHIEN QVI KONGE l'o, EN LE RONGEANT JE PRENDS MON REPOS. UN TEMPS VIENDRA QVI n'eST PAS VENV QVE JE MORDRA Y QVI m'aVRA MORDV.
c( Quoique vieux d'un siècle seulement, ce bas-relief a donné lieu à plusieurs légendes où tantôt le nom de Bigot,
CAXADIEX.'^ Dfi KUANCE.
rinteiidant prévaricateur du Canada, tantôt celui du sieur de Repentigny, officier de l'armée royale, se trouvent mêlés à une histoire de meurtre commis sur la personne du premier propriétaire de la maison du Chien d'or, le marchand Nicolas Jaquin, dit Philibert. On rapporte, d'après des traditions assez vagues, que c'est la veuve du marchand qui fit placer ce bas-relief avec l'inscription sur la façade de sa maison, afin de graver profondément dans l'âme de ses enfants une haine vengeresse. On a môme ajouté qu'après la chute de la domination française, un fils de Philibert aurait passé en Europe, d'autres disent jusque dans l'Inde, pour se battre avec l'assassin de son père, et que le combat se serait terminé par la mort de l'un des deux combattants. Lequel? Les traditions ne s'accordent pas plus sur ce point que sur les autres.
(L Quelques années plus tard, la maison du Chien d'or acquérait une célébrité d'un ordre historique. C'est là qu'habitait vers 1782 la belle miss Prentice, dont Nelson, alors commandant d'un brick de guerre, tomba éperdûment épris. Ses amis s'alarmèrent et parvinrent à le soustraire aux entraînements d' une passion qui menaçait de rompre sa carrière. A quoi tiennent les destinées des empires? Les beaux yeux de miss Prentice ont failli épargner à la France Aboukir et Trafalgar. »
L'énigmatique bas-relief a été conservé religieusement : on peut le voir au-dessus de la principale porte d'entrée de l'hôtel de la Poste ; mais hélas ! sans la vieille maison dont il était l'enseigne, que peut-il raconter maintenant?
Lorsqu'on a visité la belle cathédrale gothique, l'église
92 LES CArs'ADIENS DE FRANCE.
anglicane, plus sévère, les quelques monuments modernes pareils dans toutes les villes, Québec offre encore d'autres distractions. La Terrasse, lieu de promenade favori des Québeckois, ombragée de peupliers, vaste plate-forme élevée de près de 70 mètres au-dessus du fleuve, ofTre un des plus admirables points de vue que l'on puisse imaginer. Dominée par la citadelle, elle domine à son tour le port dont les cris et les grondements montent jusque là affaiblis et adoucis.
C'est surtout au déclin d'une belle journée d'été que la Terrasse est attrayante. Le soleil, à l'horizon, s'enfonce, empourprant la ville de lueurs d'incendie, métamorphosant le Saint-Laurent en un fleuve de lave incandescente. Peu à peu, tout cela se fond, devient indécis puis soudain disparaît, après avoir brillé, une minute, d'un plus aveuglant éclat. Un grand calme, une admirable sérénité, c'est l'enthousiasme canadien qui parle, montent alors de la nature. Une à une, les étoiles s'allument au ciel, et dans le port un à un, les fanaux des bâtiments, pendant que meurt doucement le crépuscule, comme avec des battements d'ailes.
C'est à ce moment, à la tombée de la nuit que, l'été, la musique militaire donne ses concerts. Alors l'animation est grande, la ville s'est donné rendez-vous là, et si la lumière électrique ne venait pas gâter la nuit de son fade éblouissement, on passerait sur cette célèbre terrasse des heures nocturnes vraiment délicieuses.
Si Québec n'est pas une ville morte, ce n'est pas non plus une cité bien vivante. La politique se brasse à Ottawa
et le commerce à Montréal. Mais c'est justement son charme d'être une grande ville de province, apaisée et un peu somnolente, cliarmant contraste avec les bruyantes agglomérations américaines.
Les habitants n'ont point cet air agité et presque maladif que l'on voit aux gens d'affaires dans les grandes villes : on y sait marcher sans courir. Voyez ce tableau d'une rue, vue par la fenêtre, que donne un romancier américain exact jusqu'à être méticuleux :
« Paysannes en chapeau de feutre ou de paille, les unes à pied et panier au bras, les autres dans leurs carrioles légères. Prêtres en robe noire qui, mêlés aux passants sur le trottoir à pavé de bois, s'effacent poliment pour livrer passage en soulevant leur chapeau à larges bords, en saluant d'un sourire grave. Mères de familles conduisant de petites écolières qui trottinent gaiement, leurs livres sous le bras. Jeunes ministres anglicans à la figure douce, aux yeux inquiets derrière leurs lunettes. ))
Et cette rue de Québec, que l'on vous dépeint sous cette apparence si calme, est une de celles qui conduisent à la poste et c'est l'heure du courrier !
Québec est restée une ville essentiellement religieuse, et bien que le catholicisme et l'anglicanisme y vivent côte à côte en assez bons termes, le sentiment est catholique comme les institutions. Les Français y sont, d'ailleurs, dans la ville, peuplée de 65,000 habitants, et dans toute la province, environ 9 contre 2, et le respect de la vieille religion nationale fait la base et l'essence même du patriotisme. Faisant usage de la Hberté britannique dont jouis-
sent maintenant aa Canada, comme en toutes les autres parties du globe, les sujets de la Couronne, les Canadiens français ont fondé à Québec une université, qui représente le centre intellectuel du pays.
L'Université Laval fut fondée en 1852 par la corporation du séminaire de Québec, qui est la plus ancienne des institutions d'éducation instituées au Canada, et nommée Laval en souvenir de M. de Montmorency-Laval, premier évêque de la Nouvelle-France. Sa charte lui a été accordée par le gouvernement anglais, sur la recommandation de Lord Elgin, alors gouverneur général. Elle comptait eu 1873 quatre facultés : théologie, médecine, droit et arts (cette dernière subdivisée en lettres et sciences), 38 professeurs et 276 élèves inscrits, sans compter les auditeurs libres.
(( Les édifices du séminaire de Québec et de l'Université, dit M. Chauveau dans son livre sur l'instruction publique au Canada, occupent un des endroits les plus importants de la vieille cité et couvrent avec la cathédrale et le palais de l'archevêché, la plus grande partie du terrain que Louis Hébert, le premier colon du Canada, commença à défricher en 1617. Le séminaire est un corps de bâtiments d'ancienne et pittoresque structure ; l'Université proprement dite, le pensionnat et l'école de médecine sont bâtis dans le goût moderne ; malheureusement on a été forcé de les entasser dans un espace étroit qui n'a pas permis de leur donner tout le développement nécessaire. Comme oeuvres d'architecture, ils laissent beaucoup à désirer, mais comme distribution intérieure et installation, ils peuvent
soutenir la comparaison avec ce qu'on trouve de mieux en Europe.
« De fort belles collections et une bibliothèque de près décent mille volumes dont la partie américaine et canadienne est surtout remarquable, ont été formées soit par voie d'achat, soit par legs. L'Université, considérée d'ailleurs comme ne faisant qu'un avec le séminaire, qui possède d'immenses propriétés datant de l'époque française, n'a jamais demandé de subventions au gouvernement et les a même refusées lorsqu'elles lui étaient offertes.
(( C'est donc essentiellement une Université catholique; cependant, plusieurs des professeurs de la faculté de droit et de médecine, ainsi que le doyen de cette dernière Faculté, sont protestants, indices évidents, fait remarquer M. Chauveau, de la bonne harmonie qui règne entre les divers éléments de la population. D'ailleurs, et pour des raisons qui tiennent à l'histoire même du développement politique du pays, il n'y a pas, dans la province de Québec, d'enseignement d'Etat. Ainsi, l'université Mac-Gill, de Montréal, fondée en 1827, est protestante, mais sans distinction de secte, et, à l'inverse de l'université Laval, compte parmi ses professeurs plusieurs Canadiens français, c'est-à-dire catholiques. Universités, collèges, écoles primaires sont purement confessionnels.
Pendant longtemps, l'L^'niversité Laval a été le seul établissement d'instruction supérieure dans l'Amérique du Nord où l'enseignement fût donné en français. Depuis lors, son succès lui a suscité une concurrence dont l'effet ne pourra être que très salutaire. L'Université anglaise de
Victoria, dont le siège est à Cobourg, dans la province d'Ontario, s'est affiliée à une Ecole supérieure française établie à Montréal, oîi la médecine était enseignée, en 1873, à 100 élèves, presque tous Canadiens français. En 1878, l'université Laval a créé à Montréal une succursale de sa faculté de droit.
(( Chose singulière, fait observer M. Lamotlie, bien que fondée et administrée par le clergé, l'université Laval était violemment attaquée à l'époque de mon voyage (1878), par les ultra-catlioliques du pays, comme suspecte de tendances gallicanes. On avait même parlé d'ouvrir à Montréal une université plus foncièrement orthodoxe. La cour de Rome ayant donné raison à l'université contre ses détracteurs trop zélés, ce projet n'a pas eu de suite. »
L'instruction est très répandue dans toute la province de Québec ; les écoles primaires et secondaires y sont nombreuses et assidûment fréquentées. L'instruction primaire est obligatoire, mais l'obligation de s'instruire est écrite dans les mœurs autant et plus que dans la loi ; quant à l'instruction secondaire, le prix en est très peu élevé et un grand nombre de bourses permet de la distribuer gratuitement à beaucoup d'enfants. Et même, dit un document canadien officiel, (( la haute éducation est répandue dans la province, à un point qu'elle ne saurait dépasser sans rompre l'équilibre qui doit nécessairement exister, dans une jeune société comme la nôtre, entre le travail intellectuel et le travail manuel )).
En aucun autre pays, si ce n'est aux Etats-Unis, les bibliothèques publiques ne sont aussi nombreuses et bien
pom-vues qu'au Canada. Plus de 150 villes ou institutions
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Fig. 14. — rortc d'entrée de rUiiiversitc Laval, .à yueijeo.
diverses possèdent des bibliothèques ayant plus de 1,000 volumes : de toutes petites villes comme l'Assomption,
Belleville, Sainte- Anne, ont leur bibliothèque ouverte à tous. Nous avons mentionné celle de l'université Laval, mais la Bibliothèque du parlement, à Ottawa, n'a pas moins de 130,000 volumes, celle de l'université Mac-Gill en possède 35,000 ; celle du collège de Montréal, 30,000, et nous pourrions allonger de beaucoup cette liste, si une indication ne suffisait pas.
Québec étant la capitale du Canada français, compte naturellement un assez grand nombre de journaux fran^ çais. Comme à Londres, comme à Paris, la presse, malgré quelques dissidents, s'élabore dans un même quartier, aux alentours d'une rue fort raide appelée Côte de la monta^ gne, et qui relie la ville haute à la ville basse.
Dans toute la confédération, 1,300,000 habitants de langue française, on ne trouve pas moins de 40 publications périodiques, dont 7 ou 8 journaux quotidiens. Le plus ancien de ces journaux se publie à Québec, le Canadien. 11 fut fondé en 1806 et plusieurs fois supprimé par les anciens gouverneurs anglais, bien loin de la haute tolérance politique qui a prévalu depuis. On peut, en effet, remarquer en passant, que le gouvernement anglais supporte avec une patience merveilleuse les revendications françaises, une patience qui semble aller jusqu'à la complicité, car on se souvient et on se souviendra toujours à Québec de ce mot du duc d'Edimbourg à une dame canadienne qui ne savait que l'anglais : a Je ne comprends pas qu'une Canadienne ne parle pas français ! )) Après le Canadien^ vient l'Evénement^ qui futlongtemps dirigé par M. Hector Fabre, sénateur fédéral, et maintenant agent général du Canada
français i\ Paris. Nous disions que c'était un maître journaliste, s'il ne donnait pas encore, hebdomadairement, des preuves de son talent d'écrivain et des sentiments patriotiques dans le journal qu'il a fondé à Paris pour la défense des intérêts canadiens et l'union des deux pays. Le Journal de Québec, après avoir été conservateur, est maintenant à la tête du mouvement libéral, tandis que le Courrier du Canada représente le parti ultra-catholique. Il faut encore mentionner, à Québec, une publication mensuelle, le Journal de l'Instruction publique, rédigé par M. Oscar Dunn, et qui a le grand mérite, en un pays où la langue de la presse est souvent gâtée par de mauvais anglicismes, d'être écrit dans un français d'une irréprochable pureté.
Nous parlons ailleurs des revues canadiennes et de leur grande influence littéraire. Quant aux autres journaux français répandus par tout le territoire, que ce soit le Courrier d' Outaouais , de Hull ou V Union des Cantons^ d'Arthabaska, leur influence, pour être d'un tout autre genre, n'en est pas moins excellente : ils propagent infatigablement, avec la langue française, l'amour de la vieille patrie.
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