RENÉ LACOMBE
Pendant ce temps-là, des événements de la plus haute importance se passaient a” Canada, et devaient avoir, quelques années &° ce terrible dénouement, que le courage persé ....ut des Canadiens fut impuissant à empêcher: la reddition du pays à l'Angleterre. Ce fut Langlade qui apporta à Michillimakinac la nouvelle de la capitulation de Montréal, le dernier foyer de la résistance, et elle ne tarda pas d’être communiquée au commandant du
Saut-Sainte-Marie.
__ Cadot eût volontiers versé son sang pour sauver le pays, et cette nouvelle le plongea dans une douleur difficile à décrire. Tel était son attachement à la cause française, qu’il refusa pendant quelques années de reconnaître, à sa manière, la nouvelle autorité régnante. Ainsi le drapeau français continua de flotter sur le fort du Saut-Sainte-Marie longtemps après que les fleurs de lis eurent quitté pour toujours les remparts de Québec. A l’ombre de ces vieilles couleurs, si fécondes en souvenirs, il pouvait se
4 Augustin, père de Charles de Langlade,
croire : :core sous la protection de la mère-patrie. Ces patriotiques illusions ne pouvaient toujours durer. Aussi, Cadot finit par accepter la situation, et la couronne anglaise n'eut pas à l’avenir de sujet plus soumis, plus dévoué. Tels furent les La Corne, les Langlade, les Beaujeu, les Baby et bien d’autres, qui, après s'être battus commt des lions contre l’Angleterre, comptèrent plus tard au nombre de ses plus vaillants défenseurs. |
Alexander Herry, traiteur anglais, visita le Saut- Sainte-Marie au mois de mai 1762, et il en fait la description suivante: |
«Ici s'élève un fort en palissades, qui était vccupé du temps des Français par une petite garnison, commandée par un officier, auquel on donnait le nom de gouverneur, mais qui était, de fait, un commis chargé de diriger la traite avec les Sanvages pour le compte du gouvernement. Les maisons étaient au nombre de quatre : la première était occupée par le gouverneur, la seconde par l'interprète, et les deux autres, les plus petites, servaient de casernes. Il n’y avait pas d'autre famille que celle de M. Cadot, l'interprète, dont la femme était une Sauteuse. Le fort est situé au milieu d’une plaine magnifique d'environ deux milles de circonférence, et qui est couverte d’une herbe très-abondante. Le site charmant du fort, et surtout le désir d'apprendre la langue sauteuse, m'ont déterminé à y passer l'hiver. On parle exclusivement le sauteux dans la famille de M. Cadot 1.»
3 Travels and Adventures in Canada and in the Indian Territories,
Dans le cours de l'été de 1762, un petit détache: ment de troupes anglaises, sous le commandement du lieutenant Jamet, vint occuper le fort. Mais il fut quelque temps après victime d’un incendie qui détruisit les palissades du fort et toutes les maisons, sauf celle de Cadot, sans compter les.approvisionnements des troupes et une grande quantité de poisson blanc.
Comme la garnison n'avait pour toute perspective que la famine durant l’hiver, il fut décidé qu’elle retournerait sur-le-champ à Michillimakinac. Il n’y avait pas de temps à perdre, car la navigation menaçait de s’'iaterrompre d’un jour -à l’autre. Les soldäts prirent place dans plusieurs canots, et, le trente et un décembre, ils atteignirent Michillimakinac, à leur grande joie. Le lendemain, la navigation était close sur la rivière Sainte-Marie.
Le commandant Jamet et ceux qui étaient restés au fort, durent habiter pendant deux mois une trèspetite maison, et vivre de pêche et de chasse. Vers le vingt et un février, on crut le lac gelé, et le commandani Jamet résolut de se rendre à Michillimaki nac, en compagnie de Cadot, de Henry, de deux Canadiens et de deux Sauvages. Ces derniers reçurent ordre de porter sur leurs épaules les provisions nécessaires pour ce long voyage : elles se composaient d’un peu de maïs, de quelques poissons, morceaux de lard et pains, que l’on avait pu sauver du feu.
Les voyageurs se mirent en marche à la raquette. IL eût été facile aux Canadiens de faire plusieurs lieues par jour, mais comme le commandant Jamet n’était pas habitué à ce genre de course, et qu’il craignait l'affection connue sous le nom de mal de raquettes, il en résulta bien des retards.
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Le septième jour, l'expédition n’avait franchi que la moitié de la distance, et on eut le chagrin de constater, à la Pointe-du-Détour, que le lac n’était pas encore couvert de glaces. Les vivres étaient presque complètement épuisées, et il fallut renvoyer au Saut-Sainte-Marie les Canadiens et les Sauvages, pour obtenir de nouveaux approvisionnements.
En leur absence, qui dura trois longs jours, Jamet, Cadot et Henry n’eurent pour tous moyens de subsistance qu'environ deux livres de lard et trois livres de pain. Les Canadiens et les Sauvages revinrent le quatrième jour, puis les voyageurs se remirent en route pour Michillimakinac, qu'ils atteignirent après beaucoup de fatigues et de misères.
Quelque temps après, Henry revint au Saut,
puis il retourna à Michillimakinac, où devait bien-
tôt éclater la terrible conspiration des Sauvages,
qui eut pour dénouement le massacre de presque
toute la garnison anglaise,
Au nombre des victimes se trouvait le heutenant Jamet, qui, pour avoir voulu échapper à la famine qui le menaçait, au Saut-Sainte-Marie, vint succomber sous les coups des Sauvages, à Michillimakinac, après avoir chèrement vendu sa vie.
ITT
Henry s’aventura de nouveau dans l'ile Michillimakinac en 1764. Il n’y rencontra tout d’abord que deux traiteurs canadiens et un petit nombre de Sauvages. Une tranquillité parfaite semblait régner, mais elle fut bientôt troublée par l’arrivée de quelques Sauvages de la baie de Saguenaum., chargés de recruter de nouvelles forces pour soutenir la
lutte terrible quePontiac avait entreprise contre les Anglais. Comme Henry était le seul Anglais au fort, il ne tarda pas à apprendre que les Indiens avaient l'intention de le tuer, afin de ranimer le courage de leurs compagnons en leur servant du « bouillon anglais. »
Henry ne trouva pas la perspective très-rassurante, et il se fit conduire en toute hâte au Saut-Sainte- Marie, où ii savait qu’il serait en süreté sous la protection de (Cadot. «Les Sauteux, dit Henry, considéraient M. Cadot comme leur chef, et celui-ci était non-seulement mon ami, mais l’ami des Anglais. C'est lui qui avait empêché les Sauteux du lac Supérieur de se joindre à Pontiac.»
En route, Henry fut rejoint par un canot monté par trois Canadiens et qui ramenait au Saut-Sainte- Marie Mme Cadot. Il témoigna à cette excellente Indienne le désir de l'accompagner. et elle accéda volontiers à sa demande. Mme Cadot, dit Henry, appartenait à la tribu sauteuse, dont elle était géné. raiement respectée
Ce traiteur se déguisa en voyageu: canada pour ne pas être reconnu par les Sauteux, déjà tron ‘isposés à jui faire un mauvais parti. Deux jours ne s'étaient pas écoulés, que l’on fit rencontre d’une vingtaine de canots, remplis de Sauvages. Ceux-ci entourèrent l’embarcation et prétendirent reconicitre un Anglais dans la personne de Henry, mais Mme Cadot affirma, avec une sincérité si apparente, que C'était un Canadien, de Montréal, voyageant pour la première fois dans l'Ouest, que les Sauvages n’insistèrent pas davantage.
Cadot fit un accueil fort cordial à Henry. Quel. ques jours après, un certain nombre fe Sauvages
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débarquèrent au Saut, et firent connaître leur intention de s'emparer du traiteur anglais. Mais Cadot leur ayant déclaré que Henry était sous sa protection et qu’il ne permettrait pas qu’on violât les lois de l'hospitalité à son égard, ils renoncèrent à leur sinistre dessein.
Ces Sauvages, ayant à leur tête le redoutable Matchékoui, venaient solliciter les Sauteux de s’unir aux bandes armées par Pontiac, pour faire la guerre aux Anglais. Un grand conseil fut tenu dans ce but, mais la harangue énergique de Cadot produisit un effet tel, que les alliés de Pontiac durent s’en retourner après avoir complètement échoué dans leur mission.
En 1765, Henry s’associa avec Cadot, et tous deux firent une traite lucrative pendant plusieurs années Ils pénétrèrent très-loin dans les établissements de l’intérieur, et dépassèrent même en 1776 les bouches de la rivière Saskatchouan.
Le célèbre voyageur, Jonathan Carver, visita le Saut-Sainte-Marie, en 1766, et il faic la mention suivante de Cadot dans sa relation de voyage : «A l’extrémité supérieure du détroit de Sainte-Marie s'élève un fort auquel il a donné son nom; il est commandé par M. Cadot, Canadien-français, qui, étant propriétaire du terrain, a obtenu permission d’en garder possesion À.»
Vers 1767, Cadot perdit sa femme, Anastasie, «fille du Nipissing,» et il épousa quelque temps après Mile Marie Mouët, parente probablement de
1 Travels through North America in 1766, 1767 and 1768. à
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Charles de Langlade. Cette même année, il eut de ce mariage, un fils, Joseph-Marie, dont l'acte de bap: tème ? est consigné au registre de Michillimakinac, comme étant le premier, qui y ait été inscrit depuis le départ des jésuites, en 1765. La cérémonie du baptème fut célébrée par M. l'abbé Pierre Guilbault, vicaire-général d' la Louisiane pour l’évêque de Québec, et curé de l'établissement français de Kaskaskia.
Ce dévoué missionnaire passa le mois de juillet 1768 à Michillimakinac, et n’y revint que plusieurs années après, au mois de juin 1775. Il retourna dans l'intervalle, à Kaskaskia, puis construisit à Saint- Louis, Missouri, en 1770, la plus ancienne église de cette ville—laquelle fut convertie en maison d'école en 1819, pour devenir plus tard le siége de la florissante université des jésuites. M. Gibault demeura curé de Kaskaskia de 1770 à 1789.
Cadot continua de faire la traite pendant plusieurs années avec beaucoup de succès. Il possédait au Saut une belle et.spacieuse maison, de vastes hangars —dont on voyait encore les ruines eu 1823—et une grande étendue de terre, qui, partant du côté sud de la rivière Sainte-Marie, s’avançait fort loin dans la forêt. En 1788, il avait environ seize acres de terre en culture.
* «Le vingt-trois juillet mil sept cent soixante et huit par nous, vicaire-général de la Louisiane, a été baptisé Joseph- Marie, né dans le cours du mois d'octobre mil sept cent soixante et sept du légitime mariage de Jean-Baptiste Cadot et ae Mario Mouëêt, son épouse. Le parrain à été le sieur Jean-Baptiste Chaboillez, négociant, et la marraine, Marie-Anne Antoine Viger, femme du sieur Antoine Beauvais, lesquels ont signé avec nous. La mère présente a déclaré ne savoir signer. Le père était absent. ;
« GIBAULT, Vic.-Géa.,