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mais il ne voulut pas entrer dans une carrière qui demande une vocation si prononcée. Il caressait plutôt le projet d’aller braver les dangers de la mer, et de se faire une réputation de marin intrépide. Il fit part plus d’une fois de ce plan à son père, mais celui-ci refusa de consentir à son départ.
Comme le jeune aventurier redoublait d’obsessions pour mettre à exécution son idée favorite, son père l’enferma une bonne fois dans sa maison, et l'y tint pendant dix jours au pain et à l’eau. It ne goûta guère les charmes de ce régime ascétique, et il parvint à s'échapper de la maison paternelle, puis à s’embarquer furtivement à bord d’un bâtiment en partance pour l’Europe. Son père, soupçonnant son escapade, réussit, en faisant exécuter les signaux voulus, à faire revenir au port le bâtiment, qui s’en éloignait rapidement, de sorte que Rolette dut, bon gré mal gré, renoncer à son projet de courir les mers.
Rolette quitta Québec, pour aller s’établir à Montréal, au mois d'octobre 1803, où il se livra au commerce, avec un nommé Dominique Lacroix, jusqu’au mois d'avril 1805. Il émigra ensuite au Détroit, puis à Sandwich, paroisse toute française, située sur la rivière Détroit, à l’extrémité ouest de la province d'Ontario. Toutefois, il ne demeura pas longtemps dans ces deux localités.
De Sandwich, Rolette alla se fixer à la Prairie-du- Chien, où il dirigea les affaires de Murdoch Came. ron 1, traiteur important, qui demeurait d'ordinaire
1 Cameron était à cette époque le princif al traiteur dans la région supérieure du Minnesota. C'était un Ecossais très-habile et très-entreprenant, Il avait à son service un vieux Canadien, surnommé Milord, dont Featherstonaugh, auteur de À canoe voyage up the Minay Sotor, a raconté les exploits. M. Cameron
est mort en 1811, dans le Minnesota, à un endroit connu sous le nom de « Tombeau de Carreron. »
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au Lac-qui-Parle, sur les bords de la rivière Saint- Pierre. 11 s’initia en peu de temps à tous les secrets du commerce, et fit bientôt la traite pour son propre compte avec les Sioux et les autres tribus des alentours.
Au mois d’avril 1806, le lieutenant Zébulon Montgomery Pyke se rendit à la Prairie-du-Chien, et eut des rapports très-agréables avec Rolette. Par son je de voyage, à la date du dix-neuf avril, on voit que Pyke dina, ce jour-là, chez un M. Campbell, en compagnie de MM. Wilmot, Blakely, Wood, Rollet, Fisher et Jarrot : ce dernier demeurait à Cahokia 1. Lelieutenant Pykeétait venu établir dans le pays des règlements très-sévères sur la vente de l’eau-de-vie aux Sauvages par les traiteurs; mais il était à peine parti que Dickson, Rolette et Cameron enfreignaient ces mêmes règlements ?.
L’aisance permit bientôt à Rolette de songer à la vie domestique, et il épousa, au mois de mai 1807, Mlle Marguerite Dubois, fille d'Antoine Dubois, un Canadien qui avait été assassiné quelques années auparavant par les Sauvages. Mile Marguerite Dubois avait été élevée par Julien Dubuque —-fondateur de la ville de ce nom—et elle n’avait alors que quatorze ans. Elle ne contribua pas peu à charmer la solitude du traiteur canadien.
La guerre de 1812 interrompit brusquement les opérations commerciales de Rolette, et ne lui laissa pas d’autre alternative que d’y prendre une part
1 An acaount of expeditions to the sources of the Mississipi. 2: History of the Minnesota,by Edward Duffield Neill, p. 276.
active. Comme Îa plupart des traiteurs canadiens, il se rangea du côté de l'Angleterre, et assista à plusieurs engagements qui furent couronnés de succès.
La nouvelle de la déclaration de guerre trouva Roletie à Saint-Joseph. Cette petite île, située à quarante milles au nord de Michillimakinac, à l’extrémité sud du lac Supérieur, était protégée par un fort, armé de deux canons, et renfermait trente-trois soldats de l’armée anglaise, et environ cent quatrevingts — quelques-uns disent deux cent soixante — voyageurs canadiens, habitués pour la plupart à faire le coup de feu, et qui pouvaient être, au besoin, d’un précieux secours.
Le commandant du fort Saint-Joseph était le capitaine Roberts, officier d’une rare bravoure. A la nouvelle de la guerre, le quatre juillet, Robert alla consulter Toussaint Pothier L, agent de la Compagnie du Nord-Ouest, sur le parti à prendre dans cette occurrence. Il ne lui eut pas plutôt expliqué son projet de faire une attaque immédiate sur le fort de Michillimakinac, alors en la possession des Américains. -“e cet intrépide Canadien lui promit son concon: plus actif, en lui disant : «Pardieu, monsieur, il tant frotter ces gens-là joliment. »
Les agents des autres compagnies de traite secondèérent avec non moins d’empressement les vues du capitaine Roberts.. Aussi réussit-on en très-peu
+ M. William C. Coffin, anteur de : The War of 1812 and its Morals, dit que Pothier était agent de la Compagnie de la baïed'Hudson, tandis que d'après Robert Christie (Memoirs from 1807 to 1815), il l'était de la Compagnie du Sud-Ouest. Tous deux font erreur. Pothier était non-senlement agent de la Compagnie du Nord-Ouest, mais aussi l’un des associés. Il fut nommé membre du conseil législatif, on 1823, et forma partie du conseil spécial en 1888. 11 était aussi seigneur du fief Lagauchetière. Il mourut à Montréal, à un âge avancé, après avoir fourni une carrière utile pour son pays,
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de temps à organiser une expédition relativement importante, composée de soldats anglais, de voyageurs canadiens, et d'environ quatre cents Outaouais, Sauteux, Sioux, Puants, Folles-Avoines.
Les Canadiens furent divisés en trois compagnies, dont le commandement fut confié à Lewis Crawford, lieutenant-colonel, et à Toussaint Pothier, qui remplissait les fonctions de major. John Johnston, Charles Oaks Ermatinger et Jean-Baptiste Nolin *, du Saut-Sainte-Marie, devaient agir comme capitaines, avec Joseph Rolette, Joseph Porlier, Paul Lacroix et Xavier Biron pour lieutenants. La maladie empècha Nolin de se rendre jusqu’à Michillimakinac, mais deux de ses fils firent partie de l’expédition. A la tête des Sauvages se trouvaient Charles de Langlade, Robert Dickson, Michel Cadot, fils, et John Askin, fils.
L'expédition s’embarqua le seize juillet 1812, à bord de la goëlette Culedonia, de dix grandes barges, et de pas moins de soixante-dix canots. Grâce à une température magnifique et à un vent favorable, la petite flottille arriva sans encombre, le lendemain, à trois heures du matin, à l'ile de Michillimakinac.
? Franchère visita le Saut-Sainte-Marie, le trente juillet 1814, au retour de son voyage à l’océan Pacitique, ct il mentionne Nolin et Johnstone dans sa relation : «La rive nord du Saut appartient, dit-il, à la Grande-Bretagne, et celle du sud aux Etats-Unis. C’est sur cette dernière que M. Johnstone faisait sa résidence. Ce monsieur était, avant la guerre, percepteu du fort pour le gouvernement américain. Sur le même côté résidait un M. Nolin, avec sa famille consistant en trois garçons et quatre filles, dout une était passablement jolie. Ce monsieur était gros traiteur, et l’on voyait encore dans sa maison et ses ameublements des marques de son ancienne prospérité. Du côté du nord, nous trouvâmes M. John Ermatinger qui possédait un joli établissement ; il demeuruit dans une maison appartenant à M. Nolin, mais il en faisait bâtir une de pierre, trèsélégantes et il venait do faire achever un moulin à farine. »
Nolin vendit ses terrains, plus tard, à Charles Oaks Ermatinger, et alla demeurer, vers 1819, à Pembina, sur la frontière de la proyince de Manitoba. Ses descendants habitent encore le Nord-Ouest.
Les Canadiens se mirent de suite à l'œuvre, et à dix heures ils avaient réussi à monter un canon sur une hauteur qui domine le fort. Puis sommation fut faite au commandant américain, le lieutenant Hanks, dg se rendre sur-le-champ. Celui-ci, pris complètement par surprise, ne songea même pas à se défendre, et, dans un rapport au général américain Hull, en date de Détroit, le quatre août, il avouait que cette sommation avait été la première nouvelle qu'il avait reçue de la déclaration de la guerre. On. voit que ce coup de main avait été habilement organisé.
La garnison se composait de soixante et un officiers et soldats des troupes régulières, outre quarantesept marins, à bord de neuf bateaux qui se trouvaient dans le havre. Après la capitulation, deux navires américains, chargés de sept cents paquets de pelleteries, arrivèrent à Michillimakinac, ignorant ce qui venait de se passer, et tombèrent entre les mains des vainqueurs.
Le drapeau anglais put donc flotter sur le vieux fort de Michillimakinac—le « Gibraltar des lacs »— sans la moindre effusion de sang, sans même un coup de mousquet. Seuls, les Sauvages regrettèrent un dénouement aussi pacifique, car il leur fallut quitter l'ile sans pouvoir enlever une chevelure aux Longs Couteaux. «Il est heureux, » écrivait John Askin, fils, l’un des officiers des Sauvages, dans une lettre au Montreal Herald, en date du dix-huit juillet 1812, «que le fort ait capitulé sans tirer un seul coup de canon, car s’il eût fait feu, je crois fermement que pas un homme n'aurait été épargné. Mon fils, Charles de Langlade, Augustin Nolin et Michel Cadot, jeune, m'ont rendu de grands services en
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maintenant l'ordre parmi les Sauvages. Je n'ai jamais vu de gens aussi déterminés que les Sauteux et les Outaouais. »
Cet exploit eut les meilleurs résultats. Il eu‘ l'abori pour effet d'éloigner les Américains des grands lacs, d’où ils auraient pu préparer plusieurs incursions redoutables, et de déterminer la plupart des tribus sauvages, iudécises jusque-là, à se ranger presque immédiatement sous le pavillon anglais. Il remplit ensuite d’ardeur les troupes canadiennes, enflamma leur courage et inspira confiance aux commandants dans le courage de leurs soldats.
Bref, la capture de Michillimakinac fut le digne prélude de la glorieuse prise de Détroit, le seize août 1812, et de bien d’autres faits mémorables, qui allaient répandre un nouvel éclat sur le:nom canadien.
Cet engagement ne fut pas le seul auquel Rolette prit part dans cette guerre.
Les Américains ayant réussi à s'emparer du fort auglais à la Prairie-du-Chien; au mois de mai 1814, sous la direction du gouverneur Clark, du Missouri, le colonel McDouall, commandant de Michillimakinac, résolut d’aller les déloger de ce poste important, situé au cœur des tribus de l'Ouest. Il organisa, dans ce but, une expédition composée principalement de Canadiens, et Rolette ne lui fut pas peu utile pour en assurer le succès.
Nous trouvons dans un mémoire du temps! un
1 An account of the expedition against Mississipi, undertal:en in
1814, under the command ER na McKay, then Major of
Michigan Fencibles. From the j
urnal of an ofiicer present on the occasion. Voir The Canadian Magazine, vol. IV. Année 1825,
récit complet de cette campagne, auquel nous empruntons les passages suivants :
« C'était une entreprise accompagnée de beaucoup de difficultés, et qui exigeait une combinaison d’habileté militaire, de persévérance et de prévoyance, que l’on trouve rarement dans le même homme. Les troupes que l’on pouvait détacher étaient trop peu considérables pour une pareille entreprise, et la garnison se composait d’un certain nombre d'individus qu'il était difficile d’assujettir à la discipline militaire. Il fallait traverser le désert avec une trèspetite quantité de vivres, et le colonel Dickson, qui avait abandonné le fort, ne voulait pas se charger d’aller le reprendre. Malgré toutes ces difficultés, l'expédition, une fois résolue, fut commencée le plus promptement possible. Le colonel MacKay ?, des Fencibles, fit généreusement l'offre de ses services, et le commandement de l'expédition lui fut confié. Le colonel McDouall enrôla deux cents Canadiens et cent cinquante Sauvages qui s'étaient offerts comme volontaires ; et La Sarcelle (probablement un chef
! Le lieutenant-colonel William MacKay vint faire la traite, dès 1798, sur les bords de la rivière Ménomoni, au service de Dominique Ducharme. Il alla se tixer ensuite à Michillimakinac, puis, après avoir fait pendant quelques années le commerce des fourrures dans la pq supérieure du Mississipi, il forma partie de la Compagnie du Nord-Ouest, en 1812. Avant de participer à l’expédition de la Prairie-du-Chien, il avait ‘servi à la tête des Voyageurs, puis des Voltigeurs canadiens, et s'était distingué spécialement an combat de Lacolle, le vingt novembre 151% Ce fut la capture du fort de la Prairie-du- Chien qui Ini valut le titre de lieutenant-colonel. Il parcourut durant la guerre dix-neuf mille milles : dans l’une de ses courses, il traversa toute la «ôte nord du lac Huron. Le colonel MacKay était un homme actif, intelligent et d’une taille imposante. Il passa ses dernières années à Montréal, remplissant les fonctions de surintendant des Sanvages ; il moufut du choléra en 1882. Il avait épousé, en 1508, une fille de M. le juge A. Davidson. qui lui donna, entre autres enfants, M, le juge Robert MacKay, de Montréal. M. Alexander MacKay, dont il est fait mention dans l'ouvrage de Washington Irving : Astoria, était son frère.
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sauvage) fut envoyé en avant pour recruter des renforts, partout où cela lui serait possible, le long de la route.
«Le vingthuit juin, les préparatifs étant tous terminés, nous nous embarquâmes vers midi, dans huit barges, y compris une chaloupe canonnière. Notre expédition se composait de vingt hommes des Fencibles au Michigan, accompagnés d’un petit canon; de soixante volontaires canadiens avec les capitaines Rolette et Anderson, les lieutenants Brisebois et Graham, du détachement des Sauvages, cinq interprètes, et quatre-vingt-deux Sauvages, Sioux, Sauteux, avec dix de leurs femmes et enfants. M. Louis Honoré remplissait les fonctions de commissaire des vivres.
« Le lendemain, nous partimes au soleil levant, et nous rencontrâmes, bientôt après, trois canots montés par des Indiens. La prudence et la vigilance de notre commandant commencèrent dès lors à se manifester. Le colonel MacKay, ayant observé que la barge commandée par le capitaine Rolette était la meilleure voilière, lui ordonna de se rendre à la Baie-Verte pour y acheter des vivres et y réunir tous les Sauvages que l’on pourrait rencontrer, afin que le corps prirtipal de notre ee dure ne fût pas arrêté dans sa route.
« Le cinq juillet, nous eûmes un vent favorable. Le temps, qui avait été beau jusqu'alors, s’assombrit, et le tonnerre se fit entendre. Ici eut lieu un phénomène qui mérite d’être mentionné, à cause de sa singularité et de l'effet qu'il eût sur les Sauvages. A peu de distance, tout autour de nous, nous vimes tomber la pluie par torrents, tandis que pas une seule goutte n’atteignit le point que nous occupions. L’ignorance des Sauvages leur
fit attribuer ce phénomène à la puissance de notre commandant,
« Aussi, depuis notre départ du lieu de campement jusqu’à notre arrivée à la Baie-Verte, ils ne cessèrent de témoigner leur joie, en poussant des cris, en chantant leurs chansons de guerre, et en remerciant le Grand Esprit de leur avoir accordé un chef de guerre, qui avaitun pouvoir absolu sur le ciel et les éléments. «Que ne pouvons-nous pas attendre, disaient-ils, d’un «pareil chef? Depuis notre départ de Michillimakinac, «il nous a procuré un temps favorable, et maintenant «il ne permet même pas que la pluie tombe sur nous. « Nous espérons, jeunes gens, que lorsque vous ren- «contrerez les ennemis, vous vous jetterez au milieu « d'eux sans ne rien craïndre; car notre chef les livrera «entre nos mains sans qu’il nous advienne le moindre «mal.» Tels furent les discours des principaux chefs jusqu’à la Baie-Verte.
« En arrivant à cet endroit, les miliciens et les Sauvages tirèrent une salve, à laquelle nous répondimes par quelques décharges de notre canon. Le capitaine Rolette, qui avait reçu ordre de prendre les devants, avait acheté à la Baie, quatorze pièces de bétail, et trois cent-cinquante livres de farine.
« Le six, nous qous mimes en route à sept heures, et laissâmes derrière nous les capitaines Rolette et Grignon pour règler quelques comptes. Le premier nous rejoignit, le soir, au portage de Kakalin.
« Le sept, une partie de la flotille mit à la voile à six heures du matin; mais les capitaines Rolette et Grignon ayant été laissés en arrière pour amener le reste des troupes, nous campâmes, après avoir franchi quatre lieues seulement, aux Grosses-Roches. Les capitaines Rolette et Grignon campèrent un peu plus bas.
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« Dans la matinée du seize, le lieutenant Brisebois et M. A. Grignon furent envoyés en avant avec un détachement de Sauvages, pour prendre connaissance autant que possible de la situation de l'ennemi. Le lendemain, à une heure du matin, nous nous remimes en route jusqu’au Petit-Gris, à environ trois lieues du village de la Prairie-du-Chien, où nos éclaireurs nous attendaient. Ils avaient pris un M. Antoine Brisebois, qui nous informa que le fort Shelby était bâti sur une éminence, en arrière du village, et était défendu par six pièces de canon et par une soixantaine de soldats, outre les officiers. Il y avait aussi dans le fleuve, en face du fort, une grande chaloupe canonnière, longue d'environ soixante pieds, portant quatorze pièces de siége et soixante à soixante-dix hommes d'équipage. Elle était hors de l’atteinte des petites armes à feu.
«Après avoir obtenu ces renseignements, notre commandant forma son plan d'attaque. Nous devions débarquer au vieux fort, à environ deux milles en aval du village. Le capitaine Grignon avec sa compagnie, et le lieutenant Brisebois avec les Puants, les Folles-Avoines et les Courtes-Oreilles, tous sous le commandement du lieutenant-colonel MacKay, devaient former le centre. Le capitaine Rolette avec sa compagnie, et le lieutenant Duncan Graham avec les Sioux, les Sacs et les Sauteux, devaient constituer l’aile droite et l’aile gauche de notre petite armée. »
Cette expédition, composée d’élément si disparates, arriva à une faible distance de la Prairie-du-Chien, sans avoir été dépistée par les Américains. Comme le temps était superbe, les officiers du fort Shelby se préparaient en ce moment à aller chevaucher dans
la campagne avoisinante, et la place se serait certainement rendue sans coup férir, en leur abserice, si l'expédition eût différé son arrivée d’une heure ou deux.
Nicolas Boivin ?, agent des Sauvages à la Prairiedu-Chien, ayant envoyé, ce jour-là, un de ses hommes, nommé Sandy, en dehors du village, pour tuer l’un de ses moutons, afin de se procurer de la viande fraîche, celui-ci ne s’aventura pas loin sans découvrir l'ennemi, grâce aux habits rouges des officiers et aux pavillons anglais que déployaient fièrement les Sauvages. IL revint donc en toute hâte sur ses pas, donna l'éveil, et les paisibles villageois allèrent se réfugier précipitamment dans le fort.
Dès que les assiégeants eurent pris leurs positions, le capitaine Anderson somma le commandant du fort Shelby, le lieutenant Perkins, de se rendre, ce que ce dernier refusa fièrement. Le combat s’engagea alors de part et d'autre avec beaucoup de vivacité. Les Canadiens firent preuve de bravoure, et on peut en dire autant des Sauvages, à l'exception des Puants.
Le colonel MacKay allait donner l’assaut au fort, lorsque le lieutenant Perkins capitula, le dix-neuf juillet au matin. Les Sauvages, furieux de la résistance des Américains, auraient certainement massa-
? Le père de Nicolas Boivin (et non Boilvan, comme dit le
colonel Thomas L. piaosenner) résidait à Québec durant la guerre de 1735-76, et fut particulièrement bienveillant pour un
chirurgien a qu avait été fait prisonnier. Lorsque ce
dernier fut mis en liberté, Boivin lui donna même l'argent nécessaire pour se rendre dans sa famille. Après la guerre, Nicolas Boivin émigra dans l’Ouest pour faire la traite. Îl n'eut pas de succès dans son commerce ; mais il rencontra heureusement, à Saint-Louis, le chirurgien en question, qui crut acquitter une dette de reconnaissance envers son père, en lui faisant obtenir lu situation d'agent des Sauvages à la Prairie-du-Chien.
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cré les prisonniers—« ces mauvais esprits qui s'étaient emparé de leurs terres» — sans les efforts que l'on dût faire pour les empêcher de se porter à de pareils excès.
Les pertes des Américains ne furent pas trèssérieuses ; et il n’y eut du côté des assiégeants que deux hommes de tués et huit de blessés, outre trois Sauvages, qui furent victimes de leur imprudence en s’exposant inutilement au feu de l'ennemi.
Le vingt-deux juillet, après la revue des troupes, le capitaine Anderson s’avança, une bouteille de vin à la main, près de la porte principale du fort, pour donner à la place le nom du commandant anglais, avec toute la solennité convenable. Lançant la bouteille contre la porte, où elle se brisa en morceaux, il s’écria de sa voix la plus imposante : «Le fort Shelby est pris, et le pavillon britannique flotte maintenant sur le fort MacKay.» Et toute la troupe victorieuse de faire retentir l’air de bruyantes acclamations.
Après la capitulation du fort, le capitaine Rolette fut dépêché à Michillimakinac pour annoncer cette glorieuse nouvelle. Lorsque son bateau toucha l’île, la foule garnissait le rivage, anxieuse de counaître l'issue de la lutte. On l’interpella à l'instant :
—Capitaine Rolette, quelle nouvelle ?
—Une grance bataille, une lutte sanglante, répondit Rolette, avec un ton grossi d'importance.
—Combien de tués ?
—Aucun. :
—Combien de blessés ?
—Aucun.
—Quel combat sanglant ! vociféra la multitude, en escortant le héros du bateau au fort.
Cette réponse n’était pas strictement conforme aux faits, car on a déjà vu que la capture du fort Shelby avait fait quelques victimes.
Quelques jours après la capitulation du poste de la Prairie-du-Chien, le lieutenant-colonel Mackay adressa au lieutenant-colonel McDouall, de Michillimakinac, un rapport détaillé de cette expédition. Il insista, entre autres choses, sur les précieux services que lui avaient rendus les Canadiens, et en particulier Rolette. Cette relation ? est datée de la Prairiedu-Chien, vingt-sept juillet 1814.
«Je dois prendre la liberté, disait-il, d'attirer spécialement votre attention sur les services qu'ont rendus les capitaines Rolette et Anderson ; le premier a fait preuve d’une grande activité dans bien des occasions, mais surtout durant le combat. L'action ayant commencé inopinément, il accourut en toute hâte avec sa compagnie, de l’autre extrémité du village, au milieu d’un feu très-vif, pour recevoir des ordres, et il a beaucoup contribué, avant et depuñs le combat, à empêcher les Sauvages de piller les propriétés des particuliers. Le lieutenant Porlier, de la compagnie du capitaine Anderson; les lieutenants Graham et Brisebois, du département des Sauvages, et autres, ont tous montré beaucoup de courage et d'activité. Les interprètes se sont aussi fort bien conduits, spécialement MM. Saint-Germain, du Saut-Sainte- Marie, et M. Rainville, interprète des Sioux: ils ont
1 Voir l’ouvrage de William James: Military Occurrences of
the late war between Great Britain and the United States of America, vol. IL, pp. 456, 457, 458.
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téussi à empêcher les Sauvages de se livrer au pillage. Le commissaire des vivres, M. Honoré, a tenu un compte fort exact des approvisionnements. »
Le capitaine Anderson fut nommé commandant de la Prairie-du-Chien, après le départ du lieutenant-colonel McKay, et il remplit ces fonctions, pendant trois mois, au milieu de bien grandes difficultés. Sans cesse menacé par l’ennemi, il lui fallait, dans un cas d’attaque, compter seulement sur le concours de troupes indisciplinées et de bandes sauvages, parmi lesquelles l'harmonie ne régnait pas toujours. De plus, il n'avait pas à sa disposition une quantité suffisante de vivres, d'armes et de munitions pour faire une défense vigoureuse,
Dans une lettre 1 datée de Michillimakinac, le vingt et un août 1814, le lieutenant-colonel Mackay annonçait au capitaine Anderson que Rolette allait se charger, à son retour à la Prairie-du-Chien, de l’approvisionnement des troupes, et qu’il devait faire les plus grands efforts pour se ménager l’appui des tribus avoisinantes. « Comme le lieutenant Grignon, ajoutait-il, doit demeurer quelque temps à la Baie- Verte, vous ferez bien de vous mettre en rapport avec lui, et de lui faire connaître tout ce qui pourra survenir d’important. Si votre poste est menacé, demandez-lui de réunir tous les Folles-Avoines, Ouinibagons et miliciens de la Baïe-Verte, qu'il pourra rassembler, et d’aller à votre secours avec toute la diligence possible. »
Le vingt-trois septembre, le lieutenant-colonel McDouall écrivait à Anderson ce qui suit: «M. Rolette a fait un contrat pour approvisionner la gar-
, 4 Cette lettre et celles qui suivent nous ont été communiquées par M. le juge Mackay, de Montréal.
nison, composée de soixante hommes, pendant un an. S’il est nécessaire que l’approvisionnement soit plus considérable, pour des cas imprévus, il devra se faire aux meilleures conditions que vous puissiez obtenir; et vous devrez vous conformer strictement aux instructions que vous avez reçues, pour votre GOUVET NE. ressens oo Un acompte de deux cents louis a été payé à M. Rolette, en vertu de son contrat, dont les conditions, que je vous communique, doivent être scrupuleusement observées. »
Au mois d’octobre 1814, les Américains essayerent de remonter le Mississipi, dans l'intention d'attaquer le poste de la Prairie-du-Chien ; mais ils furent repoussés par les Sacs, auxquels le capitaine Anderson avait dépêché de prompts secours. Ce dernier fut remplacé dans le commandement du fort Mackay, au mois de février 1815, par le capitaine Bulger, du régiment royal de Terreneuve.
Pendant que Rolette se rendait ainsi utile à la cause anglaise, son frère cadet, Charles-Frédéric, se distinguait par des actes de bravoure, qui lui valent une place au premier rang parmi les héros de la guerre de 1812-14.
Né à Québec, en 1783, Frédéric Rolette partit fort jeune à bord d’un vaisseau de guerre et s’engagea dans la marine anglaise. Comme on le voit, il exécuta le projet même que son frère aîné caressa vainement dans sa jeunesse, faute de pouvoir vaincre la résistance paternelle.
Il eut bientôt l’occasion de montrer son courage, en assistant à plusieurs batailles célèbres. IL prit
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part, entre autres, au combat du Nil, où il reçut cinq blessures, et à celui de Trafalgar, le vingt et un octobre 1805, où périt l’idustre Horace Nelson, après avoir remporté une victoire décisive sur les flottes française et espagnole réunies. Le sentiment du devoir le força ainsi de combattre un drapeau que ses ancêtres avaient noblement défendu.
Après sept ans de service sur mer, Rolette revint au pays, et, le quatre octobre 1807, il fut nommé second lieutenant dans la marine provinciale. Il fut promu, le vingt-cinq avril 1812, au grade de premier lieutenant et de commandant du brigantin Hunter, qui devait croiser sur le lac Erié. La guerre américaine, qui éclata quelques semaines après, lui permit de faire servir son courage et son expérience militaire à la défense de son pays.
Esquissons brièvement ses exploits. Le trois juillet 1812, Rolette s’empara, par surprise et par un acte d’audace étonnant, avec six hommes seulement, montés dans un canot, de la goëlette américaine Cayuga Packett, qui avait à son bord cinq officiers et environ trente-trois soldats, outre l'équipage. La capture de ce bateau était d'autant plus importante qu'il était chargé d’approvisionnements pour l’armée du général Hull.
Au combat de la rivière Raisin, le vingt-deux janvier 1813, Rolette servit comme officier d'artillerie. Les Américains furent défaits, après une lutte acharnée, dans laquelle les vainqueurs eurent environ deux cents hommes tués ou blessés. Rolette se battit comme un lion et fut blessé gravement à la tête par une balle de mousquet.
Ce brave officier canadien prit part à différents autres engagements, notamment au funeste combat
du dix septembre 1813, sur le lac Erié, où la flotte anglaise, écrasée par des forces supérieures, dut se rendre. Le capitaine de la goëlette Lady Prevost ayant été blessé au commencement de l’action, Rolette prit le commandement; et ce n’estqu’après avoir été meurtri au côté gauche et avüir été sérieusement brûlé par une explosion de poudre, qu’il rendit son vaisseau tout désemparé et sur le point de couler à fond. Sans les instances réitérées de son cousin, un nommé Morin, il l’eût fait sauter.
Rolette fit, pendant cette guerre, dix-huit prises. Il déploya en toutes circonstances un courage et une audace qui n’ont pas été surpassés.
Citons-en quelques preuves.
Lors de la prise de Détroit, le général anglais Brock lui fit les plus grands éloges de sa conduite : «Je vous ai observé pendant le combat, lui dit le général. Vous avez un regard de lion, et je me souviendrai de vous.» La fin prématurée de cet intré: pide général ne lui permit malheureusement pas de reconnaître des services aussi signalés.
Blessé au combat de la rivière Raisin, Rolette refusa énergiquement de s'éloigner du théâtre de la lutte. «J'ai été choisi, répondit.il, pour diriger le feu de ce canon, et ce serait une honte éternelle pour moi que de m’absenter.»
Le commandant Barclay, qui avait le commandement de la flotte anglaise sur le lac Erié, en 1813, a dit de Rolette : « Pendant tout le temps qu'il servit sous mes ordres, sa belle conduite mérita ma plus vive approbation, et je n’ai qu'à me féliciter de lui comme mariti. »
Il serait facile de multiplier des témoignages de ce genre. .
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Après la guerre, un sabre d'honneur fut présenté à Rolette par les citoyens de Québec, pour attester sa conduite héroïque dans tant de combats. Ce sabre coûta cinquante guinées.
Frédéric Rolette est mort à Québec, le dix-sept mars 1831, à l’âge de quarante-huit ans, des suites de ses glorieuses blessures, qu’il n’avait jamais pu guérir entièrement. Il avait épousé une demoiselle Bouchette, sa cousine, qu’il laissa ainsi que plusieurs enfants dans un état voisin de la misère. Plus tard, une pension de plus de trois cents piastres fut accordée à sa veuve. Il est regrettable, dans tous les cas, que le gouvernement n'ait pas su mieux reconnaître de pareils états de service !
Après la paix, Joseph Rolette alla demeurer de nouveau à la Prairie-du-Chien. Comme tout le reste du Michigan, cette localité avait été cédée aux Etats- Unis par le malheureux traité de Gand, l’une des plus lâches concessions auxquelles la diplomatie anglaise ait jamais consenti.
Au commencement de l’année 1817, Rolette fut douloureusement frappé dans ses affections les plus chères par la mort de sa digne compagne, qui l'avait courageusement aidé à supporter la vie pénible et pleine de périls, que lui avaient faite les événements de la dernière guerre.
Comme ii n’y avait pas de prêtre à la Prairie-du- Chien lors de son mariage avec Mile Dubois, son union avait eu lieu devant témoins, dont un était le magistrat de l'endroit. Or, Mme Rolette se sentant frappée mortellement de consomption, insista pour
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faire constater de nouveau l'engagement solennel de son union, vu qu'elle avait perdu son certificat de mariage. Le sept février 1817, Jean-Baptiste Faribault —l’intrépide pionnier du Minnesota— et John L. Findlay comparurent devant le juge de paix, Nicolas Boivin, comme témoins de Rolette, et Michel Brisebois et Robert B. Belt, pour représenter sa femme.
Dans son certificat, Boivin dit que ce procédé a pour but de constater le mariage qui a eu lieu en 1807, et que les enfants suivants sont nés légitimement de cette union : Emilie, le dix-sept septembre 1811 ; Elizabeth, le sept novembre 1813 ; Henriette, le dix-neuf novembre 1815.
Le vingt-trois avril suivant, le Rév. P. Joseph Dunand, religieux de la Trappe, ayant visité la Prairie-du-Chien, Rolette profita de la présence du bon missionnaire pour le faire suppléer aux cérémonies du baptème de ses enfants. Les certificats de ces baptèmes ont été conservés; voici le texte de l’un d'eux :
«Le vingt-trois avril mil huit cent dix-sept, par nous, Marie-Joseph Dunand, prêtre religieux de l’ordre de la Trappe, présentement missionnaire dans la Haute-Louisiane, ont été suppléées les cérémonies du baptême à Emilie, que: j'ai baptisée sous condition, née le dix sept de septembr® dix-huit-centonze, du mariage légal du sieur Joseph Rolette et de Marguerite Dubois. Le parrain, François Lesieur, et la marraine, Agnès St.-Cyr, ont signé au registre.
«M. J. Dunann, «Prêtre.»
On voit par les certificats de baptème des deux autres enfants, qu'Elizabeth eut pour parrain, Ma thieu Saucier, et pour marraine Louise Empstead ;
JOSEPH ROLETTE 165
et que le sieur Nicolas Boivin et dame Domitilde Brisebois remplirent les mêmes fonctions pour Henriette.
En 1819, Rolette épousa, en secondes noces, Mlle Jane Fisher, fille de Henry Monroe Fisher 1. Celle-ci avait été élevée par son oncle, Michel Brisebois, et elle était alors très-jeune. De ce mariage naquirent trois enfants: Joseph, Virginie et Frédéric.
La Prairie-du-Chien était occupée à cette époque par une garnison américaine, sous le commandement du lieutenant-colonel Talbot Chambers. Cet officier était un brave militaire, mais un chef mou, facile à circonvenir, se pliant à tous les caprices de certains individus, qui abusaient de leur empire sur lui pour malmener ceux dont ils prenaient ombrage.
Pour se venger de son attitude durant la dernière guerre, ou, mieux encore, pour écarter peut-être un rival dangereux dans la traite, les ennemisde Rolette réussirent à obtenir du lieutenant-colonel Chambers son expulsion de la Prairie-du-Chien. Rolette fut non-seulement banni de la localité, mais il reçut ordre d'aller habiter une île déserte, située à environ dix-sept milles du village, où il passa un long et ennuyeux hiver en 1819. Cette île porie son nom, en souvenir du séjour forcé qu'il y fit.
: Le capitaine Henry Monroe Fisher, neveu supposé du pré-
sident Monroe, vint s’établir à la Prairie-du-Chien, avant l’année 1795, pour y faire la traite. Il quitta ce poste, en 1815, avec son fils et un fils de M. Michel Brisebois, pour aller prendre du service dans la Compagnie de la baie d'Hudson, sur les bords de la rivière Rouge. Plus tard il fut aussi employé pour la traite Bar la Compagnie américaine de fourrures. Il mourut en 1827, à la Prairie-du-Chien. Plusieurs années avant sa mort, il avait été nommé capitaine dans la milice et juge de paix.
Rolette protesta contre cet acte de tyrannie auprès des autorités américaines à, Washington, et il reçut, ji au mois d'avril 1819, la lettre suivante du ministre de la guerre, l'honorable J. C. Calhoun, qui lui permettait de retourner à la Prairie-du-Chian :
« MINISTÈRE DE LA GUERRE, « WaAsHINGTON, 16 mars 1819.
« MoNSIEUR,
« Nous avons reçu votre lettre, en date du quinze janvier, au sujet de l’ordre donné par le colonel Chambers, le vingt-cinq décembre, pour votre départ de la Prairie-du Chien. Vous avez la permission de retourner au milieu de votre famille, de reprendre possession de vos biens à la Prairie-du-Chien, et de continuer à y demeurer jusqu’à ce que l’on vous donne de nouveaux ordres. L'officier commandant: a reçu instruction de faire rapport à ce minis‘ere sur les particularités de votre affaire.
«Je suis, monsieur, respectueuscmen!,
« Votre obéissant serviteur,