‹ Les Canadiens de l'Ouest [microforme]Chapitre 31 sur 49 · pe à ul · texte numérisé non relu

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le jour, à Saint-Pierre-les-Becquets, magnifique paroisse du comté de Nicolet, située sur les bords du Saint-Laurent. .

De bonne heure, Julien Dubuque se dirigea vers l'Ouest. En 1785, il était établi à la Prairie-du-Chien. Basile Giard, Pierre Antaya et lui comptent au nombre des premiers habitants de cette localité.

Il fallut peu de temps à Dubuque pour obtenir une influence étonnante sur les Sauvages. Familier avec toutes leurs superstitions, il sut, au moyen d'artifices ingénieux, de conjurations magiques, leur en imposer tellement, qu'il devint pour eux une véritable idole. Son ascendant faisait même pâlir celui de leurs sorciers et jongleurs.

L'une des causes de l’admiration des Sauvages pour Dubuque, était que celui-ci possédait ou prétendait posséder un antidote contre le venin des serpents à sonnettes, qui infestaient tout le pays circonvoisin.

Beltrami 1 raconte qu'un homme très-respectable, un ami de Dubuque, essaya de lui persuader que ce dernier avait l'habitude de prendre ces dangereux reptiles dans ses mains, et qu’en leur parlant un langage mystérieux, il les rendait dociles à sa voix et inoffensifs comme des colombes. Beltrami fit comprendre à son interlocuteur qu'il n’était pas assez crédule pour ajouter foi au pouvoir fascinateur de Dubuque sur ces reptiles. Celui-ci aurait eu alors plus d’empire sur les serpents à sonnettes que ce Canadien dont parle Châteaubriand 2, et qui, nouvel Orphée enchantait au bord de la Génésée, un de ces rept.:ss, par le son harmonieux d’une flûte.

Telle était la coufiance des Sauvages en Dubuque,

1 À pilgrimage in Europe and America, etc., vol. IE, p. 165. . 2 Voyage en Amérique.

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qu’ils le choisissaient comme leur arbitre dans tous leurs différends. Ses décisions étaient pour eux des oracles, dont ïl n'était pas permis de discuter la sagesse. fl

Un jour, des Sauvages, sous l'influence de l’eaude-vie, s'emparent d’un cheval errant. Deux l’enfourchent et commeucent une course désordonnée à travers la prairie. Tout-à-coup, le coursier, hors d’haleine, s’affaisse, et l’un des cavaliers va rouler sous l'animal, avec une violence telle que cette chute lui est fatale. 1

Les parents de la victime crient vengeance, et veulent massacrer son compagnon, ou quelqu'un des siens, afin d’apaiser les mânes du défunt. La famille de l'autre Sauvage prétend que cette mort a été causée par un accident, et qu’on ne saurait l’en rendre responsable. Discussion animée de part et d'autre.

En définitive, les intéressés décident de soumettre leur‘différend à Dubuque. Celui-ci écoute attentivement leurs représentations, puis il prononce son jugement d’une voix grave et solennelle. « Oeil pour œil, dent pour dent : rien n’est plüs juste, dit Dubuque. Quiconque verse le sang, mérite la mort. J’orionne donc que deux Sauvages, désignés par chacune des deux familles, montent le même cheval, puis le mènent à toute vitesse, à travers la prairie, jusqu’à ce que l’un d’eux périsse. »

Cette décision fit comprendre que le cheval était la seule cause de l’accident, et mit fin au litige. Elle ne contribua pas peu à concilier à Dubuque lestime des habitants des bois.

En 1780, la femme de Peosta, chef de la tribu des Renards, découvrit une mine considérable de plomb dans l’Iowa, sur la rive ouest du Mississipi. Cette découverte fut suivie peu de temps après d’autres plus importantes dans la région avoisinante,

Dubuque comprit la valeur de ces découvertes, et il employa toute son influence pour acquérir le vaste domaine qui recélait de pareilles richesses dans ses flancs. Il fallait que son autorité fût considérable, car les Indiens se sont toujours obstinément refusé à indiquer aux blancs les mines dont ils connaissaient le gisement, et surtout à leur en permettre l'exploitation. Comme Dubuque était, suivant eux, initié à tous les secrets des manitous, ils crurent pouvoir faire une exception en sa faveur.

Un grand conseil fut tenu avec les Sauvages, à la Prairie-du-Chien, le vingt-deux septembre 1788, et Dubuque réussit à se faire donner une étendue de sept lieues de front sur le Mississipi et de trois de profondeur, soit enviro: at quarante-huit mille cent soixante-seize acres & > erre. Les mines de plomb enfouies dans ce vaste rayon étaient situées à environ cinq cents milles au-dessus de Saint-Louis.

Les conditions de la vente étaient fort vagues. Dubuque devenait propriétaire de tout le terrain minéral découvert par la femme de Peosta, et, si ses fouilles étaient improductives, il avait pleine liberté de les continuer ailleurs aussi longtemps qu'il le jugerait convenable. Les Renards n’auraient pu mieux condescendre à ses exigences.

L'acte de concession des Sauvages-en-faveur de

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Dubuque nous a été conservé; voici le texte même . de ce curieux document 1 :

| « Copie du conseil tenu par MM. les Renards, c’està-dire le chef et les braves de cinq villages, avec l’approbation du reste de leurs gens, expliqué par M. Quinantotaye, député par eux, en leur présence et en la nôtre, nous soussignés, savoir, que MM. les Renards permettent à Julien Dubuque, appelé par eux la Petite Nuit, de travailler à la mine jusqu’à ce qu'il ‘lui plaira de s’en retirer sans..…......lui aucun terme: De plus qui lui vendent et abandonnent toute la côte, et contenu de la mine trouvée. par la femme de Peosta, sans qu'aucun blanc ni sauvage ne puisse y prétendre sans le consentement de M. Julien Dubuque; et, si en ce cas, il ne trouve rien dedans, il sera maître de chercher où bon lui semblera et de travailler tranquillement sans qu’aucun ne puisse le nuire ni porter aucun préjudice dans ses travaux. Ainsi, nous, chefs et braves, par la voix de tous nos villages, nous sommes convenus avec Julien Dubuque, lui vendant et livrant de ce jourd’hui comme il estmentionné ci-dessus, en présence des Français, qui nous entendent et qui sont les témoins de cette pièce. «A la Prairie-du-Chien, en plein conseil, le vingtdeux septembre 1788.

.« Bapr. PIERRE, sa Ÿ marque, témoin.

« À LA AUSTIN, sa f marque, témoin.

« BLONDON DE QuIENEAU, marque Ÿ de sa bague, « ANTAGNA « JOSEPH FONTIGNY, témoin. »

La région du Mississipi étant alors au pouvoir des

4 Amerioun State Papers. Publio Lands, vol. III, p. 168,

Espagnols, Dubuque présenta, en 1796, une pétition au gouverneur Carondelet, de la Nouvelle-Orléans, pour demander la possession paisible des terres et mines qu'il avait acquises des indigènes. Cette requête était conçue dans les termes suivants :

«Le très-humble pétitionnaire de Votre Excellence, nommé Julien Dubuque, ayant fait une plantation sur la frontière de votre gouvernement, au milieu de la population indienne qui habite le pays, a acheté des Sauvages une étendue de terre, avec les mines qu’elle renferme, et, grâce-à sa persévérance, il a su surmonter tous les obstacles qui entraînaient à la fois tant de dépenses et de dangers. Après avoir éprouvé bien des contre-temps, il est.aevenu le propriétaire paisible d’une étendue de terre située sur la rive ouest du fleuve Mississipi, à laquelle il a donné le nom de Mine Espagnole, en l’honneur du gouvernement auquel appartient la dite étendue de terre. Comme le lieu de sa plantation n’est seule. ment qu’un morceau de terre, et que les différentes mines qu’il a exploitées sont dispersées, et se trouvent chacune à une distance de plus de trois lieues, le très-humble pétitionnaire de Votre Excellence vous prie de vouloir bien lui accorder la possession paisible des dites mines et terres, savoir : depuis les collines en amont de la petite rivière Maquanquitois jusqu'aux collines de Mesquabynongues, ce qui fait environ sept lieues sur la rive ouest du Mississipi, et trois lieues de profondeur, et votre humble pétitionnaire ose espérer qu’il vous p'aira de lui accorder sa demande.

«A défaut :i'éloquence, je ne puis vous parler qu'avec la pure simplicité de mon cœur. de prie le

ciel de vous conserver et de vous accorder sa bienveillante protection:

«Je suis et serai toute ma vie, de Votre Excellence, le très-humble, très-obéissant et très-docile serviteur.

«J. D'UBUQUE. »

Le gouverneur Carondelet soumit cette requête à M. Andrew Todd, qui avait le monopole dé la traite sur le'Mississipi. Todd déclara qu'il ne s’opposait pas à cette demande, pourvu que Dubuque ne fit pas de commerce avec les Sauvages sans sa permission. Carondelet accéda alors à la requête, le vingt novembre 1796, sauf la restriction mise par Todd.

Au mois d’octobre 1804, Dubuque se dessaisit de la moitié environ de l'énorme étendue de terre qu’il possédait sur les bords du Mississipi—soit soixantedouze mille trois cent vingt-quatre acres avec les mines qu'ils pouvaient renfermer—en faveur d’Auguste Chouteau, de Saint-Louis, moyennant la somme de dix-huit mille huit cent quarante-huit piastres et soixante sols. Advenant la mort de Dubuque, le reste de sa propriété devait échoir à Chouteau ou à ses héritiers ?. Le dix avril 1807, Chouteau vendit à son tour, à M. John Mullanphy, de Saint- Louis, la moitié de la propriété qu’il avait achetée de Dubuque, à raison de quinze mille piastres.

Le gouvernement américain passa un traité fort important avec les Sacs et les Renards, à Saint-Louis, le trois novembre 1804. Par ce traité, ces Sauvages cédèrent au gouverneur William H. Harrison, représentant les Etats-Unis, une grande partie du nord de

1 On trouvera à l’appendice le texte du curieux document par lequel Dubuque vendit sa Pronr is à Chouteau. Cette

ièce nous à été communiquée par M. l'abbé Tanguay, qui en a Dris copie au bureau d'enregistrement de Saint-Louis H uri.

l'Illinois, et des régions considérables de l'Iowa et

du Missouri, soit environ. cinquante et un’ millions

—. d’acres. Tout cela pour quelques milliers de piastres. Sur les représentations de Dubuque, le gouverneur

Harrison ajouta un article à ce traité pour déclarer

qu'on n'avait pas voulu léser les droits de ceux qui

avaient obtenu des concessions des autorités espa-

” | gnoles, de l’assentiment des Sauvages. Le gouverneur Harrison affirma plus tard que cet article avait

eu spécialement pour but de reconnaître les droits

de Dubuque. Voici le texte même de son certificat 1:

« Le soussigné, William-Henry Harrison, gouverneur du territoire de la Louisiane, et commissaire plénipotentiaire des Etats-Unis pour traiter avec les Sauvages au nord-ouest de l'Ohio, certifie par les présentes et déclare que, après avoir préparé le traité qui fut fait avec les Sacs et les Renards, le trois novembre 1804, il lui fut communiqué un acte de concession du gouverneur-général de la Louisiane à un certain Dubuque, pour une quantité considérable de terre, à une certaine distance, en amont du Mississipi, où le dit Dubuque a demeuré plusieurs années. Le traité pouvant être considéré comme le Aépossédant de la dite étendue de terre, l’article additionnel fut rédigé et soumis aux Indiens. Ils consentirent volontiers à l'adoption de cet article, et le soussigné les informa œu’ilavait pour but particulier de comprendre la réclamation de Dubuque, dont la validité fut reconnue. |

« Donné sous ma signature et sous mon sceau, à Vincepnes, le premier janvier 1806.

« WizciAM-HENRY HARRISON. »

+ American State Papers, Publio Lande, vol. LIL p. 678,

| Trois commissaires ayant été nommés par le gouvernement américain pour mettre à exécution le traité conclu avec les Sacs et les Renards, la majorité décida, le vingt-six septembre 1806, que la concession de Dubuque avait été dûment faite par les autorités espagnoles, avant le premier octobre 1800.

Le traité passé avec les Sacs et les Renards fut ratifié, le dix-huit juillet 1815. Auguste Chouteau agit en tette circonstance comme l’un des commissaires du gouvernement américain. Il était frère de Pierre Chouteau qui, avec Pierre Laclède, fonda la ville de Saint-Louis. Tous trois étaient Français d’origine. ‘

Les mines de Dubuque occupèrent l’attention du lieutenant Zébulon-Montgomery Pike, lors de son voyage dans le Haut-Mississipi, en 1805. Certaines circonstances l’empêchèrent, cependant, de visiter les terrains de l'exploitation, ou d’obtenir beaucoup de renseignements à leur égard.

Pike arriva aux mines dans l’avant-midi, le premier septembre. Dubuque le reçut avec toutes les marques d’attention possih: et une pièce de campagne se fit même entendre en l'honneur du brave lieutenant.

Ce dernier souffrait alors d’une fièvre brûlante, et, comme son hôte n'avait pas de chevaux près de sa résidence, et que le lieu d'exploitation des mines était éloigné de six milles, il se contenta de faire certaines questions par écrit, auxquelles Dubuque éemble avoir répondu aussi laconiquement que possible. Les questions et les réponses étaient ainsi conçues:

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