Est-il allié à d’autre minerai
Nous avons trouvé un peu de cuivre, mais comme il n'ya personne qui entende suffisamment la chimie pour en faire convenablement l'expérience, je ne puis dire en quelle proportion il se trouve.
J. DUBUQUE, Z. M. Pike.
Mines de Plomb, 1er septembre 1805.
Le mème jour, Pike écrivit au général Wilkinson —dont il tenait sa mission—que Dubuque et Robert Dickson étaient sur le point d'envoyer plusieurs chefs sauvages à Saint-Louis, mais qu'il s'était opposé à leur départ, vu que ces traiteurs agissaient sans autorisation.
On lit à laanème date dans la relation de l'officier amériçain : «Je dinai avec M. Dubuque, qui m'in-
forma que les Sioux et les Sauteux étaient plus que jamais en guerre, et que quinze des premiers avaient péri il n’y a pas longternps. Pour se venger les Sauteux avaient tué dix Sioux, le dix août, à l'entrée de la rivière Saint-Pierre ; et deux cents Sars, Renards et Puants, qui avaient formé une expédition contre les Sauteux, étaient revenus dans leur village, en apprenant que leur chef avait eu un songe défavorable 1.»
Pike revint chez Dubuque le vingt-trois avril 1806, et il partit après avoir obtenu certains renseignements qui lui étaient nécessaires.
Cette même année, un voyageur anglais, M. J.
McCarthy, visita les mines de Dubuque, etil en parle
dans les termes suivants : « À six milles du Mississipi, il y a une exploitation de mines de plomb dirigée par M. Dubuque, qui a sur les bords du fleuve un établissement fortifié. Les filons se trouvent sur - une étendue de dix-sept lieues de longueur et d’une à trois en largeur. Le minerai donne à peu près soixante et quinze pour cent. M. Dubuque fond chaque année quarante milliers de livres de plomb en saumon 2. »
£n 1808, Dubuque réclama du gouvernement américain une étendue de terre de sept mille cinquante-six arpents, située sur les bords du Mississipi, vis-à-vis de la Prairie-du-Chien. Il prétendait .que ce vaste terrain lui avait été cédé, au mois de mai
4 An account of expeditions to the sources of the Mississipi. 3 Voyage en Amérique, vol. I, p. 248,
1805, par François Cayolle, qui tenait sa concession de don Carlos Dehaut Delassus, lieutenant-gouverneur de la Louisiane. Alexandre Bellisime et Antoine Perrant attestèrent que Cayolle avait cultivé ce terrain pendant bien des années. Les commissaires américains, chargés de régler ces sortes de réclamations, refusèrent de reconnaître les titres de Dubuque à cette propriété 1. |
Le major Thomas Forsyth mentionne, en 1819, un nommé Lucie, interprète, qui, parti du Canada depuis plus de vingt-cinq ans, passa la plus grande partie de ce temps à travailler dans les mines de plomb surtout comme employé de Dubuque 2.
Dubuque poursuivait son exploitation d’une manière active, et déjà il pouvait compter sur un succès complet, lorsque la mort le surprit brusquement, au printemps de 1810. Il ne laissait malheureusement personne pour continuer son entreprise.
La fin prématurée de Dubuque causa une véritable consternation parmi les Sauvages. C'était un ami, un conseiller, un protecteur qu'ils perdaient : un homme qui, plus que tout autre visage pâle, sut gagner leur inaltérable affection.
De toutes parts ils accoururent pour assister à ses obsèques, qui eurent lieu avec une pompe extraordinaire. Leurs chefs les plus célèbres se disputèrent l'honneur de porter ses restes à leur dernière et sombre demeure. Ils furent suivis par plusieurs centaines d'hommes et femmes, qui s’avançaient d’un pas lent et régulier, en accompagnant leur marche de chants funèbres. Son lieu de repos avait été admirablement choisi. C'était une falaise escarpée, garnio
1 Voir American Stale Papers. Public Lands, vol. EL, p. 544. » Journal of a voyage from St. Louis to St. Anthony.
de lis odorants et ombragée par des sapins aux rameaux larges et pendants, qui domine le Mississipi.
Avant de déposer le corps de leur ami dans le tombeau, les chefs sauvages les plus éloquents vinrent tour à tour payer leur tribut d’éloges et d’admiration à sa mémoire. Ils représentèrent sa vie brillante comme le soleil à son midi, mais rapide comme la neige qui disparaît aux rayons ardents de l’astre du jour. Après avoir exalté sa gloire, ils entonnèrent le chant de mort du brave, puis lorsque le vent eut emporté la dernière note de ces accents mâles et solennels, ils reprirent mornes et silencieux le chemin de leurs villages. Bref, on eût pu se croire aux funérailles du dernier des Mohicans, si bien racontées par Fenimore Cooper. |
Le souvenir de Dubuque se conserva tellement bien dans les tribus environnantes, que, pendant plusieurs années, elles tenaient, chaque soir, une lampe allumée sur son tombeau. Les Sacs et les Renards se faisaient même un devoir de visiter sa tombe tous les ans, et d'accomplir certaines cérémonies religieuses pour l’occasion. Pour d’autres cette visite avait lieu au moins une fois dans leur vie. C'était leur pélérinage de la Mecque. Ils ne manquaient jamais de jeter de petites pierres sur le tombeau de Dubuque comme marque de respect pour sa mémoire. Beaucoup de ces Sauvages croyaient qüe leur ami n’était qu’à demi-mort, et qu'il apparaîtrait de nouveau au milieu d’eux pour redevenir leur guide.
Ce tombeau a été visité par une foule de voyageurs et par maints écrivains, entre autres M. Schoolcraft, au mois d’aoñt 1820, Beltrami en mai 1823, le colonel Thomas L. McKenny, le dix-huit septembre 1827, et
Géorge Catlin, en 1840. Tous en parlent comme d’une chosé extrêmement curicuse et intéressante, que les touristes ne manquent jamais d’aller voir.
Laissons d’abord la parole au colonel McKenny : «En arrivant à Dubuque, nous allâmes visiter la tombe de son fondateur. Elle domine une pointe de terre formée par l’embouchure de la rivière Noire dans le Mississipi. Un village de Renards occupe.le bas de la côte au sud. Un de ces Sauvages nôus conduisit à la dernière demeure de Dubuque. L’ascension est fort fatigante. Sur la tombe, il y a une pierre surmontée d’un mausolée de bois. Une croix adhère à la pierre, sur laquelle les mots suivants sont gravés en lettres grossières : «Julien Dubuque est «mort, le vingt-quatre mars 1810, âgé de quarante- «cinq ans et de six mois!» Près de son tombeau, on voit le lieu de sépulture d’un chef sauvage 2.»
M. Newhall, auteur des Sketches of Iowa, prétend, au contraire, que l'inscription gravée sur la tombe de Dubuque, se lit comme suit: « Julien Dubuque, mineur des mines d'Espagne, mort mars 1810, âgé de 45 ans.»
Si l’on en croit George Catlin, c'était Dubuque qui avait préparé son tombeau, de son vivaui, et non les Sauvages. «Le tombeau de Dubuque, dit-il, est un lieu célèbre sur les bords de cette rivière, car c’est là que fut la demeure et le siége des opérations du premier exploitant de mines de plomb dans ces régions. Dubuque était le nom de ce pionnier, qui avait obtenu un titre de propriété à ces mines. Il s'établit au pied de cette énorme falaise, sur le
1 C’est une erreur. Drague avait à l’époque de sa mort quarante-huit ans et deux mois
2 Memoirs and travels among the Indians.
sommet de laquelle il érigea le tombeau qui devait recevoir son corps, puis il plaça une croix sur sa tombe avec sa propre inscription. Après sa mort, son corps fut mis dans le tombeau à sa demande, ou plutôt exposé avec apparat, car il était recouvert d’un linceul seulement, sur une grosse pierre plate. Là il gît, aux regards étonnés de tous ceux qui ont voulu se donner la peine de gravir ce magnifique monticule, recouvert de lis jusqu’au sommet, et de jeter un coup-d’œil sur ses os, à travers le grillage, qui les protége contre les mains sacriléges des milliers de personnes qui sont allées contempler ce spectacle . »
Le récit de Catlin, qui semble avoir une teinte queique peu fantaisiste, a probablement inspiré le passage suivant, que nous trouvons dans un ouvrage, au reste, fort sérieux, de l’abbé Domenech :
« C'est sur les bords du Mississipi, dit-il, à peu près à mi-chemin entre le fort Snelling et Saint-Louis, que M. Dubuque, un des premiers pionniers de l'Ouest, a voulu être enterré ou plutôt exposé, car, d’après ses ordres, son corps, enveloppé é.'un linceul seulement, fut placé sur un monticule très.élevé, d’où se déroule l’un des plus beaux panoramas qui soient au monde. Il y a peu d’années, on voyait encore sur le rocher le squelette de ce singulier personnage 2.»
Anthony Trollope recueillit quelques renseignements sur le fondateur de Dubuque, lors de son voyage à cette ville, en 1861. « Nous descendimes, dit-il, à l'hôtel Julien, à Dubuque. Dubuque est une ville de l’Iowa, sur la rive ouest du Mississipi, et, comme le nom de la ville et de l'hôtel avait un
À Letters and Notes on the North American Indians, vol. II, p. 180. 2 Voyage pittoresque dans les déserts du Nouveau-Monde.
air tout-à-fait français, je demandai des explications On me dit que Julien Dubuque, un Canadien-Français, avait été enterré sur l’une des falaises qui bordent le fleuve, dans les limites de la ville actuelle ; qu’il avait été le premier colon blanc de l’Iowa, et le seul homme qui eût jamais réussi à faire travailler les Indiens. Il avait su se rendre cher aux Sauvages, et il semble avoir eu un contrôle absolu sur eux pendant un certain temps. Mon interlocuteur ajouta : « Dubuque était un homme audacieux qui commit tous les péchés possibles sous le ciel; mais il fit travailler les Indiens ?. »
Il n'existe aucun fait connu de nature à nous convaincre que Dubuque «commit tous les péchés possibles sous le ciel, » et il faut autre chose que la simple assertion de l'inconnu mentionné par Trollope, pour que l’on doive ajouter foi à un jugement aussi sévère.