‹ Les Canadiens de l'Ouest [microforme]Chapitre 34 sur 49 · RE · texte numérisé non relu

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étaient bien établis, et un mémoire dans ce sens fut transmis aux autorités à Washington, en attendant la décision du Congrès.

A la demande du Président, M. Gallatin, secrétaire de la trésorerie américaine, prit connaissance des faits, puis formula une opinion tout-à-fait contraire à celle des commissaires. Selon lui, le traité du

gouverneur Harrisonn’ajoutait aucune sanction aux

droits de Dubuque ; la forme de la concession avait un caractère temporaire, puisque l’on n'avait pu trouver les lettres-patentes au nombre de celles qui avaient été émises par les gouvernements français et espagnols ; et Dubuque n'avait obtenu qu’une simple permission, révocable à volonté, d’exploiter personnellement certaines mines éloignées, sans que jamais il y eût aliénation ou aucune intention d’aliéner le domaine national 1. | Comme on devait s’y attendre, le Congrès décida en faveur des Sauvages dans cette question de propriété. Ce qui appartient aux Sauvages, dit Beltrami, est, de fait, la propriété des Etats-Unis, et il est rare qu'on rende jugement contre ses propres intérêts. Auguste refusa de décider une cause dans laquelle il était tout à la fois juge et partie, et perdit son procès. Un gouvernement aussi libéral que celui des Etats-Unis aurait dû imiter son exemple 2.

Schoolcraft, l'infatigable voyageur, visita au mois | d’août 1820, les mines de plomb de Dubuque,—nom sous lequel elles sont connues. Elles embrassaient

2 Voir Collection of land laws of the United States. 1817, 2 À pilgrimage in Europe and America, vol. II, p. 165.

üuné étendue d'environ vingt et une lieues carrées, le long de la rive ouest du Mississipi. Les principales mines gisaient dans une section d’une lieue carrée, qui commençant au village des Renards, se prolongeait à l’ouest. C'était là le siége principal des premières opérations de Dubuque. Le plomb se trouvait en couches ou en veines, sur un espace d'environ quatre cents verges.

Comme les Sauvages n'avaient voulu permettre, après la mort de Dubuque, à aucun blanc de continuer ses travaux, le minerai était, à cette époque, extrait exclusivement par la tribu des Renards. On sait qu’en général la femme est regardée par les indigènes du continent comme un être inférieur, créée pour servir aux fantaisies de l’homme, et qu’elle doit exécuter les travaux les plus pénibles et les plus grossiers. Aussi, les jeunes gens et les guerriers auraient cru déroger à leur dignité en travaillant aux mines, et cette rude tâche retombait sur les femmes et les vieillards.

Les travailleurs se servaient de bêches, de pelles, de haches, de piques et de barres de fer pour tirer le produit minéral Avec un outillage aussi imparfait, ils étaient fréquemment obligés de reculer devant : les difficultés. du terrain ; mais leurs excavations n'étaient pas souvent moindres de quarante pieds. Malgré leur faiblesse physique, ces mineurs faisaient preuve d’une rare persévérance et d’un esprit fort ingénieux.

Lorsqu'une certaine quantité de minerai était extraite, les femmes le transportaient dans des paniers sur les bords du Mississipi, puis il était transféré en vanots dans une grande île, au milieu du fleuve, où eo Lenaient continuellement un certain nombre de

traiteurs qui échangeaient des marchandises contre du plomb.

Schoolcraft ne réussit pas sans peine à visiter les mines de Dubuque. Il s'était rendu au village des Renards, composé de dix-neuf cabanes et habité par cent vingt-cinq âmes, afin d'obtenir du chef la per-

mission d’avoir des guides pour examiner la région minière. Le sachem indien était brisé par l’âge, mais son intelligence était encore active, et son aspect fort vénérable ; il souffrait beaucoup d’une fièvre bilieuse. Il reçut Schoolcraft fort courtoisement, et lui parla avec sang-froid de sa mort prochaine.

Quand Schoolcraft eut exposé l’objet de sa visite, les chefs qui l’entouraient firent quelques objections, et demandèrent du temps pour prendre la chose en considération. J’appris dans l'intervalle, raconte l’intrépide voyageur 1, que, depuis la mort de Dubuque, à qui les Sauvages avaient accordé le privilége d'exploiter les mines, ces derniers manifestent une grande jalousie contre les blancs, dont ils redoutent les empiétements. Ils ont révoqué toutes les concessions précédentes, et ils refusent même aux étrangers l’accès aux mines.

Prévoyaut quelques difficultés de ce genre, Schoolcraft s'était muni de présents, surtout de whiskey et de tabac, qui triomphent irrésistibleinent des plus graves objections des. Sauvages. Ce: présents lui valurent de suite les services de deux guides, qui lui firent visiter les mines avec beaucoup de soin.

Beltrami dut recourir aussi à l’influence de l’eaude.vie, trois ans plus tard, pour pénétrer sur le théâtre même de l'exploitation minière. Les traiteurs,

2 Schoolcrafte Travels, p. 848.

auxquels les Renards vendaient le minerai, demeuraient sur l’autre rive du fleuve, et il leur était expressément défendu de se rendre sur le bord qu'ils habitaient. Malgré toutes ces mesures de prévoyance, les mines ont tellement de valeur, et les Américains sont si entreprenants, qu'il est douteux, disait Beltrami, que les Sauvages en conservent longtemps la possession 1, '

Beltrami avait prédit juste. Peu d’années après, les Américains étaient maîtres des importantes mines de Dubuque.

Une fois que les autorités américaines eurent conclu le traité par lequel elles acquirent des Sacs et des Renards une grande partie de l’Iowa, leurs

représentants dépossédèrent les héritiers d'Auguste Chouteau par la force des armes, et affermèrent à certaines personnes l'exploitation des mines de plomb. |

Les héritiers d'Auguste Chouteau et les autres intéressés protestèrent contre cette manière sommaire de régler une question en litige. Dans un mémoire adressé au Sénat des Etats-Unis, le vingt janvier 1836, ils affirmaient, entre autres choses, qu’outre le consentement des Sauvages, la concession faite à Dubuque par le gouverneur de la Louisiane était valide ; qu’elle avait été obtenue en considération des précieux services qu’il avait rendus à la -couronne espagnole en explorant le pays et en développant ses rossources; et que le traité cédant la

à À pilgrimage in Europe and America, etc., vol. II, p. 164.

Louisiane aux Etats-Unis établissait leur droit à la propriété des terrains vendus par Dubuque à Auguste Chouteau et autres.

Comme il n’y avait pas de tribunal dans la région minérale de Dubugr'ie, qui eût pr jusqu'alors régler la question, il était à craindre que les Etats-Unis ne procédassent à la vente des terrains en dispute, ce qui aurait pu avoir pour effet d'entraîner les héritiers d’Auguste Chouteau dans des procès ruineux au sujet de leurs titres. Ceux-ci terminaient leur requête en demandant que les Etats-Unis se désistassent de leurs prétentions, ou, du moins, qu’ils n’offrissent pas aux enchères les terrains concédés à Dubuque, avant que leurs titres fussent établis d’une manière indiscutable.

Ce mémoire était signé par Seré Chouteau, veuve du colonel Auguste Chouteau, Henri Chouteau, Gabriel S. Chouteau, Auguste P. Chouteau, et les héritiers de John Mullanphy, qui, on l’a déjà vu, avait acquis, en 1807, une moitié de la propriété achetée de Dubuque par Auguste Chouteau.

La question resta. en suspens plusieurs années. Finalement, M. James H. Pifer, commissaire des Etats-Unis, fut chargé d’examiner la question des titres de cette propriété, et il vint à la conclusion qu'elle appartenait au domaine national, et que le gouvernement américain pouvait en disposer comme bon lui semblerait. Trop intéressés pour ne pas sanctionner avec empressement une pareille décision, les Etats-Unis mirent en vente, en 1847, les vastes terrains miniers dont la propriété était depuis si longtemps en litge, trustrant ainsi de leurs droits les créanciers et leu héritiers de Dubuque.

Ce n'est, toutefois, qu’en 1853 que cette question fut jugée par les tribunaux dans un sens favorable aux autorités américaines,

Depuis l’humble établissement commencé par son fondateur, la ville de Dubuque a beaucoup grandi. C'est aujourd’hui la cité la plus ancienne comme la plus considérable de l'Etat de l’Towa.

Elle fut établie permanemment en juin 1833, après que le gouvernement américain eût pris possession ‘ du domaine que les Sauvages lui avaient cédé, par un traité, l’année précédente. Dès la première année de l’arrivée des émigrants, la population de Dubuque était de cinq cents âmes. Elle était d’un -peu plus de trois mille en 1850, de dix-sept mille en 1859, d'environ dix-huit mille et demi en 1870. En 1838, les taxes municipales n'étaient que de cinq cent vingt piastres, et, vingt ans plus tard, elles atteignaient la somme de cent mille piastres, la valeur cotisée des imineubles étant de huit millions.

Au point de vue commercial, la situation de la ville est fort avantageuse. Le Mississipi lui sert de débouché naturel, et 1es cnemins de fer qui y convergent y répandent la vie et l’activité. La ville présente de grandes facilités pour le transport des produits agricoles et minéraux du nord de l'Etat, des bois du Wisconsin et de mille autres articles de trafic.

Les mines de plomb, que Dubuque a le premier exploitées, ont déjà fait la fortune de plus d’un, et, cependant, les travaux miniers ne font pour ainsi dire que commencer. On frappe sans cesse de nou

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velles veines, et les capitalistes les exploitent aujour. d’hui sur une grande échelle. Le zinc abonde aussi dans les limites de la ville.

Le quartier commercant est situé sur un plateau large d'environ trois quarts de mille, et qui présente une ascension graduelle jusqu’au pied des hauteurs, qui ont plus de deux cents pieds. Sur ces élévations, qui offrent à l’œil les scènes les plus pittoresques, sont groupés de magnifiques édifices occupés par la classe aristocratique.

Les catholiques forment un élément important de cette population active et industrieuse, et quelques centaines de Canadiens-Français habitent. la ville fondée par leur compatriote.

Les Canadiens ont rendu les plus grands services aux autorités américaines aans la négociation des nombreux traités qu’elles ont dû conclure avec les Sauvages, à différentes époques, pour acquérir l’immense contrée qui constitue aujourd'hui l'Ouest des Etats-Unis. Par leur connaissance des dialectes et des mœurs sauvages, par leur influence sur les enfants des bois, nuls n’étaient plus propres que les Canadiens à “faciliter” aux commissaires américains la tâche, souvent difficile, d'obtenir le consentement des Indiens à des cessions de terres, qui leur enlevaient leurs plus beaux territoires de chasse.

Chaque nouveau traité offrait de plus sérieux obstacles, car les Etats-Unis devenaient de plus en plus exigeants. Ils ne réclamaient plus, comme autrefois, quelques petits coins de terre, c’étaient de vastes territoires—d’un seul coup plus de seize millions d’acres—dans lesquels on a depuis taillé des Etats très-importants.

Il fallait alors bien de la diplomatie, bien des séduc. tions, bien des promesses alléchantes, pour amener des tribus entières à renoncer à la possession de leurs beaux pays, avec leurs prairies d’une inépuisable fertilité, leurs forêts à perte de vue, leurs r1on1agnes altières, leurs lacs immenses, leurs rivières magnifques. Depuis des siècles, elles chassaient le daim et le buffle dans ces solitudes ; depuis des siècles, elles y avaient trouvé d’amples moyens de pourvoir à leur subsistance. Ce sol ne renfermait-il pas, de plus, les cendres chéries de leurs ancètres, dont elles savaient si bien perpétuer le souvenir dans leurs touchantes traditions ?

Les autorités américaines connaissaient tout le poids que pouvaient avoir les Canadiens sur les décisions des Sauvages. Aussi, il ne s’est probablement pas conclu un traité important dans l'Ouest, où ils ne figurent comme commissaires, agents ou interprètes.

De tous les interprètes canadiens, dont les noms 1 sont inscrits au bas de ces traités, le plus remar-

4 Joseph Tremblay, Jean-Bantiste Tremblay, Léon Trem-

blay, Pierre André, Baptiste Lo::r "a, 3, Deroin, Jean Roy, Nicolas Boivin, Antoine Rriquen 4413 Dib6, Mart : "orion, François Labossière, Joseph B::11 ‘: !uron; Ë, V. Sicotte,

Antoine Saint-Clair, Jacques ‘::1:5, J. Dorion, Charles A. Grignon, Augustin Hamelin, fils, Louis Moran, J. B. Dauray, F, Comparet, A. L. Fay, Louis Lachapelle. François Mouton, Joseph Bertrand, ls, J. D. Blanchard, Joseph Duchêne, Pierre Cadieux, J. B. Bourré, H. Laselle, Lambert Cauchois, Michel Brisebois, Pierre Paquet, Michel Bourdeau, Toussaint

quable est probablement Antoine Leclere—il signait Leclaire—qui, de 1813 à 1844, rendit les plus grands services aux Etats-Unis. Leclerc parlait non-seulement l'anglais et le français, mais il pouvait s'exprimer facilement dans plus de quatorze dialectes sauvages, tandis que la plupart des interprètes n’en comprenaient que deux ou trois, souvent moins Allié à la famille d’un chef de la tribu des Sacs, et ayant lui-même un peu de sang sauvage, il ne lui en fallait pas davantage pour mériter la confiance des tribus avec lesquelles ses fonctions le mettaient en

rapport.

Ni'lä' date ni le lieu de naissance de Leclerc ne nous sont connus : il dut voir le jour, cependant, vers 1585. Nous savons seulement qu'il vint se fixer, en 1809, dans la ville à Mallet—aujourd’'hui Peoria— fondée par Jean-Baptiste Mallet. Bon nombre desses compatriotes, chasseurs et voyageurs pour la plupart, étaient venus se grouper dans cette localité, et Leclerc y cultiva pendant plusieurs années une certaine étendue de terre qu'il avait acquise d’un nommé J.-B. Champlain. “

En 1812, a ville à Mallet fut ravagée par un corps de troupes commandé par un capitaine Craig, et presque entièrement détruite. Le capitaine, ayant

Charbonneau, Antoine Gareau, Joseph Gareau, J.-B. Dorion, L.-T. Honoré, Maurice Blondeau, Noël Dagenais, Michel Brouillet, Louis Beaufort, E. Duchouquet, T. Julien, Joseph Latlèche, P. Provancher, Samuel Salomon, Michel Brouillet, Henri Deslauriers, Baptiste Renault, Pierre Lapointe, J.-B. Caron, Louis Dorion, J.-B. Massac, Louis Bufet, Antoine Bondi, Louis Decouagne, Antoine Maréchal, M. Morin, Baptiste Sans-Crainte, Jacques Laselle,

été attaqué durant la nuit par des Sauvages, supposa, bien à tort, qu'ils avaient été poussés à cet acte d'agression par les Canadiens de la localité, et, pour punir ces derniers, il pilla leurs maisons, puis les fit prisonniers.

Au nombre des captifs se trouvait M. Thomas Forsyth, plus tard major et agent des Sauvages, qui a fait connaître la conduite barbare de Craig, en cette circonstance, dans un journal de voyage de Saint-Louis à la chute Saint-Antoine.

« Je n’oublierai jamais, dit-il, les malheurs survenus à la petite et infortunée population de Péoria, un petit village de Français situé sur la rivière Illinois. Après que leurs biens eurent été enlevés par les Indiens et par les bandits commandés par le capitaine Thomas E. Craig, nous fûmes faits prisonuiers comme des malfaiteurs, et on nous débarqua sur la rive du Mississipi, à Savage’s Ferry. Plusieurs pauvres malheureux, avec leurs femmes et leurs enfants, n’avaient pas une seule couverture pour leg protéger contre lé froid 1. »

La destruction de la ville à Mallet contraignit Leclerc de s'éloigner de ce poste, et il alla bravement planter sa tente, en 1813, dans l’île alors déserte de Rocky- Island, qu’environnent les eaux du Mississipi. Cette île, d’une longueur d’environ trois milles et d’une largeur d’un demi-mille en moyenne, contient près de mille acres de terre. Elle était couverte de bois touffus, qui furent détruits en grande partie par les soldats de la garnison américaine, lorsque le fort Armstrong fut construit, en 1816, par le colonel Masson, à l’extrémité inférieure de l'ile.

ù 4 disais of a voyage from St. Louis to the Falls of St, Anthony in 1819.

Leclerc eut bientôt pour compagnon de sa solitude le colonel Davenport, qui fut pendant trente ans membre de la Compagnie américaine de pelleteries. Le colonel Davenport se construisit une magnifique habitation sur le côté nord de l’île, et il y demeura jusqu’au quatre juillet 1846, lorsqu'il fut lâchement assassiné par une bande de voleurs, qui avaient pénétré dans sa maison, en l’absence de sa famille, pour en faire le pillage. Son nom a été donné à une ville et à un comté de l’Iowa.

Leclerc ne tarda pas à être nommé interprète et agent des Sauvages par les Etats-Unis. Il prit part, en cette qualité, aux importants traités conclus avec les Osages, à Saint-Louis, le deux juin 1825 ; avec les

Kansas, le lendemain, dans la même ville, et avec les Sauteux, les Outaouais et les Potouatomis, le vingtquatre juin 1825, à la Prairie-du-Chien. Une section de terre lui fut accordée, en vertu de ce dernier traité, sur Les bords du Mississipi, ainsi qu’à François Leclerc, son frère, probablement.

Peu de temps après éclata la guerre qu’entreprit l’implacable Black-Hawk contre les Etats-Unis. Les colons épars çà et là dans l'Ouest fureut les premières victimes, et périrent en grand nombre sous le tomahâk indieu. Entre autres Canadiens qui succombèrent sous leurs coups, Leclerc eut la douleur de compter son ami et compagnon, Félix Saint-Vrain, agent des Sauvages à Rocky-Island. Saint-Vrain fut surpris par les Sauvages, le vingt-deux mai 1832, dans une expédition, et il fut tué avec trois de ses camarades ; les autres purent s'échapper et se réfu-

gier à Galena, après avoir couru les plus grands dangers. Quelques semaines plus tard, le dix juin, Jacques Aubry, qui commandait le fort de Blue- Mound, fut aussi massacré par les Indiens, et son lieutenant, Edouard Bouchard, soutint vaillamment plusieurs attaques de ces farouches envahisseurs.

Cette nouvelle guerre ayant été terminée par la défaite de Black-Hawk, le major-général Winfield Scott et le gouverneur John Reynolds, de l'Illinois, négocièrent un traité fort important, le vingt et un septembre 1832, avec les Sacs et les Renards, par lequel ces derniers cédèrent aux Etats- Unis une vaste contrée. Comme le choléra sévissait . parmi les soldats du fort Armstrong, la conférence . avec les Sauvages eut lieu sur les bords du Mississipi, à la portée des canons du fort. Un nombreux étatmajor assistait au traité, et rien ne manqua pour donner aux Sauvages une haute idée de l'autorité américaine. De leur côté, les Sacs et les Renards étaient représentés par plusieurs de leurs chefs, dont quelques-uns, suivant la mode sauvage, portaient des noms terribles et étranges : Celui qui a été partout, la Terreur des hommes, l'Ours irrité, la Femme jalouse, l’Aigle audacieux, Peau de loup, le Renard voleur.

En cette circonstance, le chef des Sacs fit présent d'un mille de terre carré à la femme de Leclerc, et en frappant le gazon de son pied, il déclara qu'il metirait pour toute condition que Leclerc viendrait habiter le lieu même où se tenait le grand conseil. C'était un cadeau princier, et il prouve amplement l'affection dont jouissait Leclerc parmi les Sacs.

L'article six du traité avec les Sacs et les Renards, est conçu dans les termes suivants :

« A la demande spéciale des dites tribus confédé.

rées, les Etats-Unis consentent d'accorder à Antoine Leclaire, interprète, une section de terre, v's-à-vis Rocky-Island, et une autre section à la tête de l’un des premiers rapides, en amont de la dite île, dans la région cédée par les Sacs et les Renards. »

Dans le dernier article de ce traité, les autorités américaines déclarèrent qu’elles garderaient Black- Hawk en otage ainsi que ses deux fils, et plusieurs autres chefs, pour assurer la bonne conduite future des Sacs et des Renards.

Ce traité fut ratifié par le congrès de Washington, ‘hiver suivant. Au printemps de 1833, Leclerc construisit une humble maison, à l’endroit même indiqué par le chef sauvage. Cette cabane fit place, plus tard, à une belle et spacieuse résidence—représentée par une gravure dans l’ouvrage de N. Howe Parker : lowa as it is in 1855—et que Leclerc occupa jusqu’en 1854. Elle fut vendue cette même année à la Compagnie du chemin de fer Missouri et Mississipi pour servir de station.

Leclerc était venu se fixer au milieu d’un village de Renards, mais ceux-ci quittèrent ce poste, dans l'automne de 1834, pour aller se réfugier sur les bords de la rivière des Cèdres.

Le vaste terrain donné à Leclerc par les Sacs et les Renards avait une grande valeur et était d’une rare fertilité : aussi, n’est-il pas étonnant qu'il soit devenu plus tard ie siége d’une ville florissante. « Depuis les premiers établissements fondés dans l'Iowa, dit M. Newhall, on a toujours été d’avis que cette partie du territoire était l’une des plus belles régions de l'immense Ouest. Comme il n’y a pas de terrain bas (cause généralement de maladies pestilentielles), les premiers pionniers crurent avec raison que c'était

l’une des régions les plus favorisées de la vallée supérieure du Mississipi. Il n’y a peut-être pas de pays au monde qui présente une plus heureuse réunion de beautés pittoresques, jointes à la fécondité du sol et à la salubrité du climat, que le voisinage de Rocky-Island. Tous ceux qui ont visité cette région charmante expriment leur admiration à la vue des beautés étonnantes qu’offrent les ouvragesinimitables de la nature. »

Il a été question plus haut Ce Black-Hawk. C'était non-seulement un guerrier redoutable, mais un homme très-intelligent, très-actif, capable de grandes choses. Il était fait pour commander, et il exerçait un contrôle absolu sur ses sujets.

A l'exemple de César et de Napoléon, Black-Hawk voulut s’immortaliser en racontant lui-même les campagnes qu'il avait dirigées et les prouesses qu'il avait accomplies, dans sa lutte mémorable contre les forces américaines. Antoine Leclerc, avec qui le célèbre guerrier était intimement lié, fut l’interprète fidèle de son récit, dont la rédaction fut confiée à la plume élégante de M. J.-B. Patterson, de Rocky- Island. Aïnsi écrite sous la dictée de ce héros indien, la « Vie de Black-Hawk » est remplie des souvenirs les plus intéressants et les plus curieux. Elle fut publiée en Angleterre et aux Etats-Unis, où elle obtint beaucoup de succès.

L’authenticité des mémoires de Black-Hawk ayant été mise en doute, Leclerc crut devoir rendre pu blique la déclaration suivante :

« Agence des Sauvages, Rocky-Island, «16 octobre 1833.

«de certifie par les présentes que Black-Hawk vint me voir, avant de retourner au milieu de sa tribu, au mois d’août dernier, et m’exprima un vif désir de faire écrire et publier sa vie afin (comme on m'a dit) «que le peuple américain (parmi lequel il a voyagé, et qui l’a traité avec beaucoup de respect et d’amitié) puisse connaître les causes qui l’ont forcé d’agir comme il l’a fait, et les principes qui lui ont servi de guide.» Conformément à sa demande, j'ai agi comme interprète, et je me suis efforcé de rendre parfaitement le récitde Black-Hawk. J’ai examiné ce travail avec soin depuis qu'il est terminé, et je n’hésite pas à déclarer qu’il est exact sous tous rapports.

« Fait et signé à l’agence des Sacs et des Renards, le jour susdit.

«ANTOINE LECLAIRE, «Interprète des E.-U., pour les Sacs -et les Renards. »

Le vingt-huit septembre 1836, un second traité fut conclu au fort Armstrong, Rocky-Island, avec les Sacs et les Renards, qui cédèrent aux Etats-Unis une nouvelle et importante partie de leur territoire. A la demande des tribus confédérées, les autorités américaines s’engagèrent de payer la somme de deux mille six cents piastres à Leclerc et à sa femme.

L'année suivante, Leclerc se rendit à Washington pour assister à la négociation d’un nouveau traité avec les Sacs et les Renards. Cette fois, ces Sauvages renoncèrent à leurs droits sur au moins un

million et un quart d’acres de terre en faveur des Etats-Unis. Un an s'était à peine passé depuis qu’ils leur en avaient cédé autant. A ce compte, leur patrimoine territorial ne pouvait tarder longtemps à disparaître.

Les autorités américaines n'étaient pas encore satisfaites. Le onze octobre 1849, les tribus confédérées consentirent à une nouvelle concession de terres. Cela fait, il ne leur resta pas grand’chose à céder. En peu d’années, les Etats-Unis avaient acquis toute la belle et vaste contrée qui leur appartenait dans l’Iowa. Aussi, ces pauvres gens durent prendre le chemin de pays inconnus, au-delà du Mississipi, où il leur sera permis de camper jusqu’à ce que le flot montant de la civilisation les refoule plus loin.

Cet envahissement des Américains faisait dire à un vieux chef Ouinébagon, pleurant sur la ruine de sa tribu : « Encore quelques années, et notre nation sera oubliée. Lorsque l'étranger passera ici, et que, contemplant les lieux ou se sont livrées tant de batailles, gagnées par les enfants du Grand-Esprit,. il demandera du haut de chaque colline: «Où est le Ouinébagon ?» l’écho seul lui répondra de l’ouest : «Où est le Ouinébagon?» Un autre chef, la Petite- Tortue, ne pouvait taire son étonnement à la vue de la rapide multiplication des blancs dans les territoires de l'Ouest, jusqu'alors déserts : «Il ne s’est pas écoulé, disait-il, la vie de plus de deux hommes (supposée de quatre-vingts ans pour chacun) depuis que les blancs ont mis lé pied sur cette terre, et déjà ils la couvrent comme des essaims de mouches et de taons ; tandis que nous autres qui l’habitons on ne sait depuis quand, nous scmmes encore clair semés comme des daims..….. Il n’est pas étonnant

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que les blancs nous aient, d'année en année, repous sés des bords de la mer jusqu’au Mississipi. Ils s'étendent comme l'huile sur une couverture, et nous, nous fondons comme la neige devant le soleil du printemps. »

Pendant ce temps-là, de nouveaux colons vinrent partager la solitude de Leclerc, et en très-peu d’années on vit surgir la ville de Davenport. M. John Plume, qui publia en 1839 ses Sketches of Iowa and Wisconsin, disait que l’on venait de tracer les rues de la ville de Davenport sur une réserve appartenant à Antoine Leclerc.

Les premiers furent suivis à’un grand nombre d’immigrants, qui bientôt formèrent un noyau de population compacte.

Ce mouvement progressif reçut une nouvelle impulsion lorsque le chemin de fer de Chicago et Rocky-Island fut construit. De ce jour, l’avenir de Davenport commença de se dessiner sous le plus favorable aspect. Sur tous les points s’élevèrent des constructions magnifiques : églises, magasins, hôtels, scieries, moulins à farine, manufactures diverses.

Leclerc ne fut pas étranger à cette transformation de son ancienne solitude. Il fit preuve de beaucoup d'esprit public et de libéralité. Lorsque les catholiques de Davenport se mirent à l’œuvre pour ériger une belle église catholique et une école sous la direction de l’abbé J. A. M. Palemourges—devenu plus tard grand-vicaire du diocèse de Dubuque— il donna généreusement un beau morceau de terre pour y construire ces édifices. Bref, il sut se mon

trer en toutes circonstances au niveau des progrès de son ancien et modeste établissement, une ville aujourd’hui de plus de vingt mille âmes.

D’autres Canadiens ont aussi fondé des -centres importants dans l’Iowa.

Un nommé Joseph Thibault, après avoir 6t6 le premier habitant de Beloit, se fixa ensuite à la pointe qui porte son nom, près du lac Koshkonong. C'était un polygame comme plus d’un traiteur d’alors. Il habita à ce poste pendant plusieurs années avec deux Sauvagesses et trois ou quatre enfants. On croit qu’il fut tué, dans l'hiver de 1837-38, par son fils François et l’une de ses femmes. Sa mort fut, paraîtil, le résultat d’une querelle de famille. Thibault voulait continuer de demeurer à cet endroit et de cultiver la terre, tandis que son fils aîné et sa mère désiraient émigrer avec les Sauvages à l’ouest du Mississipi.

Frankville, situé: entre Dubuque et Saint-Paul, a été fondé, en 1851, dit l’auteur d’Jowa as it is in 1855, par François Thibault, «un homme très-libéral, qui, par son infatigable énergie, a su faire progresser rapidement ce village.» Il est malheureux qu’un «homme aussi libéral» soit censé être coupable du crime odieux de parricide.

Monique (Moneek), un autre village situé à trois lieues de Frankville, a aussi été établi par des Canadiens.

Si l’on ajoute Dubuque, Galena et autres lieux, on voit que les Canadiens ont eu une large part à l'établissement de l’'Iowa.

JACQUES DUPERON BABY

De tout temps la famille Baby a su se rendre chère au peuple canadien. Que ce soit dans les armes, dans la politique, dans le commerce, elle s’est distinguée et a rendu des services considérables au pays. C’est une noble lignée qui, alliée à qnelques-unes de nos premières familles, a toujours resté fidèle à l’autique devise : Noblesse oblige.

Le fondateur de cette famille est Jacqnes Baby de Ranville, originaire de la Guienne, en Francs. Il arriva au pays, en 1665, en même temps que le régiment de Carignan, dont il était l’un des officiers les plus brillants. Il s'établit à Champlain, et, vers

1703, il visita Détroit dans le dessein d'y faire le commerce des fourrures. Fondé trois ans auparavant par M. de Lamothe Cadillac, ce poste ne contenait alors qu'un petit nombre de familles françaises1, En 1670, Jacques Baby avait épousé Mille Jeanne Dandonneau du Sablé, fille de M. Dandonneau, seigneur de l’île du Pads, et de dame Jeanne Lenoir. De ce mariage naquireut bon nombre d'enfants, dont le plus jeune, Raymond, se fixa à Montréal, où il épousa, le neuf juin 1721, Mlle Thérèse Dupré, fille de M. Le Comte Dupré et de dame Catherine Saint- Georges.

! Raymond Baby devint père de plusieurs enfants. Jacques Dupéron, le cadet, est né en 1731. Ils étaient tous, dans la fleur de l’àge, occupés des intérêts de leur famille, qui faisait déjà un commerce étendu de pelleteries avec les Sauvages du bassin des lacs, particulièrement avec les Mohicans ou les Chaouénons, lorsque éclata cette guerre géante entre la France et l’Angleterre, dans laquelle

Nos pères se couvraient d'un immortel renom, Et traçaient de leur glaive une héroïque histoire *?,

Les jeunes Baby, Louis, Jacques, Antoine et Fran-

1 Il y avait entre autres Canadiens établis à cette époque à Détroit : Pierre Roy, François Pelletier, François Fafiard dit Delorme, interprète, Jean Faffard dit Maconce, Louis Normand, Joseph Parent, Jacob Marsac, Jean Gourion, Antoine Vessière dit La Ferte, Antoine Dupuis dit Beauregard, Pierre Stobve dit Lajeunesse, Jean Casse dit St. Aubin, André Bombardier. Ils furent suivis quelques années plus tard par Langlois, Mallet, Massé, Turpin, Marquet, Robert, Jacques Desmoulins dit Philis, François Chartu dit Chante oup, izaillon, Jacques Hubert dit Lacroix, Jacques Campeau, Michel Campan . Les premières naissances inscrites sur les registres de

étroit sont de 1704: Marie Thérèse de- Cadillac, Marguerite Roy, Joseph Bienvenu dit Delille ; ils furent baptisés par le Père Constantin Delhalle, Récollet, premier missionnaire de Détroit, tué en 1706 par les Sauvages.

2 Octave Crémazie.

JACQUES DUPERON BABY 2

çois, sentant bouillonner dans leurs veines le sang di leur aïeul, le vaillant officier du régiment de Carignan, n’hésitèrent pas un instant à mettre leur épée et leur vie au service de la patrie, Combattant presque toujours les uns à côté des autres, ils accomplirent des prodiges de valeur, qui rappellent les actes de courage des frères Machabées. Leur influence était grande sur les Sauvages, qui formaient un contingent précieux et comblaient les vides que faisait dans nos rangs la mitraille ennemie.

En 1755, M. de Contrecœur, commandant du fort Duquesne, rendit hommage à leur bravoure en leur confiant une expédition contre les Anglais avec des Sauvages de la tribu des Loups. « Aussitôt le présent ordre reçu, leur disait-il, ils partiront avec un parti de Chaouénons et de Loups, pour aller à la rencontre des Anglais. Si l’ennemi n’a pas dépassé la hauteur des terres, ils s’en reviendront sans frapper, et empècheront autant qu'il leur sera possible, les Sauvages de le faire. Si, au contraire, ils les trouvent en armes sur les terres du Roi, ils les repousseront par la force, mais auront attention pour que les Sauvages n’exercent aucune cruauté envers les prisonniers. Fait au fort Duquesne, le huit juin 1755, (Signé) CONTRECOEUR. »

L'année suivante, l’un des jeunes Baby recevait de M. Dumas, qui avait remplacé M. de Beaujeu, au fort Duquesne, l’ordre suivant : « Il est ordonné au sieur Baby de partir avec un détachement de troupes, pour se rendre en Pennsylvanie. Il s’attachera à observer les mouvements de l’ennemi, s’efforçant de saisir ses convois et de faire des prisonniers, afin de pénétrer ses desseins. IL marchera avec toutes les précautions possibles, afin d’éviter toute surprise,

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