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ayant toujours des éclaireurs en avant et sur ses ailes. Il emploiera son talent et le crédit qu’il a sur les Sauvages pour empêcher toute cruauté à l’égard des prisonniers. Fait au fort Duquesne, le vingt juin 1756. (Signé) Dumas. »
M. de Ligneris, successeur de M. Dumas, voulant empêcher à tout prix les Anglais d'envahir la vallée de l'Ohio, envoya M. Baby à leur rencontre, au mois d'août 1757. « Il est ordonné au sieur Baby, officier dans les troupes, de partir incessamment de ce fort, avec le parti dont nous lui avons donné le commandement, afin de reconnaître l'ennemi et de l’attaquer, s’il trouve jour à le faire. Il prendra le plus grand soin
‘pour savoir ses intentions et nous en donnera avis le
plus promptement qu’il lui sera possible. S'il fait des prisonniers, il veillera à ce que les Sauvages ne se permettent aucune cruauté à leur égard et fera tous ses ellorts pour les en empêcher. (Signé) DE LicNenis. » En 1758, les Baby eurent la mission de se rendre en Virginie et d'exécuter l’une de ces entreprises périlleuses qui leur étaient familières. « Il est ordonné au sieur Baby, officier de milice,» disait encore M. de Ligneris, «de partir incessamment de ce fort, avec le sieur Duperon, son frère, et de lever un parti de guerre qu'ils commanderont conjointement. Hs se mettront en campagne le plus promptement possible et iront frapper dans la province de la Virginie. » Les deux intrépides officiers étaient à peine de retour, ramenant avec eux vingt-neuf prisonniers, qu'ils étaient priés par M. de Vaudreuil de prêter main-forte à M. Duplessis, major des troupes à Montréal. Lorsqu'il fut question, en 1760, d'arrêter l’ennemi dans sa marche sur Montréal, ils furentenvoyés à l'ile Sainte-Hélène, où commandait M. D’Ailleboust.
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On ne saurait, du reste, donner une meilleure preuve de l’habileté militaire des Baby que le certificat suivant du marquis de Vaudreuil.
«Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil, Grand’- Croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur et lieutenant-général pour le Roy en toute la Nouvelle-France, certifions que les sieurs Baby, frères, ont donné dans toutes les occasions les plus grandes preuves de leur zèle et de leur désintéressement pour le service du Roy, qu'ils se sont distingués par leur bravoure et leurs talents, dans toutes les occasions qui se sont données contre l’Anglais, que depuis l'établissement de la Belle-Rivière, il y en a toujours eu quelques-uns d’entre eux employés auprès des nations de cette contrée, et que dans plusieurs circonstances très-critiques, nous avons ressenti avec avantage, le crédit et l'autorité qu'ils ont sur ces peuples; qu’en dix occasions, on leur a confié des détachements qu’ils commandaient en chef pour aller frapper sur les provinces de l’ennemi, et toujours avec succès, entre autres en 1758 avec trente hommes, ayant fait dans la Virginie et amené au fort Duquesne vingt-neuf prisonniers. L'hiver dernier, 1760, le commandant du Détroit, étant dans le cas d'envoyer des présents aux nations de ces contrées, et n’en ayant point dans le magasin, ces messieurs, qui étaient destinés pour cette affaire, les ont fait eux-mêmes. Enfin, qu'ils ont saisi, sans intérêt et avec empressement tous les moyens de se rendre utiles. En un mot, que leurs services nous ont été si agréables que nous ne pouvions rien faire de mieux que de leur accorder le présent certificat.
« Fait à Montréal, le quinze juillet 1760.
« VAUDREUIL
Pareil éloge du chef de la colonie n’a pas besoin de commentaires. Ajoutons seulement que les frères Baby prirent part à maints combats héroïques, qui ne purent, hélas! sauver une cause irrévocahlement perdue par la coupable apathie de la mèrepatrie. A la Monongahéla, sur les plaines d'Abraham et à Sainte-Foye, :ls se sont battus comme des lions, . espérant contre toute espérance que tant de courage, dépensé pourtant en pure perte, réussiraità maintenir le drapeau blanc sur le vieux roc de Quékec.
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Après la guerre, la plupart des premières familles canadiennes, ne voulant pas subir le joug du vainqueur, repassèrent en France. C'était un grand malheur pour le pays, qui perdait ainsi ses chefs naturels. ceux qui pouvaient le mieux soutenir son courage dans les luttes de l’avenir. A part quelques seigneurs et membres des professions libérales, le clergé resta seul fidèle à ce pauvre petit peuple, si terriblement éprouvé.
Les Baby furent de ceux qui ne voulurent pas déserter la colonie dans la crise qu’elle traversait. L'un d'eux, Jacques, retourna à Détroit, pour y continuer, à l'instar des Lotbinière, Verchères, Cé: loron de Blainville et autres, le commerce des pelleteries, auquel il s’était livré avant la guerre avec trois de ses frères.
Détroit n’était pas alors la jolie ville aux clochers élancés, aux maisons magnifiques, aux rues larges et bordées d'arbres, habitée par une population nombreuse et entreprenante, qui fait aujourd’hui l'admiration de l'étranger. C'était un modeste fort
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de douze cents verges de circonférence, protégé par des remparts et des palissades hautes de vingt-cinq pieds, et gardé par environ cent vingt soldats anglais: Il renfermaît une centaine de maisons, construites en pièces sur pièces et couvertes d’écorces ou de gazons. La petite chapelle de Sainte-Anne, la première église de Détroit,—noble relique de ces temps primitifs, —s’élevait sur la rue connue aujourd’hui sous le nom de Jefferson Avenue. Vis-à-vis s’étendait un grand jardin militaire, au milieu duquel on avait construit une maison destinée aux délibérations des officiers et aux conférences qu'ils tenaient avec les Sauvages. à Sur les deux rives de la rivière Détroit était dispersée une population d'environ quinze cents âmes, dont les blanches habitations se détachaient gracieusement sur le fond vert de la forêt. Ces Canadiens étaient les sentinelles avancées de la colonie. Ceux qui ne faisaient pas la traite cultivaient quelques champs, au prix souvent des plus grands dangers, tenant d’une main la pioche et de l’autre le mousquet, pour se protéger contre les enfants des bois, jaloux de cet empiétement sur leurs domaines.
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En 1763, Détroit subit un long siége, le seul que les Sauvages aient probablement jamais fait d’une manière régulière. Car leur mode de guerre consiste d'ordinaire en escarmouches et en surprises. Ils avaient à leur tête un chef d’un génie extraordinaire et doué d’une plus grande habileté que bien des généraux de renom, le célèbre Pontiac.
Ce Sauvage qu’on a surnommé le Napoléon du
désert, détestait profondément les Anglais. Il avait pris une part active à nos derniers combats contre eux, et il ne voulait pas plier sa tête altière devant les nouveaux maîtres du pays. A force d’audace et de ruse il était parvenu à liguer la plupart des tribus de l'Ouest, qui s'étaient emparées de plusieurs forts occupés par des garnisons anglaises.
Une bonne partie des colons canadiens du Détroit sympathisaient avec lui, et il en reçut souvent des renforts comme de précieux renseignements. Deux d’entre eux agissaient comme ses secrétaires, et un vieux Canadien du nom de Cuillerier—qui se flattait d’avoir beaucoup d'influence sur les Sauvages—était préposé à l’approvisionnement des vivres. Leur attitude excita la colère du major Galdwin, commandant de Détroit, qui, dans une lettre à sir Jeffrey Amherst, du huit juillet 1763, écrivait, entre autres choses : « J’ose dire qu'avant longtemps on verra que la moitié des colons méritent le gibet et que l’on devrait décimer l’autre moitié.. Néanmoins, il y a quelques hommes honnêtes parmi eux, M. Navarre, les deux Baby et mes interprètes, St.-Martin et LaBute.» Il aurait pu ajouter les noms de Charles Gouin, Chapeton, Godefroy, et autres Canadiens influents, qui rendirent beaucoup de services à la cause anglaise.
Un certain nombre de voyageurs s'étaient joints à Pontiac, s’attifant et se vermillonnant à la manière grotesque des Sauvages. Ils ne lui furent pas d’un grand secours, car la plupart, craignant le ressentiment des Anglais, s'enfuirent dans le pays des Illinois, avant la fin du siége.
Les assiégés s’approvisionnèrent de vivres pour la plus longue période de temps possible. Chaque maison fut fouillée, et tout ce qui pouvait servir de
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comestibles, même la graisse et le suif, fut amassé dans les magasins de l’intendance militaire.
Les forces considérables que Pontiac avait su rassembler pour faire le siége de Détroit jetèrent la garnison dans le plus profond découragement.
Officiers, soldats, traiteurs et voyageurs passaient les nuits sur les remparts, se tenant prêts à toute éventualité, et, même durant l’orage, personne ne pouvait déserter son poste d'observation. On savait que l’audacieux Pontiac n’était jamais à bout de ressources, et il était à craindre qu’il ne tentât l'assaut à la faveur des ténèbres. «Durant soixante jours et soixante nuits,» dit William Tucker, l’un des soldats, « je restai sur les remparts, faisant sentinelle, dérobant quelques heures au sommeil, l’habit militaire sur le dos et l’arme au bras.»
Une fois même, si Charles Gouin, riche colon, et quelques autres n’eussent mis le commandant du fort sur ses gardes, toute la garnison aurait été surprise et massacrée. Le vingt et un mai 1763, plus de vingt bateaux chargés de provisions et de munitions de guerre tombèrent entre les mains des Sauvages, à la vue même des soldats anglais. Quelques mois plus tard, le trente et un juillet, le capitaine Dalzell sortit du fort avecenviron trois cents soldats pour faire une attaque en règle contre les assiégeants, mais il fut repoussé par Pontiac qui tua soixante-dix de ses hommes et en blessa quarante. Ce combat eut lieu à un mille de la petite rivière à Parent, qui depuis porte le nom de Bloody River (rivière Sanglante).
Affaiblie par ces pertes, à la veille de manquer de vivres, la petite garnison de Détroit aurait fini par se rendre, si elle n’eût reçu des secours de quelques
Canadiens et surtout de Baby. Celui-ci transportäait à la faveur de la nuit des bestiaux et des vivres dans des bateaux, que l’on faisait glisser silencieusement sur les ondes de la rivière, sans jamais éveiller les soupçons des Sauvages.
Les guerriers de Pontiac, commençant de leur côté à sentir les tiraillements de la faim, allèrent visiter les fermes canadiennes, s’emparant de gré ou de forcée de ce qu'ils désiraient obtenir. Ce pillage en règle pesa bientôt lourdement sur les colons, qui se réunirent dans là maison d’un nommé Meloche pour s’en plaindre à Pontiac. « Vous prétendez, lui dirent-ils, être les amis des Français, et cependant vous dérobez leurs bestiaux, vous foulez leurs champs de blé en herbe, et vous n’entrez dans leurs maisons que le tomahäk levé.»
Pontiac tenait à conserver les sympathies des Canadiens, et il leur répondit dans un très-habile discours, où il employa toutes les ressources de son éloquence pour calmer leurs plaintes et les rallier à sa cause : « Frères, leur dit-il, nous n’avons jamais désiré vous faire du mal ni permettre que personne ne vous en fit; mais il y a parmi nous des jeunes gens, qui, quoique strictement surveillés, trouvent chance de faire du mal. Ce n’est pas pour ma seule vengeance que je fais la guerre aux Anglais, c’est aussi pour vous venger, mes frères. Lorsque les Anglais nous eurent insultés, ils vous insultèrent également. Je sais qu'ils ont pris vos armes, et qu’ils vous ont fait signer un document qu’ils ont apporté dans leur pays. Vous avez donc été laissés sans défense, et je veux maintenant venger ma cause et la vôtre tout ensemble.
«Je veux détruire les Anglais, et n’en pas laisser
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un seul sur la surface de la terre. Vous ne connaissez pas toutes les raisons qui me font agir. Je ne vous ai exposé que celles qui vous concernent; mais vous apprendrez tout à temps. Vous cesserez de croire alors que je suis un fou. Je sais, mes frères, qu'il y en a beaucoup parmi vous qui scnt alliés aux Anglais. J’en suis chagrin, pour leur propre sûreté, car lorsque notre père arrivera, je les dénoncerai, et ils verront s’ils ont eu raison d’agie comme ils l’ont fait.
«Je ne doute pas, mes frères, que cette guerre ne vous cause bien des ennuis, car nos guerriers passent et repassent continuellement sur vos terres. Je regrette la chose. Ne pensez pas que j’approuve les dommages qui vous sont causés, et, Comme preuve, rappelez-vous la guerre avec les Renards, et la part que j’y ai prise. Il y a maintenant dix-sept ans que les Sauteux de Michillimakinac, réunis aux Sacs et Renards, descendirent de leur pays pour venir vous détruire ? Qui vous défendit alors? N'est-ce pas moi et mes jeunes gens ? Mickinac, le grand chef de toutes ces nations, a dit en conseil qu’il apporterait à son village la tête de votre commandant — qu'il mangerait son cœur et boirait son sang. N'ai-je pas alors épousé votre cause ? Ne me suis-je pas rendu à son camp, et ne lui ai-je pas dit que s’il voulait massacrer les Français, il lui faudrait d’abord me passer sur le corps et sur ceux de mes guerriers. Ne vous ai-je pas aidé à les mettre en déroute et à les chasser? Et pouvez-vous croire maintenant que je tournerais mes armes contre vous ?
«Non, mes frères, je suis le même Pontiac français qui vous donna son appui, il y a dix-sept ans. Je suis Français, et je désire mourir comme un Français;
et je vous répète que vous et moi ne sommes qu’un, et qu'il est de notre intérêt que nous soyons vengés. «Laissez-moi seul. Je ne demânde pas votre appui, car il n’est pas en votre pouvoir de me le donner. Si vous m’aidiez toutefois, vous me seriez agréable, et vous mettriez plus tôt fin à vos troubles ; car je vous promets que dès que les Anglais auront été chassés, nous retournerons dans nos villages, et nous attendrons le retour de notre père français. Vous avez entendu ce que j'avais à vous dire ; restez en paix et je verrai à ce qu'aucun mal ne vous soit fait par mes hommes ou par les autres Sauvages. »
Pontiac était un ancien ami de Baby, et il le visitait assez souvent au commencement du siége. En pénétrant un soir dans :a maison, il alla s’asseoir près du feu regardant avec beaucoup de fixité le pétillement de la flamme. Après quelques instants de silence, il se tourna vers Baby et lui dit avoir appris que les Anglais avaient offert au Canadien un minot d'argent pour la chevelure de son ami, Baby déclara froidement que c'était un mensonge et qu’il ne se prêterait jamais à une pareille proposition ; puis, ayant étudié les impressions qu’aurait pu trahir la figure de Baby, il ajouta: « Mon frère a dit la vérité et je vais lui prouver que je le crois.» En effet, il passa toute la nuit sous le toit de Baby, couché sur un banc et enveloppé dans sa couverture.
Pontiac exerçait un ascendant irrésistible sur les Sauvages, et l’anecdote suivante en fournit une nouvelle preuve. Quelques jeunes Hurons venaient d'ordinaire tous les soirs sur la ferme de Baby pour pratiquer des déprédations. Or, ce dernier se plaignit à Pontiac de ces vols répétés et réclama sa protec-
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tion. Le chef sauvage ignorant les relations de Baby avec les Anglais, s’empressa de mettre un terme à ces incursions. Il arriva chez Bahy, à la tombée de la nuit, et alla faire sentinelle près des grangeset des autres bâtiments voisins. À une heure avancée, il vit les pillards se glisser tout près de lui comme des ombres, et il leur cria: « Retournez à votre village, chiens de Hurons. Si vous mettez le pied sur la terre de cet homme, vous êtes morts.» Les Hurons disparurent en toute hâte, et on ne les revit plus.
Ce célèbre guerrier ne protégea toujours pas autant les Canadiens que ce fait pourrait le faire croire. Il les malmena plus d’une fois, les força de labourer pour lui et de faire d’autres corvées. Un jour même, il les obligea de le transporter dans une litière de maison en maison, afin de renouveler son approvisionnement de vivres.
On sait le dénouement du siège de Détroit. Après des alternatives de revers et de suscès, Pontiac fut obligé d'abandonner la lutte, au mois d'octobre 1763. Il retraita dans le pays des Miamis, puis alla demeurer aux Illinois, où le poignard d’un assassin termina, en 1767, l'existence d’un homme, qui, sous sou apparence sauvage, fut véritablement grand.
Après plusieurs années d’un commerce fructueux, Baby fut nommé surintendant des Sauvages, ce qui augmenta l'influence qu’il exerçait déjà sur les tribus des alentours. Le poste de Détroit avait alors beaucoup d'importance et était fréquenté par des milliers de Sauvages. Prévoyant l’avenir prospère
du lieu, Baby avait acquis une bonne partie du tetrain où s'élève aujourd’hui la capitale du Michigan.
Le vingt novembre 1760, Baby avait épousé à Détroit Mlle Suzanne de la Croix Réaume, femme accomplie, dont l'intelligence égalait la fermeté de caractère. Il est facile de juger de son courage lors. qu’on sait qu'elle ne craignait pas de faire sentinelle, le fusil au bras, pendant que les hommes étaient occupés à la culture des champs.
On peut dire que la loi martiale fut en vigueur à Détroit jusqu’en 17831. Par une proclamation du vingt-quatre juillet de cette année, lord Dorchester créa quaire districts judiciaires dans le Haut-Canada, dont l’un, le district de Hesse comprenait le Détroit dans sa juridiction.
Comme il n’y a pas eu d'avocats dans le Haut- Canada avant 1794, les juges des nouvelles cours de
plaids communs furent choisis parmi les citoyens les plus riches et les plus influents. Les titulaires ne
connaissaient guère le droit criminel, et ils pouvaient condamner à l’emprisonnement, à la peine du fouet ou du pilori, les malheureux qui ne trouvaient pas grâce devant leur tribunal.
Après avoir agi plus d’une fois comme arbitre dans certains différends d’une nature grave, Baby
1 En 1767, Fhppe Dejean, personnage important de Détroit, fut choisi par Robert Bayard, commandant du poste, pour administrer temporairement la justice dans les actions en recouvrement de dettes, etc., se montant à plus de cinq cents louis, cours de New-York. Quoiqu'il eût reçu ordre de se servir de I langue anglaise exclusivement, il ne tint nullement compte de cette partie de ses instructions. Plustard il cumula les fonctions de secrétaire dn lieutenant-gouverneur, de receveur du oi, juge de paix, notaire, encanteur, recorder, etc. Par les pièces que Dejean a laissées. on voit qu’il était parfaitement instruit. Au mois de février 1778, il fut fait prisonnier, lors de la prise de Vincennes, en même temps que le gouverneur Hamilton. Il ne retourna pas à Détroit, et il termina sa cérrière probablement à New-York.
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fut appelé, l’un des premiers, à remplir des fonctions
à judic'….ses à Détroit. Il n’occupa pas longtemps cétte honorable charge, car il se trouva dans une . position difficile, lors de l’insurrection amérieaine en à 1775. On lui fit mille promesses alléchantes pour le gagner à la cause des insurgés. Mais rien ne put L faire fléchir sa loyauté à la couronne britannique.
Ni les séductions, ni les mauvais traitements qu’on lui fit subir, ne purent modifier ses opinions. L’en-
. *nemi se vengea de son attitude en confisquant les belles propriétés qu'il avait à Détroit.
Baby. mourut vers le deux août 1789, à Sandwich, laissant uñe mémoire intacte et un nom respecté, Onze enfants, dont sept fils et quatre filles, déplorèrent amèrement sa perte et surent marcher sur ses traces.
Mme Baby veilla avec un soin scrupuleux à leur éducation et ne négligea rien pour les rendre dignes de la position qu’ils étaient appelés de droit à remplir dans le monde.
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En 1796, Mme Baby quitta Détroit :avec plusieurs de ses enfants pour aller résider à Québec. Son fils aîné, Jacques Duperon Baby, demeura à Détroit pour «gérer le commerce des terres, moulins et autres affaires, » ainsi qu'il est dit dans l'inventaire des biens Mme Baby inourut à Québec, en 1813, à un âge avancé, laissant le souvenir de toutes les vertus qui font la femme forte.
Ses enfants obtinrent en général des positions avantageuses. Les filles s’unirent toutes à des Anglais. L'une épousa M. Caldwell, une autre, M. Allison,
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beau-père de M. P. de Gaspé. Des deux autres, l’une fit alliance avec M. Rose-Lewin, et la dernière avec M. Bellingham, devenu lord Bellingham.
De leur côté, les fils, dit l'abbé Daniel ?, «se faisaient un nom à l’armée. Daniel, après s'être signalé en Espagne, sous Wellington, en qualité de lieutenant dans le vingt-quatrième régiment d'infanterie, acheva de se couvrir de gloire au siége de Badajoz. Plus heureux que les deux de Salaberry, ses compatriotes, qui y trouvèrent la mort, il en revint sain et seuf, et parvint quelque temps après au grade de lieutenant général. Il termina sa carrière à Londres. Antoine, ayant pris du service, passa aux Indes, où sa bravoure lui mérita le grade de major dans son régiment. Ayant alors épousé une jeune personne d’origine française, il quitta le service et alla se fixer à Tours, où on le voyait encore en 1860. Louis suivit également ses frères aux Indes. C’est là qu'il fut promu au grade de capitaine dans le vingt-quatrième régiment d'infanterie. Il en remplissait les fonctions, lorsqu'il trouva la mort en combattant à la tête de ses troupes. Pierre, un autre de leurs frères, embrassa la carrière médicale. Comme il possédait de rares talents, on l’envoya à Edimbourg, en Ecosse, suivre les cours de médecine en cette ville. De retour dans son pays, le jeune docteur se fixa dans le Haut-Canada, où il s’allia à une famille d’origine écossaise. »
Dans son ouvrage“: The Conspiracy of Pontiac, Parkman signale un autre de ses fils, François Baby, qui lui a fourni plusieurs renseignements précieux pour son histoire du siége de Détroit, et qui habitait Windsor, Ontario, tout près de l'emplacement
1 Histoire des Grandes Familles du Canada.
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de la maison paternelle. François Baby était colonel dans la milice haut-canadienne. Lorsque les Américains, commandés par le général Hull, s'emparèrent de Détroit, le douze juillet 1812, ils traversèrent la rivière et allèrent camper sur sa ferme. Le général Hull prit possession de sa magnifique maison de brique, alors en voie de construction, dont il fit son quartier-général. On peut voir une gravure représentant ce bel édifice dans l'ouvrage de Benson J. Lensing : The Pictorial Field Boo of the War of 1812.
Mais le plus remarquable des enfants de Baby fut l'aîné, Jacques Duperon. Né en 1762, à Détroit, il fit ses études au petit séminaire de Québec avec un succès peu ordinaire. En 1783, son digne père lui fit faire un voyage en Europe pour compléter son éducation. Il sut tirer amplement profit de cette promenade dans le vieux monde.
Lors de la création de la province du Haut- Canada, il s'était déjà assez concilié les faveurs de l'opinion publique pour être nommé conseiller exécutif et législatif. ° Z occupa durant le reste de sa vie cette importante cnarge à laquelle il fit honneur par ses talents distingués et son intégrité.
Il prit part à la défense du pays dans la guerre de 1812, comme commandant des milices de l’ouest du Haut-Canada. La population de cette province conserva toujours un souvenir vivace des services signalés qu’il lui rendit à cette époque -critique de son histoire. Le gouvernement l’en récompensa en le nommarit aux fonctions d’inspecteur général qu’il a remplies pendant dix-sept ans, à la satisfaction de tout le pays.
Lorsqu'il mourut, le dix-neuf février 1833, à l’âge
de soixante-onze ans, des regrets universels se firent entendre dans fout le Haut-Canada. Le Dr Strachan, évêque anglican, homme remarquable qui avait été son ami intime, crut devoir retracer son éloge dans une étude biographique, où il sut faire ressortir pleinement ses belles qualités et ses services publics.
Jacques Baby laissa plusieurs enfants ; l’une de ses filles, Mlle Eliza Anne Baby, épousa l'honorable Charles E. Casgrain, père de l'abbé HR. Casgrain. l’une de nos meilleures plumes canadiennes.
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