‹ Les Canadiens de l'Ouest [microforme]Chapitre 45 sur 49 · JEAN-BAPTISTE LEFEBVRE · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE LEFEBVRE

des racines pendant des jours entiers. Une fois même tous ses compagnons périrent sous les flèches des Sauvages, et il n’échappa à leurs coups qu’en restant caché deux jours dans un marais.

Lefebvre s’éteignit doucement à Superior-City, dans l'automne de 1871, entouré .de l'estime et du respect.de tous ses concitoyens.

EE

Jean-Baptiste Perrault appartenait à une famille canadienne fort respectable et estimée. Son père jouissait d’une bonne éducation, et il fut employé du temps des Français, aux forges du Saint-Maurice, puis comme inspecteur aux Trois-Rivières, lorsque le pays devint une colonie anglaise. Plus tard, il fit un commerce avantageux à la Rivière-du-Loup, où il passa le reste de ses jours.

Jean-Baptiste Perrault reçut une fort bonne instruction au petit séminaire de Québec. Ses études terminées, il partit, en 1783, pour aller faire la traite aux Jllinois, pour le compte de M. Marchesseau, négociant important de l’époque. Il avait pour compagnons de voyage plusieurs Canadiens : Sacharité, de Québec, Saint-Germain, Robert et Dupuis, de

Maskinongé, Antoine et François Beauchemin, Ménard, L. Lavallée, de Sorel et Yamaska.

Les voyageurs remontèrent le cours de l'Outaouais dans des canots chargés de marchandises, et arrivèrent à Michillimakinac, le vingt-huit juin. De là, ils se mirent en route pour les Illinois, faisant de courts séjours à la Baïe-Verte et à la Prairie-du- Chien. Les Espagnols étaient alors les maîtres de Saint-Louis. Or, pour ne pas éveiller leurs soupçons, ils passèrent près de ce poste à la faveur des ténèbres, car l'importation des marchandises anglaises dans la Louisiane était strictement défendue.

L'expédition atteignit Cahokia le onze août. Ce village zppartenait alors aux Anglais. M. Marchesseau vendit tous ses articles pour la traite à M. Chouteau, de Saint-Louis. Plusieurs autres Canadiens faisaient à cette époque le trafic à Cahokia : James Grant, Meyers, Tabeau et Guillon. Le commerce ne fut pas très-actif dans l'hiver de 1783, mais les marchands de l'endroit surent passer le temps d’une façon fort agréable, la danse étant leur amusemement favori dans les longues soirées de la saison.

Au mois d'avril, M. Marchesseau put régler toutes ses affaires à Cahokia, et ses compagnons retournèrent à Michillimakinac, par différentes routes.

En 1784, M. Alexander Kay arriva de Montréal pour aller faire la traite dans l’intérieur, et Perrault l’accompagna en qualité de commis. Kay était un homme d’humeur acariâtre, avec lequel il était fort difficile de vivre en bonne intelligence. Altier, présomptueux, ne doutant de rien, il ne prenait conseil de personne. Si l’on ajoute à cela qu’il était adonné à l’intempérance, on voit qu'il n’était guère fait

pour mener à bonne fin une entreprise de ce genre.

Une fois arrivé à Fond-du-Lac, M. Kay s’aventura dans les bois sans avoir les provisions nécessaires à son expédition, qui se composait de dix-sept personnes. Le gibier n'abonda pas, contrairement à l'attente de M. Kay, et bientôt la disette se fit sentir parmi seshommes. Bon nombre même n’eurent pour tout moyen de subsistance, pendant plusieurs jours, que des racines de plantes aquatiques qu’ils faisaient bouillir, et qu’ils allaient chercher au fond d’un petit lac ou sous la neige qui recouvrait un marais.

M. Kay se rendit sur les bords de la rivière au Pin pour trafiquer avec les indigènes, laissant Perrault en arrière avec une partie du bagage. Ce dernier le rejoignit au mois de janvier suivant, puis il vint passer le reste de l'hiver au portage de ja Savane, en attendant l'ouverture de la navigation. i.idé d'un nommé Lauzon, il tailla dans la forêt le bois nécessaire pour se construire une hutte. Mais il eut bientôt épuisé ses vivres, et, sans l’arrivée de quelques chasseurs sauvages, il serait mort de faim

‘Le chef de l’expédition sut se faire détester de tous les Indiens avec lesquels il eut des rapports. Comme il leur donnait de l’eau-de-vie de temps à autre, il s’en suivait alors de terribles mêlées, où le sang coulait presque toujours. Dans l’une de ces bacchanales il faillit perdre la vie. Une Sauvagesse l'ayant frappé d’un coup de couteau, il tomba baigné dans son sang, en s’écriant : «Je suis tué». Grâce aux soins empressés que lui donna le Petit-Mort, sauvage expert en médecine, il put survivre un an à la blessure fatale qu’il reçut'eu cette circonstance. Au mois de juin, les traiteurs se dirigèrent sur

Michillimakinac, précedés de M. Kay, qui se rendait en toute diligence dans l’île, afin de pouvoir se mettre sous les soins d'un médecin. Ils furent rejoints en route par J. Réaura1e et J. Piquet, qui avaient fait la traite durant l'hiver, le premier sur les bords du lac Rouge, et le second sur le lac Patchatechamban. Epuisés de fatigues et de privations, ils arrivèrent à Michillimakinac, le vingt-quatre juillet. M. Kay partit pour Montréal et alla mourir des suites de sa blessure, au lac des Deux-Montagnes, le vingt-huit août 1785.

Perrault continua le commerce des pelleteries pendant soixante longues années dans le Nord- Ouest. Il avait épousé la fille d'un chef influent, qui demeurait à l'embouchure du Mississipi.

Le célèbre historien des Sauvages, M. Henry H. Schoolcraft, rencontra Perraultau Saut-Sainte-Marie, vers 1828, et il en parle dans des termes fort élogieux. C'était, dit-il, un homme bien instruit, d’une grande urbanité, d’un jugement solide, d'une mémoire très-heureuse, ingénieux dans la mécanique.

Perrault passa tout un hiver à la résidence de Schoolcraft, afin de lui enseigner le français, qu'il parlait fort correctement. A la demande de cet historien, il écrivit quelques-uns de ses souvenirs de voyage, que Schoolcraft traduisit vingt-cinq ans plus tard sous le titre: Indian Life in the North-West in 1783, et qu’il inséra dans son grand travail sur les tribus sauvages des Etats-Unis 1.

Perraultest mort au Saut-Sainte-Marie, le douze novembre 1844, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

2 Voir History, Condition and Prospects of the Indian Tribes of the United States ol ll, p. p. 803 ot 369. d {

La jolie petite ville de Lachine, située sur le bord du Saint-Laurent, à quelques milles de Montréal, n'avait pas à la fin du dernier siècle, l'importance qu’elle a prise depuis quelques années. Elle n'était alors ni le foyer d’un mouvement d’affaires considérable, ni le siége de plusieurs maisons d'éducation, ni le lieu de retraite favori d'un grand nombre de familles dans la belie saison. Une modeste chapelle, quelques rares habitations, au milieu desquelles se dessinait la magnifique résidence du gouverneur de la Compagnie de la baie d’Hudson,—roi absolu, à cette époque, d’un vaste domaine et de milliers de

sujets, —tenaient lieu de la belle église, du superbe couvent, des établissements industriels, et des jolies maisons, coquettement échelonnées le long du fleuve, qui donnent aujourd’hui à cette villette un si agréable aspect.

En ces temps primitifs la plupart des habitants du lieu étaient de ces hardis voyageurs, qui, à périodes fixes, quittaient Lachine, afin d'aller échanger, pour le compte de la Compagnie.de la baie d'Hudson, des marchandises contre les riches produits de chasse des pays d’en haut. Après plusieurs années de courses aventureuses, les uns se fixaient définitivement dans le désert, et les autres revenaient passer le soir de leur vie au lieu même où s'était écoulée leur jeunesse,

De tous ces intrépides voyageurs ou traiteurs, il en est peu qui soient plus dignes de mention que les Ducharme, dont les exploits sont restés, à juste titre, légendaires.

Le premier et le plus remarquable, Jean-Marie Ducharme,—sur la vie duquel nous ne possédons malheureusement que des renseignements incomplets,—demeurait à Lachine lorsque les Américains envahirent le Canada en 17751776. On fit auprès de lui des instances très-vives pour l’engager à s’enrôler dans les milices canadiennes, qui se formaient pour repousser les Bostonnais ; mais, à l’exemyic d’un grand nombre de Canadiens, il préféra d’abord observer une stricte neutralité. Les autorités l’obligèrent finalement d’endosser l'habit militaire, et, une fois au feu, il en prit bravement son parti. A la fin de la campagne, Ducharme fut convaincu d’avoir vendu des vivres aux troupes américaines, puis condamné à un an de prison.

Son emprisonnement terminé, Ducharme s’occupa activement de la traite des pelleteries, qui avait pour lui beaucoup d’attrait. Au lieu de se mettre au service de la Compagnie de la baie d'Hudson, il acheta à Montréal une quantité considérable de marchandises, qu'il alla troquer à Michillimackinac et dans d’autres comptoirs importants. Chaque année vit s'agrandir le cercle de ses opérations, et, en peu de temps, il eut des relations avec la plupart des tribus sauvages, dispersées depuis le lac Supérieur jusqu’à la chute Saint-Antoine, dans le Minnesota. Ses manières engageantes, sa valeur éprouvée, l'étendue de son commerce, lui valurent promptement l’affection et le respect de ces peuplades.

A cette époque, toute la Louisiane, comme toute la région baignée par le Missouri, était sous la dépendance de l'Espagne, et les traiteurs étrangers n’y étaient admis que sur la présentation d’un permis, qu'il n’était pas toujours facile d’obtenir. Ducharme savait avec quel œil jaloux les autorités espagnoles à Saint-Louis surveillaient leur domaine, mais il crut, qu’à force de vigilance, il pourrait trafiquer sans éveiller leur attention.

Espérant réaliser des profits considérables, il se munit d’une grande quantité d'articles pour la traite, engagea un certain nombre d'hommes pour l’accompagner, et descendit le Missouri avec plusieurs canots pesamment chargés. Contre son attente, les autorités de Saint-Louis eurent vent de son entreprise, et dépêchèrent à sa rencontre une bande de soldats armés, avec ordre de s'emparer des hommes et des

marchandises. Les soldats surprirent l'expédition, un soir qu’elle bivouaquait sur les bords du Missouri. A leur vue, tous les compagnons de Ducharme prirent la fuite, à l'exception d’un jeune Canadien et d’un Sauvage, qui firent feu sur les assaillants. La résistance étant impossible, Ducharme s’échappa à son tour, avec les deux seuls compagnons qui ne l'avaient pas abandonné, laissant entre les mains des ravisseurs une cargaison valant quatre à cinq mille piastres.

Ducharme fut très-sensible à la perte relativement énorme qu’il venait d’éprouver. Dans l’espérance que ses représentations auraient un certain effet, il se rendit auprès des autorités espagnoles à Saint- Louis, pou:' solliciter quelque indemnité. Bien loin de l'écouter favorablement, le gouverneur ordonna qu’on le conduisit en prison, où il restaun an. Pour comble de malheur, les traiteurs espagnols, jaloux de son influence sur les Sauvages, représentèrent au gouverneur que non-seulement Ducharme nuisait à ler trafic, mais qu'il avait trop d’ascendant sur les tribus de l'Ouest. Ils intriguèrent si bien, qu'ils réussirent, par de fausses représentations, à le faire condamner à mort. On tenait peu compte, en ces temps-là, chez les Espagnols surtout, de la vie d’un homme, lorsqu'on croyait ce dernier capable de nuire aux intérêts des gouvernants, ou d’un certain nombre de personnes influentes. ,

Sans plus de formalités, Ducharme allait donc être exécuté. Instruit à temps heureusement du sortqu'on lui destinait, il parvint à prouver que, plus d’une fois, il avait arraché à la mort des Espagnols captifs chez les Sauvages, en donnant à leurs maîtres de fortes rançons ; cela lui valut la vie sauve, puis la liberté,

Une fois sorti de la prison, où il avait langui pendant onze longs mois, Ducharme ne fut plus dominé que par un sentiment, celui de la vengeance. Il résolut de laver dans le sang des Espagnols le cruel outrage qu’on lui avait infligé.

A son retour à Michillimakinac, il fit entendre le cri de guerre parmi les Sauvages qui lui étaient dévoués. Son appel trouva de l'écho depuis le lac Supérieur jusqu'aux Montagnes Rocheuses, et environ quinze cents guerriers vinrent prendre les armes sous ses ordres.

Familier avec leurs différents dialectes, il leur fit, en termes émus et passionnés, le récit de ses malheurs, et sut allumer dans leur cœur le feu de la vengeance qui l’animait contre les Espagnols. Surexcités par la véhémence de son langage, les Indiens demandèrent qu’on les menât contre l’ennemi, et choisirent pour leur chef le redoutable Match-6-koui, homme d'une taille imposante, d’une bravoure à touto épreuve, l’auteur probable du massacre de la garison anglaise à Michillimakinac en 1763.

L’Angleterre et l'Espagne étant alors aux prises, le lieutenant-gouverneur Sinclair, de Michillimakinac, vit cette entreprise d’un bon œil, et la favorisa autant que possible. Grâce à son influence, quelques soldats réguliers et bon nombre de Canadiens vinrent grossir les rangs de la formidable expédition, que Ducharme avait réussi à organiser.

L'expédition suivit d’abord la rivière des Renards, descendit la rivière Ouisconsin, puis le Missouri. Aucun obstacle sérieux n’entrava sa marche, et

Ducharme prit ses mesures, à une certaira distance de Saint-Louis, pour donner l’assaut au fort, le vingtsix mai 1780.

Si l’on en croit Nicollet ?, la garnison de Saint- Louis ne se composait, à cette époque, que de cinquante à soixante hommes sous les ordres du capitaine Lebas, officier espagnol. Ce dernier avait commandé un fort, situé vers l'embouchure du Missouri, à Belle-Fontaine probablement, dans les trois premières années de l’occupation du pays par les Espagnols, et il avait été appelé ensuite à remplacer Fran çois Cruzat comme commandant de Saint-Louis.

La place n'avait pour tout moyen de défense qu’une tour de pierre près du village, sur le bord du Mississipi, et quelques palissades. Elle ne contenait pas plus de cent cinquante hommes, tandis que l’ennemi s'élevait, selon les uns, à neuf cents guerriers, et selon d’autres, à quinze cents.

En apprenant l’arrivée de ces farouches envahisseurs, les femmes et les enfants, incapables de prendre part à la défense, allèrent se réfugier dans la maison d’Auguste Chouteau. Ceux qui restèrent à l’intérieur des palissades, se préparèrent, de leur côté, à une courageuse résistance. Lebas occupa la tour de pierre avec ses soldats; mais comme elle menaça de crouler après la première décharge, il fit cesser le feu.

Les défenseurs du fort furent vivement attaqués par les Peaux Rouges, dont les terribles hurlements se faisaient entendre au loin. Le danger sembla décupler leurs forces, et, après une lutte courageuse, ils réussirent à repousser les assiégeants. Ceux-ci, pour se venger d’avoir été défaits par une poignée

3 History of Saint-Louis.

d'hommes, massacrèrent la plupart des colons qui, occupés à la culture de leurs champs, n'avaient pu se réfugier à temps derrière les retranchements. Soixante environ périrent, et treize furent emmenés en captivité. Cette boucherie eût ét6 bien plus terri. ble, si Ducharme n'avait mis fin aux atrocités dont les Sauvages se rendirent coupables.

On rapporte qu’une fois leur vengeance apaisée, Ducharme:-et ses compagnons, attendris par le nombre de cadavres qui jonchaient la plaine, par le sang qui avait coulé, pleurèrent amèrement sur la perte de tant de vies, et reprirent, tristes et silencieux, le chemin de leurs foyers.

Ce récit, que nous empruntons à Nicolet 1 et à Reynolds 3, n’est pas généralement conforme à la version de l’auteur de l’ouvrage : The American West. D’après cet écrivain, le lieutenant-gouverneur Sin-

clair, de Michillimakinac, aurait été le véritable instigateur de cette expédition, composée de quatorze

soldatset de quinze cents Sauvages; Ducharme aurait fait connaître l'attaque projetée sur Saint-Louis, plusieurs jours auparavant, le vingt-six mai 1780, à un nommé Quesnel, que le gouverneur aurait fait mettre en prison pour avoir répandu cette nouvelle; et les villageois, occupés à la culture des champs voisins, se seraient enfuis, à la vue des envahisseurs, au milieu d’une grêle de balles, qui atteignirent mortellement un certain nombre d’entre eux, alors qu'ils se sauvaient en criant Aux armes! Aux armes! Les défenseurs de la place auraient repoussé les assaillants, par le feu de leurs canons, les tenant à distance; et le gouverneur Lebas aurait joué un rôle plus que

À History of Saint-Louis.

3 The Pioneer History of Illinois,

suspect, en faisant enclouer quelques-uns des canons durant l'engagement et en faisant cesser le feu trop vite, ce qui lui aurait valu son rappel immédiat,

Personne ne fut tué du côté des assaillants, ajoute l’auteur de The American West. Du moins, on ne trouva aucun cadavre. Evidemment, ils n’étaient pas venus pour fairé le pillage, car ils n’avaient pas même essayé, dans leur retraite, d'emmener avec eux les chevaux et lesbestiaux, qui erraient dans la prairie. Ils n'avaient pas attaqué non plus les postes environnants, où la résistance aurait été moindre et les chances de succès plus grandes. Leur seul objet était la destruction de Saint-Louis, et cela permet de croire que cette expédition s’est faite à l’instigation des Anglais, et que le gouverneur Lebas était leur complice. Ainsi, dit encore le même écrivain, s'est terminée une attaque qui, bien dirigée, aurait pu détruire la ville, encore à son berceau, et qui, vu le nombre de l'ennemi, et les dangers auxquels les assiégés ont été exposés, était bien de nature à laisser une pénible impression dans l'esprit de tous ceux qui en ont été témoins À.

Reynolds n’est pas de cet avis. Cette campagne; suivant lui, fut la campagne de Ducharme, et non celle des Anglais. Ceux-ci la favorisèrent parce qu'ils étaient en guerre avec l'Espagne, mais ils n’y jouèrent qu’un rôle secondaire. Du reste, l’auteur de The American West avoue qu'il n’y avait que quatorze soldats anglais dans l’expédition.

Quoi qu’il en soit, la terrible vengeance de Ducharme a fait époque dans l’histoire de Saint-Louis, et l’année où eut lieu son expédition porte depuis le nom de « L'année du grand coup.»

3 The American West, p. 817.

Deux ans plus tard, Ducharme fut condamné par le lieutenant-gouverneur Sinclair à payer une amende de quinze cents bottes de foin, parce qu’il était allé faire la traite dans l'intérieur sans permis. ‘ Un Canadien, Paul Lacroix, parti également sans licence de Michillimakinac, fut condamné à la même amende « au nom du roi,» mais il refusa de la payer. Il déclara que le roi demeurait de l’autre côté de l’Océan ; qu’il ne croyait pas qu’il eût besoin de foin, et qu’il état bien décidé, en conséquence, à ne pas payer l'amende. Le gouverneur Sinclair ne pouvant mettre sa condamnation à effet, dut se contenter de cette fin de non-recevoir.

Ducharme avait eu pour compagnons de ses courses aventureuses un frère du nom de Dominique, confondu avec lui par un historien de lIllinois 1, et un cousin, Laurent Ducharme, 2 qui tous deux s’occupèrent activement de traite. Il retourna vers 1800 à Lachine, où il vécut du fruit de ses rudes labeurs. Les ravages du temps ne semblèrent pas ébranler sa robuste constitution ; car, dans ses dernières années, quoique sa chevelure fût aussi blan- ‘che que la neige, il était encore droit comme un chêne. Il eut la douleur d’être frappé d’une cécité presque complète quelque temps avant sa mort, qui eut lieu vers 1803. Il était âgé d'environ quatrevingts ans.

Trois de ses fils allèrent aussi faire la traite dans l'Ouest: Joseph, Dominique et Paul. Lyman C.

4 The Pioneer History of Illinois, by John Reynolds, p. 98. 2 Voir l’appendice.

Draper, qui rendit visite à ce dernier à la Baie-Verte, Wisconsin, en 1857, dit qu’il était fixé dans cet Etat depuis à peu près soixante-trois ans, et qu'il était âgé d'environ quatre-vingt-sept ans. Dominique, agent des Sauvages au lac des Deux-Montagnes, se distingua dans la dernière guerre, en contribuant d’une manière active à la défaite des troupes du colonel Boersther, qui furent obligées de se rendre, le vingt- : quatre juin 1813, après un engagement très-vif sur le bord du lac Ontario, près de Niagara. Bref, ces trois fils de Jean-Marie Ducharme surentse montrer dignes de leur brave et intrépide père.

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