MIEUX VALU NE JAMAIS QUITTER LA TERRE NATALE
">Si ceux qui émigrent voulaient seulement mettre de côté les préjugés et la vanité qui ruinent notie pays, pour vivre et travailler comme ils le font là-bas, je suis certain que la majorité d'entre-eux réussiraient mieux ici, au milieu de leurs amis et de leurs parents, qu'ils ne le peuvent sur la terre étrangère."
Les chiffres indiscutables que nous venons de citer prouvent que ces conclusions étaient bien modérées. Les Canadiens ne sont pas plus riches aux Etats-Unis qu'en Canada; et cependant ils s'abaissent bien plus, ils se donnent beaucoup plus de peine pour f^iire de l'argent. Que de Canadiens en proie à un embarras passager quittent le pays simplement parce qu'ils ont honte de faire tel ou tel ouvrage, parce que leurs filles sont trop fières pour aller travailler, parce qu'ils né veulent pas prendre un train de vie plus modeste, sous les yeux de leurs anciens amis. Mais là-bas on met tous les préjugés de côté. Hommes, femmes et enfants font tout ce qui se présente pour de l'argent, on se loge à l'étroit, on n'est pas fier pour le mobilier, enfin on ruiue sa santé et on fait des sacrifices
dont la moitié) bien souvent, aurait suffi pour permettre de vivre en Canada. Certes il n'y a pas de sot métier, et personne ne blâmera nos pauvres compatriotes qui se sont laissés prendre par de faux rapports, de faire ce qu'ils peuvent pour gagner leur vie une fois rendus à l'étranger. Que ce soit seulement une leçon pour ceux qui seraient portés à suivre leur exemple- Mais, dira-t-on, comment se fait-il que ces émigrés écrivent si souvent à leurs amis du Canada pour vanter leur position là-bas ? comment .«e fait-il que lorsqu'ils reviennent au pays pour voir leurs parents, ils paissent dépenser si largement leur argent ? — Mon Dieu, n'est-ce pas là un effet bien commun de la vanité humaine ? Nul n'aime à confesser qu'il s'est trompé ; nul n'aime à faire parade de sa misère- ^'il fallait juger nos compatriotes par
LES APPAEEXCES EXTÉRIEURES,
dans tous les pays du monde on pourrait croire qu'ils sont riches.
Mais a côté de ces lettres et de ces rapports, écrits sans réflexion sur les conséquences qu'ils peuvent avoir et dictés par les motifs que nous venons d'indiquer, qu'on lise les journaux français de la Nouvelle-Angleterre et les études des Canadiens les plus éminents de ces états. Il n'en est pas un, malgré l'intérêt qu'ils peuvent avoir de le faire, qui voudrait conseiller aux Canadiens de laisser leur pays. Qu'on réfléchisse sur les paroles suivantes, prononcées par le Dr. Gédéon Archambault, de Woousocket, R. I., lors du grand congrès national de 1884 ; il parle du Canadien qui revient au pays : —
•' Le Canadien est naturellement léger et vaniteux ; rendu au pays, il a voulu
FAIRE CROIRE À SES CONNAISSANCES QU'iL A DE l'ARGEN^,
et il s'est jeté dans de folles dépenses
Ce n'est pas lui-même qu'il accusera de légèreté, de dissipation, d'imprévoyance ; c'est son pays, messieurs, qu'il traitera d'arriéré, d'endormi, sans se rappeler que d'autres réussissent où il a \é été et qu'il ne dépendrait souvent que de sa conduite de se créer au uiilieu de vous une position respectable."
Et le Dr. Archambault est lui-même lui des Canadiens-Français qui sont cités comme des exemples du succès que l'ou j^eut remporter aux Etats- Unis. Ce n'est pas un désappointé dont les j.aroles sont dictées par l'amertume, il s'est conquis par son talent un siège dans la Législature de son Etat; il aime son pays d'adoption; mais il dit la vérité dans l'intérêt de ses compatriotes. Qu'on l'écoute encore parler de