‹ Les Canadiens-Fran{rcedil}cais de la Nouvelle-Angleterre [microform]Chapitre 12 sur 129 · LA PRESSE CANADIENNE ET LES SOCIÉTÉS DE SAINT-JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

LA PRESSE CANADIENNE ET LES SOCIÉTÉS DE SAINT-JEAN-BAPTISTE

Union et réhabilitation. — Ferdinand Gagnon. — Le Travailleur. — 1ère Convention nationale à jitontréal. — Le programme patriotique.— Les Sociétés Saint- Jean-Buptisle. — La presse canadienne-française anx Etats.

Au nombre des forces sociales qui ont aidé les Canadiens émigrés à se grouper et à former, en peu d'années^ un peuple distinct, avec un programme patriotique bien arrêté, il faut placer les Sociétés, do Saint- Jean- Baptiste, et le journalisme français.

Ils étaient déjà des milliers de travailleurs dispersés dans les villes et villages de la Nouvelle-Angleterre, et personne ne semblait faire attention à eux, personne nj au Canada, ni aux Etats, ne songeait à se demander si ces émigrés avaient quelques chances de faire souche dans leur nouvelle patrie. Bien plus, l'opinion généralement admise en Canada, était que, à bien peu d'exception près, tout ce qui passait aux Etats, serait perdu pour la nationalité et même pour la religion.

Il fallait donc, tout d'abord, unir ces groupes isolés qui se connaissaient à peine, puis démontrer aux Américains et aux Canadiens du Canada que les émigrés n'étaient pas un ramassis de vagabonds chassés de leur

Y^^àL.êcLfftân^

pays pax l'inconduite ou Timprévoyance, mais bien un peuple énergique et religieux, décidé à se faire une place au soleil et à réclamer de ses anciens comme de ses nouveaux compatriotes, la part d'estime à laquelle il avait droit.

Pour cette campagne d'union et do réhabilitation, la Providence donna aux Canadiens Thommc dont ils avaient besoin. Cet homme fut Ferdinand Cîagnon.

Chrétien fervent et éclairé, ardent patriote, orateur plein de fougue et de bonne humeur, écrivain puissant, logique, doué d'une riche imagination mise au service d'une belle intelligence et d'un bon cœur, Ferdinand Gagnon commença son œuvre avec un entrain et un courage que rien ne devait dompti'r.

Son plan était largement con^'U.

Créer aux Etats-Unis une presse canadienne-française qui ranimerait le patriotisme des émigrés, et servirait d'organe à leurs réclamations légitimes, organiser partout des sociétés de Saint-Jean- Baptiste qui grouperaient les Canadiens dispersés et leur donneraient de la consistance ; réunir dans des assemblées nationales, les hommes de tête et d'action pour leur faire adopter un programme commun et aviser ensemble aux moyens de le mettre à exécution : telles étaient les grandes lignes de l'entreprise Il fallait, à coup gûr, une intelligence peu com-

50 LEB CANAD1ENS*KHANÇAI«

mune pour concevoir un pareil projet, et une intrépidité de cœur que rien ne saurait abattre, pour en assurer le succès.

Ferdinand Gagnon se mit à l'œuvre et fonda le Trava/illeur.

En 1874, la Société Saint- Jean -Baptiste de Montréal invita les sociétés sœurs des Etats de YEat, à venir célébrer avec elle la fête de leur patron commun. Ce fut un immense succès. Des milliers de Canadiens émigrés répondirent à cette invitation, et par un magnifique jour du mois de juin, ces hommes revêtus des riches insignes de leur société, parcoururent en procession les principales mes de Montréal. Tout le monde admira la bonne tenue de ces émigrés, Tair d'aisance et de confort qui brillait en leur personne.

Le soir, les sociétés se réunissaient en grande convention nationale dans la salle académique du Collège Ste Marie. Les orateurs américains firent très remarqués, entre autres Ferd. Gagnon, Ferd. Houde et le Major Mallet. Ils firent connaître la situation de leurs compatriotes dans la Nouvelle - Angleterre, leurs forces actuelles, leur« chances de stabilité pour Tavenir. Ce fut toute une révélation. Elle mit fin à bien des préjugés sans fondement et gagna à la cause des émigrés des sympathies précieuses et durables.

En 1880, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec invitait, elle aussi, les émigrés à venir fraterniser avec leurs anciens compatriotes.

L'on se rappelle encore l'éclat de cette grande démonstration : Messe solennelle sur les plaines d'Âbrahain,

DE LA NOÛVEIiLE-AKOLETERBE 51

magnifique procession avec chars allégoriques, et surtout congrès solennel à l'Université Laval où l'on discuta les grandes questions religieuses et sociales qui intéressaient le Canada, comme aussi la situation des Canadiens aux EtatS; et les moyens à prendre pour sauver leur nationalité.

Là encore, Ferdinand Gagnon, se fit l'avocat éloquent de la cause des Canadiens émigrés.

Il exposa leur situation matérielle et religieuse avec impartialité ; il fît connaître leurs efforts pour cowserver la religion et la langue ; il plaida la cause des émigrés près de la presse canadienne pour en obtenir des appréciations à la fois plus sympathiques et plus justes, près des hommes publics, pour les intéresser à cette fraction déjà si importante de la nationalité canadienne, près de FEpiscopat pour le supplier de seconder la bonne volonté de ces émigrés, en leur envoyant de plus en plus des, prêtres canadiens français.

Enfin il terminait par ces éloquentes paroles :

" Canadiens des deux pays, formons une alliance " patriotique, durable, invincible. Forts des bénédictions " du vicaire de Jésus-Christ, forts de la foi qui sauve, " de l'espérance qui fortifie, de la charité qui unit, " rallions nous ; sachons nous apprécier, nous entr'aider, •' nous protéger." (Congrès de 1880, page 130.)

52 LEK CANADIENS-FRANÇAIS -

Quehiues années plus tard, en KS86, épuisé par le travail et une maladie cruelle, supportée avec une patience héroïque, Ferd. Gagnon, mourait à l'âge de 30 ans, mais son œuvre était assurée.

Le journalisme canadien était fondé.

Le Trnvdilli'ur, dirigé aujourd'hui par M. E-Tardivel continue avec habileté et talent, l'œuvre de Ferdinand Gagnon. D'autres écrivains ont suivi là même carrière. L on sera sans doute surpris d'apprendre que les Canadiens ont, dans les Etats de l'Est seulement, 12 journaux hebdomadaires on bi -hebdomadaires.

Cette presse rédigée, en général, dans un esprit très catholique, entretient parmi les émigrés les sentiment*^ patriotiques et l'usage de la langue française.

Los sociétés Saint - Jean - Riptiste allaient se multiplier de plus en plus, et toutes, adoptaient avec enthousiasme, le programme patriotii^ue formulé par la grande convention de 1874, au Collège Ste Marie de Montréal.

" Notre Religion, Notre Langue et nos Mceurs."

Ces sociétés comptent aujourd'hui 210 centres avec 30,840 membres dans la Nouvelle- Angleterre seulement.

DE LA NOUVEI-LE-ANOljEÏEIlttE

Elles ont rendu, à mon avis, des services précieux à la cause canacKenne aux Etats-Unis. Giuce à elles, les Canadiens se sont connus et rapprochés. Ils sont ainiji devenus plus forts pour résister aux influences adverses qui les menaçaient de toutes parts. Dirigés par des hommes énergiques, éfc presque toujoui-s en communion d'idées avec leurs prêtres, elles ont aidé efficacement à la fondation des couvents et des écoles paroissiales, comme aussi à leur soutien. Dans bon nombre de localités, la Société de Saint- Jean -Baptiste a servi de base première à la fondation de la pai-oisse canadienne. Elle faisait le recensement des (Canadiens, puis envoyait ses citoyens les pl^s influents plaider près de l'Eveque la cause de la paroisse séparée.

Il y a eu des misères, je le sais. Quelle société humaine tu est exempte ? Certains centres se sont montrés hostiles aux prêtres, leurs chefs naturels, d'autres ont parfois cherché à favoriser leurs intérêts matériels, par des îiKiyens peu favorables à la moralité, et se sont vu justement baiTor le chemin. Mais en somme, les sociétés Suint-Jean- Baptiste ont été et sont encore des auxiliaires précieux pour le prêtre, elles peuvent aider puissamment à garder au sein des familles la religion et l'usage de la langue française.

Si ces sociétés voulaient avoir leur pleine efficacité pinir le bien général de la cause canadienne aux Etats- Tuis, je me permettrais de leur faire les suggestions suivantes,

1 A la prochaine convention générale des Canadiens que l'on propose de mettre en tête des constitutions iliverses de la société quutlques articles communs où

fi

CAKADOU» FRANÇAIS

Page 1