ST. JOSEPH, SPRINGFIELD, MASS
SPRINGFIELD, Pop. 44,164
PAROISSE ST-JOSEPH
Curé t^fidateur Rév. Ls Gagnier (Î87S' . . . .)
Nous retrouvons à Spriutield, le vaillant missionnaire qui, depuis 22 ans, n'a cessé de se dévouer corps et &tne au bien spirituel de ses compatriotes émigrés.
Nombre de paroisses du diocèse de Springfield doivent leur fondation au Rév. Ls Gagnier. Bien plus, il est peu de centres canadiens du Connecticut et du Rhode Island qui n'aient entendu la parole pathétique de ce prêtre zélé.
M. Gagnier a donc droit, en toute justice, au titre glorieux d'apôtre des Canadiens - français dans les diocèses de la Nouvelle- Angleterre.
En 1869, répondant au touchant appel de Mgr de Burlington, il obtint de Mgr Bourget, évêque de Mont-
réal, la permission de se dévouer au salué de ses compatriotes émigrés. Il fut mis par Mgr de Goësbriand à la tête de la bande de missionnaires qui devaient évangéliser le Vennont.
Durant cette première année, le P. Gagnier bâtit trois églises pour les Canadiens : Tune à E^t Butland, l'autre à West Rutland et la Sème à Fairhaven.
Cette maison de missionnaires ne réussit pas, nous l'avons vu. ^ L'année suivante, les membres se dispersèrent et le P. Gagnier s'en allait travailler dans le diocèse de Springfield.
Mais cet insuccès apparent ne fit que donner plus de largeur à Tœuvre générale qu'on avait en vue. Mgr de Goësbriand voulait réunir les Canadiens, et partout où la chose serait possible, leur bâtir une église et laisser un des missionnaires comme curé desservant. Le P. Gagnier adopta ce plan et, à lui seul, il entreprit de le réaliser pour les nombreux Canadiens du diocèse de Springfield.
*** Parcourant ces centres dispersés, réunissant les catholiques dans les salles publiques, dans les maisons, dans les granges au besoin, il prêchait, catéchisait et partout réveillait 'la foi endormie au fond des cœurs. Puis communiquant aux autres l'enthousiasme qui l'animait lui-même, il décidait ces hommes à se former au plus vite en paroisse distincte.
L'élan était donné, le missionnaire se faisait à la fois architecte et bâtisseur d'églises.
l Voir page 177.
UKXÎÈSE DE SPRINGFIKLI) 278
Qu'on juge de Tétendue de ses travaux par les paroisses qu'il fonda ou organisa, de 1869 à 1875.
1869— Église du S.-C. de Jésus, bâtie à East Rutland. 1869— Église du Saint Cœur de Marie. à W. Rutland. 1869 — Église de St Louis à Fairhaven.
1870-71 — Établissement de la paroisse St Patrice à
E. Douglass.
1871-72— Église du Mont-Carmel bâtie à Ware. 1871-72— Église St Louis bâtie à Gilbertville. 1872— Église bâtie à East Warren.
1872— Église bâtie à W. Warren.
1873— Église St Joseph bâtie à Springfield. 1873 — Église St Louis bâtie à Indian Orchard. 1874 — Église St Guillaume bâtie à Mittineague.
L'église construite et la paroisse formée, M. Gaguier y faisait placer un des jeunes prêtres qui commençaient alors à venir en nombre du Canada. Pour lui, il s'en allait ailleurs reprendre bravement sa rude tâche de pionnier de l'Évangile.
Une constitution robuste, secondant à merveille un zèle infatigable, lui permit de supporter, sans trop de peine, des travaux qui eussent mis à terre, en peu de temps, des ouvriers moins vigoureux.
En 1873, M. Gaguier jetait les fondements de St Joseph de Springfield, la plus grande comme aussi la plus belle de toutes les nombreuses églises qu'il a bâties . Depuis lors, il en est resté curé.
Le Rév. M. Gagnier arrive à la soixantaine. Ce serait le temps pour lui de jouir d'un repos si bien mérité. Et cependant, sa position de curé de Springfield lui cause parfois des inquiétudes assez vives. Il y a sur cette église St-Joseph une dette relativement considérable, et quand l'époque des échéances approche, le bon P. Gagnier se demande avec anxiété où il trouvera l'argent pour faire honneur à ses engagements.
C'est dans ces temps de crise qu'il lui arrive quelquefois de faire entendre des plaintes et de pousser quelques gémissements ; mais son ingéniosité, secondée par le concours de personnes qui lui sont sincèrement dévouées, lui fait toujours heureusement doubler le Caf des tournuntes, et la sérénité revient à bord.
M. Gagnier a certainement accompli une grande œuvre pour les Canadiens émigi-és.
Pendant un apostolat de plus de 20 années, il a contribué plus que tout autre, à leur avoir des églises distinctes et des prêtres canadiens. Aujourd'hui il a la consolation de voir l'arbre qu'il pla&tft L& premier et qu'il arrosa de ses sueurs, enfoncer solidemeifet ses racines dans le sol, et pousser chaque année de nouveHea branches vigoureuses. Désormais il n'a plus rien à craindre des coups de vent ni des orages.
J'ai parfois entendu faire une remarque qui à mon avis, manque complètement de justesse.
" Il bâtissait des églises, c'est vrai, mais il laissait ensuite à d'autres le soin de les organiser " C'était pré-
cisément là ce qu'il fallait faire. Si M. Gagnier eût agi autrement et se fut installé dans la première paroisse qu'il fonda, il eût tout simplement manqué sa mission. En suivant le plan que Mgr de Goësbriand avait conçu, il a multiplié partout les paroisses canadiennes, et toutes ces paroisses commencées par M. Gagnier, puis confiées à d'autres prêtres sont aujourd'hui dans un état florissant.
En voyant le développement magnifique que l'œuvre des Canadiens a prise dans le diocèse de Springfield et dans les autres diocèses de la Nouvelle- Angleterre, il n'y a plus qu'une voix pour rendre hommage au vieux missionnaire qui, durant de longues années, en fut le promoteur infatigable.
Tous aussi aiment les belles qualités de cœur du bon curé de St Joseph, sa charité pour ses confrères, ainsi que la bonhomie patriarcale avec laquelle il les accueille dans son humble presbytère de Springfield.