SITUATION RELIGIEUSE DES ÉMIGRÉS
Cri d'alurme de Mgr de Burlington. — Canadiens et Américains catholiques — Pourquoi les émigrés ne vont-ils pas aux églises américaines ? — La fameuse théorie de l’américanisation obligatoire. -- Ses avantages et ses dangers. — Ii nous faut des prêtres catholiques ! ”
Pour comprendre la situation religieuse des Canadiens émigrés aux États-Unis, il faut reprendre les choses d’un peu plus haut et voir les causes qui ont amené la création des paroisses séparées et des couvents français.
Il n’y a guère qu'une vingtaine d'années que les Canadiens ont commencé à avoir des églises à eux. Depuis longtemps, les Irlandais catholiques, établis dans les centres manufacturiers de la Nouvelle - Angleterre, avaient formé partout des paroisses catholiques. Ils étaient donc en possession.
Quand les Canadiens arrivèrent en masse aux États, la différence de langue, de caractère, de traditions religieuses, leur fit une situation pénible et pleine de danger. Ils se trouvèrent réellement comme des brebis sans pasteurs, errant à l'aventure, exposés à toutes les séductions de l'erreur et de la corruption protestante.
LES CANADIENN-FRANCAIS
Mais, dira-t-on, puisqu'il y avait partout des paroisses catholiques, pourquoi ne se rallièrent-ils pas à ces centres déjà organisés ?
Le pieux et zélé évêque de Burlington, Mgr de Goesbriand, qui a tant contribué à l’évangélisation des Canadiens émigrés, va répondre à cette question. Voici ce qu'il publiait dans le Protecteur canadien, en mai 1869 :
... Si l’on ne vole au secours de ces émigrés, même à l’ombre de la croix, ils vont perdre la foi et déshonorer leur nation.
En voici la raison.
L'église catholique a été construite, il y a déjà plusieurs années ; les Canadiens n’ont pas contribué à cette construction, ils ne s’y trouvaient pas alors. De plus, cette église est souvent trop petite pour ceux qui l’ont construite. Le prêtre qui la dessert ne peut pas parler leur langue, et quand même il le pourrait, on ne saurait attendre qu’il incommode ses anciens paroissiens pour les nou veaux venus, qui ne les ont pas aidés... Les émigrés canadiens ne trouvent pas de bancs à louer ; on se fatigue à rester debout à la porte de l’église ..
Les Canadiens ont besoin de missionnaires de leur nation. Ils ont besoin d’églises séparées. Dieu, dans sa Providence, veut que les nations soient évangélisées, au moins généralement, par des apôtres qui parlent leur langue, qui connaissent leurs habitudes et leurs dispositions.
Impossible de mieux dire les épreuves auxquelles les Canadiens sont soumis dans les paroisses mixtes, c'està-dire celles où Canadiens et Irlandais assistent aux offices religieux dans la même église.
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Toutefois, il me paraît utile d'exposer ici ce que le saint évêque ne pouvait qu'indiquer somnairement, Je le ferai avec la même franchise et, je l'espère, la même charité, Je parlerai done d’abord de la situation reiigieuse des Canadiens avant la venue des prêtres du Canada. de la théorie de l'œméricanisation et de ses résultats ; je dirai ensuite l’état religieux actuel des paroisses canadiennes dans la Nouvelle - Angleterre. Enfin nous verrons ce qu'il est permis de pronostiquer sur l'avenir des Canadiens-Français aux États-Unis,
Inutile de vouloir le dissimuler, entre Canadiens- Français émigrés et catholiques anéricains, il n’y a eu jusqu'ici que peu ou point de sympathie.
Sans doute, la différence de nationalité explique pour une bonne part ce fait regrettable : mais ne faudrait-il pas en chercher aussi la cause dans l'heureuse concurrence que le travail canadien ne cesse de faire au travail américain dans nombre de centrés de la Nouvelle-Angleterre ? La poussée pacifique arrivant du Canada, de plus en plus puissante, force les anciens occupants à se replier lentement sur les grandes villes ou à émigrer à l'Ouest. Or, quelle que soit la charité d’un homme, il éprouvera toujours un peu d'humeur à s'entendre dire, même avec politesse : “ Ote-toi de là, que je m'y mette.”
Ce grief venant s'ajouter aux différences de langue, de mœurs, d'habitudes paroissiales, il est aisé de com-