‹ Les canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre [microforme]Chapitre 26 sur 190 · Ÿ. RE · texte numérisé non relu

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“nation. En retour, la constitution du pays me-promet “ protection et me donne droit de délibération, de cen- “sure et d'approbation. Elle m'ouvre ies portes de la ‘“ représentation nationale, communale ou municipale.”

“Il ne s'est passé rien de plus entre ma conscience et “ mon serment d’allégeance.”

. Soyons loyaux ! Respectons le drapeau qui nous “ protège, aïlnons le, défendons le ! Soyons loyaux, mais “en même temps, restons Canadiens-Francçais. Conser- “ vons précieusement notre langue et notre foi, c’est-à- “dire respectons le signe que la Religion a mis sur “ notre front et celui que la Patrie a mis sur nos lèvres.

“ Loyaux, oui, Français, toujours !” (Ferdinand Gagnon œuvres page 136-126).

D'ailleurs, de quel droit demanderiez-vous à ces fils de la vieille France, de l’Irlande, ou de l’Allemagne, de renoncer aux souvenirs les plus chers de la vieille mèrepatrie, d'abandonner au plus tôt les mœurs et traditions de leurs ancêtres pour prendre les mœurs et les usages d’Américains, anglais d’origine qui, par hasard, furent les premiers à s'établir dans ces immenses régions encore inoccupées ?

La civilisation anglo-saxonne est-elle donc supérieure à la civilisation latine et chrétienne ?

Les mœurs de ces hommes sont-elles plus pures, leurs idées plus élevées, leurs habitudes sociales et domesti-

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ques plus religieuses que celles des vieilles races catholiques, façonnées durant tant de siècles, par les mains divines de l'Eglise ?

Laissez donc ces peuples divers garder aussi longtemps que possible, les traits caractéristiques qu'ils ont reçus de lenrs ancêtres. Au lieu de chercher à les jeter au plus vite, dans un moule uniforme, aidez-les plutôt à conserver leur phÿsionomie sociale, et les énergies particulières qu’ils ont apportées de la terre natale, et du même coup, vous auginenterez aussi les éléments de vitalité et de progrès de ce qu'on nomme le peuple américain. |

Loin d’être un obstacle a ce progrès national, la variété de races, et d’aptitudes lui fournira au contraire des avantages considérables. L'uniformité ralentit l'élan et le tue, tandis que la diversité des races provoque l'émulation et stimule l’esprit d'entreprise.

L’Angleterre, l'Allemagne, la France n'ont-elles pas leurs peuples d'origine différente, unis sous le même drapeau, mais gardant soigneusement les traits caractéristiques de leur nationalité primitive ? Ces nations se sont-elles jamais plaint que cette variété de types fut pour elles un obstacle au progrès matériel pendant la paix, ou une cause de faiblesse pour leurs armées en temps de guerre ?

Encore une fois laissez donc la Providence arranger selon ses vues, les races diverses qui sont venues se juxta-poser aux Etats-Unis et cessez de vouloir, à tout prix, établir une uniformité de mort, là où elle semble vouloir mettre la variété et la vie.

Des écrivains politiques, des publicites anxieux, semble-t-il, de se faire pardonner par les Américains la malchance d'être nés fils de l'héroïque Irlande ou de la studieuse Allemagne sont parfois les plus ardents promoteurs de cette américanisation à outrance. En toute occasion, à propos et hors de propos, ils professent pour leur patrie nouvelle un enthousiasme sans réserve qui n’est après tout, qu'une abdication sans dignité des gloires de leur ancienne mère-patrie.

Un jour, l'Amérique formera sans doute un grand peuple, elle en a tous les éléments comme aussi toutes les ambitions ; mais, pour le moment, ce n’est encore an’une vaste agglomération d'hommes, avec un commencement d'histoire et de traditions nationales, de vie artistique et intellectuelle, rien de plus. La satisfaction et l'espérance sont de mise aujourd’hui, mais l’enthousiasme doit être réservé pour demain ? “ Laissez grandir ce robuste jeune homme. dirai-je avec le Comte de Maistre ; qu'il gagne ses éperons, avant d'exiger des salutations si profondes, et des admirations si retentissantes.

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Disons-le à la gloire des Canadiens émigrés ; il ne s'est pas encore trouvé parmi eux un seul homme de marque qui ait oublié les gloires de son ancienne mèrepatrie pour offrir cet encens intempestif à sa nouvelle patrie d'adoption.

D'ailleurs, malgré le lyrisme de certains émigrés américanisés, la vieille voix du patriotisme continue de se faire entendre, et plus haute et plus forte au cœur de ces Allemands, de ces Irlandais établis sur une terre étrangère. [ls aiment encore le pays natal, ils gardent précieusement le souvenir et la gloire des ancêtres.

St Patrice ne peut certainement pas se plaindre que ses enfants d'Amérique le négligent et l’oublient. Processions annuelles, discours patriotiques où l’on redit avec orgueil les gloires de l’Irlande, sociétés nombreuses, en sympathie ardente avec la mère-patrie, l’aidant dans ses luttes pour la liberté, saluant d'avance le jour de son triomphe, qu'est-ce donc que tout cela ? sinon la voix de l'Irlande parlant au cœur de ses fils émigrés en Ainérique, au Canada, en Australie, partout où le malheur les a jetés, et proclamant bien haut l'unité de race et l'harmonie des cœurs dans les mêmes aspirations patriotiques.

Qui donc aux Etats-Unis a jamais songé à murmurer contre ces manifestations d'un peuple qui se souvient de son passé ? Qui accusa jamais l’Irlandais-américain de déloyauté politique, par ce qu’il garde la mémoire de ses pères qui dorment dans les cimétières de la verte Erin, et de ses frères qui luttent pour conqnérir l’indépendance de la patrie ?

Il y a nn an, le maire de New-York, un anglais d'origine, refusait de laisser hisser sur l'Hôtel-de-ville le drapeau irlandais, le jour de la St-Patrice. L'année suivante, les Irlandais irrités de cet outrage, culbutèrént le maire Hewit, pour élire à sa place un irlandais-américain, M. Grant, et cette année le jour de St- Patrice, le drapeau de l'Irlande flottait . fièrement sur l'Hôtel-de-ville de New-York, à côté du drapeau étoilé

‘des Etats-Unis.

Laissez donc les Canadiens émigrés garder, eux aussi, un souvenir vivant de la patrie de leurs pères, tout en aimant avec loyauté leur patrie nouvelle.

Ts ont le cœur assez large pour ces deux amours.

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