HISTORIQUE DES NOMS EN GENERAL
Le nom remonte à la création du monde. A mesure que la population s'est accrue, que les familles se sont multipliées, il a fallu, pour se reconnaître, avoir recours à des combinaisons variées, d'où sont sortis le surnom, le prénom et souvent le sobriquet. De tout temps, ces noms furent significatifs, puisqu'on a dû les puiser dans la langue parlée. Comment a-t-il pu arriver que plusieurs d'entre eux défient toute explication, toute étymologie et même la véritable racine? C'est là un des secrets de notre langue, lors de sa formation. Si nous ne pouvons parvenir à le pénétrer, nos ancêtres ne doivent pas en être tenus responsables, car on ne peut supposer qu'ils aient cédé à la fantaisie ou au caprice, quand ils ont créé cette série de noms de communes, de villes, de familles, qui sont devenus légion.
L'historique des noms de famille varie quelque peu, si onl'étudié chez les différents peuples de l'Univers. Chez les Hébreux, les noms étaient personnels, et ne se transmettaient que de père en fils. A leur naissance, les enfants recevaient un nom qui n'était en général que l'expression d'une qualité du corps ou de l'esprit, ou d'un vœu. Ainsi Caïn veut dire possédé; Cham, chaleureux; Isaac, blanc; Noé, libérateur; Esaii, actif; Salomon, ami de la paix. Pour distinguer les. familles l'on y faisait suivre le nom du père de celui du fils, et l'on disait Isaac, fils d'Abraham, David, fils d'Isaïe.
Après la dispersion des tribus, l'on abandonna la vieille coutume de donner aux enfants le nom de leur père. Voilà pourquoi l'on ne doit pas être surpris de constater dans l'Evangile que Zacharie, ayant voulu donner son nom à l'enfant qui venait de lui arriver, on s'y opposa et cet enfant fut nommé Jean. Souvent les Juifs multiplièrent jusqu'à trois, le nombre de leurs noms.
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Chez les Grecs anciens, le nom du père ne se retrouve point chez le fils. Tous les noms y sont significatifs, et souvent ils sont au nombre de trois. Ils se transmettaient de l'aïeul paternel au petit-fils aîné et de l'oncle au neveu. Pour ne pas confondre les individus, on leur attribuait souvent des sobriquets ou faux noms. Des exemples frappants se retracent parmi les successeurs d'Alexandre le Grand. Les Antiochus, les Ptolémée, les Démétrius sont des noms bien connus dans l'histoire. Nous les connaîtrions moins bien s'ils ne portaient les surnoms qui leur sont restés. Démétrius Soter (sauveur), Démétrius Nicator (vainqueur), Ptolémée Philadelphe (ami de ses frères), Ptolémée Philopator (ami de son père), Antiochus Epiphanes (illustre).
Chez les Romains, on avait des noms, des prénoms et des surnoms. Cependant à l'origine ils ne portaient qu'un seul nom: Romulus, Remus. Puis ils en prirent deux: Numa Pompilius, Servius Tullius. Ce ne fut qu'après la chute de la royauté, que l'on adopta à Rome l'usage de trois noms. Le premier était ordinairement marqué en abrégé par des initiales : A. pour Aulus, C. pour Caius, Sex. pour Sextus. En second lieu venait le nom proprement dit, qui finissait en lus : Cornélius, Fabius, Tullius. Le surnom se plaçait en troisième lieu et indiquait la famille dont on faisait partie: Cicero, César. Quelquefois un second surnom servait à rappeler un fait remarquable, un événement heureux, ou une marque de l'esprit. Un exemple bien frappant sous ce rapport est celui de Scipion l'Africain qui s'appelait Publius Cornélius Scipio Africanus. Cornélius est le nom de la race, Scipion est le nom de la famille, et Africanus est le surnom destiné à perpétuer le souvenir de la ruine de Carthage. Des Romains illustres ont pris jusqu'à cinq noms: Scipion luimême aurait ajouté à ceux déjà cités, celui d'^milianus, parcequ'il devait le jour à ^milius Paulus.
Comme chez les Hébreux et chez les Grecs, les noms et surnoms des Romains étaient significatifs. Encore quelques exemples tirés de l'histoire romaine: Galba signifiait cour-
taud; Flavius, blondin; Publius, orphelin; Strabo, louche; Varus, jambes torses ; Ovidius, possesseur de troupeaux de moutons; Hortensius, amateur de jardins; Brutus, inculte; Nepos, prodigue; Cicero, pois chiche (Cicéron avait une petite verrue sur le nez) ; Scipio, bâton de vieillesse.
En France, les premiers Francs ne portaient qu'un seul nom, qui partageait du caractère tudesque et du Scandinave, comme les suivants : Berther, Dagberth, Berthbramm, Waldwin, Baldwin, dont on a fait Berthier, Dagobert, Bertrand, Gavivin et Baudin. Ce n'est qu'à partir du Xe siècle que les seigneurs commencèrent à écrire leur nom de famille, en le faisant suivre du nom de leur terre ou fief. On remarque qu'au Xle siècle les surnoms deviennent plus fréquents, et qu'on ajoute le nom du père à celui du fils : Hervé, fils de Josselin. C'est à la même époque que les cadets de famille commencent à suivre l'exemple des seigneurs, en ajoutant à leur nom celui de leur terre. Ce fut ensuite le tour de la petite noblesse et des propriétaires, qui eurent recours à un procédé similaire. C'est alors que l'on voit tous ces gens emprunter des noms aux éléments, aux règnes de la nature, aux localités, aux professions et métiers, aux habits, aux meubles, aux bonnes et aux mauvaises actions. Déjà, à cette époque du onzième siècle, l'on retrace les noms des Petit, des Têtu, des Leblanc, des Beaufils, des Desnoyers, des Delorme, des Delamarre, des Crèvecœur.
Le nom de baptême ne tarda guère à suivre. Cependant il serait téméraire d'affirmer qu'il y en eût beaucoup avant le douzième siècle. D'après Mezeray, les noms ne devinrent héréditaires que sous le règne de Philippe-Auguste. Citonsle : " Les noms héréditaires furent encore longtemps inconnus dans les campagnes, et les registres de l'état civil, véritables archives de nos familles, ne furent ouverts que dans le XVe siècle. En 1406, un synode prescrivit aux curés la tenue des registres de baptême, et plus tard, vers 1464, on leur enjoignit de constater les mariages et les décès à dater du mois d'août 1539, époque à laquelle la tenue des registres
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de l'état civil fut prescrite par l'ordonnance de Villers-Cottrets. Alors, mais alors seulement, les naissances, les mariages, et les décès devaient être enregistrés : chacun en naissant reçut le nom de son père, et porta ce nom tracé sur sa tombe. "
Pour éviter toute confusion, les Etats généraux de 1614 exigèrent que tous les gentilshommes signeraient dans les actes leurs noms de famille et non ceux de leurs seigneuries. En 1790, une loi ordonna aux Français d'abandonner les noms empruntés de possessions vraies ou fausses pour reprendre leurs noms de famille. ]\Iais cette loi ne put être mise en pratique, parce qu'elle était de nature à bouleverser toutes les transactions civiles.
Les premiers registres de l'état civil, dans la NouA^elle- France, en 1615, furent consumés au cours de l'incendie désastreux du 14 juin 1640, qui détruisit l'église paroissiale de Québec. Depuis lors, les registres ont été régulièrement conservés. On suivit le système préconisé en France à partir de 1539, et depuis 1640, rien n'a été changé, avec cette seule différence qu'à Québec, au lieu de tenir trois cahiers différents, naissances, mariages et sépultures, on n 'en emploie plus qu'un seul où naissances, mariages et sépultures sont consignés pêle-mêle, mais chronologiquement toujours.