ORIGINE DES NOMS DE FAMILLE
Le nom de famille, c'est nous-mêmes. Nous le reconnaissons partout où il se rencontre. Qu'il soit écrit ou prononcé, nous avons tôt fait de comprendre qu'il est question de nous, ou de nos amis, ou de toute personne connue. C'est donc une chose qui nous est chère, puisqu'elle est de nature à réveiller en nous des souvenirs souvent agréables, surtout lorsqu'il est question de sa propre famille. Ce nom, on tient à le conserver
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intact, et même à lui donner une importance qu'il a ou qu'il n'a pas, mais qu'il peut obtenir au moyen d 'œuvres ou d'actions célèbres.
Mais d'où viennent ces noms? Comment et par qui ont-ils été créés? Plusieurs, sans doute, interrogés sur ce sujet, pourraient nous répondre qu'ils savent très bien d'oiï viennent leurs ancêtres, et surtout dans quelle partie de la France ceux-ci demeuraient lorsqu'ils ont dit adieu à leur patrie pour venir s'établir au Canada. D'autres cependant ne pourraient en dire autant, faute d'être aussi bien renseignés. Dans les deux cas, il est assez loisible de croire que si les derniers sont complètement ignorants de leur origine, les premiers n'en sont guère plus instruits. Tous les deux ne sont pas allés à l'origine même de leur famille, et la science des uns, qui ne dépasse pas l'époque de l'arrivée au Canada de leurs ancêtres, ne vaut guère mieux que l'ignorance des autres.
Pourquoi cette anomalie ? me dira-t-on. La réponse est bien simple: c'est que les uns, les savants, n'ont pu aller audelà du Dictionnaire Généalogique de Mgr Tanguay ou d'une tradition qui ne remonte pas très très loin dans le passé. Mgr Tanguay dit bien que telle famille, émigrée de France, partait de tel endroit, mais il s'en tient là. L'auteur, du reste, ne pouvait être mieux renseigné que nos archives provinciales, et il devait se contenter des minces renseignements qu'elles lui apportaient. Un Tel vient se marier à la paroisse de N.-D. de Québec. Le curé lui demande son nom, ses prénoms et le nom de la localité où il séjournait en France, lorsqu'il en partit. Jusqu'à présent tout est parfait. Mais ce Tel qui arrive de Saint-Malo ou de La Rochelle, avait une famille, il avait eu un aïeul, un bisaïeul, un trisaïeul, etc., etc. Est-ce que cette famille avait toujours résidé à La Rochelle ou à Saint- Malo? C'est possible, mais le contraire l'est aussi, car il a dû se produire en France comme partout ailleurs des mouvements de population qui ont séparé les familles les unes des autres, à mesure qu'elles grandissaient, tout en leur conservant l'intégrité du nom.
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Le même fait s'est produit au Canada. Une famille, fraîchement ai^L-rivée de France, va s'installer dans une de nos paroisses. Là elle fait souche, puis elle voit ses membres se disperser de côté et d'autre, jusqu'à ce que finalement, presque toutes nos campagnes retentissent du nom de cette famille. Prenons pour exemple la famille des Gagnon, dont les trois chefs allèrent se fixer au Château-Richer. Que sont devenus tous les membres des cette famille aujourd'hui si populeuse? Regardez autour de vous, vous en trouverez dans tous les comtés de la Province de Québec. Quoi qu'il en soit, le Château-Richer est bien l'endroit d'où la famille Gagnon tire son origine au Canada. Il serait absolument absurde de vouloir lui en indiquer un autre.
En France le même phénomène a dû se produire, mais là il nous est loisible de remonter jusqu'au premier chef de famille, c'est-à-dire, assez haut dans le cours des âges, au douzième, au onzième siècle et même au dixième. Inutile de se le dissimuler: pour obtenir l'origine siire de chacune de nos familles importées de France, il nous faut mettre de côté l'époque des premières colonisations du Canada. Les registres de nos paroisses les plus anciennes établissent que nos ancêtres sont venus de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, de Bayonne ou de Bordeaux, mais, en supposant même le cas que ces personnes, chefs de famille ou non, fussent fixés à l'époque de leur départ de France dans les lieux inscrits aux registres, suit-il de là que leurs ancêtres aient toujours demeuré dans ces mêmes endroits? Vouloir donc retracer les origines de nos familles canadiennes françaises par le procédé généralement suivi jusqu'à présent, c'est s'exposer à un grave mécompte. Je n'irai pas cependant jusqu'à dire qu'il est défectueux dans tous les cas qui se présentent. Nous avons des familles dont les origines se trouvent réparties dans des localités françaises qui se chiffrent par deux, quatre, cinq et même davantage, et dont le nom est partout indiqué. Alors le Dictionnaire Généalogique pourrait être utilisé avec quelque avantage, et on pourrait s'en rapporter à ce qu'il dit.
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Impossible de pouvoir discerner entre toutes ces communes portant le même nom, laquelle doit être préférée.
M. Suite a publié en 1910, dans les Mémoires de la Société Royale, une étude sur les Bretons venus au Canada de 1639 à 1779, c'est-à-dire durant tout le régime français et un peu au-delà. D'après lui, il en serait venu 392 qui, à peu d'exceptions près, se sont mariés ici. Son travail est basé sur le Dictionnaire de Mgr Tanguay, souvent incomplet quant aux origines des nouveaux venus. M. Suite ne manque pas de signaler cette lacune, et il n'est pas loin de croire que si elle était comblée, au lieu de 392 Bretons, nous en aurions eu
M. Suite a dressé une liste de ces émigrants, année par année, venus de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, de Saint-Pol-de-Léon, de Quimper, de Vannes, de Rennes et de Cornouailles. Je n'ai pas pris la peine de faire le relevé de chaque nom, me contentant de signaler les gens de Saint- Malo, de Nantes, de Dol et de Rennes. D'après ses statistiques, Saint-Malo aurait fourni au Canada environ quinze personnes. Rennes, 15, Nantes, 17 et Dol, 25. Ce qui forme un total de 72 émigrés pour ces villes de la Bretagne. Or, d'après mon système, qui s'écarte absolument de celui de M. Suite, je ne puis retracer que 16 Bretons. Les autres sont gens venus de Normandie, du Dauphiné, de la Guyenne, du Berry, de Bourgogne, de Saintonge, de la Haute-Savoie, de la Bresse, de la Gascogne, du Poitou, de la Champagne. Pour être plus explicite, je vais donner les lieux d'origine des prétendus Bretons venus de Dol. Je n'en retrace que quatre, au lieu de vingt-cinq. Ce sont Pomeret, Carré, Pierre et Jean Renaud. Maillet et Etienne sont de Picardie; Launay et Berthelot sont de Normandie ; Hameury et Biais sont de la Saintonge ; Briant, Sénéchal, Adam et Flaux sont de la Bourgogne; Rondeau et Grenier sont de l'Auvergne; Faveron est de Gascogne; Durocher vient du Maine; Bêlé vient de Guienne, et Lavallée, de Lorraine.
Comment ai-je pu arriver à un pareil résultat? Ce n'est