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toujours pas en tenant compte des données que nous apporte le Dictionnaire Généalogique, données insuiïîsantes, parce qu'elles ne nous permettent pas de dépasser le XVIIe siècle. C'est bien plutôt en remontant jusqu'à la commune, d'où nos noms, tous nos noms sont tirés. Je n'avais pas d'autre moyen à ma disposition, et je m'en suis servi, comme bien d'autres du reste qui connaissent le lieu d'origine de leurs familles par le nom de la commune qui porte leur nom ou un nom à peu près identique. Quand il y a divergence, on peut arriver à une conclusion assez juste, en suivant certaines règles qne j 'ai dû suivre moi-même et que j 'exposerai bientôt.
Tous nos noms de famille sont d'importation européenne, de France surtout, mais aussi d'Espagne, de Belgique, d'Italie, de Suisse et d'Allemagne. Nous les avons écrits de tout temps, c'est-à-dire depuis trois siècles, de la même manière, tantôt bien, tantôt mal, mais toujours de façon à les rendre compréhensibles. Ces noms se tirent en général des noms de villes, communes, bourgs, hameaux, châtellenies, baronnies, comtés, vicomtes et seigneuries. C'est assez dire que le nom de lieux a précédé celui du nom de famille. La preuve se trouve dans le fait que les noms de lieux sont souvent incompréhensibles, tandis que les noms de famille le sont assez rarement, grâce à l'étymologie, qui dans les cas difficiles, devient un aide très précieux. Plus on remonte dans le lointain des âges, plus le mot, et cela se comprend, a des allures barbares. La langue française a subi bien des vicissitudes, pour se débarrasser de ses origines multiples. On sait qu'elle a été formée du gaulois ou celtique, du grec, du latin, du tudesque et du roman.
Le gaulois ou celte était la langue primitive des Gaulois, peuple inculte, qui ne connaissait ni écriture, ni littérature populaire. Après la conquête romaine, les Gaulois se virent forcés de parler le latin qui alors était la langue officielle de l'Eglise et de l'Etat. Mais le peuple ne voulut pas se soumettre à cette injonction et il continua de parler le celtique, qui finit par aller se perdre dans la Basse-Bretagne et en Ir-
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lande. C'est du celtique que viennent beaucoup de noms de communes de France. Il est resté quelques rapports entre lui et le français moderne. Ainsi certains radicaux sont communs aux deux langues, comme gog, dans goguette, dean (forêt) qui se trouve dans Ardennes, et ber, dans berceau. Il y a au moins cent mots français qu'on peut rattacher au celtique, comme amarre, bac, bec, botte, clan, dune, havre, etc.
Sous Charlemagne c'est la langue allemande qui est parlée en France, mais après lui la lutte se fait entre le latin et le français d'où est sortie une langue mi-latine mi-tudesque, appelée romane. C'est la langue des troubadours Le latin, toutefois, conserva plus d'empire que le celtique. C'est alors que les noms de famille commencent de se former, mais non sans subir par la suite de profondes altérations. On pourra se faire une idée des modifications qu'ils eurent à subir par l'exemple suivant. Trévoux dit que le mot Etienne a été écrit d'abord Stéphan (de Stephanus) Stevan, Estevan, Etevan, Etivan, Etian Etiane, Etiène et enfin Etienne.
L'on retrouve dans les auteurs du Xlle siècle des mots français qui sont en tous points semblables à certains de nos noms de famille. Ainsi le mot bestourné se trouve en toutes lettres dans le Roman du Renard et dans le Roman de la Rose. ; I
Pour parfaire une étymologie complète des noms qui tirent leur origine du celtique, il faudrait une connaissance assez approfondie de cette langue, et puis du bas-breton, de l'irlandais et de l'écossais, qui sont des rameaux détachés de la langue primitive. Or, comme je n'ai aucun dictionnaire celtique à ma disposition, j'ai dû me contenter de recueillir ça et là les étymologies requises. Et même avec un meilleur outillage, il m'eût encore été bien difficile d'obtenir beaucoup plus de données étymologiques, vu que les personnes qui ont créé les noms propres de communes, étaient peu lettrées, et ne s'occupaient guère des règles de la grammaire.
Beaucoup de noms se tirent de la basse latinité, c 'est-à-dire
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d'un latin populaire, parlé plutôt par le bas-peuple ou par le militaire. D'où il résulte qu'il est bien difficile pour un seul homme, quelque bonne volonté qu'il y apporte, de retracer dans chaque cas épineux une étymologie sûre, indiscutable.
Beaucoup de noms de communes sont donc absolument incompréhensibles. Ils défient même tout travail étymologique. Comment pourrait-on aujourd'hui comprendre des noms comme Thurageau, Pusignan, Marjevols, Puydarrieux? Cependant ces noms ont un air de famille assez français pour qu'on ne puisse pas les confondre avec d'autres tirés soit d'Espagne, soit d'Italie ou d'Allemagne. Etaient-ils français lors de la formation de ces communes? Je l'ignore. C'est à l'aide de ces noms que nos ancêtres ont désigné leur famille en essayant, et souvent avec succès, de les façonner de manière à les rendre mieux compréhensibles. C'est ainsi que ces vieux noms démodés, vieillis, et sortis probablement du langage usuel, ont été remplacés par d'autres à l'allure plus moderne. Et finalement, communes et famille se sont ressemblées au point de n'apporter plus que peu de différence. Mais avant que de parvenir à ce dernier résultat, les anciens noms de famille sortis des communes plus anciennes encore, nous ont été transmis avec leurs défectuosités apparentes et leur bizarrerie grammaticale, bien que les créateurs de ces noms aient dii faire un grand effort pour donner une tournure française à des noms qui semblent aujourd'hui ne l'avoir jamais eue. Cet effort cependant, je le repète, n'a pas été laissé au caprice. Il a fallu avoir recours à certains procédés, suivre des règles sinon absolues, du moins générales, et que nous allons sommairement exposer. [Ici l'auteur doit faire remarquer que dans ce travail, il ne marche sur les brisées de personne. Aucun livre, aucun manuel du genre ne lui est parvenu. Même ignore-t-il s'il en existe. Conséquemment 11 n'apporte que le faible résultat de ses études à travers ce dédale de noms plus ou moins baroques sortis du vieux français et des langues dont il est sorti luimême] .
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Etablissons tout d'abord que les noms de famille, d'une manière générale, ont été créés plutôt d'après la terminaison des noms de lieux dont on a voulu conserver la désinence. Ainsi les noms de communes qui finissent par an, en, ein, on, un, et, é, ey, i, y, o, au, aut, ot, aux, os, doivent retrouver dans les noms de famille qui leur correspondent une consonnance à peu près semblable, quels que soient les changements ou altérations que l'on ait pu faire au corps du mot. Ainsi Baillargeon tire son origine de Barjon, commune. Pourquoi a-t-on ajouté la syllabe lar? Parceque Barjon n'étant pas un mot français du temps, on a voulu le franciser en se servant du mot baillarge. Il ne restait plus qu'à former la désinence en lui conservant la syllabe geon ou jon.
C'est par un procédé identique que l'on a formé le mot Berlinguette. Ce nom vient de la commune de Berguette. Comme Berguette ne comporte aucun sens appréciable, on lui a incorporé la syllabe lin, et on a fait Berlinguette, qui comporte une signification.
Le nom de Galipeau a été créé de cette façon. On était en présence de la ville de Gap. Gapeau n'étant pas français, on y a ajouté la syllabe lip pour former Galipeau, mot français.
Les noms de communes qui finissent par a, as, at, ac, ont vu changer ces terminaisons en ard, art, or, ort. Ainsi Chénard, Rivard, Chouinard, Fafard et Rouillard, viennent respectivement de Chenas, de Rivas, de Chonas, d'Afa et de Rouillac.
Les noms de communes qui ont pour désinence les lettres i et y, ont dû voir transformer ces lettres en ier, comme Tessier de Tessy, Lussier, de Lussy, Saucier, de Saucy, Carrier, de Carri.
Les noms de communes terminés par e, es, ou par une consonne, prennent pour désinence au, aud, eau, os, ot. Rentrent dans cette catégorie un grand nombre de nos noms. Gauvreau, de Gavre, Boissinot, de Bessines, Minaud, de Mine, Boissonneau, de Busson, Chauveau, de Sauve, Drapeau, de Drap.
Plusieurs noms de commune qui se terminent par le mot
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ville, se sont vus enlever leur dernière syllabe pour mettre à sa place tout simplement la lettre t. Ainsi Audet vient d'Audeville, Blanchet, de Blancheville, Hébert, d'Héberville, Ouellet, d'Oëlleville, Rolet, de Rolleville.
Quelquefois, et toujours avec l'idée préconçue de fabriquer un nom de famille mieux intelligible, on a dû altérer la première lettre du nom de lieu. Cet usage fut assez fréquent, puisqu'on le rencontre dans beaucoup de nos noms. C'est ainsi qu'on a remplacé le c initial par un g, l'm par n, le ch par s, le p par b et vice-versa. Ainsi de Prondines on a fait Grondines, de Tranger on a fait Granger, de Trefïord on a fait Greffard, et combien d'autres ?
D'autrefois on a placé une lettre initiale au nom de lieu pour donner meilleure contenance au nom de famille. C'est ainsi qu'on a fait le nom de Faribault, qui vient d'Auribeau, Ratté, d'Athée, Pause, d'Auzée. Quelquefois même on a supprimé la première lettre; ainsi Auclair vient de Vauclerc.
Encore on a remplacé la syllabe initiale par une autre quelque peu dissemblable. De Bobital, on a fait Robitaille, de Glamondans on a fait Plamondon.
Mais toutes ces altérations de syllabes dans les noms de communes ne comportent pas une règle générale. Les exceptions sont très nombreuses; cependant elles ne nous empêchent pas de conclure qu'il y a une affinité indéniable, une parenté indissoluble entre les noms de communes et ceux de familles.
On serait peut-être tenté de croire que certains noms tirés d'une province tout entière, comme les Tourangeau, les Danjou, les Potvin, les Picard, viennent nécessairement de Touraine, de l'Anjou, du Poitou et de Picardie. Il n'en va pas toujours ainsi. Ainsi les Tourangeau viennent du Poitou, les Danjou, de la Franche-Comté, les Potvin, de Normandie, les Bretons du Bourbonnais, les Gascons, du Nivernais, etc. Les mots Tourangeau, Potvin, Saintonge, Picard, etc, ne sont en réalité que la forme française de la commune qui l'était moins. Ainsi Tourangeau vient de Thurageau, Danjou vient de Dampjoux, Breton vient de Brethon.