L'AMENDE
Maigre' ma prison, j'ai ma correspondant, mes surpnses et mes invitations ; mes relations s'augmentent et se multiplient ; elles s'e'tendent dans la magistrature surtout. Je connais tout le personnel du ministère public ; je s-uis à tu et à toi avec IM. Persil ; et si mon heureuse e'tùile me conduit toujours, attendu mon assiduité aux Cours d'assises et ma familiarité avec le Code } énal , je ne desespère pas d'être un jour garde des sceaux de France. Dieu vous garde, monsieur Gisquet ! Or donc, j'ai mes lettres, mes plis, mes dépêches; j'ai mes exprès, mes estafettes et mes courriers ; ma chambre de prison est un petit ministère, non pas des affaires étrangères , encore moins de lai Justice, mais un ministère de l'intérieur. Hier c'était le tour du receveur de l'enrcgistienient; a dix heures j'ouvre mon courrier, et sur une
pedte letlre honleiise, je lis l'invitation polie qui stiil :
« MOHSIEVR ,
i" Par arrêt de la Cour d'assises du g de ce mois, vous avez
« cte' condamne' à une amende de 5oo fr. a c.
a Décime pour franc 5o s
« Et aux fraiî de la procsdure, montant à. . i3 45
a Total. . . . 563 4^
« Que je voiis invite, continue l'honnête receveur, à payer « en mon bureau, dans la huitaine, poi'.r m' éviter le désa^réu ment de vous poursuivre judiciaircmejjt.
0 J'ai l'honueur de vous saluer,
« Le receveur des enregistremens .
« Signé INIassow , au Palais-de-Justice. »
Pauvre homme ! rassurez vous , je vous éviterai ce désagrément ; oui, certes , la somme e^t prêle; je la jetterai comme une f)roie à ce fisc dévorant ; j'acquitterai cet impôt extraordinaire cvc sur la penscc courageuse et indépendante ; il ira grossir le budget millionnaire qui de'jà nous accable ; vous y trouverez votre décime potu* franc, le salaire de vos avocats-gênciaiix , de vos huissiers , de vos juges, de vos recors et de votre papier timbre. Allez, votre victuue n'est pas ruine'e ; voyez-vovis combien de cœurs ont le'pondu aux persécutions du pouvoir! que de mains *ont venues reparer la brèche sous le feu de l'ennemi ! comme il y a sympathie, accord, union dans les rangs royalistes! Battez i\i;s. mains , horan3«s du trésor et du pouvoir, à l'aspect de l'o!" que vous exprimez de nos pensées ! La presse est votre contribuable! la presse, entre vos mains, est taillable et corvéable à merci! Les amendes , cette confiscation légale , est l'immense décime pour franc du budget de i6ao millions; c'est votre casuel , c'est votre escompte , votre appoint , financiers qui gouvernez la France; et vous l'expropriez, voi.s la jetez en prison, ci'tte presse, comme un débiteur insolvable! Mais, à son tour, elle se redresse, fière et insultante ; elle vous jelle l'or que vous demandez; elle vous condami>e à payer une amende de hontes et de bassesses; elle n'oublie pas le dixième ea plus, le décime pour franc; et, certes, jamais voui ne sei'CE insclvables ! !