SPÉCULATION
Voulez-vous tirer parti de vos promenades , exploiter vos loisirs , rendre votre oisiveté féconde? allez , rêveur et pensif comme une jeune fiancée, promener vos ennuis sur nos bruyans boulevards, sur nos places tumultueuîes, dans nos rues aux millo'quipages , où le pavé gémit et résonne , oîi les vitrages dca boue tiques dorées frémissent à ré.Tanlemenl des roues rapides, comme au bruit des tambours «'t deux b.îjillons ; là, attentif
et pr^x;cupé , marche*, marchea toujours, peu ez à l'ékiblisseineut de votre famille, au uiariage de vos euf'aus, aux successions inutlcnducs qui vous arrivent , au placement de vos fonds à l'étranger, à la location de vos boutiques ; que sais-je? Mais, allez , allez toujom's au milieu du fracas des voilures, des piaffemeiis des clievaiix , des cris de gare des cochers aux riches fourriues, toujours, toujours; car une fortune , uu avenir arrivent derrière vous peut-être à bride abattue ; avenir etincelant de harnais dores, et bondissant sous la cravache d'ebêne , aux crins echevelës el tout couvert d'e'cume; avenir porte' sur deux roues ailées, f|ui vole, vous poursuit , et va bientôt vous écraser de bonheur. Oh ! re'jouissea-vous , car alors que le tilbury vient à passer comme mie biche légère, que sa roue agite i'air sur votie visage comme un e'ventail de jeune fille, saisissez l'occasion qui passe rapide et entraînée ; pre'cipitez - vous à sa rencontre ; que son choc vous effleure , vous l'enverse, vous terrasse; heureux mortel ! votre fortune est faite , car sa secousse a produit ime chuie : sa chute serait bien maussade , bien mal apprise , si elle n'avait pas occasionne' quelques iontusions et diverses meurtrissures; car les fractures sont si avantageuses qu'elles sont rares , et il n'est pas donne' à tout le monde d'en e'piouver le bonheur! Or donc, dis- je , les meurtrissures amènent des visites de médecins et des empêchemens de sortie et de travail ; les visites de médecins et les empêchemens de travail , oh! suivez-moi bien, je vous prie, entraînent des plaintes en justice et des poursuites judiciaires contre l'homicide, qui deviendra votre iDienfaileur ; les plaintes , enfin , amènent les réparations , les dommages-inte'rêts , les indemnite's [-roportionnees au de'gàt ; et les indemnitcfs amènent la fortune et l'aisance , surtout lorsqu'il y a fracture ! Ah ! n'avais-je pas raison de vous dire que la spéculation e'tait bonne, que 1 homicide devenait bientôt votre bienfaiteur, et qu'tu. tilbury renfermait pour uu piéton habile une fortune et un avenir ; que c'était enfin un plaisir de roi?
De la prison de à la prison de , voilà aujourd'hui
comme s'écrivent les honnêtes gens. Du château de au
palais de , voilà comme s'écrivent les fripons et les traîtres. C'est une débauche de condition , un carnaval d'ordre social , une saturnale politique qui feraient rire aux éclats , si la scène se passait thez Séraphin , mais qui révolte au sein de ia société. Appelez -mol voleur plutôt qu'honnête homme, car à coup sûr vous me feriez arrêter. Le bon M. Ressner n'a-t-il pas trouvé des apologistes et un sauf-conduit? La femme pi'évenue de crime n'a -t- elle pas figuré dans les soirées de la cour ? ne s'est-elie pas esquivée en tem{)s opportun avec le lai&sez-passer de son hôte ? Voilà le siècle ' Ah \ appelez moi faussaire, bau-
qucroulicr, rt'gicide ou Egalitc, tout ce qu'il voiis plaipa , mais ne m'appelez pas honnête homme !
Conscie.'- e àpart, ne serais-je pas plus heureux d'avoir iisurne quelque glande chose , vole des millions, enlevé des m('dail!es, ou suicidé un homme, que d'avoir fait un malheureux cancan? Ne ni'eiit-il pas ete plus avantageux de pervertir ia jeunesse par des gravures obbcènes, ou des blasphèmes contre la morale et la leligion , que d'avoir composé une e'pigramme applicable à Louis-Philippe? Donnez-moi voire avis là-<lessus, M, Persil !
BIGARRURES
Je connais quelqu'un que la peur galope à chaque pas.
^^ M. Bcrtliier est accuse d'avoir entravé la marche du gouvernement.
^*^ Pour justifier M. Berthier, il suffit d'annoncer que le cocher de son cabriolet s'appelait Monfort.
j^,^ On prétend qu'il y a dans Paris des gens qui font spéculation de se jeter devant les cabriolets pour obtenir des dommasres-intcrêts.
^^ Souvent celui qui s'effraie d'un cheval , n'a peur (jue de son ombre.
^*^ Grâce à l'arrêt de la Cour, il ne reste plus à la baronne de F. qu'à pendre la crémaillère à Saint-Ltu.
^ ^ Ln baronne n'a pas fait de quarantaine en Angleterre, attendu qu'il n'y a pas de cordon sanitaire pour elle.
^% D;ins Henri , l'/Zest aspirée ; aussi , tout le monde l'aspire.
^% iM. Berthier assure qu'il y a toujours eu une dislance énorme entre lui et le roi-citoyen.
j^^ Ce n'est pas précisément les cabi'iolets qu'on doit craindre, c'est la cabriole.
j^j^ Les deux garçons limonadiers arrêtés aux Tuileries, ont répondu au juge d'instruction que, puisqu'on leur reprochait le bal auquel ils avaient as,sisté, ils étaient décidés À l« rendre.