‹ [Les Cancans]Chapitre 111 sur 297 · LES DEUX DÉCORÉS DE JUILLET · texte numérisé non relu

LES DEUX DÉCORÉS DE JUILLET

La révolution de juillet n'avait fait que deux malheureux en France. Je donne un démenti formel à celui q;ii oserait m'en donner un ; or, la l'alalité avait vijidu que justement celte infniinue tombât sur deux décorés de juillet. La fatalité ou la révolution , si vous aimez mieux , nest pas reconnaissante, comme vous voyez. Voilà donc mes deux décorés de juillet m.itidiss;mt les pavé.-», blas|.hémanl couLre les barricades, il arriva |):uv ha^ard qu il était un certain roi, don Pedio, mettant en rrquisilion le patriotisme à i fr. piv tête, pour aller conquérir le royaume de son frère, et y implanter la Gons'itution qui l'av.Tii déjà mis à la porte du Brésil. Nos deux individus, sachant qu'il y avait des barricides à faire à Lisbonne, et du vin de Madère à conq-iérir, allèrent, leur certificat de IJxé à la boufonnière, oL'^rir leur service au royal don Quichotte. Leur de vouement curej^istrd, et leur ooirage mis par lettre alpha-

Létique , ils partirent, l'un pour l'Angleterre, où se rassemblait l'armce libératrice ; l'autre pour Toulon , avec un acquit de don Pedro, qui devait s'y embaquer pour croiser dans la Me'diterranee , et explorer les cotes d'Espagne. Ce dernier croisa donc dans la mer MeMiterranee. Il croisa tant et tant , qu'il tomba malade; et le capitaine de vaisseau, relâchant à Naples, le fit descendre à terre et l'abandonna à son malheureux sort. Une femme le soigna pendant ses longues souffrances; une femme vint soulagei" ses misères, parce qu'il élait Français, et qu'il lui parlait de la France; celte femme se nomma à lui lorsque sa gue'risor fut complète. Celte femme, c'était Marie-Ferdinande- Caroline , duchesse de Berry !,... Parlez donc maintenant barricades et révolution à cet homme.

Son compagnon arriva à Londres , se fît incorporer dans un re'giment. rependit trois fois à l'appel, bul cent fois à la santé de doua Maria, et tomba malade. Pendant sa maladie , l'armée libe'ratiice, qui e'iait très-pressc'e , comme chacun sait, attendu que le gouvernement anglais avait menace' de la meltre en prison , mit à la voile, et partit. Le malheureux , qui avai;t rêve' barricades , fortune, avenir, se vit bientôt dans la plus affreuse misère. Un jour, un ofiicier liançais le rencontra , transi de froid, près d'une borne, et tendant la main aux passans- L'officier y de'pose une pièce d'argent. ciZ^zez/ vous le rende, dit le de'core'. — Vous êtes Français? — Et de plus ile'coré de juillet! moubieur ? — Je suis officier de la garde; vous vous êtes battu peut-être contre moi. Tenez, voilà de l'or; suivez-moi. je vais en Ecosse, nous ferons roule ensemble; il s'y trouvera un homme que vous ne serez pas fâché de con- > naître maintenant. » Le décore accepte ; ils parlent ; ils'arrivenl; bientôt le vieux château d'Holy-Rood apparaît à leurs yeux; ils sont devant Charles X. «Sire, dit l'officier, voilà un homme qui a combattu contre vous , et qui vient déposer à vos pieds sa douleur et son désespoir. » Le vieux roi l'accueiUe avec bonté, et le présente à ion petit-fils, qui, joyeux de revoir un Français, prend un verre, le remplit, et trinquant avec le combattant de juillet : «A la santé du peuple français, dit-il ; « dès à présent, vous êtes à mon service, si Dieu m'accorde le a bonheur de revoir ma patrie. La première nuit que je pas- « serai aux Tuileries, je n'aurai d'autre garde d'honneur que tt les braves ouvriers des faubourgs. Nous feions connaissance tt ensemble; entre eux et moi, ce sera à la vie et à la mort. « Gare aux ennemis de la France! »

Croyez-vous maintenant que cette femmeetcelenfant eussent fait jeter dans les prisons neuf villageois coupables d'avoir coupé pour 109 francs 5o cent, de bois dans les forêts royales?

{Hislorigue.)

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