‹ [Les Cancans]Chapitre 12 sur 297 · CE QU'ILS DISAIENT ET CE QU'ILS FONT · texte numérisé non relu

CE QU'ILS DISAIENT ET CE QU'ILS FONT

— Ils disaient au peuple: « nous vous donnerons la libellé », et les prisons sont pleines.

— Ils disaient au peuple : « il ne faut plus de gendarmes»,

el nuii conlents d'en avoir beaucoup plus qii'auparavaul, ils en organisent encore plusieurs rc'jîiniens provisoires.

— Ils (lisaient an j^euple : « Voms aurez In liberté delà presse », et voiià lonjours la loi du timbre t;t .e cautionnement; voilà le» saisies, 'es condamnations, les amendes (jui plenvent sur les journali>tes et les libraires; voilà, enfin, ht Tribune (jni est à son 18" jUj^euient : nous ne parlons pas des presses brisées, l'aduiiuislration a fait bcmblant de s y opposer.

— Ils f'isaicnl au peuple : « Vous jouirez de la Hberie' individuelle .) ; demandez aux ouvriers de Paris, demandez aux departemens de l'Ouest et du Midi , cotnmcnf ils l'entendent.

— Ils disaient au peuj>le : « On paie des Suisses fort cher, tandis (ju'on pourrait avoir à la place des rëgimens français » , et ils prennent à leur solde les rebuis de toutes les nations.

— lis disaient au peuple: a Nous ie[)reiidpons le rao» qui nous convient parmi les nations », et aujourd'hui toute l'Etu'ope nous brave et .'.ous me'piise; l'AuijIeteire, réiernellc ennemie du nom français, nous jnue, et nous faisons campagne pour son compte.

— Ils disaient au peuple : « Le secret de vos lettres est violé à la poste » } et, s'il faut en croire plusieurs journaux fpii l'affirment, le nouveau directeur livre au pie'fel de police lotîtes les lettres tpi'jl demande.

— Ils disaient au peuple : « Vous serez souverain, vous jouirez de toi:s vos droits » , et sur irente-lrois raillions d'babitans ils n'accordent les droits de participer aux élections qu'à cent mille privilégiés, et le plus petit village ne peut même nommer son maire ni l'iusliluteur tle ses enians.

— Ils disaient au peuple : « Le soldat français est fait pour la gloire» , et ils ne craignent pas de faire jouer à ceaiix qui sont assez vils pour y consentir, dans l'Ouest et dans le Midi, le rôle le plus infâme, celui d'espion et de moncbard.

— Depuis quelques années le mouvement des affaires s'étant un peu ralenti, ils disaient au peuple : « Le commerce ne va pas, plaignez-vous », aujourdliui toutes les fabrii pies sont fermces ou à la veille de l'être; depuis un an l'ouviier est sur le pavé, ils lui disent : « prenez [jatience. »

— Us disaient au peuple : kPIiis de cumul, plus de sinécures», et aujourd'bui encore M. Dupin, dit le Figaro, a quinze places à lui tout seul. Les reraplit-iL'

— Us disaient au peuple : « La conqiiêle d Alger ne vous servira de rien, ce n'est pa^- vous qui en profiterez «>,et regardez ce qu'elle est devcnwe dans leuis mains? Demandez -leur où sont passés les cinquante-quatre millions du trésor de la Casauba ?

— Ils disaient au peuple : « Voum aurez un roi qui ue cbasseia [)as», c'est pour cela sans doute (lu'ils vendent le3 bois de l'Etal.

— Ils disaient au peuple : «Vous n'aurez plus de garde royale» ; et à sa place, ils uous donnent pour un milToti cinq cent mille francs d'agents de police. Gjgnez-vous au change?

— Ils (lisaient :iu peuple : « La Charte est inviolable o , et la premicie chose qu'ils ont Caite a etc de la changer.

— Ils disaient au peuple : « On vous tcrase d'impôts » , et leur budget est deux fois plus fort qu'auparavant, sans compter les trois cents millions de lions siu' le tre'sor, sans compter les crédits ordinaires et extraordinaires, sans compter les emprunts volontaires et législatifs, sans compter le petit million qu'ils demandent encore; sous prctexte de la peste qui nous arrive ; car il faut que, jusqu'à la peste, tout leur proiile, — La suite à un autre jour.

Parisiens ! vous êtes des ingrats. A ce mot vous i-ougissez et vous avez raison : l'ingratitude est un vice horrible qui ne sied pas mieux à un peuple souverain qu'à un autre... Lequel de vous s'est jamais avise de savoir gre à M. Vivien de tout le mai qu'il se donne pour vos menus plaisirs? C'est à lui que nous devons le feu de gaitc qui nous reste; chacjue matin il pcse la somme de consolation dont nous aurons besoin pour supporter telle ou telle mauvaise nouvelle, et selon le cas, il nous distribue les divertisseniens. Hier, par exemple, j'aurais parie que le pain était augnicnte, tant les chanteurs de> rues étaient nombreux et i!eployaieiit d'activité; chaque boulanger avait à sa porte un orgue de Barbarie qui célébrait l'abonuance sur l'air fie la Parisienne ; le musicien, fidèle à la consigne, appliquait son dos à la funeste affiche, et acoucissait autant qu'il était en lui 1 amertume de l'ordonnance. Oh ! que celui de mon quartier a bien fait ïcn devoir! il peut se vanter d'avoir loyalement gagne' son argent : depuis neuf heures du uiiilin, heure du déjeuner des maçons, jusqu'à cinq heures et demie, la manivelle ne s'est pas refroidie dans sa main; aussi, grâce au bruit qu'il a fait dans les alentours, on n'a pas eiiteinlu !e plus léger murnmre; une bonne femme seuleiT>eut, une bavarde a saisi l'instant d'une ritournelle pour crier : quel est donc le U..... qui fait augmenter le pain ? mais bien vite le madié chanteur reprit avec pus d'énergie son couplet :

"C'est la liberté des D-eux-M ondes ; C'est Lafayette en cheveux blancs. »

Je rtcomniande ce zélé bateleur k M. Vivien.

LOUVRIER MÉCO^TE.\T.

Pendant quinze ans ils nous ont carrillonné leur liberîe' pour iicus amtner à faire une révolution. ISous l'avons faite et pai'fjite, Dieu merci ; ça devait aller tout seul , et voi à ipie ça ne va pas mieux, je dirai même que cela ne va pas si bien ; j'oserai même ajouter tjue cela va beaucoup plus mal ! A qui la faute/ Ce n'tst pas à moi. Quand le 2(j juillet au malin le (>atron vii.t me cUre : « Nigaudin, veux-tu g.;gner une bonne journée? — A vos ordres , not' bourgeois; de (juoi s'agit-il? — Tiens, me dit-il, tu es un bon patriote, voilà mon fusil de chasse, va-t-en deléndre la chajte et la liberté.» A ce mot-là j'ouvris l'œil,

« Dame, monsieur, moi, comme de raison, je suis bon patriote, mais je ne connais rien à la polilique. — Comment, reprit-il en colcrc, tu ne lisais donc p;is l(^ Constittifioniicl qrie je t'envoyais tons les malins? — Pardon, morisienr, mais je ne lisais que les assr.ïsinats, à cause que ma femme les aime ; pour l'article des coups d'c'îat, je le sautais, vu que cela ne me regarthiit pas. — Atj contraire, mailieurcux, ça te regardait beaucoup, et la preuve c'est que, si tu ne te bals pas aujoi-rd \\v.\ pour empêcher le coup d'état, lu n'as qu'à dcguei-jiir, il n'y a plus d'ouvrage ici pour toi. » Sur une pareille menace, je ne me fis plus tirer l'oreille, je pris l'argent et le fusil, et Dieu sait si j'en ai delaclwi pem'ant trois mortels jours, si bien que toute la boutique est dcgiirigolc , et (ju à prcsent nous voilà d;ins le petiiri jusqu au coi... Joli cotnmeice que nous avons fait là! Oh! c'est biin ce (|u'on appelle tiO(|uer sou rbeval borique contre un aveugle! Au fait, qu'cit-ce (jueça nous faisait à nous autres quecelte charte lût violée ou non / Paixliil y cna bien eu d'autres (ju'elle, et puis c'est siLôt fait une cbart». Mais je vois ce que c'est; i! faut à tous ces gros maichands là des e'paulettes et un brinborion de ruban, ça annoblit !a boutique, etavecun roi boiugeois qui loue des boulicjues, ça va — C'est égal, ils ont beau faire, tout et quand fois Us viendront nous dire que nous seions plus heureux qu'avant, je leiu' re'pondrai vous avez raison ; mais si on le com[»are à aujourd'iuii, celait tout de même im fimeux temps pour nous que celui où nous étions si malheureux !

Un journal est en accusation pour avoir représente notre roibourgeois en habit de maçon. Tl a eu tort, je ne l'ai jamais vu sous ce costume; mais je l'ai vu plusieurs fois visitant ses maçons et les regardant (ravailler un pied sur lechellc. Derrière moi quelques farceurs disaient j « Soyez plutôt maçon, si c'est votre me'tier : ce qui était fort laid de leur part.

Un grand nombre de savans , après iilusieurs expériences laites au moven de ballons et de cerfsrvolanls lance's à une hauteur prodigieuse, sont demeures convaincus qu'il y avait dérangement dans l'air. C'est à cela, assurent-ils, qu'il faut attribuer le cholo'ra-morbus et toutes nos révolutions politiques. Diable ! ce n'est donc pns i'ajinourde la liberté qui nous enflamme. C'est la comète de iB32 qiu nou-^ travaille le cerveau : à ce compte, nous ne sommes m rëpublicaitis , ni doctrinaires , mais lunatiques.

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