L'ORDRE RÈGISE A SAINTE-PÉLAGIE
C'ÉTAIT une troupe d'enfans ; et déjà vous souriez à ce mot K^ enfant, qui porte toujours avec lui je ne sais quel charme, quel souvenir d'innocence. Eh bien ! retenez votre sourire , car il y a du sang , du meurtre dans cette histoire : la police e'tait là ! Ganduils par quelques hommes qu'aucciu parti n'avoue, une poignée d'enfans brisaient les vitres de la pri-,on de Sainte-Pe'lagie, aux cris de vive la liberté l Aussitôt !e bruit se re'pand parmi les de'lenus politiques , que le peuple vient les délivrer. Les malheureux 1 ils ajoutent foi à cette ruse infernale. Une grille intérieure cède aussitôt à leurs eftbrts. He'las ! déjà les enfans étaient disparus, et avec eux les coupables excitateurs. Des masses de gendarmerie assiégeaient la prison , encombraient les rues voisines , pénétraient même dans l'mtrrieur. Tout à coup, des coups de feu se toni entendre; on poursuit les prisonniers jusque sur le seuil de leur chambre, et là on les tue à bout perlant, par-denière, sans sommation, comme en pS , sous l'itiflucncede Philippe Eirnlile'. On se débarrasse l on fait place à d'autres ! La plume tombe des mains ; les expressions man(|uent pour retracer de pareilles atrocités.
Mais îa France n'a-t-elle pas entendu ces coups de fusil-là? n'en deniandeia-t-elle pas compte à cet homme qu'on appelle Casimir Périer. à cet autre qu'on appelle Gisqnet, à cet autre aussi qu'on a t'ait roi pour ([u'il depen>àl peu et rendît plus libre? Oui, la France enlen 'ra ; elle eu demandera compte; elle ne saurait s'habituer à la houle ; elle a donné toute t>a liberté, tout son or ; mais elle ne veut pas donner tout le sang de ses enfans. Si on lui a fait accroire que 20 millions de liste
civile (i) et 1600 miliioas de budget, s'appelaient un gouvei^ nenient à bon marché ; si elle a fait semblant d'être persuadée qu'une armëe de mouchards e'tait indispensable à la sécurité d'un roi-citoyen; si elle a souffert, sans veut dire, ta misère, la peroc'cution et la peste sous un règne déplorable, elle ne croira jamais ([ue cent et un prisonnier-. poli£ique> , sans armes, resserres sons les verroux , soient d'assez dangereux adversaires pour que deux mille hommes ne les puis>eat mettre à la raison qu'en leur donnant la mort.