LE CHOLERA - MORBUS
Le choléra-morhus , comme pour rendre hommage à la révolution de juillet, qui lui a si ge'ne'reusement ouvert les portes de l'Europe, vient de taire son entrée dans Paris les 27, 28 et 2g du mois dernier. Déjà il a jonche la terre d'une foule de cadavres également choisis dans cette classe malheureuse d'ouvriera qui semble plus particulièrement destinée à servir d'aliment à tous les fléaux tiestructeurs. Le choléra, comme les glorieuses, veut des prolétaires en sacrifice; il fond sur eux comme la misère, comme les gendarmes, comme les assommeurs ; c'est la Mort faisant une révolution à sa manière. Ah î depuis long-temps nous l'avions pressenti , il viendra le fléau vengeur ; il viendra mettre le sceau à voire œuvre de ténèbres; il marchera sous votre bannière sanglante ; il lèra ses barricades avec vos cada vi-es défigurés; il écrira aussi sur son drapeau : Kingtseptf vingt-huit et vingt-neuf l il voudra jouir de la triste pré-
rogafive cle ia centralisation ; et c'est du milieu de !a capitale, delà rue Saint -Honore même qu'il prendra scn essor pour aller dominer cette France servilement humilicc devant elie.
Que les habitans des provinces s'empressent donc sur le passage des messageries; qu'ils aillent attendre la grande nouvelle: un nouveau rèpne vient encore de conmu-mer dans Paris ; il u aussi son cf^rtcgc de pleurs ; déjà il a lait des veuves, des orphelins; pour lui aussi on entend repeter:
a Tambours, du convoi cle nos frères « Roulez le funèbre sit^nal. «
Mais que vois- je? les portes du presbytère de Saint -Germain-l'Auxerrois viennent de se rouvrir ; c'est le vene'rable pasteur qui apparaît sur le seuil des ruines de la maison du Seigneur... He'las! quand la pierre du sacrifice est prorane'e, quand l'autel est abattu , auand l'œil a peine, à travers tant de (le'gradations sacrilèges, à reconnaître le tabernacle du Dieu vivant, que veut le vieillard du temple? He'las! il s'empres^e d'offrir vui asile aux peslift'res : les pauvres, les malades ne sonl-ils pas les enfaiis de la maison sainte? O vous qui, dans un moment de délire, avez commis cette horrible profanation; vous dont
les mains sacrile'ges'.'.l Je n'ose achever. Entrez, entrez, ne
craignez point; cest le Dieu qui pardonne. O reUgion ! tu triomphes; voilà de tes journées à toi!