LE REFUS
« Que le pauvre meure, a dit M. de Bondy, plutôt que les Courbons viennent à son secours ! ! ! » Ainsi ils refusent la prière
du prêtre ; ils rejettent le denier de la veuve. Telle est leur malheureuse destinée! Et comment prieraient-ils ceux qui se
sont ëleve's sur les débris de la religion ? ceux qui se sont enrichis de ses dépouilles? Cominert accueilleraient-ils un bienfait, ceux qui n'en savent pas répandre?
Voulez-vous une re'volte, une proclamation incendiaire et fe'roce, un appel à l'assassinat, ils vous en donneront; voulezvous un club de conspirateurs , une vente de carbonaris , ils sont aptes à la former; voulez-vous des re'gicides , des fils de re'gicides , des ingrats, des avares, ils en ont à revendre; enfin, faut-il mentir par programme, manifestes, protocoles ou sermens, ils le feront à la face du ciel et de la terre sans sourciller. Mais une afïection douce, un sentiment généreux, une prièie au ciel , quelques larmes de compassion sur la douleur du pauvre, ils ne comprennent pas.
Quand une noble princesse s'épuise pour voler au secours d'un peuple malheureux qu'elle aime, ils ne comprennent pas. Leur vertu ne va pas jusque là.
Elle cloune pour corrompre ! disent-ils. En effet, eux, c'est ainsi qu'ils donnent, quand ils donnent.
Un jour, les Polonais leur ont demandé de l'or et des troupes, ils leur ont envoyé de la charpie ; les Lyonnais leur demandaient du travail et du pain, ils leur ont envoyé un arc en ciel et des brïonnelles. Aujourd'hui, les pestiférés demandent des secours et des consolations. Savez-vous comment ils se tirent de là ? Vite, tous les journaux ministériels prennent feu, ils exhalteut, proclament les grands, les immetîses bienfaits et du roi citoyen, et de M^^^ sa sœur, et de LL. AA. ses fils ; la police fait tirer cette munificence royale à 3o,ooo exemplaires, sur un quart de feuille ; on les crie sur les ponts, sur les places, sur les toits. Alors, l'honnête homme qui passe baisse les yeux et rougit, parce qu'il connaît au juste le chiffre de la libéralité citoyenne. Mais le pauvre, qui ne le sait pas, se ranime >\iv son grabat; il se hâte de dépenser son dernier sou pour acheter le programme de sa future aisance : il y voit des millions, et dit encove que c'est peu pour t.mt de monde, et surtout tant de maux. Ah ! s'il savait que celui à qui sou bras a donné une couronne, un trôni, des châteaux, de l'or gros comme une ville, ne peut lui rendre au jour de sa misère que 60,000 francs , et quelques ceintures de laine! S'il savait surtout qu'on repousse en son nom une main plus généreuse qui s'avançiit pour le secourir!... Non, ne lui disons pas cela, de peur de doubler ses remords, de peur qu'en mourant, sa bouche ne vienne à maudire, et que le ciel, sa dernière ressource, ne se ferme pour lui comme la bourse du mauvais riche !