‹ [Les Cancans]Chapitre 144 sur 297 · LE DRAPEAU BLANC A MARSEILLE · texte numérisé non relu

LE DRAPEAU BLANC A MARSEILLE

Ce n'est pas moi qui m'en serais fâché d'abord , ni le peuple non plus; ce pauvre peuple, qui n'a plus ni travail , ni joie, ni pain, il aurait dit : « Eh! bien, si ça peut me rendre du travail, de la joie et du pain> laissez-le ; » moi , j'aurais dit aussi: « Si ça peut me rendre la liberté, laissez-le; » peut-ê[re q.ie le ùiarchand aurait dit : « Si ça peut faire que je vende, laissezle; » les contribuabfes n'auraient pas manqué de dire : v<Si ça peut me dégrever de moitié et empêcher qu'on ne saisisse mes meubles, Irtîss'jz-le; » lés pauvres malades se seraient écrié : « Si ç» peut apaiser le Ciel, oh ! laissez-ie; » et enfin qui sait? l'armée aurait bien pu ajouter : « Si ça pe«t me faire

passer la fiontière, laissez-le » Une Ibule d'autres sottes

gens, qui ne raisonnent pas, auraient dit la mênae ebo^e. Mais

Je juste-milieu," qrii laisonne, a dit: « Ofez vîte , ôtez celte inlâme couleur. Ah ! mon Dieu! moi qui ai trahi, moi qui suis ingratet parjure, que deviendrais-je? Et moi donc, qi>i touche la meilleure pnrt de ce bon l)iid^i't d'un niilliairl deux cent mil/ions que j'ai Vote' exprès. Et moi donc, (lui suis ministre et grand inquisiteur; et moi, t^ui suis préfet, et q'iiai fait snbrer tant de gens; et moi, moi surlont qui suis Persil , et qui ai fait saisies sur saisies; et moi donc, c'est bien pis, j'étais carliste, et j'ai eu ie malliciu' de me vendre movennnnt cent mille francs pour njoi, soixan'e mille pour mon frère, c'nquante mille pour mon cousin, quarante mille poiu' mon neveu, et vingt mille pour chacun de mes arrière-petits- paren.s, ôtez , ôtez cette abominnble couleur, c'est le vœu ger.cral ; la France entière, le peuple entier, trente-trois millions de Français enfin aimenl beaucoup mieux mourir de faim, de misère ou même de la peste, que de souffrii" que nous perdions nos pinces.

« Allons, allons, télégraphe, remue-toi, apprends à là France docile que c'e->t elle qui consent à rester dans l'heurenx e'tat de pros])crite' où nous l'avons mi-e.

« N'avons-nous pas encore Poulet ou Lobau , l'are -en -ciel ou la pompe à envoyer à Marseille, s( elle ne se hâte d'arracher ce signe ennemi de notre bien-être? Quoi! en un seul jour nous verrions s'échapper de nos mains le fruit de quinze années de cons|iiralion et de perfidies? Il nous faudrait recommencer de plus belle à donner le Constitutionnel gratis aux de'crotteurs, à remettre nos agens provocateurs eu campa£;ne, à tenir club chez Lalayelte, à faire semblant d'aimer la Charte et la Hberte de la presse , à faire croire de nouveau aux Parisiens que les je'suites lent l'exercice à Mont-Rouge, ou tpie l'archevêiine cache des pièces de canon dans sa paillasse':' Non, non, ôtez ce drapeau, faites plutôt régner l'ordre à coups de baïonnette, mais que tout reste dans sa prospérité accoutumée, que le fosso^'eur continue à cicuscr la lerie peur les morts, les percepteurs à envoyer des avertissemeus aux rncurans, les dix mille mouchards à espionner les gens, et nous à vivre du budget. Tel est le vœu général de la France. »

Trois fahtônrjes apparurent au même instant dans Paris; l'un venait du Septerilrion , l'autre de l'Orient, l'autre de l'Occident : le premier s'arrêta sur le haut de la colonne Vendôme , et v demeura debout. A ses ailes de feu , au glaive qui cfineelail dans sa main, au osque (pii couTrait son front , et surtout h l'ardeur belliqueuse de son. regard, on l'eût pris pour le dieu de la guerre. C'était l'ombre de Bonaparte.

Le second , qui venait de l'Occident , s'abattit sur la place de

la Révolution. Pâle, livide, sanglant, il agitait une torche enflamnie'e dans sa rnain gauche; sa droite tenait un poignard; un Jjandeau rouge ceignait son Iront ride, et pour tout vêtement on ne lui voyait autour dos reins que des lambeaux tricolores à demi consumes. C'e'tait l'ombre de Robespierre.

La troisième apparition venait del'Orieiit, portoesur un nuage d'azur; il s'entr'ouvrit au-dessus de la statue cqueslre de la place des Victoires, et oftiit aux yeux ctonne's Louis XIV dans l'appareil imposant de la majesté royale. Il était resplendissant de gloire , et te! qu'il se faisait voir au peuple ébloui dans les jours de ses triomphes •. « Oi^i est mon royaume? s'e'cria-t-il ,

ofi est mon trcne? où est ma gloire? où sont mes fils?

Louis-Philippe, tu te vantes de descendre de moi , et tu chasses mes héritiers légitimes ! Tu revendiques l'honneur d'être de ma famille, et tu persécules ceux qui restent fidèles à mes descendans? Arrête, Louis -Philippe, ce n'est pas pour toi que mon bras victorieux a reculé les limites de ce vaste royaume ; ce n'est pas pour toi que j'ai aflrontc les périls pour ajouter tant de provinces à l'empire des lis; ce n'est pas pour loi que mes mains ont élevé ces palais, décoré ces monumens, enrichi ces temples : non , Philippe, "e n'est pas pas pour loi! » et l'ombre disparut en prononçant ce mot terrible : Anathème!

Alors, du sommet de la colonne une voix formidable reprit : « Oi!i est cet empire immense que j'ai disputé vingt ans à tou» les souverains de l'Europe? Quoi ! Louis-Philippe, tu crois pouvoir soutenir un fardeau que mes mains ont été trop faibles pour conserver? Ton épee est-elle donc plus redoutable que la mienne? ton nom plus puissant que le mien ? où sont tes titres à i'amour du peuple, à la reconnaissance de la patrie? Sur quel champ de bataille as-tu vaincu l'ennemi? quels rois tremblent devani toi? quelle capitale étrangère a vu flotter tes drapeaux? J'ai place' mille victoires dans la balance des droits des souverains de la terre, et les miens se sont encore trouvés trop légers; cependant je donnais des trônes en récompense è mes soldats. Où étais-tu ce jour-là? que ne venais-tu tendre la main pour en avoir un, je te l'eusse accordé, et peut-être eût-il été' plus glorieux pour toi de le recevoir ainsi. Mais que vois-je! le sang du peuple coule par tes ordres au pied du monument de mes conquêtes ; lu ne peux seulement souffrir qu'on jette une couronne à mon ombre sans donner aussitôt l'ordre d'un meurtre abominable. Oublies-tu donc que c'est par mon nouî cent fois exalte' que ceux qui t'ont couronné ont su rendre le peuple favorable à tes desseins? Louis-Philippe ! Louis-Philippe ! le sang du peuple ne s'efface jamais. » A ces mots l'ombre disparut.

Au même instant un cri effroyable se fit entendre sur la place de la Révolution. Le fantôme de Robespierre agitait violemment son poignard en grinçant les dents : « Est-ce bien le lils de Philippe-Egalité qui rèf^ne ici? s'e'cria-t-i! -, est-ce bien le fils du jacobin que je vois? O m(.'pris e'ternel , c'est de sa main que l'arbre sacre est abattu ; c'est par son ordre que mes fils gc'missent dans les fers , ou tombent percc's de coups sur les places publiques où ils ont combattu pour lui! Comment a-t-il substitue la couronne au bonnet rouge qu'il portait autrefois ? comment la pique de son père s'esl-clle changée pour lui en sceptre? quels débris lui ont servi de marche-pied pour arriver au trône?....» L'ombre alors profe'ra plusieurs blasphèmes, vomit d'horribles imprécations, et disparut en jetant son flambeau comme une malédiction à la France.

Aux armes ! aux armes! Dix rc'gimens par ici , pour aller au secours de nosde'pule's qui n'en peuvent plus de chiravaris!... Et vite, vite dix autres rcgiraens par-là pour empêcher les carlistes d'arboier le drapeau blanc à Marseille , à Toulon , à Bordeaux et à Nantes!....

Allons, allons, ne perdez pas de temps. Force cavalerie à la pince Vendôme, voilà les bouapartistes qui vont hisser le buste du caporal sur la coloime! Et de ce côté donc, de'pèchez , dépêchez, il faut du canon , ce sont les républicains qui font uu tapage d'enfer... Ah! mon Dieu! qu'on est malheureux d'être appelé par le vœu général à fair§ le bonheur d'un pays malgré lui !

On ne sait auquel entendre; c'est un gâchis, une pétaudière à faire abandonner le poste à un homme qui aurait la rnoindre habitude de déserter.

«t Ah ! pauvre Charles X ! ah ! malheureux Charles X î Oui , « oui , c'est lui ; je le vol-;... ; il... revient... Mais la religion déa truite!.... La religion!! ! Non, point de gouvernement !<ans

« elle ! Un gouvernement impie doit périr ! » {^Paroles

de Casimir P trier, dans sa folie.')

Pourquoi l'aide-de-camp du duc de Bourbon est-il mort subitement à Calais, en dinant avec la baronne de Feuchères ?

Pourquoi la femme de chambre de la baronne a-t-elle ét^ trouvée assassinée dans les dunes?

Pourquoi les assassins ont- ils été distraits de leurs juges naturels, et amenés à Paris par ordre supérieur?

Pourquoi n'eu entend-on plus parier, depuis un an ?

Souscription, ouverte, h Lille dans une Société littéraire et sûr une place en plein vent.

M'"«^ de Ch ^5Î.— M. Henri de Cugnac , 5 f . — M. De-

rocle aîrie, i f. — M. Notelle, Iegitjini,le, i f. — M. Derode. fils, I f. — M. H. Ga^pa^d , i f . — M. le chevalier de la Bassehioîîturie , oflicier démissionnaire, aspirant à rentrer au service, 3 f . — M. besmazières , i fr. — M. Benoît Hâtiez, i fr. —M. P.Brassart , le'fifitimisle, à une demi-lieuede Lille, i f. — Un commis en e'piceries, qui faisait jadis des recettes , "25 c. — L., sur le be'nefice des Cancans ^ i f . — Henri DesrnazicTes, i f. A. S-1 ennemie de l'usurpation, a f. — Is. Martinache , i f.

— Adélaïde Wiilaiimus , servante, lo c. — Jean, jardinier, 10 c. — Desreumeayx, bûcheron, 5 c. — M"^*^ Ger., fernaière, I f. — Aug. Leieu, dentelière, 25 c.

Souscription jurassienne.

M. le vicomte de Rotaillier, 5 f. — M. B.odet, père, i f. — < M Titon, 5o c. — M. ..., son vois-n, 5o c. — Un henriquinquiste plein d'espoir, 5o c. — M. B..., 76 c. — M. G..., 5o c.

— M. Martin, i f. — Un chasseur, sûr de son coup, et qui vient de dresser ses chiens à la chasse de l'araignée, 3 fr. — M. H... , le'gitimiste, i f . — Trois amateurs des Cancans, i f. 75 c. — M"'^ de V... , 5o c. — M"^'' Boucher, 2 f. — Un ami des vrais amis des exiles d'Holy-Rood , i f. — Un notaire partisan de la jeune France, et son frère, henriquinqitiste jusqu'à la mort , 2 f . — Un malade que l'on force à passer les nuits au corps de garde , maigre' la lil.erte, 4 f- — Quelqu'un qui ne s'appelle pas Chose, i f . — Un Franc-Comtois qui n'a jamais porte' el ne portera jamais qu'une cocarde, i f. — Une personne qui n'ose pas se nommer à cause de la liberté, 2 f. — M. d'Aubachy, I f. — Une dame religieuse, le'gitimiste, henriquinquiste, etc., pour toujours, 2 f.

Souscription de l'Allier.

Deux ouvriers irnpriiricurs, i f. 25 c. — Trois hàbitans du canton d'Aigueperse, 4 f- 5o c. — M. Joseph, o f. — Un ami de la liberté de la presse, i f. — Sir Lewis , 2 f. 25 c.

^*^ H faut aue le juste-milieu soit devenu bien petit, pour que le petit Moulalivet le porte tout seul.

^'*"^ Soyez usurpateur, ou voleur, ou irabe'cille, si vous êtes un bon père de famille , c'est tout ce qu'il nous faut.

*. Ne tloit-on pas avoir bien des verius domestiques quand on descend d'un cocher?

* Comment Cliose, qui tendait la main à tout le monde, ne lroi"ve-t-il aujourd'hui personne qui lui tende la sienne pour Je tirer de là ?

^% M"»'^ Athalin disait hier : « Ah î dans ma position , je n'ai pas que des roses. — C'est bien vrai, mademoiselle, car je ne vous ai jamais vu que des boutons.»

^% Le jour de la Saint-Pliili()pe, plusieurs voleurs ont e'tc graciés, les Cancans ont été saisis : à chacun selon ses œuvres!

^*^ M. Montalivet est dans l'intention d'e'îever une colonne à l'instar de celle de la place Vendôme , avec les canons pris sur l'ennemi dans les trois campagnes de Belgique, de Lisbonne et d'Ancône, M. Athalin poserait la première pierre.

j*:^ Après quelques recherches historiques , on a trouve' que la peste était un droit de joyeux avènement pour les ducs d'Orléans.

^% Par indisposition du peuple, la Sr^iint-Philippe a été remise à la Saint-Henri.

^*^ Chose loue sa loge du Gymnase , économie ; il revend les pâtés qui restent de sa table , écoiionaie ; Chose retire le crottin à îes palefreniers , économie. '

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