PRENEZ MA TÊTE
Un homme avait fait des cancans; le gouvernement le sut, et s'effraya. Le même homme qui avait déjà fait des cancans voulut en faire encore , par la raison qu'une faute toujours entraîne une autre faute, uu cancan appelle un cancan, abyssus abyssum advocat... Un commissaire de police , flanqué de quatre recors, se présenta au domicile de l'homme ; il^ s'étaient munis de cordes pour étrangler le calembourg au passage , et de poucettes peur lier les mains au coq-à-l'âne.
« C'est monsieur **"" que nous avons l'honneur de saisir ? — Moi-même, messieurs; qu'y a-t-il pour votre service? — Tout ce que vous avez là sur votre table, monsieur. » Ils s'emparèrent d une tlemi-douzairre de jeux-de-mots, de trois cpigrammes , et d'une pointe déguisée en brochure. L'auteur dit qu'il s'en plaindrait en justice. 6
a Pas fie cancans, monsieur, rt:f)rit le commissaire, j'ai ordre de les arrêter tous ; en voilà cinq livraisons (!cjà que vous jetez sur la voie publique. De par la loi et le roi , je vous somme de me livrer la sixième, qui est !a pins coupable : vous y prêchez le de'sordre et le règne de la terreur. Vos numéros des Cancans, monsieur, vous le save^ , s'adressent <à la classe illettrée du peuple ; ils sont dangereux en cela même que vous les écrivez exclusivement pour les personnes qui ne savent pas lire, he gouvernement, monsieur, est instruit de tous les proverbes séditieux , dictons anarcbistes et cancans re'volutionnaire'» que doit contenir votre sixième numi-ro; donnez-le moi : où est-il ?
— M Le numéro qui piraîLra demain?
. — « Justement , monsieur, c'est calui-là qu'il nous faut.
— « Le sixième numéro? c'est celui-là que vous cherchez?
— « Eh ! oui, monsieur, oui, sans doute; le nurae'ro de demain, où vous attaquez le gouvernement en face.
— « Il vous le faut absolument?
— « Absolument ii nous !e faut.
— « He' bien , messieurs , prenez-le, il est là. ~o Où là?
— « Là , dit l'auteur en portant le doigt à son front.
— « Quoi , monsieur, ce coupable nume'ro de demain....
— « N'est pas encore fait, monsieur le commissaire. Mais pourtant, puisque vous avez ordre exprès de l'empoigner, je suis trop bon citoyen poiu m'opposer à la saisie : le voici, prenez ma tête ! »
Le commissaire de police trouva qu'il était beaucoup plus prudent de prendre la porte.
Figaro.
Il faut mieux s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints , dit-on. Si la pairie avait eu le bon esprit de se recommander à l'émeute, elle n'en serait pas réduite à cette extre'mite' ; car l'e'meute est une puissance, c'est réellement le droit divin : p^ox populi, vox Dfi.
Le jour où elle re'gna , en vertu des barricades, tous les pouvoirs tombèrent à ses pieds , et elle put s'e'crier : Ego sum qui sum! (Je suis ce qui est!) Roi, ministres, préfets, gardecbampêlres, allumeurs de re'verbères , tout était à refaire , une ère nouvelle allait commencer.
Où diable la pairie e'iait-ellè donc en ce moment? Si elle se fût pre'seotée un petit programme à la main, elle fût sortie triomphante du déluge, l'cmeute lui eût donne' le baiser de paix, et toi. s ses vieux pe'che's eussent e'te' efface's;' personne alors ne lui eût dit : « Va-t-en ! » car
Le seul pouvoir qui crée a le droit de détruire^.
(comme l'a dit eu prose M. de Cormenin). Mais notre Chambre hante hésita à venir tendre la raain dans la rue, et pourtant e!!e avait sous les yeux de beaux exemples : elle aima mieux garder l'incognito, et remettre sa popularité' à une autre fois.
« Ferai-je le gros dos et la pptte de velours en rampant, comme sous Buonaparte, ou conserverai-je le ton d'nrrogance qui me réussissait si bien avec les Bouîbous? » Elie rumina long-temps ces deux points, et débuta dans la nouvelle pièce par l'exhumation d'une collection de vieux drapeaux ; nr.n^ on ia hua, el l'on fit bien : il n'y avait (\ue l'c'meule qui pût la sauver.
O toute-puissante émeute! heureux celui que tu proti'ges ? Si tu voulais retrousser tes mauclies et hurler deux ou trois fois en ma faveur, ma fortune serait faite.