‹ [Les Cancans]Chapitre 192 sur 297 · NOUS SAVONS OU ELLE EST, NOUS · texte numérisé non relu

NOUS SAVONS OU ELLE EST, NOUS

Elle est ici. — Non eUe est là. — On l'a vue entrer dans cette ville en garçon pâtissier. — Vous verrez que le justemilieu fera encore quelque boulette ! — Non, elle a pris les habits noirs d'un séminariste. — Il fallait lui chanter :

Où allez-vous , M. l'abbé?

— Je vous dis moi qu'on l'a arrêtée dans un couvent dont

le siège immortalisera le 32", — Ça n'empêche pas qu'on

garnit le château de Blaye de glaces et de baignoires —

Oi'oyez-vous que ce soit pour un prisonnier du commun? — A

( 5 ) Blaye! prisonnière? Ali bien oui!... On l'a vue hier dans sa loge au Gymnase; madame Prévôt sa fleuriste lui a offert un bouquet ; elle a visité cent trente familles ruinées par la révolution de juillet, et cinquante ateliers de peinture où l'on n'a même plus une poire pour la soif depuis qu'il n'y a plus que Ae?, poires à peindre. — Vous ne savez ce que vous dites : elle est dans la Bretagne î — Non , en Espagne ! — Non , en Hollande !

— Imbécilles ! nous savons mieux que vous où elle est, nous! — A moi, mes petits moutons , mes estaffiers , mes mouchards, mes sergens de ville ! Qu'on saisisse ce méchant carliste qui sait où elle se cache, celle qui empêche de dormir nos doux seigneurs du juste-milieu... Aous le tenez, garottez-le, et que l'on me l'amène, afussi vrai que je suis Gisquet, je pourrai nv écrier à la fin de l'interrogatoire : « Je la tiens I je la tiens!... A moi, carliste, deux mots! Tu as dit c{ue tu savais l'asile de celle que nous poursuivons? — Je l'ai dit. — Et tu vas me découvrir où elle est... — Pourquoi pas? si mon renseignement peut me valoir une belle récompense. — Parle, que veux-tu , carliste? — Je voudrais... je voudrais la cocarde tombée du chapeau gris de Louis-Philippe... — N'est-ce que cela? On la cherchera dans les balayures du château, et tu l'auras. — Je voudrais... — Quoi encore? — Un morceau du gazon du père Lafayettc pour prouver que la Parisienne en a menti quand elle parle de ses cheveux blancs. — Ou tâchera de te le procurer... Après? — Je voudrais un brin de fleur d'oranger tombé de la couronne nuptiale de IMademoiselle ...

quand elle s'est mariée — Il est difïicile en diable, le

carliste ! On verra à en trouver... Ensuite? — Je voudrais le cheval de bois sur lequel Grand-Poulot a fait ses premières armes. — Passe pour le cheval de bois — Et puis? — Et puis, un peu de cette corde qui porte bonheur — vous savez , de cette corde de pendu qu'une grande dame a mise dans la poche du chef de l'auguste famille .. — Peste ! mais voilà de quoi monter tout un reliquaire de juillet. Allons, l'on t'accordera tout ce que tu demandes, carliste, et tu vas me dire maintenant... — Ainsi, honorable Gisquet, tu veux savoir où se trouve la duchesse de

Bcrry? Dans le cœur de tous les hommes qui aiment

encore la patrie, qui se souviennent ctc[ui espèrent, dans le cœur de tous ceux qui veulent voir renaître le commerce^ les arts, la confiance et le bonheii-, dans le cœur de toutes les mères qui se sacrifieraient pour leur fils, dans le cœur de tous les soldats qui se laissent prendre par de rhéroisme, dans le cœur de tous les Français enfin encore di{;ncs de ce nom, et qui se moquent, comme moi , de tes pronucsses et de tes menaces. — Ah ! — Enfoncé, (iisquct!

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