‹ [Les Cancans]Chapitre 198 sur 297 · RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION

Deux ouvriers se rencontrent sur le quai de la Ferraille , le dialop;ue suivant s'établit entre eux :

— Eh ! c'est toi , Poli veau , où c* que tu vas donc coifime ca avec ta trique en niain et ta mine effarée. T'as l'air tout chose.

— J' vas mettre ma montre en gage par la raison que mes dents s<?nt au croc; tu sais bien .c' maître serrurier qui m'employait depuis un mois ?

— C' gros rougeot qui chantait toujours la Parisienne?

— Oui...

Soldat du drapeau tricolore , D'Orléans toi qui l'as porté...

— Eh bien I enroncé la roulade! Ses créanciers sont venus saisir chez lui et il est obligé de déclianler I

— Dis donc, c'est tout d' même embêtant d'être V peuple souverain et d' ne pas avoir d'ouvrage sous la main et de p&in sous la dent!

— Qu' veux tu? c'est une souveraineté logée rue des Jeûneurs, n" 120. «

— Et dire qu' c'est nous qu'a fait ce diable de justemilieu qui s' gausse d' nous; quand j'y «onge j' me mangerais les poin.gs jusqu'au coude.

— C'est vrai qu' tu n' t'y es pas épargné, tu y allais d' bon cceur; mais à qui donc qu' tu en avais d' démolir conisiie ça les autres?

— Qu' veux-tu qwe j' te dise? 1' bourgeois nous lisait tous les nyatins 1' Conslitulionnel où. c' qu'on disait qu'une fois qu'on aurait renverse l' trône, les allouettes nous tomberaient toutes rôties dans la bouche !

— Et c'est pour ça que tu bailles aux corneilles. . . Encore

une fameuse couleur que ton Consiitudonnel Vois- tu

bien quand ces cadets-là pnrlent de liberié, ça veut dire

battez-vous pour qae j'aie une bonne place dans les finances, pour c|uej' vende (les Cusils aufjlais , ou qu'où m'emploie clans la censura' dc.^ joui n-uix j et puis, ([u.ind pour eux , on a fait 1' tremblement, il viennent vous dire : Eh bien quoi! ça n' va-î-il pas bien? restons comme nous

soinmes tu crèves de faim, moi je uianye du bud{;el...

c'està la perfection . C'est pow ça, vois-tu, qu'ilsont inventé l'ordre public !

— J' 4j)'en veux-t-y, d'avoir été un héros !

. — Ça t'a joliment réussi. Autrefois on aurait eu quatre mains qu'on aurait trouvé à les employer, à présent l'ouvrier est obligé de s' croiser les bras , de s' serrer V ventre et de s' promener au soleil pour se réchauffer.

— Tonnerre de Dieu, comm' dit V père Mayeux, faut-y être jobard pour avoir |eté à ses pieds c' qu'on avait au bout ds ses doigts I Av^3c ça comment que j' vais faire pour payer les mois d' nourice de mon dernier !

— Faut t'adresser au père Fontaine, tu sais, c't architecte qu'a, fait les boutiques de la royauté populaire, y prend les ouvriers au rabais et y leur fait faire de la jolie besogne, va ! Avec ça qu' t'es un i/eco/J de juillet et qu' ça doit t' valoir la préférence.

— Oui , plus souvent ! c'était bon dans le conmiencement que nous étions les plus fortS3 mais à c'te heure il semble que c'te marque soit sur l'épaule au iieur d'être sur la poitrine 5 j'en ai plein le dos, vois-tu? en la voyant I' bourgeois fait la grimace et l' gouvernement vous met à l'ombie.

— C'est doue vrai qu'on t'a empoigné dans la dernière émeute...?

— Émeute I te v'ià aussi comme les autres toi! dieu de dieu ! faut -il qu'ily ait deux mots pour dire la même chose! émeute! c' qu'était magnifique en juillet ne peut pas être une horreur en juin... Emeute ! don.nez moi doue du pain, à moi qui vous ai donné un trône... Du pain ! oui , le pain de la prison, il m'ont traité comme un voleur... mais j' leur ai bien dit leur fait!

— Quoi donc qu tu leurs y as dit-I

— Je leui's y ai diî : Ah ça vous autres, faut pourtant savoir si j' suis un scélérat ou un héros, parc' que voyezvous, j' m'arrangerai en conséquence.

- — Et qu'est- c' que le gouvernement t'a répondu ?

— Bah! des bêtises : qu' j'avais fait la révolution pour avoir un roi populaire , un roi à boii marché , qu' j' l'avais et que j' me tienne tranquille. . l'ordre public quoi !

— C'est vrai aussi , puisque tu voulais t'ètro souverain pourquoi qu' t'as nomnjié un roi?

— Tiens en v'ià encore^une solide , j' l'ai nommé inoi ?. . .

y l'ai noininé connue toi , c'est le ])ère Feuillette qui uous a mis dedans avec sa meilleure desrépublifjuesî Si oa m'avait consulté, vois-tu, j'aurais dit : Pas d' ça î celui ([ui prend le droit d'un innocent prendra le droit du peuple qu'es aussi un innccent. C'est que je connijs 1' proverbe : qu'a bu boira. ..

— Oui du coco Ah I il est pas fier... il ôte son chapeau

à un chitTonnier et tend la main à tout le inonde.

— Oui , y tend la main mais il n'y a rien dedans — y tend la main , mais c'^t pour prendre et non pour donner.

— T'es pas content et ça s' conçoit : t'as été atlrappé comme tant d'autres; mais enfin qu'est-ce que tu voudrais? la république?

— La république, encore un fameux po^ aux colles cellelà I la queue chez le boulanfjer et le grand couteau sur la place de grève... non, je suis un Français et c'est pas pour ça que j'ai pris!' Pont-d'Arcole... La républicjfue fera-t-elle levenir les riches à Paris, fera-t-elle aller le commerce — Pour qu' ça dure , vois-tu , la boutique du gouvernement! faut qu' chacun y trouve son compte, le riche comme Le pauvre! Les honneurs au riche!., ça Jui va, il les paie... On lui donne des armes, une livrée , bon ! Pour les faire voir jl est bien obligé d'avoir une voiture et des gens... ça nous fait vivre parce que ça nous fait tPavailîer. Les Lonneurs du riche, ca assure Yhonneur du panvre ; mais ces honneurs faut qu'on y croie pour qu'on leur sacrifie tant d'argent ; et si celui qui les donne est dans la position de se dire : Moi qui fais des grands, je ne le suis guère; je suis là, c'est un autre qui devrait y être, et demain peut-être on me dira, va-t'-en au lieu de merci! Tu penses qu'alors il n'y a pas pri-sse.. Tiens, enfin , veux-tu que je te ie dise , ça n' peut pas durer comme ça... et fautqu' chacun retourne à sa place !

— Ah! et tu t'en apperçois maintenant... Pour la nation Fait's donc îm' révolution! !

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