LETTRE D'UN HÉROS DANS LES PAYS-BAS
Mon J'apa,
Ce n'est pas aujourd'hui nioii jour de tranchée ; c'est ce qui fait c|ue je consacre ce chiiTon aux nouvelles que j'ai à vous doniiei- de mon état de siège. Les papiers ont dû vc^Ks dire que nous ne quittons pas la limt:llc^ et vous devez seniir que nous n'y avons pas toutes nos commodités... Nous avons de la crotle jusqu'à mi-jambe , et ma garderobe a dû nécessairement souifrir du milieu où nous pataugeons. Quand je suis de service, pour encourager nos hommes , je fais presque toujours mon grand tour à pied ; mais, si ça continue , j'irai à bidet; car un refroidissement est bien vile gagné, et je me souviens que souvent vous m'avez dit que le meilleur précepte pour se bien porter était d'avoir les pieds chauris, la tète fix)ide e( le ventre libre.
Je pui.<; dire que je me s^iis très-bien montré , et que je jne suis placé , aux yeux dy l'armée , dans une position qui prouve qu'il ne fait pas bon me mettre au pied du mur.
• i) Vie politique de Loui^-Philippe-Joscpli d' Orh'nns- Eî^alilè, pidivier jtrijice. du sanfr et meivlifc de In Convenu lion. 'Jn volume in-8". A Paris, chez. Hivert, quai des Au-
iustins.
Je jnojjveiai à rcnncini que si ma faniillc a des cadets il ne taul pas jouer avec l'aîné. Chassé a beau tourner autour du pot et répandre iles lirii-ls de paix, je vous réponds cjue je ferai évacuer,
^s conimeiiceiiirns ont été duis , j'en dois l'aire J'aveuj el, pour un pauvre jeune lioniine qui] n'nvait vu que des cliaudclies romaines, ii était crue! de se trouver à pareille fèlc... Quelles ]>étaradesl Quelle fumée !.. J'en étais tout jaune... Je pris le dessus; mes couleurs sont revenues; el^ quoique j'aie eu du mal à mettre de l'ordre dans mes boyaux, je lais des plaisanteries, et je ris au milieu de mes tranchées à ventre déboutonné.
L'on plaît toujours aux Français avec de la {jloire. Si cette lettre peut vous aider dans votre état de siéfe à vous autres du juste-juilieu , servez-vous-en j elle n'a pas été faite à d'autre intention.
Adieu, papa; vous devriez bien nous envoyer votre jjrand-marécha! pour rafraîchir les derrières de l'armée.