‹ [Les Cancans]Chapitre 37 sur 297 · LE LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN

ou LB FESTIN PATRIOTIQUE.

Les balles ne sifflent plus , le canon a cesse' de gronder, des cris de triomphe se font seuls entendre... ; nos sauveurs raetteot la tête hors des soupiraux de leurs caves, respirent plus à l'aise, osent même se montrer dans les rues. En fouillant dans la^boue des barricades, ils trouvent je ne sais quoi de tricolore, reste informe des voiles du moulin à vent de Jemmapes. Aussitôt mes braves hissent avec suffisance ce rhiflon , improvisent'une monarchie domestique , bâclent une Charte à leur usage et convenance, et crient à tue-tête : France ^ admire ton ouvrage!...

Grand fut IVtonnement de celte pauvre France en apprenant , deux jours après , par les conducteurs de Laffitte et Gaillard, que c'était elle qui, sans^s'en apercevoir, avait fait tant et de si belles choses.

D'abord elle se frotta les yeux , s'imaginant qu'ellejrêvail ; puis elle eut envie de niev le (ait; puis enfin , entendant retei;tir les mots de gloire ^ de liberté^ Ae programme ^ d' économie ^ de gouvernement à bon marché^ elle se ravisa, et dit : « Voyons un peu ce que tout cela deviendra ! » Ayant dit voyons un peu... elle vit cfFectivcment une joyeuse assemblée de doctrinaiies, plus pansu l'wn , plus pansu l'autre, qui s'e'taient installes che^ elle, et a^sis sans façon au grar,(< festin i\e» places et desdigmte's ; ils s'en donnaient à bou( he que veux-tu; ils se trouvaient tellecaenl en appctit , qiie les plats ne faisaient que paraître et disparaître devant eux ; on les eût jiris pour des Gargantua, tant ils y allaieot à h-eJles dents. Il est vrai que la -cuisine était bonne et copieuse : c'e'laient de gros budgets à la sauce piquante, des bois de l'Etat à 1 1 maître-d'hô'el, des rentes de toute nature en papillotes, une énorme liste civile à la bourgeoi>ei une petite guerre au coulis d ocrevisses , une vairie aux cornichons , ot force misère au naturel : ensuite venaient , au second service, un ordre public à la tartare, une stricte

Justice au beuiTe noir , une Charte-vérilé panée et frite , «ne paix à la sau^e anglaise avec des tJlets mignons; puis une liberté au court-bouillon, escortée & impots merveiiieuseroent engraissés au gro> sei ; et enlîn, às^nsXe jiiste-miUcii de la tabfe s'élevait un gros clindun }?.rçi d'or, entouré d'une quantité' de mauviettes et de petits pitrds.

Nos doctrinaires faisaient chèie de procureur, et buvaient force rasades à la santé de leur cn'dule hôtesse.

Or, cette bonne holesse, c'était la France elle-même ; on faisail bombance à ses dépens, en riant des mystifications qu'on lui faisait.... Mais rira bien (|ui rira îe dernier.... lîiJe était ià , elle voyait tout du coin del'fti!, et prenait des notes à la sourdine; en sorte qu'un beau matin elle protesta contre l'orgie ministérielle et doctrinaire, refusa l'impôt sur quelques points, s'ameuta sur d'autres , s'abstint des élections presque partout, témoigna son vif méconteritement, s'avi-a enfin d'avoir une autre volonté que celle qu'on lui apiorle fîe Paris par la malle-poste ou par la diligence. Je ne sais ce qu'elle fera de cette volonté ; mais convenez , messieurs les gastronomes , qu'il est cruel de payer la carte d'un festin auquel on n'a pas goûté, et qui vods est remise un beau matin par un préfet que le juste- milieu a tiré <les clubs et des tabagies de Paris, pour vous régenter à sa guise. La France n'est pas faite pour qu'on se goberge à ses dépens. Un jour viendra oîi , lorsqu'elle voitdru donner un repas, elle saura bien le commander, et taire elle-même ses invitations.

LES EFFETS SONT PAREILS QUAND LA CAUSE EST LA MÊMi:.

Ils ne cessaient de dire que l'histoire calomniait la reVolution .... elle , si féconde en vertus, si prodigv;t; en bienfaits I — Et ces millions de victimes! ce sang , ces bourreaux , ces têtes royales, la famine^ le maximum, les assignats ! — Oui, ce sont de fâcheux accidens d'une ère de renouvellement et de bonheur. Mais, Toyez derrière eux ces grands hommes, ces aigles d'éloquence, ces génies! à leuis pieds tombent eu poudre tant de honteux privilèges, tant d'instrumens d'oppression livre's jadis aux mains de l'incapacité ; tant de titres surannés qui nourrissaient lorgueil de quelques millier» de fainéans coirompus ; tant d'abus, tant d'usages absurdes et de préjugés golhir|Ues! !!

Et les voilà rasemblanl tout ce qu'ils rencontrent de vieui débris de la vieille révolution , dont ils préparent une seconde édition. —Ah! te voilà encore, mon vieux! Quoiqu'(U) peu

ganache, tu sera le pilier, la pierre angulaire de l'édifice

As-tu ici jours ton cheval ? Tu sais, ton cheval populaire, à la

couleur fi'oilale — Il est mort; il fit trois fois dans un jour

le chemin de Versailles sans manger l'avoine. — Les chevaux de

roucoiis le font dix , et ne meurent pas. — C'est qu'ils ne portent pas de he'ros de mon poids. — De ton poidi!.... e'u bien, soit, Im ira> à pied comme le faubourien — Et toi, quoique lu me caches ta vieille c;innagnole sous de beaux habits de cour, je te reconnais ; lu < s aussi de ce bon (euips. Jeune aiors, tu parlais de'jà en grand liomnie. Il faut encore des lanternes ! ! disaislii à l'Assemblée. Viens, celte gloire le suHit ; ton nom feia le

reste El cet autre , n'e'tait-il pas au sie'ge de la Bastille? —

0»ii . oui. — Vieiic , frère; mets la cocarde et ton bonnet

Sublime!!! Mainieîiant , oh est le peuple? — Il liavaille. A

lui toujours le travail et l.i peine! — Diles-lui qu'il est souverain.

Et le peuple accourut , essuyant la sueur de sou fion.t , de peur

de gâter sa couronne La joie fut grande; on n'entendit pas

les eris des mourans , les plaintes des blesses ; on ne vit pas le deuil des mère.-), le desespoir des épouses, les larmes des amis; on enterrait les morts pour ne plus y songer; ou criait pour e'touffer les plainle^ ; on chantait pour ne pas penser. Mais cette fête n'eut pas de lendemain ; le soleil s'est chaque jour levé moins brillant; ceux qui avaient soif de gloire n'ont eu que de riiumilialion ; ceux qui voulaient de l'or n'ont eu que de la misèie ; ousceux ([ui aimaient la France ont mis un crê[-e au bras. L'ouvrier, confus, tourne son œil humide vers l'atelier qu'il a quitte' pour devenir roi. 11 y a eu dans tout cela des cris, du sang , des larmes! Puis la détresse , bientôt la servitude.... Ah! c'est comme à l'autie.. .. l'histoire avait raison!

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