LE MOUCHARD
On sonne à ma porte, j'ouvre; un homme bien mis se présente, je le fais asseoir. « Monsieur, vous faites des cancans? — Oui. monsieur; et qui n'en fait pas aujourd hui? — Oh ! sans doute ; m;iis, j'entends, vous en laites imprimer? — Oui , monsieur. — Ma foi, ils sont fort jolis, le dernier numéro surtout: oh ! la chanson du Chien est impayable. — Vous trouvez ? — Savez-voiis que je tremble qu'on ne la saisisse; elle emporte pièce. — Mais je te vois pas cela ; c'e..t simplement une plaisanterie sans but , sans inlenliou. — Oh ! cela vous plaît à dire. Allons, l'aliusion est claire. Du reste, vous faites bien; il faut liapper ferme sur ces mi-ér.ibles-là; ils nous font tant de mal ! — Monsieur a aussi à se plaindre du juste-milieu? — Comment, monsieur, si j'ai à m'en plaindre! J'c'tai, attaché à l'ancienne cour ; Madame était remplie de boules pour moi ; la plus iieile perspective m'était ouverte. O maudite révolution , comme elle ma maliraiié! Heureii ement, tout espoir n'est pas perdu, et je viens de recevoir Lnie lellre (à demi-voix) de là-bas. — Ah, ah, (l'Holy-Kood , sans doute? — Justement. Oh ! nous nous entendons à merveille. II paraît que ça marche Mais vous
derez en savoir quelque chose? — Pas le moins du monde. — Eu ce cas, je vais vous mettre au courant. ( Plus bas) Apprenez (Jonc qu'avant quinze jours la rej^'ente et sou fils — Eh
bien .' — Doivent débarquer. Tenez-vous prêt, je vous eu avertis. Oli! c'est qu'il faudr.i se montrer. »
En ce moment cnJre un de mes amis; l'inconnu, en le voyant, prend son chajjean , et décampe.
« Sais-tu quel est cet homme? me dit mon ami. — C'eçt an, mouchard. — Qui te l'a dit? — Personne, je l'ai devine. — Et moi, j'allais te le dire.»