A M. LE RÉDACTEUR DES CANCANS
Vous ne trouverez pas mauvais, njonsieur, qu'un homme du juste-milieu, et qui, à ce titre, jouit souvent du honheur de s'asseoir à la table du grand Casimir , juste-milieu incarne , vienne en toute charité vous exhorter à ouvrir les yeux sur votre conduite. Vous dites sans cesse des verite's insupportables dans un gouvernement comme le nôtre : elles rendent palpables les petites fourberies, les patriotiques impostures que nécessitent les circonstances ; vos Cancans .'burmillent de révélations i'i portunes, qui sont autant de crimes de lèse-minJstres ; enfin, tous vos efforts 'ne tendent à rien moins qu'à de'senctianter le peuple , et à lui faire entendre que des vessies ne sont pas des lanternes.
Quel desastre, si vos projets se re'a lisaient ! Quel malheur pour la patrie . si vous par"eniez à vos fias ! On ne voudrait plus de re'gime sous lequel nous vivons ! la simplicité des prétentions politiques de nos amis ; leur admirable de'voiiement pour la France, l'honneur du nom français, si bien de'fendu par Sébastiajii , la prospérité du commerce, si bien assurée par d'Argont ; les progrès prodigieux du crédit public; la joie enivrante de nos ouvriers tellement enrichis par la révolution , qu'ils ne font plus rien, et tant-d'aulres bienfaits de nos glorieuses journées, qu'il serait trop long d'onuratTer : tout cela disparaîtrait I... D'ailleurs, quelle ingiatitude de votre part! Si toute la France retentit de vos cancans, si tout le monde rit tie vos lazzis et de vos épigrammes, c'est à ce gouvernement bienfaisant que vous en êtes redevable; les cent bouches de la renommée fussent restées muettes sur votre compte, s'il ne vous avait forcé d'écrire en vous destituant. Croyez-moi, monsieur, rentrez dans la Ixanne voie : venez participer aux faveurs dont jouissent les journalistes qui chaque jour nous encensent. La table de nos excellences TOUS est ouverte i et, soit dit eu passant, elle est assez bien .'■crvie, sans^compter les miettes qui en tombent de temps en temps. Or, ces miettes, savez-vous ce que c'est? écoutez :
Si vous pensiez que remplir votre ventre tons les jours de votre vie à côté de tant de braves gens qui ont abandonné géuéreuhcmeat une famille vermoulue, une «lynastie qui avait eu l'impudeur de les combler de bienfaits , fût troo p. u de chose pour votre mérite, nous aurions à vous offrir une petite préfecture , ou une place de procureur-général , ou enfin toute autre charge de peu de travail et de gros rapport. Un homme qui fait des cancins tels que les vôtres peut viser à tout. Voyez l'aticien
récfacteiiv du Figaro se pavanant dans sa piëfecture. L'eau ne vous en vient-elle pas à la bouche ? Dans ce bon pays de France, on peut, en suivant de 'nobles traces, vendre aux enchères son indépendance, sa liberté, son honneur, etc. Nous en avons de beaux exemples sous les yeux. Voici donc, monsieur, quelle serait la marche à suivre pour mériter qu'une excellence daignai jeter sur vous un regard de bienveillance (et vous pouvez pre'sumer cosnbien pent être lucratif un pareil regard ) : vendez vos Cancans à la manière de tels, tels et tels journaux , ))roclaniezefîronte'ment votre indépendance, votre he'roïsme de caractère , votre puissance de volonté*, et votre fortune sera t'aile. J'ai l'honneur d'être, etc.
Le Plat, intendant de toutes les cuisines du ministère, rue du Bon-Marché , place des Dupes , tout près de la rue de la Misère.