COURS D HISTOIRE
Aujourd'hui, messieurs et mesdames, je vous l'avouerai» je suis fort embarrasse' pour remplir mes huit pages. D'abord , pas le plus petit mot pour rire ; pas seulement un propos , pas un misérable cancan. \je juste- milieu, qui ordinairement fait tant de frais pour nous amuser, est d'une maussaderie , d'ime , monotonie assommante. Voici déjà vingt-quatre heures qu'il n'a pas fait de nouvelles bêtises, rien que ses bêtises ordinaires , qui sont devenues tout à fait triviales à force d'être répétées depuis nos glorieuses. C'est un vrai guignon. Si cela continue, nous sommes perdus nous autres pauvres cancaniers, qui ne vivons que des sottises d'autrui.
Et cependant gardez-vous de m'accuser de négligence. Pour suffire à vos besoins, j'ai couru, Dieu le sait ; j'ai battu le pavé à droite , à gauche , interrogeant le tiers et le quart. Que dit-on d'intéressant?.... Savez- vous comment vont les choses?... Apprenez-moi enfin quelques nouvelles Rien, partout rien !
c'était désespérant: Encore, me disais-je, si notre roi-citoyen avait quelque revue à passer : sans doute , en me rendant sur les lieux , je trouverais de tjuoi gloser ; on y rencontre toujours des gens mal appris qui ne veulent pas ôter leur chapeau , et des gendarmes bourrus, transformes par le juste- u)ilieu en professeurs de politesse , qui vous décoiffent les gens à coups de baïonnette pour gagner leur argent.... Puis des disputes s'engagent, de piquantes vérités jaillissent de mille bouches que la faim rend éloquentes et spirituelles. Pendant ce temps, sa majesté passe devant vorij.; alors ou entend des gens, cpii portent la canne et l'épée , dire avec affectation , et en che-i ch uit a produire de l'écho : «Oh! qu'il est beau! qu'il e^t bien portant !.... Voyez donc comme il «.ourit agréablement!.... comme il esjt
poli ! toujours, en tonte occasion ! Chapeau bas ! » Le ftiit est qu'il n'atlenH pas que des gendarmes lui ôtent son chapeau.... Bas, toujours bien bas, c'est son attitude favorite. Si même quelque vétéran de la révolution laisse tonïl>er le sien, il s'empresse de le ramasser, et de le lui rend' e.
Le grand Lafayette reçut un jour cet honneur; et à dire ▼rai, c'e'tait ma foi bien juste. Quand on a donne' une coui-onne à quelqu'un, comme s'en vante l'homme des deux inondes, fait-il trop, le prince qui vous la doit, en relevant votre chapeau ? Qu'en dites-vous, messieurs et mesdames?
Mais raisonnons un instant Lequel pre'fcreriez ^ vous du
chapeau ou de la couronne?. . Pour moi, j aime encore mieux iriou' vieux chapeau de vaincu qu'une couronne toute neuve, " lïit-elle citoyenne , fût-elle bourgeoise, et m'eût-elle cté, comme dit Chateaubriand, du haut cVune fenélre , lancée à la tête avec un pavé; ce qui, du reste, à mon avis, ne pourrait que Ja rendre plus pesante et plus diflicile à porter f>onr ime tête aussi légère que la mienne....
Non, non, point de couronne; ça m'irait mal, comme à vous, comme à bien d'autres.
Vx puis ça ne convient pas à tout le monde : certaines gens eussent mieux fait de ne s'y pas frotter; vous comprenez bien que je parle des usurpateurs... M. Persil , la colère vous monte au front ; calmez-vous : ce n'est que de l'histoire, et de l'histoire ancienne. Or, comme l'histoire n'a rien à de'méler avec les re'quisitoires d'un procureur-général à pied ou à cheval , messieurs et mesdames, à défaut de cancans , faisons de l'éi'udition.
J'ouvre donc mon livie , et je lis : «Philippe, usurpateur, homme de basse naissance (quelr|ues-u:is le disaient pelit-hlsd'un cocher, d'autres lils d'un guichetier), fit luer Gordien par des soldats , l'an 249 1 et s'empara de l'empire- Je ne vous dirai pas toules les fêles qui eurent heu à ^on avènement; je ne vous parlerai m des illîuninations ni des feux d'artifice, vous savez ce que c'est qu'un enthousiasme de quarante-huit heures : mais je vous dirai que peu de temps après on lui coupa la tête, ainsi qu'à son lils, par ordre de Decuis, qui lui succéda — Terrible exemple! «Ne faisons pas aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît. » Passons.
« Jj'..n 238, Maxunien, élevé à l'empire par les troupes révoltées, fut mis à mort; ainsi que son fils, par les mêmes troupes, et leurs tèles furent reçues du peuple au milieu des re'jouissances publiques. » Et de deux I
«L'an 'i5i, l'usurpaleui Decius fut mis à mort par Gallus , chef des troupes ; sa mort , ajoute f historien , fut regardée comme une punition divine. » E' de trois!
•i L'an 253, los sol lats révolte'» '.U'.TOtit !es empt^reurs Gallu<
çt Volusien son fils, pour élire Emilieu , qu'ils firent périr au bout de (juatre mois. » Après cela, fiez-vous à des révoltés! Et de quatre!
«L'an 269, l'empereur Valérien , qui avait usurpé l'empire, fut pris par Sapor , roi de Perse, qui se servit de lui comme d'un marche-pied pour montoJ* à olieval , et le fit ensuite écorcher et mettre dans le sel. » Et de cinq.
« L'an 353, Maxences'étant révolté contre l'empereur Constant, se fit élire à sa place; mais vaincu fleux lois par un général resté fidèle à son souverain, il se tua lui-même à Lyon. » El de six !
« L'an 365, Procope se fit proclamer empereur à la favc'ir d'une révolte; victorieux d'abord, il fut vaincu ensuite, et sa têie futenvovée à Valens, que la crainte avait décidé à abdiquer. » Et de sept.
«L'an 4^3, Jean, lieutensnt-général de l'Empire, secondé par un chef de l'armé 2, s'empara de !a couronne, fit dépouiller les églises, et juger les prêtres par ses tribunaux. Son usurpation ne fut pas longue. Surpris dans Aquilce , il eut la tête tranchée, et le trône revint au prince hgituue. » El de huit.
«L'an 455, Maxime excita les mécontcns à se dcfaire de l'empereur Valentinien , et parvint ainsi à s'emparer de .-ou trône. Quelque temps ap.- .s , le; anciens serviteurs de Valeutinien, indignés de sa lâcheté, le mirent en pièces, et le jetèrent dans le Tibre. » Et de neuf.
« L'an 477» Basilique usurpa le trône de l'empereur Zenon , persécuta les chrétiens, et vingt mois après fut renverst; par le même Zenon, qui l'enferma avec sou épouse dans un château muré, où ils moururent de faim. » Cuconstance qui devrait, ce me semble, dé<^oûter des l'.hâteaux Et de dix.
• L'an 53 1 , Géliroer détrôna Hilderic , auquel sa naissance l'appelait à succéder, se rit des représentations des rois alliés d'Hikieric, fut vaincu, et attache' au char du triomphateur. » Et de onze.
i( L'an 6q8, Léonce usiu'pa l'empire en se faisant proclamer par des soldats; mais peu de lempsaprès, un autre ambitieux lui fit couper le nez et l'enferma dans un mouastèic. » Et de douze.
«L'an 712, Nicéphore ayant usurpe' le sou veiain pouvoir eo renversant l'impératrice Irène , se mit à dépouiller les églises et à persécuter les chrétiens, en disant qu'il se conduirait mieux que ^es prédécesseur». Quelque temps après , les Barbares buvaient du schaps dans son crâne. » Et de treize.
Maii je m'aperçois que noire cours d'histoire serait trop long , messieurs et dames, si je persistais à vous faire l'énuniération complète des usurpatetus de tous les siècles et de tous les pays, qui Ions ont fini misérablenienl leur vie J'aurais cq)er»daut
été bien aise, en continiinnt mon r^cit , de tous faire arriver jusqu'aux rochers de Sainte-H'Jlèn'i , paur contenapler avec vous celte grande justice de la Providence , qui tôt ou lard s'appesantit sur eux , quelle c\ue soit d'ailleurs re'tendue de leur puissance ou de leur génie ; mais ce sera pour une autre fois. Aussi bien , d'un moment à l'autre, nous pouvons avoir de nouveaux exemples à mettre sous vos yeux qiii vous intéresseront bien davantage.