‹ [Les Cancans]Chapitre 60 sur 297 · DIALOGUE ENTRE DECX PARASITES · texte numérisé non relu

DIALOGUE ENTRE DECX PARASITES

i'"' parasite. — Mon Dieu ! mon ami , je crois que Son Excellence n'a pas daigne s'apercevoii' de nos saluts profonds et réitérés '.'

1^ parasite, — Vous m'en voyez tout e'mu... Hélas 1 pas le plus pelit coup-d'œil !

— Cependant, ces petits cou ps-d'œi!-Ià font tant de bien!... Et moi qui comptais sur un dîner , ce soir, pour glisser un mot en faveur de mon neveu le préfet et de mon gendre le procureur du roi!

— Quelle ingratitude !

— Ne parlez pas si haut !

— Dieux , vous avez raison !

— [Haut, avec intention, et d'un ton piteux.) J'aurai sans doute mérité ma disgrâce ; mais mon repentir, ma soumission, mon obéissance.... Je vous jure que je n'ai jamais été si docile à ses moindres volontés. Encore hier ne me suis-je pas levé de toute ma hauteur en faveur de l'impôt?

— Quel impôt donc?

— Ma foi , je u'en sais rien; c'était un impôt toujours : et, je m'en souviens , il y a eu même en moi spontanéité , élan , oui, mon ami, élan de patriotisme.... Mais je compte sur vous pour m'aider à rentrer dans ses bonnes grâces. Vous direz un mot à Son Excellence, n'est-il pas vrai?

— Ah! oui , vous vous adressez bien ! Il ferait bon que j'allasse m'y frotter , après la scène d'hier soir !

— Gomment! vous auriez également encouru ses froideurs?

— Au contraire , mon ami , au contraire , Son Excellence a été envers moi d'une chaleur toute particulière.

— Allons donc! elle vous aurait injurié?

— Mieux que cela !

— Eh quoi! maltraité?... un soufflet peut-être?

— Mieux que cela!

— Oh!!!

— Un coup de pied au ....

— Juste-milieu ? Quel affront i

— Aussi me suis-je retourné lestement pour loi rendre

— Je frémis !

— Pour lui rendre... grâce, ninis avec la re'serve et la dignité convenables.

— J'entends , car enGn il faut bien lenir à quelque chose.

— Sans cela , vous concevez

— C'est comme moi. IV'ctaient la pre'fecfure de mon neveu, la charge de procnieor du roi de mon gendre, les mille et un petits intérêts de i'amille....

— Eh parbleu , c'est bien cela ! Je suis à b veille aussi d'obtenir la fnmeiise nourriture que vous connaissez... J'ai même encore en vue certaine entreprise dont les avantages sont incalculables. 11 ne faut pas pour un oui , pour un non , jeter sa fortune au vent... Mais j'aperçois Son Excellence qui monte à la tribime ; elle a l'œil sur nous, tenons-nous bien.

— Un mot encore . Pre'venez-moi quand il sera temps de me lever, je vous en prie ; que je n'aille pas commettre quelque nouvelle l)évue. C'est toujoiu's mon diable d'estomac... j'ai la digestion si paresseuse... et ])uis, au dc'jeûner, j'ai arrose' de tant de vin de Champagne les truffes du direcleur-gene'ral , que je suis capable de m'endormir au discours de 1 Excellence. Mais tenez , faites-moi le plaisir de me pincer, si par malheur cela m'arrivait.

— Vous pouvez y compter.

[Son Excellence monte çi la tribune, et le premier parasite s'endorl. )

« Messieurs,

« La patrie est heureuse et florissante... Grâce à mes soins, M l'ordre règne à Lyon comme partout , et le brouillard s'est « promptement dissipe'. Cependant , pour compléter notre fe'li- « cite' à tous, il ne manque plus qu'un petu budget provisoire « dans le goût de celui de l'année dernière- Je compte sur votre « de'siuteressement, sur votre patrioùsrae, sur votre de'voûment, « sur le secours de vos lumières, pour qu'il soit vote' sans res- « triction. » Au centre : [Bravo! aux voix ! aux voix!)

« Attention ! s'écrie alors Son Excellence en descendant de la tribune, et jetant un regard expressif aux budgëtistes; attention , vous autres! » a ce signal, cette honorable partie de l'assemblée, retenant son haleine, le cou tendu, l'oreille attentive , n'attend plus que Tordre du maître. Le parasite vigilant pince energiquement son confrère, qui s'éveille en sursaut et jette un cri qui , retentissant dans toute la salle , fait lever les de'pult's par im mouvement spontané. « Restez debout! » s'e'crie l'adroit ministre.... Et à la faveur du quiproquo, le budget passe à une grande majorité'.

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