‹ [Les Cancans]Chapitre 68 sur 297 · LA SOCIÉTÉ EST PERDUE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ EST PERDUE

Le ministère , place comme la pylhonis>e fcui im trépied «l'or, palpite, frémit , ge dchat , et lulte inutilemenl contre l'esprit de ve'rite' qui l'obsède. Que de paioles proplu'tiques se sont dcjà comme involontairement cchappces de ^es lèvres;

Qui peut se rappeler sans effroi ces mots funestes d'un ministre, recueillis par une oreille indiscrète, et rc'pete's à toute la France par les journaux :

« Nous reverrons (want peu le règne de la terreur...., je « m'attends a être guillotiné un des premiers ; mais vous, c messieurs {de l'opposition), vous porterez, /'eu de Jours « après, votre tête sur l'échqfaud! »

Aujourd'hui les oracles de la fatale sibylle An juste-milieu ne menacent plus seulement le:> per.vonnes, c'est du monde entier f]u'ils prophétisent la ruine. Nous sommes menaces , s'ccrient-ils , d'une dissolution prochaine. La société est perdue ! ! ! . . . La société est perdue/ Achevez, aclievez, l'unesles aui,'ures; nommez ie coupable qui In perd , montrez la main inhabile qivi hâte sa ruine... Ils se taisent ; eh bien! moi, je vais parler —

Oui , la société' est perdue, quand ceux qui sont ch:irgè.s de la conduire ne méritent ni la co.iliance ni re;time du peuple ;

Quand le sanctiîaiie d'où émanaient les lois n'est plus (pi'un théâtre ouvert à la risce, où l'on vient échanger le mensonge et l'injure ;

Quand l'e'toile dcN braves, les insignes re'scrvés à l'honneur, prodigue's avec une profusion scandaleuse, deviennent le prix (i'actions cju'on rougit d'avouer;

Oui, la société est perdue, quand le dévoucmenl des troupes s'achète au poids de l'or;

Quand le sang des citoyens , versé pour un parli , trouve sa récompense;

Quand les têtes de gens d'honneur sont ailles à prix ;

Quand le pouvoir donne mission à la police de corrompre pour s'introduire dans l'intérieur de^ famil!e>;

Quand il fait assommer les citoyens qui l'ii sont odieux ;

Quand il démoralise sy;)témati([uement p;ir tles écrits scandaleux, pai- des gravuies et des représentations obscènes;

Elle est perdue quand la icîigicn nationale est persécutée par par les chefs de la nation ;

Quand les va.ses sacrés sont vendus à l'enchère , et (pi on liaficiue du sacrilège;

Elle est perdue quand on .se joue des .sermcns ;

Quand le divorce, ce parjure civil légitimé, trouve lui appui , une sanction dans les lois ;

Quand on proclame hautement, du haut de la tribune, que l'or fait l'hoiiiiéte homme ;

Elle est perdue quand un jury, qui vient d absoudre par conscience, se voit i'oicé de revenir de son jngeuicnt aux cris d'une raulliUule de forcenés, et condamne p; r peur

Elle est pen ue quand la morl du dernier île* Condés reste douteuse, et etjsevelie dans l'onibre !

VISITE DOMIClI.IATRf.

F;iilc? 'In bien aux malheureux, consolez les afïhf^cs, soyez; Gotnine la féconde Provideiu e «le tons les inlorfune's , vous en recevrez la récompense clans une aufre vie; mais dans celle-ci, gare le juste-milieu !

« Au nom du roi-( ifoycn (c'était à une portière «jue ces mots s'adressaient hier matin) , no\is venons faire visite, fouille, perquibilion chez l'abbe' de B***. — Ah ! messieurs, c'est un si bonnét'î homme que M. Tabbe! vous vous trompez, sans doute? — Non, non, nous ne nous trompons pas. — Et moi, messieurs, je vous proteste qu'il ne fait que du bien h tout le monde. — Et cjue nous importe! — Encoie ce matin , devant moi , là , sur celte porte, plusieurs pauvres le be'nissaient. — Assez, assez, indiquez -nous sa demeure. — Ah! mon Dieu, vous le voulez donc absolument? — Oui, sans doute, dépêchez! — Eh bien, messieurs, montes au cinquième c'tage au-dess ts de l'entresol , la petite mansarde en tournant, la porte en lace. — Comment î c'est là-haut qu'd demeure? — Oui, messieurs. »

Le commissaire monte, et, tout haletant, atteint la mansarde, frappeà la porie; personne ne re'pond. «Allons, dit-i! , forçons la serrure. » De'ià un ouvrier est mande... «Halte-là! messieurs , s'écrie un voisin que le bruit avai.t attire'; je m'oppose à cette violence. — • Qui êtes- vous.' lui demande un des agens, qui portait moustache au nez et ruban bleu à la boutonnière.— Je suis, re'pond le voisin, Tarai dévoue' de l'estin)abie suspect chez lequel vous voulez vous introduire d'une mai ière illégale; je suis encore capitaine de ia garde nationale, et décore de juillet.» A ces mots, les gens du roi s'adoucissent, et l'esécution du mandat est retardée de deux ou trois heures, c'est-à-dire jusqu'à l'iirrivce de l'abbé, qui, ayant pour habitude de consacrer ses visites aux pauvres, ne compte jamais ses heures. Bief, la visite eut lieu dans les formes usitées par la liberté citoyenne; et ce qui surprendra étrangement les jobards, c'est qu on n'a trouvé chez lui ni poignards ni pièces de canon : seulement un gourmand du voisinage, voulant profiter de l'immunilé in(|uisitoriale pour ss mettre en recherche d'excelîens pruneaux dont il avait entendu parier, crut mettre la main sur la précieuse boîte; mais en l'ouvrant il ne vit... le dirai -je?... qu'un instrument à l'usage du jiisîe milieu, dont il fit hommage à ces nKiSi'iei\vs.{Hisloriquc.)

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