LE CONTRASTE
On danse aux Tuileries, on danse au ministère! Quelle joie pour la France Mais les victimes de la tyrannie , les malheureuses victimes du despotisme! ah! c'est bien dilïérent! Un matin, on arrache un homme à sa famille, à ses enfans; oa le J2tte dans un cachot : que voulez-vous? il gêne; il a le malheur de croire à la charte-vérité, et il écrit toujours; c'e^t son crime. Le voilà au cachot. D'abord, il se met à rire. Remarquez bien qu'il commence par rire, parce qu'il croit à la charte-
(1) Si mon époux avait été un tyran, je ne serais pas ici , ni vous non plus. (Marie- Antoinette à ses bourreaux.) — Si Charles X avait été un homme sanguinaire , il ne serait pas clans l'exil ! ! !
voritc. Il est mis au secret; puis iransfcre à vSainle-Péla^jie. Il voit une foule de gens rnii sont là (iepiiià six ou hiiil mois sans savoir pourquoi Us gênaient dans le monde, voilà tout.
Le premier jour, un prisonnier meurt de chngrin ; il demandait des jnges, et on ne lui donnait que des agens de police, des gendarnies et des fers 11 est mort ! ! !
Le second jour, un autre pri'ionnier se coupe la gorge de de'-
sespoir. Il demandait aussi depuis huit mois des juges
Pourlant il aurai', attendu ; mais sa femme et deux petits eniàns erraient sans pain sur le pave de Paris Il est mort! ! !
Le Iroisièn e jour, un prisonnier perd la tête 11 criait
depuis long-temps : a Donnez-moi des juf^es Bah ! des juges;
attendez donc, il n'y a encore que hi.it mois rjue vous êtes
là Combien faut-il y être de temjjs pour moiu'ir?.. M- Gis-
quct le iait bien. Cependant, pour se distraire, Thomme qui croit à la tharte-veriiê demande un journal; il voit cju'il y a eu bal à la cour, et que toutes les giandcuis nouvelles ont bien dauic'. Aussitôt cet homu)e, qui cioyait à la chartf>vcrite , cesse d'y croire ; et reportant les yeux îur les deux cadavres qui sont à ses côtes, il dit, avec un lire co'.ivulsil , et en versant des larjiies de feu...., «Ils ont dausc sur un abîme ! ! ! »
{^liistorique.)
ILS SONT SORCiEBS.
Voyez-vous celte ville eu pleuis; c'c.n Ecvcleaux. Ou vient d'y annoncer l'assa^Muat tl'un prince a-loi ■. Cependant le prince se porte bien. Le voilà qu'il dit à sa chère Caioline : Dans trois jours nous irons à l'Opcra. — <, ue dites-vous; et l'on savait cela trois jours avant à Bordeaux? Diable! — Diable! vous dites bien , c est qu'ils sont sorciers !
— Voyez-vous cet homme à cheval (jui passe une grande revue, il annonce aux soldats que tel jour les Polonais ont clé vaincjueurs. — M, is, quand la nouvelle serait vraie, elle ne pourrait êl.re encore parvenue. — Comment cela se fait-il? — C'est qu'ils sont sorciers !
— Voyez-vous les pauvres Anglais, comme ils sont effraye's du danger que nous; avons couru a cause dune conspiration ([ui n'arrivera cpie demain dans les tours Notre-Dame. — Comment le savent-ils i' — C'est qu'ils ^ont sorciers !
— Voyez- vous ces banquiers à table , qui chantent la chanson du peut cousin gt;r:naiu? — Ils oui donc lu dans l'avenir? — C'est bien malin , quand on est sorcier.
— Voyez-vous ce grand peuple qui ne pouvait supporter le plus petil regard d'iuuniiiation , et que ces hotpmes fo:it mettre à genoux? — C'est incroyable ! — Je vous jure cju'ils sont sorciers.
— Voyez-vous cette somme d'or entasse ? il y aurait de quoi nourrir le monde entier pendant plus d'une année. EU bien ! elle suilit à peine à ces quelques hommes noiis que vous voyez devant vous. Mais pourc[uoi vous en clonncr ? Ae sont-ils pas sorciers ?
— Voyez-vous ce boukl tic canon qui a lait trois fois avilant
tle cïïemjn qu'un autre poïir î»rri-ver à Neullly ? — Ça ne se peut paê. — Encore an coup , monsieur, ils sont sorciers.
— Vovez-Tous ces niedailles cnlcrces avec orcîre, choix, au flambe3ii et au milieu d'une garde nombreuse? Ou ne conçoit pas, ditp^-TOus? Je Vais vous le dire tout bas à l'oreille; ils sont
— Voyez-vous ces joueurs de TîoMise, comme ils se hâtent de vendre leurs rentes ? Le caissier du Tre'sor vient d'enlever la caisse : ori n'apprend cette l>oiuie noiivelle que dans deux ou trois heures; mais eux la savent déjà, et ils en proKtcnt en bons sorciers.
— Voyez-vous cette foule d'iiommes qui e'crivent dans un coin à\i salon .' ils annoncent que des fléaux sans nombre vont pleuvoir sur leur patrie ; que les étrangers, dc'bordant de toutes parts, vont fondre sur elle pour la ravager. On ne veut pas les croire : mais on a tort ; car, à leur tour, ils «ont sorciers.