PARIS
Mon ami , j'accours à Paris foutexrirès pour voir cette grande ville, pour jouir des agrcmens nombreux qu'on y rencontre, pour être te'troin de ses pompes, de son luxe, de ses p!ai.-irs, pour admirer enfin la ville-reine, avec sa couronne de ;alais et son mantraii royal de tentures <!es Gobelins et de la Savonnerie. Ah! il y a long-lemps que je soupirais aprùs ce bienheureux voyage! Qu'il me tr.rdait de contempler de près toutes ces merveilles dont en me faisait uu si riant tableau! EL bien! tu ne me reponds rien, lu reaies froid devant des projets qui m'en-
chanlent Tu soupires. Qu'y a-t-il donc de eouveau?
— Mon cher ami , je vais t'aiïliger Ce Paris, que tu viens
chercher de si loin , celte brillante capitale du monde civilise , ce grand théâtre de la fortune et des plaisirs.... — Eli bien?
— N'existe plus! il n'y a phis de l'aiis, mon ami; plus de
Paris pour l'amaieur des arts; plus de' Paris pour l'homme de luxe et de représentation; plus de Paris pour le jeune voyageur avide de sensations , de spectacles , de niouvemens , de fêles; il ne reste de lui qu'une ombre, un s<]uelette hideux qui a honte du nom qu'il porte , et cache sa figure sous les haillons de la misère. Hehs ! mon ami , la re'volulion de juillet a creuse' l'abîme dans lequel la prospc'rite de îa France vient incessamment s'engloutir! Chaque jour voit se de'tacher quehjue partie de ce grand e'difice, et c'est ici surtout que la plaie est horrible à
voir.' ! !
Le commerce, qui le premier a jeté le en d'alarme, tente vainement, par toutes sories de sacrifices, de ranimer la confiance; elle lui exhappe toujours; les banqueroutes se succèdent avec une effrayante rapidité' , et avec elles, la misère multiplie ses ravages. Tu verras nos quais couverts d'une foule inuor.ibrable d'ouvriers au teint hâve, aux membres dechaïue's ! Ilelas! ces malhcLveux qui, avant la révolution , jouissaient fl'une existence ai.%c'e,se trouvent maintenant réduits pour exister à implorer la pilid du iabricant qui p^SsC, houleux de sa propie ruine!....
Tu viens à Paris poru' tes plaisirs, dis-tu! Mais, n.o:i ami , tu ferais de vains etiorls pour y parvenir. Dans quel lieu te menerais-jetjui ne porte la Irlsteemprciniedu mal tpii nous de'vore! To(rtes nos promenades restent dcscrtes depuis qu'elles sont iD« feetces de la horde assassine que la police lance aux trousses de tous les passans!....
Nos spectacles sont devenus l'ccole de la licence la plus cliontce ; un peuple abâtardi vient !à p^ur aLhever do se corrompre. Où veux-tu doDC que nous portions noipas? AuxTui-
Icries! Hcbs! une niziin sacrilcge a dc'lniit l'onvrncfediifxlcbn; le Nôtre.'... Un large fossi- devenait nccessnire à la sArelc du roi, qui voulait se scparcr du peuple qui l'avait tire des hnrri- «>adcs! Irons-nous à la Bourse .'' Mais qu'y ve«Tons-nous? Des fiqures inquiètes, des agioteurs exploitant la hausse et !a baisse de la fortune publique, pour soutenir les inenionges du mini-;tère ! A la Eaufiue.^ si tu as des billets, oui, car bâlons-nous »lc les cclianger, de peur qu'un noiivea^ti Kesner, prenant à son tour sa pari de ce trésor, n'enlève cette nuit le peu qui reste dans la caisse ! !
Tu veux aussi vi-,iter la Bibliothèque; tu ignores sans doute que le pr 'deux tribut que chaque siècle à son tour y est venu
religieusement déposer, a c'tc la proie de brigands avides!
Enfin, mon ami, je ne finirais pas si je voulais mettre sous tes veux tous les tristes effets de nos discordes civiles ; tu les verras toi-même, je veux t'en rendre juge; je veux te faire parcourir ces rues, jadis brillantes de pi'ospcritc' et de joie , et maintenant remplies d'un peuple sans avenir! d'un peuple que la misère , l'inquiétude et la ci'aiite travaillent sans relâche! Je veux aus«i te conduire dans nos églises, que la maia de nos nouveaux rcge'neVateurs n'a pas même respectées. Hommes abominables
aui ont arraché à Dieu même sa croix, parce qu'elle avait un peu 'or'. I I Mais ce qu'il faut que tu voies, ce qui mieux que
le reste te donnera la mesure du désordre moral oîi nous sommes arrive's, ce sont nos prisons remplies de citoyens , pour la plupart paisibles, qu'un pouvoir faible et soupçonneux enlève chaque nuit du sein de leurs familles cplore'esl C'e-.t là, chose inouie! que tu entendras la voix du royaliste, celle du républicain, celle du bonapartiste se répondre par la douleur, et s'unir pour maudir une tyrannie née d'hier, qui persécute au
nom de la liberté!
Va , mon ami , crois-moi , renonce à tes projets de plaisir , va chercher un pays où le peuple ne soit pas si prodigue de sa prospérité, oii le roi ne soit ni citoyen ni populaire, où l'or n'achète pas les hommes . où la police n'ait pas un Gisquet , dix raille agens et des poignards. '