‹ Les cancers épithéliaux [electronic resource]Chapitre 101 sur 132 · DE VRIES · texte numérisé non relu

DE VRIES

B. Malformation acquise. L'hypothèse d'une étiologie reconnaissant pour cause une malformation cellulaire survenant chez un individu et au sein d'éléments normaux n'a guère pour s'appuyer <|iie les observations concernant l'apparition de néoplasmes survenant à la suite de traumatismes chez, des individus totalement dépourvus d'antécédents héréditaires.

La difficulté consiste ici à faire la part de l'agent causal et de l'intervention toujours possible de phénomènes ataviques de l'ordre de ceux que nous avons exposés plus haut. 11 faut reconnaître avant tout, cependant, qu'un très petit nombre de faits d'observation relevant du domaine de l'histologie ou de la cytologie viennent à l'appui d'une semblable hypothèse el que d'ailleurs la preuve d'une absence réelle d'antécédents cellulaires héréditaires sciait très difficile à faire. Nous devons doue, pour être complet, mentionner celle dernière catégorie d'hypothèses connue pouvanl être envisagée sans illogisme.

G'esi ici le lieu de citer une observation extrêmement intéressante de M. Balbia.ni, observation qui montre bien le parti

ÊTIOlOGZE — C 0 N s IDE RATIO Y S G É N É Il A L /■ S

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que peul tirer la pathogénie de L'étude des animaux unicellu- Laires, Au cours de ses expériences de mérotomie sur les Paramœcies, en vue de déterminer le rôle du noyau sur la vie de

FlG. 112.

Transformation de la leukokératosc en épithéliome. ck, cellules hyperkératinisces ; ge, globes épithéliaux; p, papilles; m, couche de Malpighi; cl, derme; ci, cellules embryonnaires. D'après M. Le Dentu. 1896.

la cellule, M. Balbia.ni remarqua que certains individus, faibletnenl lèses el encore munis d'un noyau, subissaient une division anormale et incomplète. Tandis que les Paramœcics normales

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se divisent transversalement el donnent ainsi naissance à deux

individus semblables, les individus dont nous parions, au contraire, ne se divisaient qu'incomplètement el suivant les plans les plus dissemblables. Il en résultait la formation de véritables monstres — de tumeurs de Paramécies si l'on veut — caractérisées principalement par l'absence complète de leur orientation cellulaire. La cellule normale peut donc, ainsi que le démontre celte observai ion , perdre sous l'influence; d'un simple traumatisme, ses caractères normaux el entrer dans une voie de divisions anormales indéfinies.

Cette observation plaide en laveur d'une étiologie traumatique cellulaire des cancers, ou plutôt, elle en constitue le premier jalon. On ne peul en méconnaître la valeur, mais essayerd'en tirer des conclusions ou de s'en servir pour étayer une hypothèse, serait au moins prématuré.

Il nous reste maintenant à nous demander en laveur de quelle hypothèse peuvent être invoquées les affections de diverses natures, telles que les hyperkératinisations (leucoplasies, durillons, etc.) qui, trop souvent, apparaissent comme des précurseurs plus ou moins lointains des tumeurs épithéliales et dont la relation encore obscure parait aujourd'hui cliniquement démontrée. Ainsi que je le disais plus haut, la part des antécédents héréditaires cellulaires est ici très difficile a établir. On doit en effet penser, comme le dit fort justemenl M. Le Dentu, que si la transformation épithéliomateuse ne doit pas être considérée comme une phase inévitable de la maladie, celle-ci est déterminée par une prédisposition inhérente à la leukokératose elle-même. Nous sommes amenés à reconnaître que les hyperkératoses naissent presque toujours à la suite d'une irritation long-temps soutenue el qu'elles disparaissent souvent avec la cause qui les a occasionnées. Leur transformation en tumeur épithéliale, transformation qui ne provient que de la désorientai ion à un moment donné de leurs éléments constituants, n'est-elle que la conséquence de l'étal morbide de ces éléments. N'exige-t-elle pas, justement, pour se produire, l'étal tératologique cellulaire que nous avons envisagé dans line de nos précédentes hypothèses; c'est ce qu'il est, pour le moment, impossible de décider.

ÉriOLOGlE —

C O y SID É H iTION S G É N É 1( A L E S

Si, pour terminer, nous résumons brièvement ce qui a trail à L'étiologie des lùmeurs, nous voyons que, parmi les hypothèses invoquant les malformations cellulaires congénitales, colles de Cohneim, Crit/mann, qui l'on! intervenir la préformation, la prélocalisation, sont en contradiction formelle soil avec les laits d'observation, soil avec les connaissances actuellement acquises dans le domaine de l'histogénèse et de l'embryologie. Nousvoyons, par contre, que l'influence héréditaire incontestable exercée sur l'apparition des néoplasmes nous oblige à tenir

Fie. n3.

Coupe verticale d'un cor. aa, couche de Malpighi ; bb' , couche cornée épaissie en tète de clou; c, derme sous-jacent; d, glande sudoripare.

compte de ce facteur et à lui attribuer, sinon une importance primordiale, du moins une part plus ou moins grande dans l'édification de nos hypothèses. Sans doute peut-on concevoir l'influence héréditaire s'exerçanl autrement que pour produire des malformations cellulaires et peut-on, par exemple, l'invoquer pour expliquer certaines dispositions morbides. Telle est, notamment, la prédisposition héréditaire aux affections d'origine microbienne que Ton ne se fait pas faute de rapportera une question de terrain, c'est-à-dire à une malformation d'ordre purement chimique. Mais il me parait difficile d'homologuer ces deux ordres d'affections el de comparer la prédisposition néoplasique de nature et de cause inconnues à la réceptivité de

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l'organisme pour te] ou tel agoni étiologique spécifiquement déterminé. Quel que soit le mécanisme de leur formation, quelles que soient les causes premières de leur apparition, les néoplasmes ne sont jamais que des résultants d'une malformation cellulaire où les questions (Tordre chimique doivenl céder le pas à celles d'ordre morphologique ; or. si nous faisons intervenir dans leur étiologie une prédisposition héréditaire, celle-ci doit être avec plus de Logique recherchée également dans le domaine de la morphologie. L'hypothèse d'une prédisposition héréditaire d'ordre morphologique n'esl donc pas autre chose que celle de la malformation congénitale cellulaire à laquelle nous avons donné plus haul la préférence.

En somme, l'étiologie des uéoplasmes, au sens stricl du mot, est encore complètement inconnue; tout permel de supposer qu'elle le demeurera longtemps encore. Faisant abstraction en effet des théories parasitaires, dont nous examinerons plus loin la valeur, nous sommes amené à rechercher el à étudier cette étiologie dans la cellule elle-même, dans ses parties constitutives, soit à l étal de repos, soit à L'étal de multiplication. Or, malgré les efforts des cytologistes pour éclaircir les problèmes de l'anatomie et de la physiologie cellulaire, celle science, constamment en lutte avec les difficultés de la technique, subordonnée pour ainsi dire aux progrés de l'optique micrographique, ne progresse qu'avec lenteur, même en ce qui concerne les phénomènes normaux dont elle poursuit l'élude. Gomment des lors saurait-on discerner la nature pathologique des dispositions anatomiques dans des éléments dont on soupçonne à peine l'anatomie normale? Comment surtout assigner une signification fonctionnelle à ces malformations? El pourtant la cellule, elle aussi, possède, comme l'organisme qu'elle constitue, ses particularités anatomiques et pathologiques, elle aussi avant tout, peut-on justement dire, se trouve soumise aux lois fondamentales cl prédominantes de L'hérédité.

Nul ne pense à nier La nature congé ni taie des monstruosités; toill le inonde est d'accord pour assigner la même origine aux kystes dermoïdes; on trouve dans l'ovaire des malformations transitoires entre le tératome le plus accentué e1 Le néoplasme Le moins embryologique anatomiquement. Il n'est pas de pro-

ÉTI0L0G1E — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ayg

chu-lion organique qui évoque plus complètement rider de tératologie qu'un cancer de quelque nature qu'il puisse être e1 c'est pourquoi l'on peul dire que l'étiologie de ces affections est à un stade aussi embryonnaire que la science qui a pour objet l'étude de la tératologie cellulaire.

Les auteurs qui, à l'exemple de Bard e1 d'HANSEMANN, ne se contentent pas de la décevante théorie du parasitisme et s'efforcenl de jeter quelque jour sur l'obscurité de l'étiologie des néoplasmes, en se basant sur les données malheureusement t rop incomplètes de la cytologie normale, nous l'ont certes entrer dans une voie hérissée d'obstacles. S'ils ne peuvent, en guise d'explications, que nous présenter des hypothèses incertaines basées sur des faits épars et encore mal coordonnés, ils nous ouvrent tout au moins de larges perspectives et un vaste champ d'études. La question de la pathogénie des tumeurs n'y est point claquemurée dans le cadre étroit de la technique et subordonnée à la recherche du réactif qui fera surgir le parasite ; elle évolue au contraire en s'aidant de tous les progrès de la cytologie et profite à la fois de ses découvertes et de ses espérances.

CIIAI'ITIiL XX]

Étiologie parasitaire.

Théories microbienne et saccharomycétique.

Diverses sorlcs de parasites découverts dans le cancer. — Distinction entre les parasites végétaux (Bactériacées et Levures) et les parasites animaux (Sporozoaires). — Théorie microbienne. — Scheueklen ; contradicteurs et sort de sa théorie. — Levures, observations de San Felice. — Les levures vraies chez les animaux cl chez l'homme. — Saccharomycose humaine de Cuktis. — Sa distinction d'avec les tumeurs.

Quelles que justes que soient les considérations qui plaidenl eu faveur de l'hypothèse d'une étiologie tératologique des cancers, celle-ci n'a encore pour s'appuyer que des probabilités, très grandes à vrai dire, niais susceptibles d'être infirmées par les faits d'observation. Si, par conséquent, il pouvait être démontré d'une façon incontestable : i° que les cancers épithéliaux contiennent des organismes parasitaires; 2° que ces organismes sont la cause réelle de l'hyperplasie néoplasique, aucun raisonnement a priori ne prévaudrait contre cette démonstration. Il nous reste à nous demander comment celle démonstration a été tentée et si elle entraîne la conviction.

Les parasites découverts dans les cancers appartiennent, jusqu'ici toul au moins, exclusivement à la grande classe des Protistes e1 des Protistes, unicellulaires en particulier. Parmi ceux-ci, les uns, comme les Bactériacées, les Levures eu Saccharomyces, constituent, sous le nom de Protophytes, les premiers chaînons du règne végétal ; les autres, comme les Sporozoaires, semblenl représenter des formes aussi simples à la hase du règne animal h portenl le nom de Protozoaires.

Protophytes cl Protozoaires présentenl de nombreux traits communs d'organisation, ne diffèrent parfois les uns des autres

ÉTIOLOGIE VA RASITÂIRE

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que par de faibles caractères et passent souvent, suivant les auteurs, de la dignité de piaule à celle d'animalcule. Les recherches de plus en plus nombreuses que l'on poursuil sur ces êtres, permettent cependant d'en mieux préciser les affinités et démontrent de la façon la plus nette chez toutes les formes une individualisation, une constance morphologique que Ton est loin de retrouver dans les parasites du Cancer.

Parmi ceux-ci, les uns, comme' les Bactériacées, sont réellement des organismes qui appartiennent à ce groupe, mais auxquels on a attribué faussement un rôle étiologique. Les autres, comme les SaCcharomyces et les Sporozoaires, ne semblent être (|iie des altérations cellulaires reproduisant quelques-uns des caractères morphologiques des organismes auxquels on a voulu les assimiler. 11 va sans dire qu'en raison même du peu de précision des descriptions données par les auteurs, ceux-ci ne se montrent pas d'accord sur la taxinomie de leurs parasites et que la même formation qui, pour les uns, est Sporozoaire, appartient pour les autres aux Levures et vice versa. Je vais donc m'efforcer de retracer, ici les diverses phases de l'histoire parasitaire des Cancers, en suivant autant que possible les grandes lignes de la classification des Protophytes et des Protozoaires, mais en sollicitant à l'avance l'indulgence du lecteur, car le sujet est des des plus compliqués.

Théorie microbienne . — SCHEUERLEN (1887) d'abord, puis Ràffin (1887) sont les premiers à isoler un microbe, soit des sarcomes, soit des carcinomes. Scheuerlen reproduit même par inoculation de cultures de ce microbe le néoplasme chez le chien ! Domingos Freire (1887), Koumassoff (1890) publient des relations analogues suivies de succès.

Les faits énoncés par Scheuerlen provoquèrent naturellement une vive émotion et furent le point de départ d'un grand nombre de publications où se trouvait amplement confirmée sinon la possibilité de l'inoculation, du moins la présence des Bactéries dans le Cancer. L'énumération de ces travaux serait aujourd'hui sans intérêt. Nés plutôt du désir de confirmer une découverte longtemps attendue, considérée même par certains

coi • inévitable, que de celui de la contrôler et d'en vérifier

l'exactitude, ils ne représentent — si j'ose employer une ligure

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