LÈS CANCERS ÉPJTBÊLIA UX
empruntée au sujet — que des métastases littéraires dénuées de portée.
.Nous devons toutefois nous hâter d'ajouter que les expérimentateurs ne lardèrent pas, à infirmer les l'ails avancés par ScHEUERLEN. Dans la même année, en elfet, Ballance et Shat- T0CK (1887), BAXIMGA.RTEN ( 1 887) déclarèrent que les bactéries incriminées n'élaicnt que de vulgaires saprophytes. Bien mieux encore, SeNGER (1888), qui avait reçu de Sciieuemlen des tubes contenant des cultures de son microbe, n'en obtinl aucun résultai positif.
Dix ans se sont déjà écoulés depuis Ja retentissante découverte de Scheuerlen ; il n'en reste qu'une erreur de plus dans l'histoire du Cancer.
Admettant l'unité morphologique des tumeurs épithéliales, je ne dois pas séparer ici de la théorie microbienne les observations effectuées par certains auteurs sur les papillomes, les verrues et relatant dans ces premières manifestations du processus néoplasique la présence des microbes considérés comme spécifiques.
Tomasi Crudeli (1882) rapporte que Majocci a découvert dans les verrues un petit bacille auquel il donne le nom de Bacterium porri.
Babes (1884), dans deux cas d'examen microbiologique de verrues, a trouvé dans l'un des micrococcus, dans l'autre un microbe ressemblant au Stapliylococcus aureus.
Kûhneman (1889) enfin découvre dans les papillomes un bacille qui croit sur l'azur en développant une couleur verte el qui, inoculé au lapin ou à la crête du coq, donne lieu à des excroissances verruqueuses.
Peut-être serait-on excusable de rappeler que ces résultais positifs sont en parfait accord avec ceux de Schetjerlen sur les cancers. Mais une observation précise nous permet de leur opposer des arguments plus sérieux. Faisons remarquer tout d'abord que la présence des microbes dans les interstices el même dans les couches épithéliales superficielles des papillomes nous surprend moins (pie ne le ferait leur absence. On les trouve là Comme dans les i ni ers lices des gravures des pièces de monnaie, comme sur toutes les surfaces où s'accumulent, avec un peu
ÉTIOLOGIE PARASITAIRE foi
d'humidité, des détritus organiques. Si, au lieu de s'adresser aux verrues ou aux papillomes de La surface de la peau, on effectue les recherches les plus minutieuses sur les excroissances de même nature développées à l'intérieur d'un kyste congénital — dans un milieu aseptique par conséquenl on constate que ces productions n'onl eu nullement besoin, pour apparaître, de l'intervention microbienne, et Ton conclut avec quelque apparence de raison que celle-ci esl étrangère à In
Fig. 114.
Coupe verticale d'un papillomc développe'' aux dépens du revêtement épilbélial d'un kyste dermoïde de la région sacrée. Cette figure est empruntée aux Etudes de clinique chirurgicale de M. le professeur Le Dentu {fig. 20, p. 243).
production des formations analogues développées à la surface des téguments.
Quant aux arguments tirés de la pathogénie des cancers contre la théorie microbienne de ces affections, ils sont absolument les mêmes pour tous les ordres de parasites et je renvoie pour leur exposé à la partie concernant la théorie coccidienne.
Parasites de l'ordre des Levures. — Les Levures ou Saccharomyces sont des champignons unicellulaires de l'ordre des A.seomycètes e1 de la famille des Dyscomycètes. Leur caractéris-
LES CANCERS ÊPITHÉLJAVX
tique est de présenter toujours la forme d'un thalle isolé, allongé, ovoïde ou arrondi, et de se multiplier par bourgeonnement. On a longtemps discuté pour savoir si les Levures possédaient ou non un noyau ci l'opinion La plus générale était que ces organismes en riaient dépourvus. Toutefois, depuis les travaux de Da.ngea.rd (i8q3), Janssens (iHi/Jj, Wennbguy (1896), il faut admettre que les Levures, à l'état jeune tout au moins, présentent un noyau unique, eolorable par les moyens habituels. Il importé ici de l'aire remarquer que, chez les Saccharomyces^Xz multiplication ne se (ail jamais par sporulation dans l'intérieur d'un kyste, qu'il ne s'y l'orme jamais de corps falciformes et que le bourgeonnement constitue seul le mode habituel de reproduction. Cette constatation a sa valeur parée que si, comme le veut M. RoNCALI (i8i)5), les organismes décrits comme des Parasites par Thomas, Nils-Sjôbring el leurs successeurs sont des Levures et non des Sporozoaires, toutes les formes de multiplication intrakystiques observées par ces auteurs n'ont plus de raison d'être et demeurent inexpliquées.
On connaît des cas assez nombreux de véritables saccharomycoses spontanées ou expérimentales chez les animaux et chez l'homme. Aucun de ces cas ne concorde avec la présence d'une tumeur dans l'acception vraie du mot.
M. San Felice, après avoir fait l'étude des Levures susceptibles de se développer dans le suc de divers fruits (1 894), inocula des cultures de ces Levures à des cobayes (i8ç)5) el obtint chez ces animaux des lésions assez, variées, mais qu'il considéra comme des néoplasmes. Dans une série d'articles accompagnés de planches ( 1 89^- 1 896), le môme auteur compléta l'expose des résultats obtenus par lui chez la Souris, le Rat blanc, le Lapin, le Chien et la Poule, par l'injection de cultures du Saccharomyces neoformans . En ce qui concerne l'inoeulabililé des Levures dans les tissus des animaux, leur développement au sein de ces tissus et leur action nettement pathogène, ces expériences sont du plus grand intérêt; elles éclairent el complètent très heureusement les observations de Saccharomycose spontanée dont nous aurons à parler tout à l'heure, mais ne portent à notre avis aucune preuve en faveur de l'hypothèse parasitaire des tumeurs.
Ce que M. San Felice appelle en effel des processus néopla-
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siques ne ressemble en rien à ge que nous sommes accoutumés à considérer comme des néoplasmes, c'est-à-dire comme des productions tissulaires résultant de Ja prolifération continue et anormale d'une ou plusieurs sortes d'éléments cellulaires normaux de l'organisme. Dans les figures qu'il donne de ses préparations fort bien exécutées d'ailleurs, ce qui domine en réaT lité, c'est la Levure ; le tissu qui l'entoure n'est certes pas reste inci te pas plus qu'il ne demeure indifférent en présence des Bactéries pathogènes de diverse nature, mais son ordonnancement est demeuré normal et Ton n'y constate rien de comparable à la désorientation que l'on voit dans le carcinome, l'épithéliome ou même le simple papillome.
Chez les animaux atteints de farcin, Claudio Fermi et Aruch (189J) décrivent une espèce de Levure et parviennent à la cultiver sur pomme de terre. Les exemples ne manquent d'ailleurs pas de maladies occasionnées aux animaux par ces organismes en dehors des affections cancéreuses et il ne peut y avoir, dans ce cas-là, aucun doute ni sur la réalité de leur présence ni sur leur rôle étiologique.
Chez l'homme, la présence des Levures est également indéniable. Achalme et Troisier les signalent dans une affection de la gorge analogue au muguet. Busse (1894-189,5) a rencontré dans un abcès du tibia ( « Sarcome ramolli ? » dit l'auteur) une Levure qu'il a pu cultiver, isoler et inoculer avec succès dans la moelle du tibia d'un Lapin et d'un Chien. Cette Levure se rapporte tout à fait, d'après lui, aux ligures et aux descriptions de Wickham et de Darier que ces auteurs avaient interprétées comme des Sporozoaires !
Les résultats obtenus par Busse n'apportent aucun argument en faveur de la théorie parasitaire du cancer. En dépit du diagnostic « Sarcome ramolli » appliqué avec un point d'interrogation par l'auteur lui-môme, il nous semble plus probable, d'après ses descriptions, d'après les lésions d'inoculations obtenues par lui, qu'il s'est trouvé en présence d'une simple Saccharomycose analogue à celle que nous verrons si bien étudiée par M. Curtis. Et de fait, dans son second travail (1896), il arrive à des conclusions à peu près analogues à celles de Curtis. Mais Le mot de Sarcome avait déjà trouvé un écho et nous verrons
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bientôt disparaître dans les relations des auteurs (jui suivront le point de doute dont l'auteur lui-même avait cru devoir
accompagner son diagnostic.
Il faudrait citer égalemenl ici les parasites du cancer de M, Roncali (i8o,5) puisqu'il en fait des Blastomycètes, mais il m'est impossible d'accepter celte manière de voir et de séparer les tonnes décrites par cet auteur de celles pseudo-coccidiennes de Thomas et Nils-Sjbbring. J'aurai alors à répondre à l'argument de M. Roncali, qui affirme que toutes les altérations Qgurées par moi n'ont rien de commun avec les pseudo-coccidies du cancer.
Dans une intéressante série de travaux, M. Curtis (180,5-96) a, d'autre part, fait connaître un cas très curieux de Saccharomycose développée chez l'homme et ayant entraîné la mort. Les observations de cet auteur, laites avec beaucoup de précision par des coupes, des cultures, des inoculations suivies d'infection chez les animaux, démontrent, à n'en plus douter, la réalité de l'étiologie saccharomycosique de son affection. Toutefois la même objection, en ce qui concerne la portée de cette observation pour l'explication de la véritable étiologie des cancers que nous avions adressée aux travaux de M. San Felice, s'applique à ceux de M. Curtis. Ni dans un cas ni dans l'autre, il ne s'agit de véritables néoplasmes, mais bien plutôt d'affections nécrobiotiques et inflammatoires provenant de la pullulation dans les tissus d'un grand nombre de cellules de Levure. Je me hâte d'ajouter d'ailleurs que l'auteur de ce travail n'a nullement force ses conclusions dans le sens parasitaire. Il ajoute même, dans une note annexée à son second travail, que le mot de néoplasme est employé par lui à défaut d'autre et qu'il n'implique nullement une parenté de cette affection avec les tumeurs proprement dites.
Je reviendrai plus longuement sur la Saccharomycose de Cricris, parce qu'elle offre des faits précis, bien étudiés et sur lesquels la discussion peut efficacement s'établir.
Après l'observation de Curtis, nous devons relater celles de M. Gilchrist (i8<)6), qui cite un cas de dermatite développée chez l'homme et dans lequel il rencontra de nombreux corps arrondis plus petits que les cellules épithéliales. siégeant soit entre les cellules, soit dans le tissu conjonctif, soit encore" dons
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des cellules géantes, le [>lus souvent cependant dans Je pus d'abcès miliaires. Los dessins de ce1 auteur semblenl se rapporter en effet assez, à des cellules de Levure en voie de bourgeonuement; il n'a effectué ni culture ni inoculation. Nous nous trouvons donc on présence d'un l'ail incomplètement étudié do Saccharomycose humaine, sans connexion avec l'étiologïe des tumeurs, et ne le citons que pour le rapprocher de la Saccharomycose de Curtis qui me semblcjusqu'ici la seule indiscutable.
Que dirai-je maintenant des auteurs qui, à la suite des publications de San FELiCEet deRoNCALi, décrivent et représentent sous le nom de Blactomycètes tout ce que l'on avait décrit avant eux sous celui de Coccidies? Est-il réellement utile de rééditer ici tous les arguments que j'aurai à invoquer pour démontrer la véritable nature de ces formations. Je ne le pense point. L'essentiel est de procéder à l'identification de ces pseudo-levûres avec les altérations cellulaires pseudo-coccidiennes. Je le ferai plus utilement dans les chapitres suivants, qui sont consacrés à l'étude de ces dernières.