CHAPITRE XXI] Étiologie parasitaire. — Sporozoaires (i
Coup d'œil d'ensemble sur la théorie pseudo-coccidienne. — Nécessité de grouper entre elles les pseudo-coccidics suivant leurs affinités morphologiques. — L'observation de Neisser sur le pseudo-parasite de 1 Acné varioliforme est le point de départ de celte théorie. — Caractères principaux des véritables Sporozoaires.
Depuis quelques années, sous l'influence de travaux lou joui s croissants, Ton tend à considérer les tumeurs comme résultant d'une action parasitaire due à des organismes de Tordre des Sporozoaires.
Presque dès la naissance de cette théorie ( 1 89 1 ', et poussé dans cette voie par les bienveillants conseils de mon excellent maître, M. le professeur Le Dentu, je me suis attaché à l'étude des faits sur lesquels elle se basait et n'ai pas tardé à acquérir la conviction que les corps découverts dans les tumeurs cancéreuses et décrits sous l'étiquette de Coccidies ou de Sporozoaires n'étaient nullement des organismes parasites, ne possédaient avec les véritables Protozoaires, auxquels on veut les assimiler, que des ressemblances lointaines, de vagues analogies de I forme, et qu'il était absolument impossible de leur assigner un
( 1) Cette partie de l'étiologie parasitaire a paru dans [es Annales de Micrographie de 1 894 avec les cinq premières planches du présent volume sous le titre «Discussion de l'origine ooecidienne du cancers. Depuis sa publication, nombre de travaux ont été publiés sur Le même sujet e1 j'ai dû les faire rentrer dans le cadre «le mon article primitif en le remaniant un peu. De plus, la théorie Saceliaromycetiquc a également l'ait son apparition. J'ai exprimé dans le chapitre précèdent 1rs doutes qu'elle inspirait ; j'ai constaté <j u ses défenseurs avaient en vue les mêmes formations que ceux qui évoquaient la présence des Coccidies dans les tumeurs. On trouvera donc dans le cours de la discussion La mention des auteurs qui mil changé le nom des parasites et les uni transportés du groupe des Protozoaires dans celui des Protophytcs.
ÉTIOLOGIE PARASITAjRG — SPOROZOAIRES i«><)
seul caractère qui permit d'en l'aire des êtres linicellulaires indépendants.
Par contre, au fur et à mesure que je poussais mes investigations sur ce terrain, je découvrais entre les cellules constitutrices des tumeurs el les corps problématiques qu'elles contenaient des rapports morphologiques si étroits, qu'il devenait impossible de douter que les prétendus parasites ne dissent identiques aux formes de dégénérescence cellulaire dont certaines avaient été décrites depuis fort longtemps et se trouvaient, sous l'empire des idées nouvelles, subitement élevées à la dignité d'organismes indépendants.
Aujourd'hui la question semble avoir été étudiée par un assez grand nombre d'observateurs et au moyen de matériaux assez multiples pour qu'il ne soit pas téméraire d'en tenter la discussion raisonnée. De plus, six années de travail m'ont permis de réunir une quantité suffisante d'observations pour vérifier tous les faits avancés par les partisans du parasitisme et me permettre, non point d'opposer à leurs dires de vagues négations, mais bien de prendre une à une chacune des formes soi-disant parasitaires, de l'examiner d'abord au point de vue de ses caractères protozoologiques et d'en montrer la descendance directe aux dépens des cellules néoplasiques, dont elle est censée provoquer la multiplication anormale. Je crois que, si je réussis à tracer ici un tableau aussi complet, aussi exact que celui dont les lignes se sont peu à peu précisées dans ma pensée, j'arriverai facilement à démontrer le peu de fondement de la théorie coccidienne du cancer.
La forme chronologique adoptée par tous ceux qui ont fait l'historique de cette intéressante question se prête mal au but que nous voulons atteindre. Si, en effet, il ne s'agissait dans les cancers que d'une ou plusieurs séries de formes morphologiquement voisines, l'histoire de leur découverte constituerait, en somme, un tableau fidèle des progrès acquis dans la connaissance de leurs caractères, de leur développement, de leur biologie en un mot. Il n'en est malheureusement pas ainsi. Chaque observateur, en trouvant ce qu'il croit être la vraie coccidie, refuse à peu près tout crédit aux assertions de ses prédécesseurs et considère les corps qu'ils ont décrits connue
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n'appartenant en rien au groupe des parasites. L'énumération et l'analyse de travaux laits sous l'empire de telles idées, en suivant leur ordre chronologique, nous donneraient un inextricable enchevêtrement de globes épidermiques, de globes muqueux, de cellules en dégénérescence muqueuse "et de cellules en voie de division normale ou anormale, dans lequel nous aurions beaucoup de mal à nous reconnaître au cours de notre discussion.
J'ai donc pensé qu'il \ a lait mieux, toul en respectanl autant (pie possible Tordre chronologique, classer du premier coup les pseudo-coccidies en un certain nombre de groupes selon leurs affinités morphologiques, puis discuter ensuite les caractères de chaque groupe considéré isolément.
Pour établir notre classification des pseudo-coccidies, il suffirait, à la rigueur, de les ranger selon le mode de dégénérescence auquel elles appartiennent; mais cela constituerait une pétition de principe, et ce serait supposer démontrée la vérité que nous voulons établir, à savoir que ces corps sont des cellules dégénérées. Mieux vaut donc prendre comme type un certain nombre de formes et réunir autour d'elles les formes qui s'y rapportent. C'est là chose relativement facile.
Le point de départ de la théorie coccidienne a été l'observation deNEissER sur (1888) l'acné varioliforme. Cet auteur croyait voir, dans les globes cornés qui remplissent les boutons particuliers à cette affection, de véritables coccidics. Pourlui, chaque globe corné est un organisme parasite arrivé à son complet développement.N'ayant pu cependant observer directement le stade sporifère caractéristique de tous les Sporozoaires, il le compléta simplement en représentant dans ses figures VII, a, b, c, d, les phases que Ton dewait trouver dans l'acné varioliforme et qu'il emprunte à un vrai Sporozoaire, Y Urospora Sœnuridis. Je signale à dessein ce petit détail de la planche de Neisser, parce qu'un examen superficiel de celle-ci pourrait aisément convaincre le zoologiste le plus méticuleux qu'il a affaire à un véritable Sporozoaire, pour peu qu'il s'imaginât que toutes ses figures se rapportent au parasite de l'acné varioliforme.
.Nous ne discuterons d'ailleurs pas davantage le travail de Neisser, qui n'entre pas dans le cadre de la question. Il devait
ÉTt&LOGTË PARASITAIRE — SPOROZOAIRES Jn
être signalé ici, el je aie bornerai à dire que les préparations que j'ai pu l'aire de boulons d'acné varioliforme, grâce à l'obligeance de M. le professeur Straus, de MM. Thibierge e1 Berdal, m'ont convaincu du peu de solidité de l'hypothèse de Neisser.
Gomme type du premier groupe des pseudo-coccidies, je prendrai la forme décrite par 1)m;ii:u dans sa Psorospermose folliculaire végétante. Bien que celte affection ne soit pas, à proprement parler, une affection néoplasique, nous pouvons nous y arrêter, car Darier et après lui WlCKHAM ont retrouvé des types pseudo-coccidiens identiques dans un véritable cancer de la peau du sein auquel ils appliquent le nom de maladie de Paget ou du mamelon. Pour ne préjuger en rien de la nature de ces corps, je les grouperai sous le terme commun de pseudo-coccidies du type de Darier.
Presque concurremment au travail de Darier paraissait une note d'ALBARRAN (1889) annonçant la découverte dans deux tumeurs du maxillaire de cellules nues ou encapsulées, qu'il considère comme des Psorospermies. Plus tard, dans un travail plus étendu (1891!, le môme auteur complète ses descriptions par des figures. Nous pouvons ainsi nous assurer que ces formes n'ont rien de commun avec celles de Darier et doivent former un groupe à part, peu nombreux d'ailleurs, sous le nom de pseudo-coccidies du type d' Axbarran .
Le troisième groupe, enfin, le plus nombreux, celui qui a donné lieu au plus grand nombre de travaux, a eu comme initiateurs Thoma (1889) d'abord, puis Nils-S.iôbrtnc 1889). Le premier auteur a donné de ces formes une description très écourtée, le second les a figurées et décrites d'une façon assez complète pour en bien apprécier les caraclères et permettre d'en reconnaître la vraie nature; je donnerai donc à ce troisième groupe le nom de pseudo-coccidies du type de Thoma et de jXils-Sjobring.
Absolument distinct des trois premiers, nous trouvons un quatrième type correspondant aux corps fuchsinés de Russell (1890), auquel nous donnerons le nom de cet auteur : pseudococcidies du type de Russell. A vrai dire, ces dernières formations pourraient aussi facilement être considérées comme des Saccharomyces et M. Roncali les revendique comme telles :
LES CANCERS EPJTIIÉLIAUX
ce que je lui accorde bien volontiers étant donnés leurs caractères plutôt vagues.
Il nous resterait, en dernier lieu, à créer un groupé de pseudo-coccidies du type de PFfflFFJEB; niais l'auteur décrit comme des coccidies tant de choses diverses, voire même des îlots entiers de cellules de carcinome, que nous ne pouvons lui donner ici une place particulière. Nous examinerons au coins de la discussion quel crédit Ton peut accorder à sa manière d'envisager le groupe des Sporozoaires.
La discussion de faits si nombreux et si peu en harmonie les uns avec les autres serait à peu près impossible à suivre pour celui qui n'aurait pas sous lesyeux une reproduction fidèle des figures les plus typiques servant, en quelque sorte, de pièces à conviction. Il importe, en efï'ct, avant tout, que l'on soit bien convaincu que notre critique de l'interprétation donnée à une forme par tel ou tel auteur porte réellement sur cette forme el non sur une autre à côté. Et seule la reproduction des figures les plus caractéristiques prises dans les mémoires originaux des auteurs eux-mêmes pouvait permettre, en abrégeant beaucoup les descriptions, d'entraîner cette conviction. Je nie suis donc résolu à employer ce moyen ; il eût été naturellement impossible de faire reproduire toutes les figures se rapportant à chaque type de pseudo-coccidie ; mais je me suis efforcé d'en donner un nombre assez grand pour permettre au lecteur d'identifier les pseudo-coccidies des auteurs avec les figures d'altérations cellulaires représentées dans mes planches et pour éviter aussi tout malentendu (i).
Je pourrai de la sorte prendre chacun des groupes que je viens d'indiquer sommairement, en donner l'historique et en établir les caractères, signaler les auteurs qui en ont contre-
(i) Malgré cette précaution, M. Roncali (189.5) nie toute relation entre les figures de parasites, données par les divers auteurs, et celles d'altération cellulaire dont on trouvera la reproduction dans les planches qui accompagnent ce volume. En comparant cependant ses propres figures et les miennes, je me vois contraint de dire qu en dépit du changement d'état civil (Blnslomycètcs) imposé par M. Roncali à ses parasites, nos figures représentent non seulement les mûmes formes, mais que celles de M. Roncali ne sont — ainsi qu'il le reconnaît d'ailleurs lui-même — nuire chose que les corps décrits par Thoma el par Nils-Sjobring, sous l'étiquette Coccidies.
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dii la nature coccidienne et donner ènfin les raisons pour lesquelles je les considère comme absolument étrangers au domaine de la parasitologie.
Mais, pour discuter sur le caractère des formes que Ton considère comme îles Sporozoaires, il faut cependant posséder quelques notions sur l'organisation de ces êtres. Comme ee travail ne s'adresse pas seulement à ceux qui en constatent si aisément la présence dans les tumeurs et doivent, par conseil uent, posséder une connaissance approfondie des types de cet ordre zoologiquement reconnus; comme il s'adresse aussi à ceux qu'intéresse la question à un point de vue purement critique, je crois qu'il ne sera pas inutile, pour ces derniers tout au moins, de donner ici un tableau aussi résumé que possible de l'organisation des Sporozoaires. Dans ce tableau, nous tâcherons de faire ressortir quels sont les traits principaux auxquels un organisme doit d'être rangé dans la catégorie ci-dessus désignée, mais nous nous garderons bien d'essayer d'en esquisser même une ébauche générique ou spécifique, et voici pourquoi : en supposant qu'après avoir décrit toutes les formes connues de Sporozoairesj'arrive à démontrer que les inclusions cancéreuses n'ont aucun des caractères propres à ces êtres, l'on pourrait toujours m'objecter que la science n'a pas dit son dernier mot sur les organismes parasites, que, par conséquent, si ceux du cancer ne présentent pas tous les traits particuliers des Sporozoaires, cela tient tout bonnement à ce fait qu'il s'agit d'une nouvelle classe d'êtres encore mal définis.
Mais si, au contraire, j'arrive à démontrer, comme j'en ai l'espérance, que les inclusions pseudo-coccidiennes se rattachent par des transitions insensibles et graduelles à la cellule épithéliale néoplasique, d'où elles dérivent par altération; si, d'autre part, je prouve que cette altération offre parfois des ressemblances morphologiques grossières avec certaines figures fournies par de véritables Coccidies; si, enfin, je puis identifier par des transitions ménagées ces figures dites coccidiennes à des altérations manifestement cellulaires, l'objection que je prévoyais plus haut n'a plus sa raison d'être, attendu que l'interprétation des faits ainsi présentée équivaut, si on en admet la justesse, à la négation même de ceux sur lesquels les partisans
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du parasitisme étayent leur théorie. C'est la marche que Je me propose de suivre dans La discussion de cette intéressante question. Je n'ai donc à rappeler ici des caractères des Sporozoaires que juste ceux qui nous seront nécessaires pour établir la comparaison entre les formes véritablement eoceidiennes et les altérations qui s'en rapprochent morphologiquement i .
CARACTÈRES DES SPOROZOAIRES
Les Sporozoaires sont des organismes unicellulaires qui vivent en parasites dans les tissus ou dans les liquides de l'économie animale. Ils présentent toujours, d'une façon permanente ou temporaire, la forme de niasses plasmiques nues, amœboïdes, nucléées, quelquefois munies de flagella, susceptibles soit de s'entourer d'une membrane flexible et parfois contractile, soit de sécrète/- une membrane kystique. Ils se multiplient, par segmentation totale ou partielle de leur masse, en un nombre variable de spores nuclèèes.
On a divisé le groupe des Sporozoaires en cinq familles : Grégarinides, Coccidies ou Psorospcrmies oviformes^Myxosporidies, Sarcosporidies, Microsporidies (2). Il conviendrait aujourd'hui d'y ajouter une sixième famille, celle des Hématozoaires, découverts par Laverais dans le sang des paludiques et constatés par Danilewsky, Labbé et d'autres auteurs dans les globules sanguins d'un grand nombre de vertèbres.
Toutes les familles de Sporozoaires ne sont pas également bien connues en ce qui a trait à leur cycle évolutif, et certaines phases de celui-ci échappent encore à l'observation pour quelques-unes d'entre elles. Ainsi, l'on sait, grâce aux travaux de Ed. van Beneden, que la Grégarine géante du Homard, type de la première famille, présente un stade libre vermiforme, un
(1) Consulter pour l'étude générale du groupe : BalBIA.NI, Leçons sur les Sporozoaires faites au Collège de France; et BuTSCHLI, Protozoa, t. I, Dronn's Klasscn und Ordnungen.
(2) Il résulte des recherches du regretté naturaliste P. Tnih.oiiAN (iSep) que les Microsporidies sont pourvues d'une cnpsule polaire à filaments et doivent, par conséquent, être rangées dans le groupe des Myxosporidies. Tiiéi.ohan en a fait, avec d'autres formes trouvées chez divers animaux, la famille des Clugéidées, et le type de la Microsporidie — le corpuscule de la pébrinc — rentre dans son genre nouveau Glugea.
ÈTIOLOV.IE PAR A SIT. il RE — SPOROÇOAIRES 3i5
stade kystique, un stade sporulaire, et enfin un stade embryonaaire amœbiforjïie qui complète Le cycle en ramenant les jeunes individus à l'état d'organismes adultes. Les grégarinides on1 été observées jusqu'ici riiez les invertébrés seulement, et eu particulier chez les arthropodes, où ils sont excessivement communs.
Le type le plus connu de la deuxième famille des Sporozoaires, la Coccidie oviforme du lapin, laisse assez facilement observer son stade adulte (organisme nu dans une cellule de revêtement des canalieules biliaires), ses stades kystique et sporulaire; mais le stade embryonnaire, c'est-à-dire la transformation des spores en corps amœboïdes, ne semble point, en dépit des observations de R. Pfeiffer, avoir été suffisamment étudié. Il n'en est pas de même d'une forme voisine, parasite de la souris, Y Eimeria falciformis, dont on a pu établir complètement le cycle évolutif. C'est à cette famille qu'appartient le Karyophagus salamandres, découvert par Steinhaus dans les cellules intestinales de la Salamandre et qui, avec la Coccidie du lapin, a servi si souvent de point de comparaison aux partisans des pseudo-coccidies.
Les coccidies ont pour hôtes un grand nombre de vertébrés et d'invertébrés.
Les Myxosporidies sont connues sous les formes adulte (masse plasmique amœboïde libre) et sporulaire, mais aucune observation n'a encore permis de déterminer le sort ultérieur de leurs spores et de fermer le cycle de leur évolution. On les rencontre surtout chez les Poissons.
Les Sarcosporidies, qui se présentent dans les muscles d'un grand nombre de vertébrés sous forme de masses plasmiques allongées, sont également assez mal connues. Un caractère néanmoins permet de les rattacher aux Sporozoaires : c'est la présence dans leur masse d'éléments falciformes nucléés, de dimensions égales entre elles; c'est aussi l'observation de Hessling qui a suivi, imparfaitement il est vrai, le développement de ces spores dans des masses plasmiques jeunes du cœur du bœuf, du mouton et du. chevreuil.
Les Microsporidies, dont une forme a été fort soigneusement étud iée par M. Bajlbiàn] chez le ver à soie [Glugea Thèl.), présen?
LES CANCERS EPITUÊLIAUX
tent une forme adulte intracellulaire, une forme sporifôre également intracellulaire, et enfin une forme sporulaire libre dans l'intestin. M. Balhiani a pu, en faisant ingérer (les spores à des vers jeunes et sains, retrouver quelques jours après, dans leurs cellules intestinales, des formes adultes, puis des formes sporifères. Les Microsporidies se rencontrent principalement chez les- insectes.
Enfin, Ton connaît aussi aujourd'hui les phases de la reproduction des Hématozoaires, dont tout le développement s'accomplit soit dans les globules, soit dans le plasma sanguin des vertébrés.
Un caractère essentiel, commun, il est vrai, à tous les rires organisés, frappe tout d'abord celui qui étudie ces parasites. C'est la constance de leur (orme pour une même espèce. Le parasite n'est qu'une cellule souvent incluse dans une cellule de son hôte, et cependant il conserve toujours et quand même son individualité. Ses dimensions, pour si variables qu'elles soient, oscillent dans des limites fixes ; son faciès est toujours le même; le nombre de spores auxquelles il donne naissance est si constant que Tony trouve un des meilleurs caractères taxinomiques de ces êtres. En un mot, quand on se trouve en présence d'un véritable organisme parasite, l'on éprouve l'impression d'un être individualisé, peut-être difficile à voir et à étudier, mais nettement différencié des tissus environnants. Nous verrons qu'il n'en est pas tout à fait de même des pseudococcidies.
Deux stades surtout de la vie des Sporozoaires ont été retrouvés dans les parasites du cancer et ont servi de base pour établir la théorie parasitaire de cette affection. Nous voulons parler du stade kystique et du stade sporifère. Leur constatation semblait être la victorieuse démonstration de l'existence des parasites et, de fait, ce serait vraiment se montrer exigeant que d'en demander davantage, alors que pour beaucoup de véritables espèces parasites l'on se contente de ces caractères pour leur assigner, en attendant leur étude plus approfondie, une place dans la classification. Mais l'essentiel est de savoir si les formes trouvées dans le cancer, et décrites comme représentant l'un de ces deux stades, ont été convenablement interprétées, et Ton
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peut dire que ce point constitue le Pond même de La question e1 que de sa solution dépendra le sort de l'hypothèse parasitaire telle qu'elle est actuellement établie. Par conséquent, c'est sur l'examen de ces deux stades'de la vie des sporozoaires que devra principalement se concentrer notre attention.
Bien que la sporulation puisse, chez beaucoup d'espèces, s'effectuer dans les masses plasmiques nues, il arrive le plus souvenl, chez les espèces surtout où ces niasses deviennent libres dans une cavité du corps, qu'elles s'entourent d'un kyste, sorte de membrane d'enveloppe assez épaisse pour présenter en coupe optique un double contour. La nature chimique de cette membrane a été bien étudiée chez la coccidie du lapin par M. Mal.vssez (i 891), qui a constaté sa grande résistance aux réactifs dissolvants. Ainsi la potasse à 4o degrés, même après une action prolongée, ne la dissout pas. Il en est de même de l'acide acétique pur. Il jouit de propriétés dialytiques qui lui permettent de s'opposer au passage de certaines substances et d'en laisser pénétrer d'autres dans la cavité qu'elle limite. Ainsi le picrocarmin est dissocié par les kystes de la psorospermie du lapin, qui se colorent en jaune pur par l'acide picrique et ne laissent point passer le carmin. J'ajouterai que, d'après mes propres observations, l'acide sulfurique à froid ne dissout pas la membrane.
Toutes ces propriétés, que j'ai reconnues d'ailleurs d'une façon identique aux kystes de conservation des Infusoires ciliés, permettent de conclure à la nature chitineuse de la membrane du kyste de la Coccidie du lapin. Malheureusement les observations sur les propriétés chimiques des membranes kystiques des autres espèces de sporozoaires sont bien peu nombreuses, et la plupart des auteurs que j'ai consultés sur ce point se bornent généralement à constater leur grande résistance à l'action dissolvante tics réactifs. Le fait n'en sera pas moins intéressant à rappeler lorsque nous étudierons les parois de certaines cellules aéoplasiques décrites comme des coccidies enkystées.
La sporulation chez les Sporozoaires s'effectue sous des formes excessivement variables, mais toujours constantes pour une même espèce. Tanlol la niasse plasmique donne naissance, par bourgeonnement de sou noyau, à un grand nombre de
LES CANCERS ÉPirilÉLIAUA
spores Qucléées ; tantôt elle se divise directement en 2, 4, 8, etc., masses plasmiques secondaires dans Lesquelles se formeront les spores. Tantôt, enfin, ces dernières naissent d'un bourgeonnement périphérique de La masse plasmique qui finit par constituer une niasse de reliquat au centre du kyslc. Mais j'insiste sur ce fait que chacun de ces modes de sporulation est constant et spécifique.
Remarquons également que toute spore possède un noyau, qu'elle prend une (orme définie également spécifique, soil arrondie, soit en fuseau, soit en croissant, et constitue un organisme individualisé, une cellule avec son protoplasma, son noyau cl sa membrane.
J'insisterais, je le répète, beaucoup plus longuement sur ions ces caractères si je me vôyais contraint, pour mon argumentation, de démontrer que les pseudo-coccidies du cancer ne possèdent les traits distinctifs ni des Grégarines, ni des Coccidies, ni des Myxosporidies, etc., et de procéder ainsi a leur élimination du groupe des Sporozoaires par la démonstration de leurs caractères négatifs. Mais Ton a vu plus haut quelle prise laisserait à la critique cette manière de raisonner qui supposerait définitivement connu et fermé à toute nouvelle acquisition le groupe des Sporozoaires.
Aucune des espèces de Sporozoaires connues, rencontrées soit chez les vertébrés, soit chez les invertébrés, ne donne lieu à la production de néoplasmes. C'est là un fait d'une grande valeur pour la connaissance biologique de ces organismes, et qui ne saurait trop être rappelé, lorsqu'on étudie leur rôle dans l'étiologie des tumeurs. Mes recherches bibliographiques sur ce point, effectuées avec le plus grand soin, ne m'ont pas permis de trouver un seul cas » de tumeur produite par des Sporozoaires. Certes, quand les parasites se développent dans les cellules d'un revêtement épithélial, ils ne sont pas sans provoquer certains phénomènes d'irritation, sans déterminer une lésion dé ces éléments, mais, lorsque leur nombre augmente de façon à gêner les fonctions de l'organe qu'ils infestent, ils déterminent dans celui-ci des processus nécrobiotiques e1 non des néoplasies. Nous reviendrons (railleurs plus loin sur ce sujet.
Pour terminer ce qui a Irait aux vrais Sporozoaires. il me
ÊTIOIOGIE PARASITAIRE S PO RU XO AI H E S
reste à relater deux observations isolées constatant chez l'homme la présence d'espèces appartenant à ce groupe i . Ce sont les cas de Gubleb el de Kunstler el Pitres.
Gubler a trouvé dans le foie (l'un homme des masses caséeuses pleines de corpuscules qu'il prit pour des œufs d'Helminthes el que, d'après ses descriptions, Ton est d'accord aujourd'hui à considérer comme des Coceidies. La lésion provoquée par la présence de ces parasites et décrite par Gubler cslà peu pi cs identique à celle que Ton constate chez le lapin.
Kunstler et Pitres, dans des circonstances tout à fait différentes, puisqu'il s'agissait du liquide extrait d'une cavité pleurétique, ont trouvé dans ce liquide un grand nombre de Coceidies morphologiquement voisines de YEimerîa falciformis de la souris. Ils les ont figurées et décrites de façon à ne laisser aucun doute sur leur véritable nature.
Ces deux observations prouvent, d'une part, que l'homme n'échappe pas plus que les animaux aux infections coccidiennes, tout en y étant cependant moins sujet. Elles montrent, d'autre part, que la présence des Coceidies, là comme ailleurs, ne détermine point de formation de tissus néoplasiques, mais bien au contraire une nécrose particulière des tissus qu'elles ont envahis.
Il reste, il est vrai, aux défenseurs de l'hypothèse parasitaire la ressource de répondre que, si l'on n'a pas constaté de tumeurs produites par les espèces connues de Sporozoaires, ce n'est point une raison pour qu'il n'existe pas dans ce groupe des espèces, des genres, des familles entières encore ignorés et susceptibles de déterminer Fhyperplasie des tissus qu'ils infestent, et que ce sont justement ces organismes nouveaux dont ils veulent parler dans leurs descriptions. Passons donc en revue les formes dans lesquelles on veut voir des parasites et commençons par celles qui ont les premières éveillé l'attention des anatomo-pathologistes : les formes du type de Darier.
(i) Depuis que l'attention a été attirée sur ces formes parasitaires, plusieurs observateurs en ont signalé la présence réelle chez l'homme au cours de diverses affections, mais jamais dans les (issus d'un néoplasme. Bakaba.n et Saint-Rémy (1894) signalenl des Sarcosporidies dans les muscles laryngiens d'un malade, cl Gilchhtst décrit des coceidies dans deux cas de dermatite.
CIIAPITHK XXIII
Étiologie parasitaire. — Sporozoaires [aulle
Pseudo-coccidies du type de Darier. — Psorospermosc folliculaire végétante. — Parasites de la maladie de Paget. — Parasites de Wickha.m, Yixcext, Hachf. Iihopalocephalus carcinomatosus de Korotneff. — Sa confirmation par Klhloff. — Auteurs contraires à l'interprétation parasitaire du type de Darier. — Discussion des formes de parasites de ce type.
PSEUDO-COCCIDIES DU TYPE DE DARIER
Le premier auteur qui ait signalé l'existence des Goccidies dans les néoplasies épithéliales est M. L. Pfeiffer (de AYeimar). Dès 1888, dans un carcinome consécutifs une plaie de la jambe chez une jeune fille de i5 ans, il décrit des formes abondantes qu'il compare aux corpuscules delà pébrine. Plus tard, le même auteur décrit aussi des parasites dans les cellules de Malpighi de l'épithéliome. Si l'hypothèse de la théorie parasitaire du cancer venait un jour à se vérifier, M. L. Pfeiffer pourrait donc, à défaut d'autre titre, réclamer celui d'avoir attiré l'attention des anatomo-pathologistes sur cette importante question; mais je pense que l'on aurait en même temps beaucoup de peine à identifier les parasites de cet observateur avec ceux qui joueraient un rôle étiologique réel dans les néoplasies épithéliales. Aux yeux de M. Pfeiffer, tout est parasite dans le cancer et il suffit de jeter un coup d' œil sur ses planches pour s'en assurer. Si donc le respect de l'ordre chronologique nie force à le mentionner ici en passant, je ne puis le ranger en tète de ceux qui, sur des observations sérieuses, interprétées peut-être dans un sens défectueux, niais eu tous cas judicieusement conduites, oui été amenés à fonder la théorie parasitaire du cancer.
En 1889, M. J. Darier décrit une affection particulière de la
KTIOLOGIE PARASITAIRE - SPOROZOAIRES
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|)(.au cla,is Laquelle il découvre des corps ronds Lntra ou extracellulaires, sur Le compte desquels il s'exprime ainsi : « Leurs caractères tranchés sans formes de transition avec les cellules normales, leur membran'e épaisse el réfringente qui n'appartient à aucune cellule des vertébrés supérieurs, sauf aux cellules du cartilage, leur distribution en apparence fortuite au sein de la couche de
Malpighi où on les trouve WÊtiÊËÊjÊËMmïïhï^^ê soit isolés, soit groupés à n'importe quelle hauteur, enfin et surtout leur siège intracellulaire , conduisent forcément à y voirdes corps étrangers à l'organisme, des parasites en d'autres termes ». Se basant sur ces faits et aussi, dit-il, sur l'opinion de MM. Malassez et Balbiam, M. Damer considère ces corps comme desPsorospermies ou Coceidies bien caractérisées et il donne à la maladie qui semble en être la conséquence le nom de psorospermose folliculaire végétante. J'ai fait représenter ici [fig. n5) la figure 4 de la planche V du mémoire de M. Darier, où sont figurés en ee et en f quelques-uns de ses parasites.
La maladie étudiée par Darier n'était pas, à proprement parler, un néoplasme, et cependant elle se rattache à ceux-ci par bien des points de son organisation que nous ne pouvons signaler dans Le présent travail, fait eu vue de la seule théorie parasitaire. Elle constitue entons cas une affection des plus intéressantes, a Laquelle Le nom de L'auteur restera ajuste litre attaché lorsque celui de psorospermose aura disparu de la nomenclature.
Dans La séance même où avait lieu la première communi-
CAKCBR8 Kl'lTHKLIAUX. 21
-Mes»'.- : •
Ses :
Fig. i i5.
Coccidies de la Psorospermose folliculaire végétante, d'après Dahiek [Annales de Dermatologie, pl. y, fig. !■). Psorospermies enkystées ; f, groupe de quatre Psorospermies.
?aa /./;.s CANCERS ÉPITUÉLIÀUX
cation de Damer, M. Malasshz, à l'inspiration duquel ces recherchés étaient ducs, insiste sur la nature coccidienne des formes qui viennent d'être découvertes et ajoute a qu'il ne peut y avoir de doute possible soit sur la nature des corps eellulaires en question, soit sur leur rôle pathogénique : ce sont bien des psorospennies ; ce sont elles <j n i ont été eause de la maladie cutanée observée ».
Sous l'empire des mêmes idées, Darikr, puis plus tard WlGKHAM, retrouvent des Goccidies absolument identiques à celles de la psorospermose dans la maladie de Page! du
Goccidies de la maladie de Paget, d'après Wickham. Vue d'ensemble d'un fragment de penu au niveau d'un point au premier degré. A, A', A", Psorospcrmies [Thèse de Wickham, pl. III, fig. ro).
mamelon. Ici nous entrons dans le cœur même du sujet, car cette affection, en dépit de son nom spécifique, est un véritable épitliéliome pavimenteux lobulé, du type adulte, développé aux dépens de la peau du sein, et, si on lui donne un nom particulier, aucune raison ne s'oppose à ce qu'on en lasse autant pour toutes les tumeurs de même origine, niais siégeant autre part que sur le mamelon. Faisons seulement remarquer eu passant
que la description bien détaillée du cancer de la peau du sein avec tous les caractères de la maladie de Pagel se trouvait
déjà très exactemenl faite, par Lorajn e1 Robin, en i854, dans les Comptes rendus de la Société de Biologie p. 1 55 . Ce qui
ÉTIOLOGIE PARASITAI RE — SPOROZOÂIRES 3a3
frappe surtout Darieb e1 Wickham, c'esl (rime pari le siège intracellulaire des corps qu'ils décrivent, d'autre pari l'enveloppe qui les entoure el la différence de structure de ces corps el des cellules malpighierines qui les environnent. Les figures 2, 3 el 4, copiées d'après les planches de Wickham, ne laissent aucun doute sur les formes que ces ailleurs ont en vue.
Après Darier et Wickham, ou presque simultanément, on voit plusieurs auteurs signaler les mêmes corps dans différentes
FlG.
i- et 118.
Coccidics de la maladie de Paget développée au scrotum (!), d'après Wickham (Thèse, pl. IY, fig. 4 et 6). Fig. 3 : A, double contour du kyste; B, protoplasma parasitaire contenant une grosse masse nucléaire ; C, cellule contenante dont on ne peut suivre les limites que sur les trois quarts du pourtour du kyste (la limite cellulaire est dépourvue de filaments d'union) ; D, noyau de la cellule repoussée ; E, cellule du corps muqueux d'apparence saine, s'allongeant autour du kyste. — Fig. /, : A, paroi du kyste très brillante; B, protoplasma parasitaire rétracté laissant en C sous la paroi une zone claire; DE, noyaux appartenant chacun aune cellule entourant en partie le kyste; FF', cellules tendant à s'imbriquer et à recouvrir le kyste.
tumeurs épithéliales du type malpighien. Vincent, par exemple, décrit clans l'épithéliome pavimenteux lobule de la langue, de la lèvre, du nez, de la main, etc., des corps identiques, ainsi que permettent de le reconnaître les figures i, a, 3, io, n de sa planche. Hache (1890) fait les mêmes constatations sur des carteers d'origine diverse; mais, comme il n'a pas accompagné ses descriptions de figures explicatives, je ne suis pas sur que certaines de ses formes n'appartiennent pas au type de Thoma.
De toutes ces observations nous voyons se dégager la notion suivante. Des cellules arrondies, isolées ou groupées, sont
3»4 LES CANCERS ÉPJTUÉLJÀUX
découvertes dans une affection cutanée par Damer; il retrouve avec W'icKiiA.M des formes identiques dans une autre affection cutanée, qui celle-là esi un épit-héliome malpighien. Et comme, entre ces corps isoles et les cellules centrales des globes épidermi(|ues, la ressemblance esl parfaite, Vincent et Bâche, par une déduction toute logique, appliquent au contenu des globes épidermiques le nom de Goccidies.
Ce n'est pas tout. En 1898, KoROTNEFF, le dernier auteur, je crois, qui ait élayé l'hypothèse parasitaire sur le type des
Fxg. 119.
Coccidics parasites de divers épithéliomes pavimenteux, peau de la main, langue, etc., d'après Vincent (Annales de Micrographie, t. III, pl. V, ftg. î-J, 10, 11).
pseudo-coccidies de Darier, baptise son organisme du nom de Rhopalocephalus carcinomatostis . Il lui découvre un stade jeune amœboïde, un stade adulte, un stade d'enkystement, un stade sporifère, et enfin il voit les spores donner naissance à des amibes qui retournent à l'état adulte. C'est le cycle évolutif complet d'un Sporozoaire.
Je ne reproduirai pas ici les ligures de ce1 auteur, car je ne pense point qu'aucun des partisans les plus résolus de l'idée parasitaire puisse le revendiquer pour un des leurs. Ce n'est plus l'interprétation que nous trouvons ici, c'est la confusion la