‹ Les cancers épithéliaux [electronic resource]Chapitre 112 sur 132 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Étiologie parasitaire. — Sporozoaires [suite).

Discussion des pseudo-coccidies du type de Tiioma et de Nils-Sjôbring. — Altérations cellulaires qui y correspondent. — L'cncapsulement est une forme d'altération cellulaire. — Dégénérescence hyaline ou colloïde. Coexistence de cette dégénérescence avec les formations cellulaires endogènes et le bourgeonnement nucléaire. — Pseudo-coccidies du type de Russell.

Les faits morphologiques sur lesquels est basée l'interprétation des formes pseudo-coccidiennes du type de Thoma et de Nils-Sjôbring nous offrent une complexité beaucoup plus grande que celle des pseudo-coccidies étudiées précédemment. Pour les bien comprendre, pour saisir d'une façon claire leur enchaînement et leur origine, on se voit obligé d'envisager les phénomènes normaux aussi bien que les processus pathologiques dont les cellules glandulaires sont le siège. Alors seulement, et à cette condition expresse, l'observateur s'échappe de l'impasse où l'enferment les partisans de l'hypothèse parasitaire dont, il ne faut point l'oublier, le principal raisonnement consiste à démontrer que les corps observés par eux ne présentent aucun lien d'origine avec les cellules constitutives du néoplasme, sonl forcément des éléments étrangers à celui-ci et sont par conséquent des parasites.

Parmi les pseudo-coccidies dont nous venons d'esquisser brièvement l'histoire, il en est d'abord un certain nombre qui ne sonl que des noyaux cellulaires en voie de régression pure el simple. 11 en est même où le processus régressif est si peu accentué que Ton hésite à décider lequel des deux noyaux contenus dans une même cellule pourrai! être pris pour un parasite.

LES CANCERS ÊPITUÊLIAUX

Tel est le cas pour la figure 5 de la planche II du travail II de Fo.v. Le plus souvent, cependant, l'altération est plus accentuée et s'accompagne de phénomènes anormaux dont le plus remarquable est la formation autour du noyau ou de la cellule d'une membrane d'enveloppe plus ou moins épaisse. Là no se bornent malheureusement pas les figures auxquelles peuvent donner lieu ces altérations. Si Ton peut en distinguer un petit nombre de principales susceptibles d'exister isolément, la pluparl du temps elles se combinent les unes avec les autres ; elles coexistent et s'entremêlent si bien que la description en devient assez difficile. Commençons donc, pour nous orienter, par apprendre à connaître les formes essentielles de ces altérations ; après quoi nous pourrons plus facilement analyser les diverses configurations auxquelles donne lieu leur coexistence dans un même élément épithélial néoplasique.

La cellule épithéliale peut simplement s'entourer d'une membrane d'enveloppe en conservant des caractères rigoureusement identiques à ceux des cellules qui l'environnent. J'ai figuré (pl. IV, fig. 57, 58) deux de ces cellules prises dans un carcinome du sein où on les trouvait, d'ailleurs, assez, abondamment. Ce fait suffirait à prouver que la présence d'une membrane d'enveloppe autour d'une cellule ne permet point à elle seule de lui assigner une nature parasitaire, ainsi qu'ont semblé le croire les partisans de l'hypothèse coccidienne. Il importe avant toul de placer ces cellules enkystées à la tète de la série des formes pseudo-coccidiennes pour en saisir la vraie nature.

La formation d'une membrane d'enveloppe ne s'effectue pas seulement autour de cellules isolées et nettement différenciées, elle peut se rencontrer autour de cellules endogènes incluses dans une cellule même ainsi que je le représente (pl. V, fig. 98, 100, 1 <>.")); elle peut même se voir autour du noyau lui-même, autour du nucléole ou autour d'un globe colloïde intranucléaire ou intracellulaire (pl. V, fig. 9,4).

Oue la cellule, le noyau ou le nucléole des cellules néoplasiques soient entourés d'une membrane d'enveloppe ou qu'ils en soient, au contraire, dépourvus, l'on y constate toute une série d'altérations dont, la nature est variable et totalement différente.

ÊTIOLOGIE PARASITAIRE — SPOROZOAIRES 3;3

L'altération lapins fréquente, celle qui a prêté le plus complètemenl à l'interprétation parasitaire, c'esl la dégénérescence hyaline ou colloïde survenanl soil seule, soil concurremmenl à l'encapsulement. La plupart, des types de Souda.kewitch se rapportent à celle forme. En employant le terme de dégénérescence hyaline ou colloïde, j'entends simplement parler de la formation, aux dépens d'une partie de la cellule ou de sa totalité, d'une substance homogène claire, peu colorable par les réactifs nucléaires, susceptible de prendre plus ou moins intensément la même coloration que le protoplasma lui-même. Je ne peux la définir au point de vue chimique, pour la bonne raison que les substances dites hyalines sont encore peu connues et très probablement de composition extrêmement variable ; mais tout porte à croire qu'il s'agit là d'une substance analogue à celle qui constitue les granulations zymogènes des cellules glandulaires normales et évoluant physiologiquement. Or, la production de celte matière hyaline au sein des cellules du carcinome peut affecter les formes les plus diverses. Elle a lieu quelquefois aux dépens d'une transformation de la cellule tout entière. Le protoplasma de celle-ci devient clair et homogène de granuleux qu'il était primitivement ; il prend une apparence cornée et, le plus souvent, lorsque le phénomène s'accompagne d'encapsulement, l'on voit le protoplasma cellulaire se rétracter et abandonner la paroi de sa membrane d'enveloppe. Le noyau subit aussi la même dégénérescence, mais sa matière chromatique se comporte de façon quelque peu différente, selon les cas. Tantôt on la voit se résoudre en grains de moins en moins colorables et disparaître complètement, cas auquel nous nous trouvons en présence d'un globule hyalin à peu près homogène ; tantôt, au contraire, elle se raréfie en conservant encore la forme primitive de noyau ou en affectant des dispositions symétriques, radiées, réticulées, etc. Tantôt, enfin, elle semble se condenser en un certain nombre de globules facilement colorables, épai s dans le noyau complètement dégénéré, ou bien formel1 autour de celui-ci des calottes, parties de sphères, vivement colorables et dont la coupe optique donne l'impression de croissants ou de corps fa Ici formes.

Ce qui démontre bien clairement la relation de toutes ces

LKS CANCERS ÉPITUÉLIAVX

formes avec la cellule épithéliale, c'est la présence souvent très abondante de cellules dont une des parties seulement a subi la dégénérescence hyaline, tandis que tout le reste conserve sa constitution normale et se reconnaît à première vue pour un élément épithélial.

On observe fréquemment dans les tumeurs épithéliales embryonnaires des productions de ce genre (pl. III, fig. 5 1 -54) qui, pour n'être pas coccidiformes, n'en servent pas moins à éclairer l'origine des pseudo-coccidies.

Mais la dégénérescence hyaline ou colloïde peut exister sous une l'orme beaucoup plus simple encore et se montrer à nous sous forme de boules homogènes totalement dépourvues de structure, éparses dans le noyau ou dans Je corps cellulaire. On voit, par exemple {fig. 77), une cellule polygonale à protoplasma normal dont le noyau ne contient qu'un seul globule colloïde. Ce globule a envahi tout l'espace primitivement occupé par le noyau; il en a refoulé périphériquement la substance chromatique, et celle-ci n'est plus représentée que par une zone mince qui revêt le corps colloïde. Dans un autre cas (fig. 99), cellule et noyau sont frappés de la même dégénérescence ; le noyau s'est séparé du corps cellulaire, et l'on trouve des vestiges de sa matière chromatique épars sous forme de grains colorés abondants, surtout vers sa périphérie.

Au lieu d'un seul globe intranucléaire, nous en trouvons parfois un grand nombre qui, en s'accroissant, refoulent entre eux la matière chromatique, de façon à la transformer en un véritable réticulum. Tel est le cas de la cellule représentée {fig. 74), et qui contient, en outre, un certain nombre de grains analogues dans son protoplasma. Enfin {fig. 94), nous trouvons une cellule à peu près normale, mais contenant un grain colloïde isolé et comme encapsulé dans l'épaisseur même de son noyau.

Les transformations que subissent le cytoplasmeel lenucléoplasme, en passant à l'état de matière colloïde, sonl des plus intéressantes à étudier et affectenl parfois des formes bien faites pour tromper l'observateur qui les étudie isolément sans chercher à en surprendre la filiation. C'est ainsi que, très fréquemment, quand la cellule s'est encapsulée, son protoplasma, au lieu

ÈTIOLOGI E PARASITAI RE — SP O IiO Z O AI II E S 3;5

dese rétracter uniformément, contracte avec la capsule quelques points d'adhérence et s'étire en Longs filaments radiés qui dpnnenl au contenu de la cellule un aspecl amœbiforme (fig. 69, 61). ^ I a i s , suivons le phénomène dans son mode d'évolution, considérons d'abord la cellule épithéliale encapsulée dont le protoplasma nous offre une structure nettement radiée {fig. 60); passons de là à la cellule dont le contenu se contracte en conservant un peu de cette structure primitive, et nous verrons clairement les liens qui unissent ces formes les unes aux autres.

La plupart du temps, lorsqu'une cellule néoplasique contient deux noyaux ou qu'elle renferme une ou deux cellules-filles nées par formation endogène, l'altération respecte l'un des éléments, tandis qu'elle attaque l'élément voisin. Il se produit alors, par suite des inégalités d'accroissement, des déformations, des compressions réciproques, d'où résulte toujours le moulage de l'un des éléments sur l'autre. D'où formation de noyaux, en croissant, qui coiffent souvent les éléments encapsulés, noyaux dont on reconnaît encore nettement la nature épithéliale [fig. 67, 98, io5).

Telles sont, dans leurs traits les plus généraux, les principales formes que peut affecter la dégénérescence colloïde; mais il s'en faut de beaucoup que ce soient là les seuls laits pathologiques susceptibles d'en imposer dans les cancers pour des pseudo-coccidies. Il nous reste encore à envisager un grand nombre d'autres productions qui se peuvent trouver à l'état simple, mais qui très fréquemment aussi se compliquent ellesmêmes accessoirement de dégénérescence colloïde. Je veux parler, d'une part, des noyaux bourgeonnants et de toutes les formes secondaires qui en dérivent; d'autre part, des cellules endogènes qui ne sont souvent qu'une complication du bourgeonnement nucléaire ; et, en dernier lieu enfin, des phénomènes encore obscurs qui accompagnent ou qui suivent la dégénérescence intracellulaire du noyau, sa morl et sa disparition au sein même de l'élément qui le contenait primitivement. Si l'on réfléchit, ainsi que je le faisais observer tout à l'heure, que toutes ces manifestations de la vie pathologique de la cellule

cancéreuse se trouvent e \ee |)l i on n e 1 1 e ni e n I à l'étal d'isolement,

que presque toujours au contraire elles se surajoutenl les unes

LES CANCERS ÉPITItÉLIAUX

aux autres, Ton se fera une idée de la complexité des formes qui peuvent en résulter et de la difficulté que Ton doit éprouvera leur assigner à chacune une place et une origine déterminées.

L'étude des noyaux bourgeonnants, que l'on rencontre en si grande quantité dans certaines formes de carcinomes glandulaires, est bien plus intéressante que celle de La dégénérescence hyaline, en ce sens qu'elle nous permet de reconnaître un mode pathologique d'évolution cellulaire également propre aux cellules normales de l'organisme. Soigneusement observée par Arnold et par Borrel, cette forme de cellules nous présente cependant bien des points encore obscurs relatifs à ses origines et à sa multiplication dans l'état pathologique. Ce n'esl ici le lieu ni d'en retracer complètement l'histoire, ni d'en exposer toute l'organisation (voy. ch. v); je me bornerai à signaler les faits qui se rapportent au sujet dont nous nous occupons.

A l'état pour ainsi dire adulte et lorsqu'une cellule à noyau bourgeonnant se voit au stade quiescent, elle ne nous offre rien de particulièrement remarquable, puisqu'on ne peut la confondre avec quelque forme de parasite que ce soit ; le tableau ne larde pourtant pas à se transformer quand, parvenue au terme ultime de sa carrière, elle meurt en présentant des phénomènes de dégénérescence.

Il importe ici d'ouvrir une parenthèse et de nous souvenir encore une fois que, si à l'état normal le sort de la cellule épithéliale est d'être rejetée hors de l'organisme dès qu'elle lui devient inutile, dans les néoplasmes, au contraire, son existence tout entière se passe clans l'épaisseur même des tissus qu'elle contribue à former, et que bon gré mal gré elle y demeure après sa mort en subissant des processus dégénératifs d'ordre variable, niais cependant en harmonie avec sa première origine. Les cellules à noyaux bourgeonnants n'échappent pas à celte règle.

Nous avons vu que, dans les cellules encapsulées à noyau simple, celui-ci subissait une dégénérescence particulière d'où

résultait la destruction progressive de sa matière chromatique

et sa disparition partielle ou totale. Le même l'ait se produit pour les cellules à noyau bourgeonnant. Celui-ci se fragmente en un nombre parfois considérable de noyaux secondaires plus

ÈTIOLOGIE PARASITAIRE — SPOROXOAIRES -'*77

petits, de forme généralement arrondie {fig. 89, 91, 92, 100), el chacun de ces noyaux secondaires devient Le siège de phénomènes régressifs simples ou compliqués. Lorsque la régression s'effectue sous sa forme La plus simple, l'ensemble des noyaux secondaires pâlit peu à peu, perd sa colorabilité et n'offre bientôt plus qu'un amas de sphérules clairs où se distinguent encore de-ci de-là quelques vestiges chromatiques.

Les phénomènes régressifs n'offrent pas toujours à beaucoup près la môme simplicité, et nous y retrouvons toute une série d'altérations parallèles à celles que nous venons de décrire pour les noyaux simples. Chacun des noyaux de fragmentation peut s'entourêr d'une capsule épaisse et subir la dégénérescence colloïde; il peut être le siège d'une hyperchromatie qui, frappant surtout le nucléole, donne alors l'illusion d'un grand nombre de sphérules indépendants contenant un noyau fortement colorable. Ces modes d'altération nous sont connus et nous n'avons pas à y revenir; qu'il nous suffise de dire que par son processus dégénératif, le noyau bourgeonnant se décompose en un grand nombre de noyaux simples dont l'évolution pathologique continue ensuite sous les formes habituelles.

La cellule à noyau bourgeonnant ne constitue pas une espèce à part nettement caractérisée comme un élément spécial plus ou moins abondant dans telle ou telle forme de carcinome. Pour la commodité de nos descriptions, nous prenons l'habitude de donner ce nom aux cellules de grandes dimensions dont le noyau nous offre des lobulations accentuées et nombreuses ; mais, en fait, entre une telle cellule et la cellule la plus simple d'un carcinome, il existe toutes les transitions. On ne doit point alors s'étonner de ce que certaines cellules de taille relativement moyenne, pourvues d'un ou de deux noyaux assez simples, évoluent ultérieurement comme des cellules de grande taille à noyaux franchement bourgeonnants. Près souvent, en effet, dans de telles cellules on voit l'un des noyaux subir la dégénérescence par fragmentation en noyaux secondaires, tandis (pie l'autre noyau demeure entier, continue à évoluer ou subit de son côté une dégénérescence hyaline totale.

Bien que le bourgeonnement nucléaire aboutisse souvent chez les grandes cellules du carcinome à la production de cel-

Page 1