L E S C A N G E H S ÉPI TU É /, I A U X
dessins Darier, Wickiiam, Vincent no représentent pas autre chose <j ne ce que l'on avait vu et décrit connue des globes cornés isolés ou contenus dans tics globes épidermiques. PÉTERSEN, en étudiant l'affection où Darikr décrivait ses parasites pour la première fois, la psorospermose folliculaire, a démontré de la façon la plus nette l'origine de ces prétendus parasites aux dépens des cellules de Malpighi. Les partisans du parasitisme eux-mêmes tendent à admettre l'interprétation de ces corps dans le sens puremenl dégénératif el à les rejeter du groupe des parasites du cancer. Je pense, d'autre part, avoir suffisamment démontré l'existence dans les épithéliomes malpighiens adultes de toutes les formes intermédiaires entre la cellule épithéliale et les pseudo-parasites pour pouvoir considérer ces derniers comme un stade ultime de dégénérescence.
De l'avis presque unanime, les premières Goccidies du cancer n'ont pas droit de cité dans la science. Et on voit alors ce lait bizarre d'une théorie parasitaire née d'une erreur, continuer à évoluer en cherchant successivement pour s'étaver tout ce qui — si j'ose m'exprimer ainsi — lui tombe sous la main.
Les pscudo-coccidies du type d'ALBARRAN n'ont, en effet, rien de commun avec celles du type de Darier. Elles sont nées presque simultanément sous une inspiration commune, celle de M. Malassez, qui, étudiant alors le Coccidium oviforme du foie du Lapin, avait été frappé par une similitude de formes et d'allures entre ces parasites et les cellules de revêtement des cancers kystiques.
Je dois d'ailleurs reconnaître que M. Malassez, avec la haute probité scientifique et la largeur d'esprit auxquelles sont accoutumés tous ceux qui ont l'avantage de profiter de ses conseils etde son expérience, m'a permis d'examiner ses préparai ions et que l'interprétation qu'il en avail donnée paraissait, d'après elles, parfaitement vraisemblable. Des hasards plus heureux de préparation, l'emploi de procédés techniques nouveaux et mieux appropriés peut-être au sujet, m'ont permis plus lard d'identifier les pseudo-coccidies en question aux cellules épithéliales dégénérées, et d'arriver à des conclusions diamétralement opposées aux siennes. Si la réalité de mon inlerpré-
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tation se trouvait un jour confirmée, j'en serais redevable en partie à l'obligeance et à l'impartialité de mon éminent contradicteur.
Après les descriptions d'ALBARRAN, on trouve peu d'auteurs qui signalent des formes analogues aux siennes et ainsi qu'on l'a vu plus haut celles-ci ne se rapportent nullement à celles qui servent aujourd'hui de soutien à la théorie du parasitisme.
Les pseudo-coccidies des deux premiers types étaient, en somme, des organismes volumineux, d'une taille égale ou supérieure à celle de la cellule épithéliale ; avec celles du troisième type, nous assistons à l'apparition de formes beaucoup plus petites, plus complexes et plus difficiles à interpréter, mais tout aussi hétérogènes quand on les compare les unes aux autres. Comparez, par exemple, les pseudo-coccidies de Soudakewitch avec celles de Foa et celles de Podwyssowzki et Sawtschenko. Vous en trouverez quelques-unes d'identiques et à côté d'elles les productions les plus dissemblables et les plus diverses. Et que l'on n'objecte pas, pour expliquer ces dissemblances, la diversité des espèces parasites et la variété des stades auxquels on les rencontre. Soudakewitch, Foa et les autres n'ont pas borné leurs études à un seul type de tumeur, à un seul cancer ; chacun de ces auteurs a eu en mains jusqu'à cinquante cas de néoplasmes épithéliaux, d'origine glandulaire. S'il existait plusieurs espèces de parasites, il faudrait admettre que chaque auteur n'a rencontré qu'une de ces espèces dans toutes ses observations, à l'exclusion de celles découvertes par ses devanciers. De même également l'on ne peut supposer que les formes de reproduction, telles que les sporocystes de Podwyssowzki et Sawtschenko, aient constamment échappé à Soudakewitch, à Foa, à Ruffer; ces derniers se chargent d'ailleurs eux-mêmes de nous renseigner sur ce point puisqu'ils sont tous d'accord pour considérer ces formes comme des produits de dégénérescence. Ruffer el Plimmer vont même plus loin encore; ils n'ont jamais trouvé de divisions karyokinétiques dans les parasites et considèrent toutes les prétendues ligures falciformes comme des altérations cellulaires.
A côté de ces pseudo-coccidies, on voit des productions comme celles de Russell accueillies avec La même faveur que
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tout le reste s<xis l'étiquette do Sporozoaires. Pourquoi ? En vertu de quels caractères, de quels traits distinctifs ?
Si, au fur et à mesure que se perfectionnent les moyens d'étude de l'anatomie pathologique, on baptise immédiatement du nom de parasites toutes les nouvelles productions morbides mises en relief, uniquemenl parce que ces productions n'appartiennent pas encore au domaine des faits connus, Ton risque forl de transformer en caput mortuum le inonde des Protozoaires qui deviendra pour l'anatomo-pathologiste ce qu'il est resté si longtemps pour le naturaliste.
Ni homogénéité, ni caractères zoologiques, ni enchaînemenl logique des formes, d'une part; d'autre part, parenté morphologique étroite et sans discontinuité avec les cellules mêmes du néoplasme, voilà ce que nous pouvons constater dans tout ce que Ton a voulu jusqu'à présent envisager comme des Sporozoaires ou comme des Saccharomyces.
Jusqu'ici, j'ai tenu à me renfermer exclusivement dans la discussion de l'interprétation pure et simple des faits d'observation sans tenir compte des raisons qui plaident pour ou contre la vraisemblance de l'hypothèse parasitaire du cancer. C'est que j'estime, avec quelque justesse, je crois, qu'aucune vue théorique ne prévaut contre le plus insignifiant des faits, et qu'en matière de science d'observation, ceux-ci constituent seuls la base solide de toute déduction (i). Or, les faits sur lesquels on a voulu établir l'hypothèse parasitaire du cancer, sont de deux ordres bien distincts. Les faits immédiats dont l'ensemble constitue la découverte des pseudo-coccidies, et les faits connexes qui eux sont de nature extrêmement variée. Ce sont ces derniers qui restent à examiner en même temps que les déductions ([n'en ont tirées les partisans du parasitisme.
i° Contagiosité, — Il existe des cas assez nombreux de transmission de cancers d'une partie à une autre partie d'un même sujet dos de La main à L'œil, Lèvre inférieure à lèvre supé-
(i) Cette opinion n'est point, scmblc-t-il, universellement partagée, car dans sa thèse sur « In question du Cancer » M. Marie ( 1 8<>/ï , p. 44) pense que 0 la théorie parasitaire s'impose pour des raisons meilleures que des apparences microscopiques. Ces raisons, M. Metciinikoff les a données dans un travail paru dans la Revue générale des Sciences».
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rieure, etc.) el même d'un sujet à un autre (cancer de L'utérus i ransmis à La verge). ( '.es exemples sont relaies dans Les ouvrages
classiques el ne peuvent être L'objet d'aucun doute, l 'an L-i L y voi r une preuve de L'existence d'un parasite transmis par contact? La question serait évidemment difficile à résoudre, si l'on n'examinait de. très près les circonstances dans lesquelles s'effectue la contagion, el si l'on ne s'aidait, d'une part, de l'étude expérimentale de la transmission du cancer par les greffes; d'autre part, des observations relatives aux métastases. Tous ces phénomènes sont de même nature et constituent un ensemble de laits que l'on ne doit pas dissocier.
Il est à remarquer que les cas de Iransmission directe sont relativement rares et qu'ils ne sont constatés que quand le contact a lieu fréquemment et s'accompagne de pressions et de frictions répétées. Une érosion de la partie contaminée, vraisemblable, dans ces circonstances, permet alors le contact des cellules cancéreuses vivantes, avec les couches profondes de la peau ou des muqueuses contaminées. Les conditions dans lesquelles s'effectue la transmission accidentelle se trouvent donc à peu près identiques à celles que l'on réalise expérimentalement dans les tentatives de greffage et d'inoculation.
La possibilité de la greffe cancéreuse de sujet à sujet de même espèce, niée pendant longtemps, a été parfaitement reconnue aujourd'hui après les expériences de Hanàu, de Morau et d'autres auteurs sur les animaux. Mais ceux qui l'ont réalisée ont constaté, en même temps, que les conditions du succès étaient rigoureusement liées: i° à la conservation entière de la vitalité des éléments inoculés ; 20 aux conditions aseptiques de l'inoculation. Les anciens expérimentateurs semblent avoir négligé complètement ce premier point; ils ignoraient l'importance du second.
Malgré toutes les précautions prises, la greffe du cancer ne réussit pas toujours. MM. C.v/iN et DuPLAY, dans une longue série d'expériences, rigoureusement instituées, sont arrivés à des conclusions négatives. Moi-même, après avoir tenté de transmettre le carcinome de la souris blanche à des animaux de même espèce, j'ai dû reconnaître que les faits si complets et si probants avancés par M0RA.U étaient loin d'être général i sables el
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qu'il lestait beaucoup à l'aire pour déterminer les conditions favorables à la transmissibililé des tumeurs épithélialcs.
De ions ces laits Ton peut justement coin inre que la transmissibilité accidentelle du cancer par contact, aussi bien que la greffe expérimentale, sont du domaine des choses possibles, mais que le transport des cellules cancéreuses vivantes dans un terrain, même favorable, n'est pas toujours suivi de multiplieation et de pullulation.
Le mécanisme formatif des métastases, après bien des hypothèses successivement écartées, est aujourd'hui unanimement reconnu comme résultant d'un transport par les vaisseaux ou les lymphatiques d'une ou de quelques cellules cancéreuses jusqu'au point où celles-ci s'arrêtent dans leur course, s'y lixent et s'y multiplient. La métastase n'est donc qu'une greffe interne accidentelle et, comme la greffe expérimentale, sa production est probablement soumise à des conditions encore indéterminées.
Ces faits ne plaident en aucune façon pour ou contre l'hypothèse parasitaire. La nécessité de la conservation de la vitalité des cellules inoculées, reconnue aujourd'hui, prouve seulement que ces cellules sont délicates et ne jouissent en aucune façon des moyens de protection habituels aux organismes parasites, aux Bactériacées aussi bien qu'aux Goccidies; mais, en somme, on peut concevoir un parasite aussi délicat qu'une cellule néoplasique et bien que l'on soit en droit de se demander comment un être aussi peu résistant peut traverser les vicissitudes de la vie extérieure qui lui sont imposées fatalement à un moment donné de son existence, on ne peut nier ipso fado La réalité de cette existence. Cette réserve faite, disons cependant, tout de suite, que la contagiosité du cancer par inoculation directe n'a nullement besoin, pour être expliquée, de l'intervention d'un agent parasitaire, qu'elle est toul aussi bien explicable par la transmission de la cellule néoplasique elle-même et que, de ce côté, aucune preuve ne peut être invoquée en laveur de l'hypothèse parasitaire.
Depuis quelques années, un certain nombre d'observateurs tels (pic MM. Arnaudet (1889), Fiessinger (1893), Léon Noël (1897), se sont efforcés de réunir des observations en vue de démontrer
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l'existence de véritables « épidémies de cancer ». Os recherches extrêmement intéressantes, mais au cours desquelles il importe de se mettre en garde contre un très grand nombre de causes d'erreur, ne semblent ni assez avancées ni assez nombreuses pour permettre d'y asseoir une hypothèse. Je ne suivrai pas ceux qui, comme M. Noël par exemple, se livrent à des considérai ions sur la parente étiologique possible du cancer de l'Homme et du cancer des Arbres et me bornerai à l'aire observer que tous les phénomènes naturels connus ne se produisent point d'une façon uniforme ni clans le lieu ni clans le temps, que par conséquent la répartition inégale des cancéreux dans une région donnée pourrait relever de la « loi des séries » bien connue clans les hôpitaux. Néanmoins, poursuivies d'une façon systématique sans préoccupation d'hypothèses actuellement presque impossibles à vérifier, ces recherches ne sauraient manquer de jeter quelque jour sur la question encore si obscure de l'étiologie du cancer.
3° Identité morphologique des tumeurs primitives et des tumeurs secondaires . — Lorsqu'une tumeur d'origine épithéliale se généralise et donne lieu à la production de métastases éloignées de son point d'origine, on sait que le tissu de ces métastases reproduit le type du tissu de la tumeur primitive dont elles dérivent. Cela est si vrai que l'étude d'une tumeur métastatique permet souvent de préciser le point d'origine d'une tumeur primitive, et que les ganglions cancéreux provenant de la généralisation d'un cancer malpighien adulte présentent souvent des globes épidermiques, tandis que ceux consécutifs à un épithéliome glandulaire offrent même des rudiments d'acinis.
Or, l'on concilie difficilement l'hypothèse parasitaire avec la spécificité cellulaire et l'identité des I issus néoplasiques primaires et secondaires.
Si l'on admet, ainsi que le reconnaît aujourd'hui la majorité des anatomo-pathologistes, que toute cellule épithéliale provient de la prolifération d'une autre cellule de même nature, il faut également convenir que l'apparition d'une tumeur secondaire, dans un organe normalement dépourvu de tissu épithélial, tel qu'un ganglion lymphatique, par exemple, ne peul être due qu'au transport et a la prolifération, dans cel organe, de