CHAPITRE VII
Histogénèse.
Problèmes soulevés à propos de l'hislogénèse des tumeurs. — Blastèmcs et théorie cellulaire. — Loi de Muller. - — Objections faites à la théorie de la spécificité cellulaire. — Auteurs partisans de celte théorie. — Omnis celluhi e cellulâ ejusdem naturse, d'après M. Bard. — Critique de cet axiome. — Ailleurs partisans de l'indifférence cellulaire. — Nécessité de distinguer les épithéliums de nature conjonctive (endothélium) et ceux de nature dermique ou glandulaire.
Sous le terme d'histogénèse, nous comprenons uniquement Tliistoire des faits qui ont trait à la prolifération tissulaire néoplasique et laissons de côté, pour les rapporter à Fétiologie, toutes les hypothèses concernant l'origine des tumeurs. Ainsi limitée, l'histogénèse comprend deux questions principales : la première relative à la détermination de l'élément néoplasique initial envisagé indépendamment delà cause de son apparition; la seconde ayant trait à la manière dont se comporte cet élément initial vis-à-vis des tissus environnants.
Nous ne traiterons dans ce chapitre que de la question de l'élément néoplasique initial, à laquelle se rattachent des problèmes d'ordre biologique important, réservant pour le chapitre suivant l'étude des modes d'accroissement.
La notion de L'importance, ou peut même dire de l'existence de ces (|tiesiions n'a pu oaturellemenl s'acquérir qu'après que la théorie cellulaire eut définitivement détrôné, pour se substituer a elle, la théorie des blastèmes qui expliquait louios les néoformations par l'apparition au sein d'un liquide spécial, de granulations, de noyaux el enfin de cellules. Chaque lissu axait pour origine un blastème el toutes les difficultés se trou-
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LES CANCERS EPITIIELIAUX
valent ainsi du même coup supprimées. Développée principalement par Schwan (Mi Allemagne, soutenue avec beaucoup de talent et d'autorité par Robin en France, la théorie des blastèmes a servi de base en anatomie pathologique à l'école de Broca.. Définitivemenl abandonnée de Ions aujourd'hui, elle devait être citée comme un point de l'histoire des tumeurs, niais nous ne nous y arrêterons pas davantage.
En opposition à la théorie précédente, la théorie cellulaire née des travaux des Dujardin, Siebold, soutenue en anatomie pathologique par Virchow, Gonheim, Ranvier, se trouve résumée toul entière dans Faxiome « omnis cellula e cellulâ ».
Tout organisme multicellulaire provient de la multiplication de la cellule unique qui le constituait au début; il ne se forme dans les tissus aucune cellule qui ne provienne de la division, du bourgeonnement, en un mot, de la scission d'une cellule préexistante. La théorie cellulaire est aujourd'hui admise comme démontrée et les problèmes que soulève Pétude de l'histogénèse des tumeurs sont actuellement basés sur ce point de départ.
Le plus important de tous ces problèmes est sans contredit celui qui consiste à rechercher l'élément initial de la prolifération hyperplasique et par la nature même de ses données il intéresse non seulement l'histoire des tumeurs en général, mais l'on peut dire aussi celle de la biologie générale.
De quelles cellules proviennent les tumeurs qui se développent dans l'organisme? Ces tumeurs dérivent-elles toutes, quelle que soit leur nature d'un élément commun, dérivent-elles au contraire, des cellules de même type que celles qui les constituent? En un mol , h1 sarcome provient-il du tissu conjonctif, l'épithéliome du lissu épithélial? Les tumeurs obéissentelles à la loi (h; la spécificité cellulaire qui veut que toute cellule de l'organisme adulte soit incapable de se transformer en une cellule différente du groupe auquel elle appartient? ou.au contraire, ce qu'on a appelé la diathèse cancéreuse, frappe-t-elle indistinctement toutes les cellules d'une région pour lui imprimer un caractère unique cl spécial ?
Selon qu'ils ont admis Tune ou l'autre de ces manières de voir, les auteurs ont soutenu des théories opposées sur L'ori-
niSTOGÉNÈSE
gine histogénétique des tumeurs, théories dont nous allons d'abord donner un aperçu.
Dès [838, J. Mûlleb établi! que le lissu de toul néoplasme a son type dans un tissu de l'organisme embryonnaire ou adulte : Loi parfaitement juste et confirmée par toutes les observations ultérieures.
INI a i s parce qu'un tissu néoplasique se rapporte morphologiquement à un groupe de tissus normaux, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il dérive de ceux-ci. Virchow, par exemple, tout en reconnaissant la légitimité de l'axiome émis par Mûller, admet pour toutes les tumeurs une origine conjonctive commune ; pour lui, les cellules du tissu conjonctif sont susceptibles, après avoir repris la forme embryonnaire, de s'organiser soit en tissu épithélial pour donner des épithéliomes, soit en lissu cartilagineux pour donner des cliondrom.es, soit en lissu musculaire pour donner des myomes, etc.
Pour Cokheim, les globules blancs du sang peuvent jouer, dans la formation des néoplasmes, le même rôle que celui attribué par VlRCHOW aux cellules conjonctives ; nous verrons de plus quel rôle il fait jouer à ces éléments dans l'étiologie des tumeurs.
Les manières de voir de Virchow, de C(Aœéim et de leur école quant à l'origine des tumeurs, ont donc pour basé une croyance absolument opposée à la spécificité, celle de l'origine conjonctive. Elles tendent à être abandonnées aujourd'hui et les quelques faits sur lesquels s'appuyaient leurs partisans pour démontrer la transformation réelle de cellules conjonctives en cellules de groupes différents, sont infirmés peu à peu, grâce à des moyens plus parfaits d'investigation.
("est ainsi, par exemple, que la formation brusque et rapide du revêtement épithélial à la surlace des bourgeons charnus invoquée tout récemment encore comme un cas de transformation du lissu conjonctif en lissu épithélial, a reçu une explication toute différente.
On sait (pie sur les bourgeons charnus qui apparaissenl à la surface (Tune plaie il se forme de très bonne heure, dans les cas heureux de cicatrisation, une couche légèrement rosée, une sorte de pellicule ou de vernis. Les bourgeons charnus qui